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- #violencesconjugales
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Victime de coups et d’insultes pendant plus de trois ans, cette mère de famille, qui préfère garder l’anonymat, témoigne de la lente prise de conscience qui l’a poussée à quitter son compagnon violent et à porter plainte contre lui. «Sunshine» raconte son histoire au micro d’Ambre Rosala.
Dans ce podcast : En 2020 en France près 260 mille personnes ont été victimes de violences conjugales dont près de 140 mille femmes chiffres donnés en novembre 2021 par le Ministère de l'Intérieur, en
augmentation de 10% par rapport à l'année précédente. Pour parler de ce fléau le 20 mars le Parisien a fait le portrait d'une femme de 44 ans, professeur d'arts plastiques, qui a été victime des années d'un homme violent. Elle a raconté son calvaire et sa renaissance dans une BD puis un livre et elle témoigne aujourd'hui dans Code source au micro d'Ambre Rosala.
Je rencontre Sunshine chez elle dans l'appartement où elle élève seule ses deux enfants de 6 et 7 ans. Elle m'explique que ses enfants passent le week-end chez leur père qui a encore la garde alternée et que c'est toujours très difficile pour elle de les savoir chez son ancien compagnon.
Sunshine est né en 1978 Maisons-Laffitte dans les Yvelines, elle grandit avec ses parents son frère et sa sœur dans une belle maison du département. Elle me raconte qu'enfant elle ne manque jamais de rien et qu'elle grandit dans un cadre plutôt privilégié.
Comme Sunshine ne veut plus faire que du dessin elle décide d'entrer dans un lycée d'arts appliqués à Paris puis de faire une école d'art après le bac. Elle obtient son diplôme puis passe un concours pour devenir professeur d'arts appliqués. Elle enseigne dans plusieurs lycées de la région parisienne puis quand elle a 29 ans elle rencontre un homme avec qui elle se marie deux ans plus tard. Ils s'entendent très bien mais ils se rendent compte qu'ils ne sont pas heureux ensemble et finissent par divorcer…
Pour en savoir plus : https://www.leparisien.fr/podcasts/code-source/violences-conjugales-sunshine-44-ans-raconte-lemprise-et-comment-elle-sen-est-liberee-06-04-2022-SG6YODM46NATTHR5QVLCQEJTIY.php
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Sarah Hamny, Raphaël Pueyo et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian.
#violencesconjugales #emprise
Dans ce podcast : En 2020 en France près 260 mille personnes ont été victimes de violences conjugales dont près de 140 mille femmes chiffres donnés en novembre 2021 par le Ministère de l'Intérieur, en
augmentation de 10% par rapport à l'année précédente. Pour parler de ce fléau le 20 mars le Parisien a fait le portrait d'une femme de 44 ans, professeur d'arts plastiques, qui a été victime des années d'un homme violent. Elle a raconté son calvaire et sa renaissance dans une BD puis un livre et elle témoigne aujourd'hui dans Code source au micro d'Ambre Rosala.
Je rencontre Sunshine chez elle dans l'appartement où elle élève seule ses deux enfants de 6 et 7 ans. Elle m'explique que ses enfants passent le week-end chez leur père qui a encore la garde alternée et que c'est toujours très difficile pour elle de les savoir chez son ancien compagnon.
Sunshine est né en 1978 Maisons-Laffitte dans les Yvelines, elle grandit avec ses parents son frère et sa sœur dans une belle maison du département. Elle me raconte qu'enfant elle ne manque jamais de rien et qu'elle grandit dans un cadre plutôt privilégié.
Comme Sunshine ne veut plus faire que du dessin elle décide d'entrer dans un lycée d'arts appliqués à Paris puis de faire une école d'art après le bac. Elle obtient son diplôme puis passe un concours pour devenir professeur d'arts appliqués. Elle enseigne dans plusieurs lycées de la région parisienne puis quand elle a 29 ans elle rencontre un homme avec qui elle se marie deux ans plus tard. Ils s'entendent très bien mais ils se rendent compte qu'ils ne sont pas heureux ensemble et finissent par divorcer…
Pour en savoir plus : https://www.leparisien.fr/podcasts/code-source/violences-conjugales-sunshine-44-ans-raconte-lemprise-et-comment-elle-sen-est-liberee-06-04-2022-SG6YODM46NATTHR5QVLCQEJTIY.php
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Sarah Hamny, Raphaël Pueyo et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian.
