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Après quatre années de bataille judiciaire, l’Assurance maladie est condamnée en première instance à rembourser une partie de son opération. Témoignage.
Dans ce podcast : Le 4 septembre le Parisien a brossé le portrait d'une femme : Laura Nataf, 33 ans, qui a été greffée des mains et des avant-bras. Le 21 juillet la justice a condamné l'Assurance Maladie à lui verser un peu plus de 660 000 euros pour rembourser en partie son opération effectuée il y a cinq ans aux Etats Unis dans un hôpital de Philadelphie. Chez Code Source nous avons eu envie de l'entendre nous raconter elle-même son histoire.
Laura est née à Paris en 1988 et elle a un frère et une sœur plus âgée qu'elle. Adolescente c'est une jeune fille qui fait beaucoup d'activités et qui adore aider les autres.
Après le bac Laura commence une prestigieuse école hôtelière à Lausanne en Suisse. Elle s'y installe en janvier 2007 quand elle a 19 ans et goûte pour la première fois à l'indépendance. Elle a des cours de cuisine, de service au bar ou en salle et au bout de six mois elle part en Espagne pour faire un stage pratique dans un hôtel branché de Barcelone. Un matin, deux mois après le début de son stage elle commence à se sentir mal, très gros mal de tête…
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Sarah Hamny et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian.
#lauranataf #greffe #secu
Dans ce podcast : Le 4 septembre le Parisien a brossé le portrait d'une femme : Laura Nataf, 33 ans, qui a été greffée des mains et des avant-bras. Le 21 juillet la justice a condamné l'Assurance Maladie à lui verser un peu plus de 660 000 euros pour rembourser en partie son opération effectuée il y a cinq ans aux Etats Unis dans un hôpital de Philadelphie. Chez Code Source nous avons eu envie de l'entendre nous raconter elle-même son histoire.
Laura est née à Paris en 1988 et elle a un frère et une sœur plus âgée qu'elle. Adolescente c'est une jeune fille qui fait beaucoup d'activités et qui adore aider les autres.
Après le bac Laura commence une prestigieuse école hôtelière à Lausanne en Suisse. Elle s'y installe en janvier 2007 quand elle a 19 ans et goûte pour la première fois à l'indépendance. Elle a des cours de cuisine, de service au bar ou en salle et au bout de six mois elle part en Espagne pour faire un stage pratique dans un hôtel branché de Barcelone. Un matin, deux mois après le début de son stage elle commence à se sentir mal, très gros mal de tête…
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Sarah Hamny et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian.
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NewsTranscription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavie pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Le 4 septembre, le Parisien a brossé le portrait d'une femme, Laura Nataf, 33 ans, qui a été greffée
00:18des mains et des avant-bras.
00:20Le 21 juillet, la justice a condamné l'assurance maladie, a lui versé un peu plus de 660 000 euros
00:26pour rembourser en partie son opération effectuée il y a 5 ans aux Etats-Unis, dans un hôpital de Philadelphie.
00:34Chez Codesources, nous avons eu envie de l'entendre nous raconter elle-même son histoire directement. Laura Nataf témoigne aujourd
00:41'hui au micro d'Ambre Rosada.
00:51Je rencontre Laura Nataf dans le petit bureau qu'elle partage avec son associé, dans le 8e arrondissement de Paris,
00:57après sa journée de travail.
00:59Les deux jeunes femmes lancent ensemble une entreprise, une plateforme de financement participatif pour aider les associations à lever des
01:05fonds.
01:06Laura a de longs cheveux bruns et de grands yeux noirs. Elle me raconte qu'elle est née à Paris
01:11en 1988 et qu'elle a un frère et une soeur plus âgée qu'elle.
01:17Adolescente, c'est une jeune fille qui fait beaucoup d'activités et qui adore aider les autres.
01:24J'étais plutôt heureuse, plutôt joyeuse. J'écoutais beaucoup de musique, je faisais aussi du piano.
01:31J'ai découvert aussi un petit peu le monde de la cuisine, donc je faisais pas mal de gâteaux, de
01:36choses comme ça.
01:37J'aimais bien faire des choses pour les gens, donc j'aimais bien cuisiner pour les autres et recevoir chez
01:41moi.
01:42Donc voilà, c'était un peu aussi une passion qui m'a amenée derrière d'ailleurs à faire l'école
01:47hôtelière.
01:47Après le bac, Laura commence en effet une prestigieuse école hôtelière à Lausanne, en Suisse.
01:52Elle s'y installe en janvier 2007 quand elle a 19 ans et goûte pour la première fois à l
01:57'indépendance.
01:58Elle a des cours de cuisine, de service au bar ou en salle et au bout de 6 mois, elle
02:03part en Espagne pour faire un stage pratique dans un hôtel branché de Barcelone.
02:08Un matin, deux mois après le début de son stage, elle commence à se sentir mal.
02:13Très très gros mal de tête, j'ai des grosses fatigues aussi.
02:17Donc j'ai demandé à partir au bout de quelques heures parce que je me sentais trop mal, donc je
02:21suis rentrée chez moi.
02:22Après j'ai commencé à avoir d'autres symptômes, des vomissements ou des choses comme ça.
02:28Et en fait, je me suis mise à tomber, à faire des malaises, puis finalement à ne plus pouvoir vraiment
02:33me lever de mon canapé.
02:36Au bout de 24 heures, j'avais appelé ma mère qui du coup avait décidé de venir pour voir ce
02:41qui se passait.
02:42Et dès qu'elle est arrivée, on a fait un passage à l'hôtel avec les ambulances qui sont venues
02:47et puis on m'a amenée directement à l'hôpital.
02:50Et là, ils m'ont dit de plus rien boire, manger, etc. Ils ont commencé à me faire un tas
02:56d'analyses.
02:57Et derrière ça, on m'a mis dans un coma artificiel. Et de là, j'ai passé trois semaines dans
03:02le coma.
03:02Laura a fait un choc sceptique. C'est une chute sévère de la pression artérielle qui est causée par une
03:07septicémie, une infection du sang.
03:10Dans le coma, Laura est rapatriée à l'hôpital Cochin, à Paris, où les médecins n'ont pas d'autre
03:15choix que de l'amputer de ses deux avant-bras et de ses deux pieds.
03:19À son réveil, elle se rappelle avoir fait des cauchemars et elle a la sensation d'avoir les bras complètement
03:24pliés.
03:26Mais elle ne veut pas regarder tout de suite ce qui lui est arrivé.
03:29Et à un moment donné, je me suis décidée à regarder. Et là, j'ai vu que j'avais des
03:33plâtres mais qui s'arrêtaient au milieu du bras.
03:36Donc là, je me suis dit, il y a un problème. Où est l'autre partie ?
03:39Et du coup, j'ai paniqué. J'ai dit, mais ils m'ont enlevé mes mains. Mais qu'est-ce
03:43qui s'est passé ?
03:44J'ai regardé les jambes et j'ai vu que c'était pareil.
03:46Et là, je me suis dit, wow, mais j'étais vraiment en fait plus choquée par les mains.
03:51Les jambes, en fait, ça paraissait secondaire par rapport aux mains.
03:55Quand j'ai vu les mains, j'étais vraiment choquée par les mains.
03:57Et je ne comprends pas pourquoi. Je ne comprends pas ce qui m'est arrivé.
04:00Je ne comprends pas pourquoi ça m'arrive à moi. Pourquoi je suis là ? Pourquoi ils ne m'ont
04:06pas laissé mourir ?
04:09Et après, je me suis dit, ce serait trop dur pour les gens qui m'aiment et qui se sont
04:14battus pendant ces semaines-là de me voir partir.
04:17Donc, en fait, maintenant, je suis là. C'est comme ça.
04:20J'ai pris ça comme une fatalité, quelque chose qui ne pourrait pas changer.
04:24Et que, voilà, c'était ce qu'il fallait faire pour me sauver la vie.