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NewsTranscription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12En 2020 en France, près de 160 000 personnes ont été victimes de violences conjugales, dont près de 140 000
00:19femmes.
00:20Chiffre donné en novembre 2021 par le ministère de l'Intérieur, en augmentation de 10% par rapport à l
00:27'année précédente.
00:27Pour parler de ce fléau, le 20 mars, le Parisien a fait le portrait d'une femme de 44 ans,
00:33professeure d'art plastique, qui a été victime des années d'un homme violent.
00:38Elle a raconté son calvaire et sa renaissance dans une BD, puis un livre, et elle témoigne aujourd'hui dans
00:44Codesources, au micro d'Ambre Rosala.
00:53La porte est ouverte.
00:54Bonjour, troisième étage.
00:56Ça marche, merci.
01:00Je rencontre Sunshine chez elle, dans l'appartement où elle élève seule ses deux enfants de 6 et 7 ans.
01:06Elle m'ouvre la porte avec un grand sourire, et nous nous installons à la table du salon, où elle
01:11nous sert une infusion.
01:12Elle m'explique que ses enfants passent le week-end chez leur père, qui a encore la garde alternée,
01:17et que c'est toujours très difficile pour elle de les savoir chez son ancien compagnon.
01:23C'est comme ça, c'est leur père.
01:25Oui, il n'empêche qu'on confie ses enfants à l'être qui vous a fait peur au plus haut
01:30point, et qui vous a malmené.
01:33On confie son enfant à l'agresseur, en fait.
01:40Sunshine est née en 1978 à Maison Lafitte, dans les Yvelines.
01:44Elle grandit avec ses parents, son frère et sa sœur, dans une belle maison du département.
01:50Elle me raconte qu'enfant, elle ne manque jamais de rien, et qu'elle grandit dans un cadre plutôt privilégié.
01:56J'ai toujours été très sensible, et sinon j'avais des amis, j'adorais jouer, j'étais très chahuteuse, très
02:03sportive.
02:04J'ai tout de suite aimé le dessin très très tôt, dès 10 ans je recopiais des pages entières de
02:08BD.
02:09C'est une activité manuelle qui me permettait de me ressourcer, de me recentrer sur moi-même, et je n
02:15'ai jamais arrêté en fait.
02:16Comme Sunshine ne veut plus faire que du dessin, elle décide d'entrer dans un lycée d'art appliqué à
02:21Paris,
02:21puis de faire une école d'art après le bac.
02:24Elle obtient son diplôme, puis passe un concours pour devenir professeur d'art appliqué.
02:29Elle enseigne dans plusieurs lycées de la région parisienne,
02:32puis quand elle a 29 ans, elle rencontre un homme avec qui elle se marie deux ans plus tard.
02:37Ils s'entendent très bien, mais ils se rendent compte qu'ils ne sont pas heureux ensemble,
02:41et finissent par divorcer quand Sunshine a 33 ans.
02:44Elle aimerait bien trouver quelqu'un avec qui se mettre en couple et fonder une famille,
02:48et en novembre 2013, quand elle a 35 ans, une amie à elle lui propose de lui présenter un homme.
02:54J'étais divorcée depuis deux ans, je faisais beaucoup de sport,
02:58j'étais inscrite au club de tennis de Saint-Germain-en-Laye, à la piscine olympique,
03:01j'avais mon club de natation, mes copines, c'était juste super quoi.
03:05J'étais propriétaire de mon petit appart, j'étais super bien.
03:09Et j'ai une collègue au lycée qui m'a dit, écoute, voilà, moi je connais un type super,
03:13il court, comme toi.
03:15Elle m'a dit, si tu veux, on te prépare une rencontre, il est divorcé, il a déjà été marié,
03:21il a son appart, lui aussi il aimerait bien rencontrer quelqu'un.
03:25Donc bon, j'ai dit, pourquoi pas, j'étais en pleine confiance quoi.
03:28J'étais un peu fragilisée par ce divorce, et puis je voyais mon âge.
03:33Voilà, donc j'y suis allée, et puis il a tout de suite été charmant,
03:37je l'ai trouvé bel homme, il m'a fait la cour,
03:43et vas-y, je te paye les restaurants, et je t'offre des orchidées,
03:46j'arrive avec une bouteille de champagne, énormément d'assurance,
03:50parlons à tout le monde, et je suis tombée très vite très amoureuse.
03:55Trois mois après leur rencontre, Sunshine est toujours aussi heureuse avec cet homme.
03:59Et un jour, elle se rend compte qu'elle est enceinte.
04:03On est en vacances, et j'avais du retard, et donc j'ai acheté un test,
04:07comme toute jeune femme dans le doute, et puis je m'en suis rendue compte toute seule
04:12dans notre maison de location, que le test était positif, et je l'ai appelée,
04:15je lui ai dit, j'ai quelque chose à dire, je suis enceinte.
04:19Il y a eu un gros blanc, donc évidemment j'étais pendue à ses lèvres,
04:23et il m'a dit, écoute, pour tous les couples de la Terre, c'est le plus beau jour de
04:27leur vie,
04:28et il m'a dit, nous on va réfléchir.
04:30J'ai eu honte, je me suis retrouvée toute seule dans la chambre, j'ai beaucoup pleuré,
04:34et là, j'ai été super malheureuse.
04:38Le compagnon de Sunshine essaye de la convaincre d'avorter,
04:41mais elle ne veut pas, et ils finissent par décider de garder le bébé.
04:45Pendant toute la grossesse, Sunshine et son compagnon restent vivre chacun dans leur appartement.
04:50Ils ne l'aident pas vraiment à s'occuper de cette grossesse,
04:52mais ça ne dérange pas Sunshine, qui est très heureuse d'attendre un bébé,
04:56et qui est très amoureuse.
04:58Elle accouche à la fin de l'année 2014 d'un petit garçon,
05:01et quand il fête ses trois mois, Sunshine déménage chez son compagnon en Essonne.
05:07J'ai vendu mon appartement, j'ai changé de lycée,
05:11j'ai quitté tous les collègues avec qui je bossais depuis plus de dix ans,
05:14j'ai quitté mes amis, donc je me suis trouvée très vite très isolée, en fait.
05:18J'ai dû attendre huit mois pour avoir une étagère pour mettre mes vêtements,
05:23je n'avais pas le droit de faire un trou dans les murs pour mettre un cadre,
05:26j'ai très vite découvert qu'il n'avait pas du tout l'intention de se paxer,
05:28encore moins de se marier.
05:30Je l'ai très vite trouvé double visage,
05:34l'homme bavard, jovial, rigolo à l'extérieur,
05:38et puis la porte se ferme, et on a un mec qui fait la tronche.
05:42Ça a été très vite un peu la désillusion.
05:45Malgré ça, Sunshine se dit que ce n'est pas très grave,
05:48et qu'elle l'accepte comme il est.
05:51Jusqu'aux premières violences,
05:52qui arrivent quelques mois après leur emménagement ensemble.
05:56On s'était disputé pour des broutilles,
06:00et j'ai voulu sortir pour fumer une cigarette.
06:04Et il m'a dit « Tu vas où là ? »
06:06Je lui ai dit « Je vais prendre l'air,
06:07on ne va pas passer la soirée ensemble,
06:09on va se regarder en blanc de l'œil,
06:10il va falloir respirer un peu là,
06:12parce qu'il m'a dit « Ok, on va te calmer. »
06:14Et là, il m'a saisi,
06:15et puis il m'a secoué dans tous les sens,
06:17il m'a traîné jusqu'à la salle de bain,
06:19il m'a jeté dans la cabine de douche,
06:20et il m'a arrosé l'eau froide,
06:22tout habillé longtemps.