04:28Laura passe cinq semaines à l'hôpital, puis est transférée dans un centre de rééducation à Valanton, dans le Val
04:33-de-Marne.
04:34Au bout de trois mois, elle peut remarcher grâce à des prothèses de jambes.
04:39Et au bout de cinq mois, elle utilise des prothèses électriques pour ses bras et elle rentre chez ses parents
04:44à Paris.
04:45Très vite, Laura veut reprendre sa vie d'avant.
04:49Elle sort souvent avec ses copines et reprend ses études à Lausanne dès la rentrée de septembre, seulement quelques mois
04:55après son amputation.
04:57Je me suis amusée, j'ai eu une vie étudiante comme un peu tout le monde.
05:01Après, la différence, c'est que je devais avoir quelqu'un avec moi pour m'aider le matin.
05:07Je ne voulais pas dépendre d'une amie ou quelqu'un.
05:10C'est trop de responsabilités, donc j'avais quelqu'un qui venait m'aider tous les jours pour ma douche,
05:13parce que ça, c'est quelque chose que je ne pouvais pas faire toute seule.
05:15Vu que j'avais des prothèses électriques, il fallait que j'enlève pour la douche.
05:18Puis en plus, c'est quand même intime, donc avoir des gens qu'on ne connaît pas, qui viennent faire
05:22ça, ce n'est pas évident.
05:24Donc ça, c'était la partie la plus compliquée, mais il n'y avait pas le choix, donc je l
05:27'ai surmontée aussi.
05:29Laura ne pense pas tout de suite à la greffe.
05:31Elle a du mal à s'imaginer vivre avec les bras et les mains d'une autre personne.
05:35Mais elle supporte de moins en moins la dépendance et le regard des autres.
05:39Et un jour, elle a un déclic.
05:41En regardant un reportage un jour sur quelqu'un qui a été greffé, alors qu'avant, l'idée m'était
05:47impossible,
05:49là, je ne sais pas, je me suis dit en fait, pourquoi pas, pourquoi pas retrouver des mains finalement,
05:55puisque c'est ce qui me coûtait le plus de ne pas avoir au quotidien.
06:00J'en avais un petit peu marre de tous les tracas des prothèses, d'avoir des prothèses électriques
06:05qu'il faut charger toutes les nuits, de tomber en panne, quand j'arrive chez moi,
06:10ou en plein milieu d'une boîte de nuit, ou en plein milieu de vacances.
06:13L'apparence physique aussi que ça faisait, un peu robotique, etc., le regard, enfin, voilà,
06:18il y a un peu tout ça qui a joué.
06:20Ce projet aussi d'être mère, un jour, ça m'a motivée vraiment.
06:24Tenir un enfant, un bébé dans mes bras, parce que c'est vrai que là, avec des prothèses,
06:29c'était compliqué, il y avait quand même une force que je ne maîtrisais pas à 100%,
06:32donc l'idée de pouvoir faire mal, ou quoi, enfin, voilà.
06:36Et je me suis dit, ben en fait, c'est pas grave, même si c'est les mains de quelqu
06:39'un d'autre,
06:40si ça me permet d'avoir des mains, c'est ça le plus important.
06:43Dès que Laura obtient son diplôme, en septembre 2011,
06:45elle se lance dans ce projet de grève des bras.
06:48Elle contacte le professeur Laurent Lantieri,
06:51un chirurgien plasticien réputé pour avoir fait la première grève de visage totale en France,
06:55et qui dirige le service de chirurgie réparatrice
06:58à l'hôpital Georges Pompidou à Paris.
07:00Ensemble, ils lancent de lourdes démarches administratives,
07:03et Laura, qui a 23 ans, doit faire de nombreux examens.
07:07Plus d'un an plus tard, en février 2013,
07:11elle est inscrite sur la liste nationale d'attente de grève.
07:14Mais les mois passent, et le téléphone ne sonne pas.
07:19Je continuais à vivre, en fait, comme si je n'avais pas trop cette épée d'amoclès sur la tête.