06:24Je me suis entendue claquer des dents,
06:26alors est-ce que j'avais froid,
06:27est-ce que j'ai été choquée, j'en sais rien.
06:28Je lui ai supplié d'arrêter plein de fois,
06:30évidemment, parce que bon,
06:31il était hystérique en fait.
06:33Et moi je me rendais compte,
06:34je me rendais compte de ce qu'il me faisait,
06:36et je lui disais « Mais qu'est-ce que tu fais ? »
06:38« Mais qu'est-ce que tu fais ? »
06:40« C'est pas normal,
06:41on s'en aperçoit tout de suite en fait,
06:42on n'est pas fait pour se faire agresser. »
06:48Sunshine est sidérée par ce qu'elle vient de vivre.
06:50Mais après ça,
06:52tout revient à la normale,
06:53comme si rien ne s'était passé.
06:55Elle tombe enceinte de leur deuxième enfant,
06:58une petite fille,
06:59à qui elle donne naissance au début de l'année 2016.
07:02Et petit à petit,
07:04la violence revient.
07:05Cette violence est physique,
07:07mais aussi psychologique.
07:09Son compagnon cherche à avoir le contrôle
07:12sur tout ce qu'elle fait,
07:13et Sunshine finit par arrêter
07:15complètement le sport et le dessin.
07:17Et surtout,
07:18elle subit des insultes au quotidien.
07:21Des méchancetés gratuites,
07:22des paroles insupportables,
07:24du genre « Tu fais pas partie de ma famille,
07:25ma famille c'est mes parents et mes enfants,
07:28t'as jamais rien été pour moi,
07:30si t'es pas contente, casse-toi. »
07:32Des choses juste horribles.
07:34C'est une façon de vous rabaisser petit à petit
07:37et de vous dévaloriser quotidiennement,
07:40qui fait qu'au bout du compte,
07:41on a l'impression que ça vient peut-être de nous en fait.
07:43Parce qu'il est toujours en train de vous dire
07:45que c'est vous le problème,
07:47et puis je l'aimais, voilà.
07:49Donc on est juste sous la vague,
07:50la tête dans le guidon,
07:51on subit,
07:52on élève ses enfants dans l'amour,
07:53mais on n'y voit pas clair.
07:55Sunshine se dit que son compagnon
07:57se comporte peut-être de cette façon avec elle,
07:59parce qu'il vit mal le fait
08:00que toute la famille vive chez lui,
08:01dans son appartement,
08:03trop petit pour eux quatre.
08:05Alors elle lui propose d'acheter ensemble une maison.
08:08Il déménage,
08:09et Sunshine espère que tout ira mieux après ça.
08:13Ça, c'est pas du tout amélioré,
08:14c'était de pire en pire.
08:16Il y a eu des menaces de mort,
08:18je vais tuer, tuer les enfants,
08:20pour dormir tranquille.
08:22Il m'avait dit qu'il savait faire disparaître des corps,
08:24que si un jour je partais,
08:25personne ne le retrouverait,
08:27que toute ma famille me chercherait
08:28mais une personne ne le retrouverait.
08:30Et puis ensuite,
08:32il y a eu la violence,
08:33c'était un homme violent.
08:35Donc au début,
08:36on a peur pour soi,
08:37puis après on a peur pour ses enfants,
08:38et puis après on se dit que les petits êtres
08:40qui sont en devenir
08:41ne vont peut-être pas pouvoir grandir là-dedans.
08:43Et puis finalement,
08:45on finit par se dire
08:46que ça se trouve,
08:47ils ne vont pas avoir à le vivre longtemps,
08:48parce que ça n'arrive peut-être pas qu'aux autres
08:50et que je ne vais peut-être pas vivre longtemps,
08:51moi non plus, quoi.
08:54Sunshine ne parle à personne
08:55de ce qu'elle subit chez elle,
08:56ni à ses amis,
08:57ni à sa famille.
09:00Puis un jour,
09:01elle va voir sa sage-femme
09:02et décide de lui raconter.
09:05Cette dernière
09:06lui donne le numéro de téléphone
09:07d'une policière qu'elle connaît.
09:10Sunshine l'appelle
09:11et la policière
09:12accepte de la recevoir rapidement.
09:15J'y suis allée,
09:15effectivement,
09:16elle m'a prise tout de suite
09:17et j'ai raconté
09:18tout ce que j'avais à dire
09:18parce que je ne pouvais pas garder ça pour moi,
09:20les menaces de mort, etc.
09:22Et elle m'a dit
09:23« Vous ne vous rendez pas compte
09:24du contenu de votre discours,
09:25là, moi je ne peux pas laisser ça
09:26en main courante,
09:27il faut porter plainte. »
09:28Et moi, je lui ai dit
09:29« Ben non, parce qu'en fait,
09:30je l'aime
09:30et je vais trouver une solution,
09:32ça va s'arranger. »
09:34Et puis aussi,
09:35je vis sous son toit
09:36et puis si je porte plainte,
09:37il va recevoir une convocation,
09:38monsieur.
09:38Et puis bon,
09:39je prévoyais déjà
09:41un petit peu
09:41les retours possibles.
09:43Donc, pas question.
09:45La policière donne à Sunshine
09:47le contact d'une association
09:48du côté des femmes
09:50située en Essonne.
09:52Comme elle a besoin de parler,
09:54Sunshine s'y rend
09:55et découvre un pôle écoute
09:56avec des référentes
09:57qui sont là
09:58pour soutenir les victimes
09:59et des ateliers
10:00de sensibilisation.
10:02J'avais assisté
10:03à une réunion
10:04avec des avocates
10:04qui venaient pour expliquer
10:05comment est-ce que ça se passait
10:06en justice pour
10:07un, protéger les femmes,
10:09deux, les défendre,
10:10trois, les faire rebondir.
10:12Et on était toutes
10:13allées parler à l'avocate,
10:14les unes après les autres,
10:14après le cours théorique,
10:15on va dire,
10:16sur ce qu'est un tribunal,
10:17etc.
10:18Et au moment où elle m'a appelée,
10:19j'ai dit « Non, non,
10:20mais attendez,
10:20moi, j'en suis pas là,
10:21on est en train d'acheter
10:21un pavillon,
10:23je fais pas partie des vôtres,
10:24quoi.
10:24Je suis là comme ça,
10:26j'écoute,
10:26juste,
10:27pour voir. »
10:28Et donc,
10:29j'ai eu une référente
10:29sur ce pôle écoute.
10:32Je suis allée la voir,
10:33soit par téléphone,
10:34soit en vrai,
10:35quand la coupe était trop pleine
10:36de mon côté.
10:38Et de temps en temps,
10:39j'annulais nos rendez-vous.
10:40Je lui disais « Écoutez,
10:40je sais pas pourquoi
10:41je vous ai appelé,
10:42n'importe quoi,
10:43ça va beaucoup mieux ce matin,
10:44tout va bien,
10:45c'est moi,
10:46j'ai déliré,
10:47il est super sympa,
10:48on arrête, quoi,
10:49je viens pas,
10:49ok, pas de problème,
10:50très souple. »
10:52Et puis finalement,
10:53trois semaines après,
10:53j'y retournais.
10:55Et pendant deux ans,
10:56cette femme m'a écoutée
10:57et il m'a dit
10:58« En fait,
11:00vous vivez des violences.
11:01Traiter sa femme de pute,
11:02ça ne se fait pas. »
11:03Et moi,
11:03sur le coup,
11:04j'avais besoin d'entendre
11:04quelqu'un me le dire
11:06parce que je savais plus
11:07m'écouter moi,
11:07en fait.
11:08Je me rendais bien compte
11:09que je vivais l'horreur,
11:10mais j'arrivais pas à m'entendre.
11:11À l'été 2018,
11:13Sunshine,
11:14son compagnon
11:14et leurs enfants
11:15partent en vacances
11:16chez les parents de Sunshine.
11:18Elle se dit
11:19que c'est l'été
11:19de la dernière chance,
11:20mais ça se passe très mal.
11:23Son compagnon devient violent
11:24avec le père de Sunshine
11:25et elle se dit
11:26que c'en est trop
11:27et qu'elle ne peut plus
11:28vivre comme ça.