07:26Mais en même temps, parfois, quand je voulais me projeter sur des projets professionnels ou autres,
07:34ça me bloquait un petit peu.
07:35Je me disais, ah non, je ne peux pas faire ça, parce que là, je vais peut-être avoir la
07:40grève.
07:40Ah non, là non plus.
07:42Et en fait, à un moment donné, au bout d'un an et demi, deux ans de liste d'attente,
07:48et où il ne se passait rien, je me suis dit, allez, je vais arrêter d'attendre ça.
07:52Ça arrivera quand ça arrivera, on verra comment on gère.
07:55Mais en fait, je ne peux pas arrêter tous mes projets
07:58dans l'attente de quelque chose qui ne vient pas.
08:00En février 2016, après trois ans d'attente et d'espoir,
08:05Laura reçoit un courrier qui lui explique qu'elle est radiée de la liste d'attente.
08:09Une lettre comme ça, ni recommandée, ni rien, une simple lettre en disant
08:13« Vous êtes retirée de la liste d'attente jusqu'à nouvel ordre. »
08:17Faute de donneur, faute de moyens aussi, je pense.
08:21J'ai été extrêmement surprise aussi de la forme,
08:24c'est-à-dire la façon dont ça a été fait,
08:26de m'annoncer les choses comme ça sur une lettre
08:28et sans vraiment comprendre non plus,
08:30sans vraiment aussi de moyens de recours.
08:33En fait, il ne donnait pas d'alternative,
08:35il disait juste « C'est comme ça et c'est jusqu'à nouvel ordre. »
08:37Et puis, on ne savait pas si ça pouvait revenir un jour ou pas.
08:40On était complètement dans l'inconnu.
08:42Dans l'impasse, le professeur Lantieri propose à Laura de se tourner vers les États-Unis.
08:47Il connaît un grand chirurgien américain, Scott Levin,
08:51qui accepte d'opérer Laura à l'hôpital de Philadelphie, en Pennsylvanie.
08:55Au début, je me dis que l'idée est folle,
08:57que c'est trop loin, que ça va être compliqué,
09:00comment je vais faire pour y aller,
09:01comment je vais faire pour rester là-bas pendant X temps.
09:04Et puis, j'en parle à ma famille,
09:07qui réagit avec étonnement aussi au début,
09:09et puis qui me dit « En fait, peut-être que c'est ça qu'il faut faire. »
09:12Et puis donc, je réfléchis et je me dis « Bah oui, en fait, c'est ça qu'il faut
09:14faire. »
09:16J'ai compris que c'était certainement la seule solution,
09:18en tout cas à ce moment-là,
09:19pour que j'aille au bout de ce projet,
09:21de ce rêve des grèves.
09:25L'opération coûte près d'un million d'euros.
09:27Laura fait une demande de financement auprès de l'assurance maladie,
09:30mais cette dernière refuse,
09:32objectant que la grève pourrait avoir lieu en France.
09:35Comme cette opération est très rare,
09:37et peut faire avancer la recherche,
09:39l'hôpital de Philadelphie propose à Laura d'avancer les frais.
09:42Elle accepte,
09:43et elle fait plusieurs allers-retours en Pennsylvanie,
09:45pour rencontrer l'équipe de l'hôpital.
09:48Laura est inscrite sur la liste d'attente de grèves américaine en mai 2016,
09:52et trois mois plus tard, en août,
09:55elle reçoit un appel,
09:56alors qu'elle est en vacances en Corse avec ses parents.
10:01Il était 4h30, 5h du matin,
10:04et j'avais laissé mon téléphone en mode vibreur,
10:08et je vois un numéro que je ne connais pas,
10:09parce que je crois que j'avais perdu mes numéros,
10:12qui m'appelle,
10:13et heureusement, j'ai entendu le vibreur, dans la nuit.
10:16Et en fait, à ce moment-là,
10:18l'antierry m'appelle,
10:19et me dit « c'est bon, il y a un donneur,
10:21il faut y aller ».
10:23Et je dis « mais quoi, pour de vrai ? »
10:25Et on m'a dit « bah oui, oui, si je vous appelle dans la nuit,
10:27c'est que c'est pour de vrai. »
10:28Donc là, vous réveillez vos parents,
10:31et c'est parti.
10:33Donc j'ai réveillé mes parents,
10:36on était dans un port paumé en Corse,
10:38donc il y avait un vol
10:41pas très longtemps après
10:44à Ajaccio,
10:45et on a pris un taxi,
10:46on a foncé,
10:47avec vraiment la peur
10:49de ne pas arriver à attraper,
10:50enfin, aller dans l'avion, quoi.
10:52Il fallait qu'on fasse Ajaccio-Paris,
10:54Paris-Philadelphie,
10:55et qu'on arrive à attraper aussi
10:57le vol de Paris-Philadelphie,
10:58qui n'était pas très longtemps
10:58après notre arrivée à Paris d'Ajaccio.
11:01Donc ça a été une espèce de course
11:02contre la montre,
11:03pendant, en tout,
11:05plus de 24 heures de voyage,
11:06de tout ça.
11:08C'était moins une à chaque fois,
11:09mais on y arrivait.
11:11J'ai commencé à appeler ma soeur,
11:13mon frère, mes amis,
11:15mais c'était très tôt,
11:16donc il fallait attendre
11:16qu'ils se réveillent.
11:18J'ai été excitée et anxieuse
11:19en même temps,
11:20parce que c'est vrai que
11:20je ne savais pas trop
11:21ce qui allait m'arriver.
11:22Je savais que j'allais passer
11:23des heures sur une table d'opération,
11:26mais j'étais très, très excitée
11:28à ce qu'il allait se passer, quoi.
11:31À peine 24 heures
11:32après l'appel du professeur Lantieri,
11:34Laura,
11:35qui a alors 28 ans,
11:37arrive à l'hôpital de Philadelphie,
11:39confiante et impatiente.
11:41Quand j'étais allongée sur la table
11:42et qu'on allait me mettre
11:44le masque à oxygène
11:45pour m'endormir,
11:47là, il y avait une vraie
11:48réimpréhension.
11:49J'ai même un tout petit peu pleuré
11:50parce que c'est vrai
11:51que c'était impressionnant.
11:53Sur le moment, je me dis
11:55est-ce que ça va bien se passer, quoi ?
11:56Est-ce qu'il ne va pas se passer
11:58quelque chose pendant l'opération ?
11:59Est-ce qu'ils vont réussir
12:00à tout faire ?
12:01Est-ce que la greffe va prendre ?
12:05Et puis je parle un petit peu
12:06à Lantieri,
12:06il me dit ça va aller.
12:08Et après, ils me disent
12:09pensez à un endroit
12:10où vous aimeriez être.
12:11Je pense au cocotier
12:13et puis je m'endors.
12:14Après 8 heures d'opération
12:15avec une trentaine de chirurgiens,
12:17infirmiers et anesthésistes,
12:19Laura se réveille,
12:21greffée des deux mains
12:22et des deux avant-bras.
12:30J'ai demandé tout de suite
12:31à ce que je me montre mes mains
12:32parce qu'en fait,
12:33je ne les voyais pas,
12:33il y avait des plâtres de partout.
12:36Donc on m'a pris une photo,
12:37on m'a dit
12:38tes mains,
12:38elles sont belles,
12:39elles sont magnifiques,
12:40etc.
12:40Et on m'a montré une photo
12:42et je me dis
12:42ah, ça va,
12:43elles ont l'air pas mal.
12:46Et c'est enfin arrivé,
12:47c'est enfin là.
12:48Et en même temps,
12:49je n'y croyais pas
12:49que ce soit enfin arrivé,
12:51justement,
12:53après toute cette attente.
12:55Moi, je dirais
12:55que c'est du soulagement,
12:57complètement du soulagement
12:58et du bonheur.
13:01Laura est prise en charge
13:02pendant deux mois et demi
13:03par l'hôpital de Philadelphie.