11:30Le 18 août 2018,
11:32elle se rend donc
11:32au commissariat
11:34et porte plainte
11:35pour violences conjugales.
11:39Le policier
11:39du commissariat d'Argenteuil
11:41m'a dit
11:41« Mais ça vous dirait pas
11:43d'aller voir l'assistante sociale
11:44de notre commissariat
11:45parce que je pense
11:45que vous pourriez
11:46le parler un petit peu. »
11:47Donc je lui ai dit
11:47« D'accord, pourquoi pas ? »
11:48Et donc là,
11:49je suis allée la voir
11:49et elle m'a dit
11:50« Ça fait longtemps
11:50que vous vivez ça ? »
11:51Je lui ai dit 3 ans.
11:53Et elle m'a répondu
11:54« Mais ça va,
11:54vous tenez le coup ? »
11:55J'ai dit
11:55« Non, en fait,
11:56je ne tiens plus du tout. »
11:57Et effectivement,
11:58je ne tenais plus du tout
11:58parce que je tremblais,
12:00mais vraiment,
12:01je tremblais
12:02du matin au soir.
12:04Je ne pouvais plus manger,
12:05je ne gérerais plus rien,
12:06je n'arrivais plus à dormir.
12:07C'était juste
12:08de la survie.
12:10Et elle m'a dit
12:11« Écoutez,
12:11ce que vous allez faire,
12:12c'est qu'elle m'a demandé
12:13si monsieur travaillait. »
12:14Je lui ai dit
12:14« Oui. »
12:15Et elle m'a dit
12:15« Et vous ? »
12:16Je lui ai dit
12:16« Oui, sauf le mercredi. »
12:17Elle m'a dit
12:17« Écoutez,
12:18mercredi s'il part au travail,
12:20vous faites un petit sac
12:21et vous partez. »
12:22Et c'est ce que j'ai fait.
12:25Je suis partie
12:26le 3 octobre 2018
12:28avec le strict nécessaire
12:29dans trois sacs
12:30pour les enfants et moi.
12:32Et dans ma petite voiture,
12:33je suis partie.
12:35J'avais peur,
12:36j'avais très très peur.
12:37Par contre,
12:37je me suis tout de suite
12:38sentie libre.
12:39Pour moi,
12:40il était derrière
12:40et c'était définitif.
12:47Sunshine et ses deux enfants
12:48dorment dans un hôtel
12:49du SAMU social
12:50pendant cinq nuits.
12:51Puis l'association
12:53du côté des femmes
12:53l'informe qu'une chambre
12:55vient de se libérer
12:56dans un appartement
12:56en co-hébergement
12:57avec d'autres femmes
12:59victimes de violences conjugales.
13:01Sunshine et ses enfants
13:02s'y installent
13:03pour se cacher
13:04de son ancien compagnon.
13:06« On n'a plus d'adresse
13:06parce que l'adresse,
13:07il ne faut la donner
13:08à personne,
13:08même à sa propre famille.
13:10Donc on fait
13:11un suivi de courrier.
13:12Notre courrier arrive
13:13à l'association.
13:15Mon portable,
13:16je l'ai tout de suite éteint
13:17et je m'en suis acheté
13:18un deuxième.
13:20On n'ose pas sortir.
13:22Donc il y a toujours
13:22évidemment cette peur
13:23sous-jacente
13:24que l'ex trouve.
13:26Ça arrive. »
13:28Avec l'aide de l'association,
13:29Sunshine saisit la justice
13:30pour obtenir la garde
13:31de ses enfants.
13:33Une audience en référé,
13:34une procédure rapide,
13:35a lieu trois mois plus tard.
13:37La justice décide
13:39de domicilier
13:40les enfants de Sunshine
13:41chez elle
13:41et de permettre
13:42à leur père
13:43de les garder
13:43un week-end sur deux
13:44et la moitié
13:45des vacances scolaires.