13:05Elle rentre chez elle,
13:06à Paris,
13:07à la fin de l'année 2016
13:08où elle continue
13:09la rééducation.
13:11Petit à petit,
13:12Laura reprend une vie normale.
13:14Elle rencontre son petit ami
13:16grâce à des amis
13:17qu'ils ont en commun
13:18et elle réussit progressivement
13:19à utiliser ses nouvelles mains.
13:21Elle arrive à attraper des objets
13:23et surtout,
13:25elle retrouve des sensations.
13:27Le moment qui a été
13:29le plus fantastique
13:30et une espèce de révélation,
13:33de sentiment de liberté
13:35totale,
13:36ça a été le jour
13:37où j'ai pris ma douche
13:38toute seule
13:39pour la première fois.
13:40J'ai senti le chaud et le froid,
13:41du coup,
13:41je m'amusais dans la douche.
13:43Ça m'a fait quelque chose.
13:45Les premières fois
13:45où j'ai senti ça,
13:47j'ai eu des vraies émotions.
13:50Vraiment,
13:50on y est,
13:51c'est bon,
13:52ça marche.
13:53Enfin,
13:54je peux m'occuper de moi
13:55toute seule
13:55et je n'ai plus besoin
13:56de quelqu'un.
13:57C'est magique,
13:58en fait.
13:59C'est magique.
14:00Un an après l'opération,
14:02l'hôpital de Philadelphie
14:03demande à être remboursé,
14:04au moins en partie.
14:06Laura contacte alors
14:07une avocate
14:08et ensemble,
14:09elles attaquent
14:10l'assurance maladie
14:10en justice
14:11parce qu'elles considèrent
14:12qu'en refusant
14:13le financement
14:14de la double grève
14:14de Laura,
14:15la Sécurité sociale
14:16a bafoué ses droits.
14:18Après quatre ans
14:19de bataille judiciaire,
14:20le 12 juillet 2021,
14:22le tribunal de Paris
14:23condamne l'assurance maladie
14:24à prendre en charge
14:25l'opération de Laura
14:26aux Etats-Unis.
14:27Il estime que c'était
14:28la seule offre de soins
14:29disponible pour elle
14:30et qu'une telle grève
14:31n'aurait pas pu avoir lieu
14:32en France à ce moment-là.
14:34Laura apprend la nouvelle
14:36au téléphone
14:36par son avocate.
14:38J'ai sauté de joie
14:39en fait, vraiment.
14:40C'est une espèce
14:41de satisfaction
14:42de se dire
14:43mais voilà,
14:44en fait,
14:45il ne faut jamais
14:46abandonner
14:46et il faut vraiment
14:48mener ses combats
14:48jusqu'au bout
14:49et croire.
14:51Il ne faut jamais se dire
14:52qu'on n'y arrivera pas
14:54ou qu'il ne faut pas
14:55s'attaquer à une grosse machine
14:56parce que finalement,
14:58tout est possible.
14:59La preuve.
15:03Quand il y a presque 15 ans,
15:05il m'est arrivé
15:06ce qui m'est arrivé,
15:07jamais je n'aurais pensé
15:08que ce serait possible
15:09de vivre comme ça
15:09aujourd'hui.
15:11Et maintenant,
15:12je peux le dire
15:13parce que ça fait
15:15quatre mois
15:15mais je suis enceinte,
15:16j'attends un bébé.
15:18Voilà,
15:18donc j'ai trop hâte.
15:21Je sais que ça va être
15:22une expérience extraordinaire
15:25avec des sensations,
15:26des émotions
15:27que je ne connais pas encore.
15:28J'ai déjà eu des neveux,
15:29je me suis un peu
15:30entraînée avec eux.
15:31J'ai une petite nièce
15:32qui a trois mois aussi
15:33et qui est toute mignonne
15:34et que de temps en temps
15:35je prends dans les bras
15:38et quand je le fais,
15:40j'ai vraiment un sourire
15:42intérieur et extérieur
15:43en me disant
15:44voilà aussi
15:45pourquoi j'ai fait ça.