13:47En mai 2019,
13:49Sunshine quitte sa chambre
13:50en co-hébergement
13:51parce qu'elle trouve
13:52un appartement
13:53qui lui plaît beaucoup
13:54à Courbevoie,
13:54dans les Hauts-de-Seine
13:55et elle est obligée
13:56de donner sa nouvelle adresse
13:58à son ancien compagnon.
14:00Donc, on a eu le droit
14:02quand je dis « on »,
14:03évidemment,
14:03je parle des enfants,
14:04des visites surprises,
14:05des tambourinages à la porte.
14:09Tout recommence, en fait.
14:11Je crois que la pire
14:11des violences
14:12qui continuent après,
14:13c'est la violence financière.
14:15Donc, ça a été
14:16un non-versement de pension.
14:18J'ai dû faire appel
14:19à un huissier
14:19pour que ce soit son employeur
14:21qui me verse
14:21la pension alimentaire.
14:23Il a fait changer
14:23toutes les serrures
14:24de notre ancienne maison
14:25dont j'étais encore propriétaire.
14:27Donc, au bout de neuf mois,
14:29quand je me suis installée
14:30dans notre nouvel appartement,
14:31je ne pouvais même pas
14:31récupérer mes meubles
14:32et mes affaires.
14:33Donc, j'ai dû faire appel
14:35à un huissier
14:36avec toutes les lettres officielles,
14:38toutes les finances
14:39que ça implique
14:40parce que ça coûte très cher
14:41de se battre judiciairement parlant.
14:44J'ai continué de payer
14:44à la maison
14:45pendant plus d'un an
14:46dans laquelle il vivait.
14:47Je payais ma part
14:48parce que c'était
14:48un crédit commun immobilier.
14:51Donc, la banque,
14:51elle veut sa moitié.
14:53Elle ne se fiche du contexte.
14:55Donc, tout ça,
14:56ça fait une addition.
14:57C'est juste énorme.
14:59En avril 2021,
15:01Sunshine obtient de la justice
15:03que son ancien compagnon
15:04soit interdit d'entrer
15:05dans son immeuble
15:06pour qu'il la laisse tranquille.
15:08C'est une petite victoire,
15:10mais sa plainte
15:10pour violence conjugale
15:12n'a toujours pas été jugée.
15:14En attendant,
15:16Sunshine continue
15:17de voir Audrey,
15:18la psychologue
15:18qui la suivait
15:19au sein de l'association.
15:21Avec elle,
15:21elle fait plusieurs exercices
15:23pour se reconstruire,
15:24comme de la danse
15:25ou des séances d'hypnose.
15:28Sa psychologue
15:28lui suggère aussi
15:29de reprendre le dessin
15:32alors qu'elle n'en avait plus fait
15:33depuis des années.
15:35Elle m'a dit un jour
15:35écoutez,
15:36vous allez dessiner,
15:37vous allez vous dessiner
15:38comme vous étiez avant,
15:39comme vous êtes maintenant
15:40et comme vous aimeriez être plus tard.
15:42Et j'ai fait un dessin
15:43et j'ai pris beaucoup de plaisir
15:45à faire ce dessin.
15:46Elle a trouvé mon dessin
15:47très beau
15:48et elle m'a encouragée
15:49à continuer.
15:51Et j'ai continué
15:52et je n'ai plus pu m'arrêter.
15:54Tous ces dessins,
15:55en fait,
15:55c'était des émotions,
15:57des scènes aussi
15:58que j'avais vécues,
15:59des choses que j'avais entendues.
16:00Et j'ai fait
16:01donc 40 dessins
16:03et elle m'a dit
16:05ces dessins,
16:06on ne peut pas les laisser comme ça.
16:07Franchement,
16:08moi je trouve ça dommage.
16:09On va en faire quelque chose.
16:12Sunshine montre ses dessins
16:14à la directrice
16:14de l'association
16:15Du côté des femmes.
16:17Et cette dernière
16:17lui dit tout de suite
16:19qu'il faudrait en faire un livre.
16:21Ensemble,
16:22elle publie en juin 2021
16:24la BD Je serai reine
16:25dont elle est très fière.
16:28J'ai eu des lettres
16:29de filles
16:29qui avaient vu mon ouvrage
16:30à qui ça avait donné de la force.