15:46Je peux la tenir
15:47dans mes bras,
15:48je peux m'occuper d'elle,
15:50je peux lui donner
15:51son biberon,
15:52je peux faire des choses
15:53pour un bébé
15:54que je n'aurais pas
15:55pu faire avant.
15:56Ça,
15:56c'était vraiment
15:57un de mes buts.
15:58Je suis contente
15:59que ça se soit réalisé.
16:06Ambre,
16:07c'est une super nouvelle,
16:08on félicite d'ailleurs
16:09Laura Nataf
16:10et son fiancé.
16:11Évidemment,
16:11on ne savait pas ça
16:12quand on a lu son histoire
16:13la première fois
16:14dans Le Parisien,
16:14le 4 septembre.
16:15Oui,
16:16je ne savais pas du tout
16:17qu'elle était enceinte
16:18quand j'ai appris son histoire,
16:19je ne le savais pas du tout
16:20avant de la rencontrer,
16:21je l'ai appris vraiment
16:22au moment de l'interview.
16:24C'est vraiment
16:25une super nouvelle pour elle.
16:27Alors,
16:28évidemment,
16:28elle a un peu d'appréhension,
16:30c'est ce qu'elle m'a dit,
16:30parce qu'elle ne peut pas utiliser
16:32ses mains et ses bras
16:33complètement normalement,
16:34donc il va lui falloir
16:35un petit temps d'adaptation
16:38pour s'occuper de son bébé.
16:39Elle a vraiment
16:40très hâte de devenir maman.
16:41Une greffe dès demain,
16:43c'est une opération
16:43qui reste rare en France
16:45aujourd'hui ?
16:45Oui,
16:46ça reste très rare,
16:47mais ça existe.
16:49La dernière,
16:49elle a eu lieu
16:50en janvier dernier
16:51aux Hospices Civils de Lyon.
16:53C'est un Islandais
16:55de 48 ans
16:56qui s'est fait greffer
16:57des deux bras
16:57et il s'est fait greffer
16:58au niveau de l'épaule.
16:59Donc c'est une première en France,
17:00une greffe qui remonte
17:01aussi haut dans le bras.
17:03L'opération s'est très bien passée.
17:05Donc voilà,
17:05c'est des choses qui se font,
17:06la recherche avance,
17:07mais ça reste quand même
17:08encore aujourd'hui
17:09une prouesse à chaque fois.
17:11Et pour Laura Nataf,
17:12combien la Sécurité sociale
17:13va rembourser
17:14sur cette opération ?
17:16Alors pour l'instant,
17:17la Sécurité sociale
17:18a été condamnée
17:19à verser
17:20664 000 euros
17:21à Laura.
17:22C'était une somme
17:23vraiment inespérée
17:24pour elle,
17:25c'est ce qu'elle m'a raconté.
17:26Elle m'a dit
17:26que c'était grâce
17:27au travail titanesque
17:29de son avocate,
17:30maître Selam Benisti,
17:32qui a réussi à prouver
17:33que l'opération
17:33n'était pas possible en France
17:35au moment où Laura
17:35s'était fait greffer.
17:36Mais il faut quand même
17:38rester prudent,
17:38rien n'est encore gagné
17:39pour elle
17:40parce que la Sécurité sociale
17:41a indiqué avoir fait appel
17:43et donc cette décision
17:45de justice,
17:45elle n'est pas encore définitive.
17:49Merci Ambre Rosala
17:50et merci à Aurélie Sipos
17:52pour son aide.
17:53Le Parisien,
17:54c'est 400 journalistes
17:55mobilisés pour vous informer
17:56avec des bureaux
17:58dans tous les départements
17:59d'Ile-de-France
17:59et l'Oise
18:00à retrouver sur
18:01leparisien.fr
18:03et Code Source,
18:04le podcast d'actualité
18:05du Parisien
18:06est disponible
18:07sur toutes les plateformes audio.
18:09Cet épisode a été produit
18:10par Thibaut Lambert
18:11et Sarah Amny,
18:13réalisation
18:13Julien Moncouquiol.
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