16:32C'est très valorisant
16:33parce qu'on se sent utile.
16:34C'est aussi une façon de...
16:36Parce qu'on ne fait pas
16:37que pour l'autre non plus.
16:38C'est un besoin de reconnaissance
16:39en fait
16:40parce que finalement
16:41le statut de victime
16:42on ne l'a pas.
16:43Tant qu'on n'a pas
16:44une décision de justice,
16:45on n'est pas dans le concret.
16:47Parce que l'agresseur
16:48n'a pas été réprimandé.
16:51C'est une reconnaissance
16:52dont on a besoin
16:54pour vraiment avancer.
17:15après sa bande dessinée,
17:16Sunshine a raconté
17:17ce qu'elle a subi
17:18dans un livre publié
17:19le 16 mars.
17:20Ce que la chenille
17:21appelle la mort,
17:21le papillon,
17:22l'appel,
17:24renaissance.
17:24C'est aux éditions
17:25Saint-Honoré.
17:26Ambre,
17:27comment elle va
17:27aujourd'hui Sunshine ?
17:29Alors ça peut aller.
17:30Quand je l'ai rencontrée
17:31elle a été très honnête
17:32avec moi.
17:32Elle m'a expliqué
17:33que ce n'était pas toujours
17:34la grande forme
17:35entre les démarches judiciaires,
17:37son ancien compagnon
17:38qui continue
17:39de lui mener la vie dure
17:40et le fait
17:41qu'elle élève seule
17:42ses deux enfants
17:43de 6 et 7 ans.
17:44Elle est souvent épuisée.
17:45Mais elle m'a aussi dit
17:47qu'elle allait de l'avant
17:48et que petit à petit
17:48elle allait mieux.
17:50notamment grâce
17:51à son travail
17:52d'enseignante
17:53qui l'épanouit beaucoup.
17:54Le père a donc
17:55conservé
17:56la garde partielle
17:57des enfants
17:57un week-end sur deux
17:58et la moitié
17:59des vacances scolaires.
18:00On sait pourquoi ?
18:01C'est parce qu'il n'a
18:02toujours pas été jugé
18:03pour la plainte
18:04pour violences conjugales
18:05que Sunshine
18:06a déposé contre lui
18:07en octobre 2018.
18:09Ça devait être fait
18:10l'année dernière
18:11en mai 2021
18:11mais le juge
18:12a reporté l'audience
18:13parce qu'il manquait
18:14des pièces dans le dossier
18:15et il n'y a toujours
18:16pas de nouvelle date
18:17d'audience à ce jour
18:18et donc si un jeune
18:20jour il est condamné
18:20pour violences conjugales
18:21l'ex-conjoint de Sunshine
18:22peut se voir retirer
18:24son droit de garde
18:25et de visite
18:26sur ses enfants
18:26mais pour l'instant
18:27il conserve ce droit.
18:28Dernière question
18:29Ambre
18:29si des femmes
18:30ou des hommes
18:31qui nous écoutent
18:31sont victimes
18:32de violences conjugales
18:33vers qui il faut se tourner ?
18:35Alors il y a un numéro national
18:36c'est le 3919
18:37c'est une plateforme
18:39d'écoute et d'information
18:40pour les personnes
18:41victimes de violences conjugales
18:42c'est un numéro
18:43qui est gratuit
18:44anonyme
18:45accessible 24h sur 24
18:46et 7 jours sur 7
18:47et surtout
18:48c'est un numéro
18:49qui ne figure pas
18:49sur les factures de téléphone.
18:51Et on répète ce numéro
18:52c'est donc le 3919
18:54merci Ambre Rosala
18:55et merci à Marie-Briand Locu
18:57pour son aide.
18:58Cet épisode de Code Source
18:59a été produit par
19:00Thibaut Lambert
19:01et Sarah Amny
19:02réalisation
19:03Julien Moncouquiol
19:04Code Source
19:05est le podcast
19:06d'actualité du Parisien
19:07un nouvel épisode
19:08chaque soir de la semaine
19:09pour n'en rater aucun
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