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Elle a témoigné dans le documentaire «Noirs en France», diffusé sur France 2. Cette femme de 46 ans raconte comment elle s’est sentie en décalage pendant un long moment de sa vie, à cause de ses origines sociales modestes et de sa couleur de peau . Témoignages.

Dans ce podcast : « Noirs en France » c'est le titre d'un documentaire diffusé par France 2 le 18 janvier. Un film très remarqué racontant sans tabou ni préjugés la France noire de 2022 à travers les témoignages de plusieurs personnes connues comme Soprano ou Yannick Noah ou inconnues du grand public. Chez Code source nous avons eu envie de donner la parole à l'une de ces témoins pour qu'elle nous retrace elle-même son parcours : Laëtitia Helouet a 46 ans, elle dirige une grande école à Paris elle a accepté de recevoir Ambre Rosala pour Code source.
Laëtitia Helouet travaille beaucoup elle dirige l'Ecole des Hautes Etudes Internationales de Paris mais elle profite d'une journée de télétravail pour me rencontrer entre deux rendez-vous. Elle est grande, fine et elle porte un chemisier blanc très élégant. Elle me raconte qu'elle est née en 1975 au Congo Brazzaville d'une mère aide-soignante et d'un père qui veut devenir médecin. Elle a un petit frère et une petite sœur et quand elle a 5 ans Laëtitia et sa famille quittent le Congo pour que son père puisse poursuivre des études de médecine…

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Clara Garnier-Amouroux, Thibault Lambert et Sarah Hamny - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian

Archives : «Noirs en France» (Aurélia Perreau et Alain Mabanckou, FTV Production, 2022).

#noirsenfrance #laetitiahelouet #plafonddeverre

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Noir en France, c'est le titre d'un documentaire diffusé par France 2 le 18 janvier.
00:17Un film très remarqué, racontant sans tabou ni préjugé la France noire de 2022
00:23à travers les témoignages de plusieurs personnes connues comme Soprano ou Yannick Noa
00:28ou inconnues du grand public.
00:30Chez Codesources, nous avons eu envie de donner la parole à l'une de ses témoins
00:33pour qu'elle nous retrace elle-même son parcours.
00:36Laetitia Elouette a 46 ans, elle dirige une grande école à Paris.
00:40Elle a accepté de recevoir Ambre Rosala pour Codesources.
00:52Laetitia Elouette travaille beaucoup.
00:54Elle dirige l'école des hautes études internationales de Paris,
00:57mais elle profite d'une journée de télétravail
00:59pour me rencontrer entre deux rendez-vous.
01:01Elle est grande, fine et elle porte un chemisier blanc très élégant.
01:06Elle me raconte qu'elle est née en 1975 au Congo-Brasaville
01:10d'une mère aide-soignante et d'un père qui veut devenir médecin.
01:14Elle a un petit frère et une petite sœur
01:16et quand elle a 5 ans, Laetitia et sa famille quittent le Congo
01:20pour que son père puisse poursuivre des études de médecine.
01:23Il s'installe alors en Roumanie.
01:27Quand on arrive en Roumanie et qu'on a 5 ans,
01:30ça change, c'est-à-dire qu'on devient le seul enfant noir de l'immeuble.
01:33Tout devient très compliqué parce qu'on ne ressemble pas physiquement aux autres.
01:36On vous le fait remarquer aussi, parfois de manière très directe.
01:38Des remarques racistes ou des remarques racistes,
01:41on va forcément en verbales, parfois ce sont des gestes.
01:44Et moi, j'étais une petite fille qui voulait s'intégrer, qui était noire.
01:48Donc la solution la plus simple à ce moment-là, c'est de se dire qu'on va devenir blanche
01:53aussi.
01:54Je le disais et je l'ai même pensé.
01:56Je l'ai pensé comme des enfants peuvent avoir comme ça des espèces de pensées magiques
02:00et se dire que parce qu'ils le veulent vraiment très très fort, un jour ça va arriver.
02:03Un an après leur arrivée en Roumanie, les parents de Laetitia se séparent.
02:08Sa mère s'installe alors en France avec ses trois enfants et son père ne donne plus de nouvelles.
02:14Comme le diplôme d'aide-soignante de la mère de Laetitia n'est pas reconnu en France,
02:18celle-ci fait plusieurs petits boulots en tant que vendeuse, femme de ménage ou encore agent hospitalier.
02:23Je suis élevée par ma mère seule dans une cité HLM à Reims.
02:28Je n'ai pas du tout été malheureuse.
02:30J'avais beaucoup d'amis et beaucoup de souvenirs de complicité, de vrais moments de joie.
02:37Je n'ai pas du tout le sentiment de souvenir de malheur ou de souffrance du fait de vivre dans
02:43ces conditions.
02:44Je suis plutôt une bonne élève.
02:46Des profs s'intéressent à moi, des profs me donnent de la matière.
02:50Moi je me souviens par exemple de ce qu'on appelait une CPE,
02:53donc une conseillère d'éducation qui un jour, je devais avoir 11 ans,
02:58me donnent deux livres.
02:59La Stragale d'Albertine Sarrazin, qui est un vrai roman d'émancipation de femmes,
03:03et Le chat de Simnon.
03:05Elle me dit, lis ça, tu vas voir, ça va t'intéresser.
03:08Et c'est une étape en fait qui a complètement changé ma vie.
03:14Je me mets à dévorer des livres.
03:17Je me mets à lire des auteurs français, des auteurs russes, des auteurs américains,
03:23et avec vraiment ce sentiment que j'engrange en fait une espèce de nourriture,
03:29mais une vraie nourriture qui devient un besoin,
03:30et qui devient aussi pour moi le moyen, tout en restant là où je suis,
03:35d'avoir accès à des univers complètement différents,
03:37d'avoir le sentiment aussi que des perspectives nouvelles s'ouvrent,
03:40d'avoir une espèce d'appétit comme ça, de savoir, de curiosité de l'autre.
03:44Et en fait, il ne s'est jamais arrêté.
03:45À la fin du collège, Laetitia se prend de passion pour l'écrivain d'Ostoyevski,
03:50et se met en tête d'apprendre le russe.
03:53Comme cette option n'existe à Reims que dans le meilleur lycée de la ville,
03:57Laetitia fait sa rentrée de seconde dans cet établissement du centre-ville,
04:00loin du collège de sa cité,
04:01où elle avait l'habitude de côtoyer des enfants de toutes les couleurs de peau.
04:05Quand j'arrive dans ce lycée, je suis une des seules.
04:08Je suis une des seules,
04:09et la question de la couleur de peau, pour moi,
04:12elle va avec le décalage complet, le décalage social,
04:16le décalage d'environnement.
04:18Les gens sont différents,
04:19ils ont une vie sociale que, voilà, moi, je trouve bien, plus riche.
04:25Moi, je n'ai pas tout ça.
04:27Donc la question que je me pose très vite,
04:29c'est comment est-ce que je vais arriver à faire ma place, en fait ?
04:32À faire ma place scolairement, ça, ça m'inquiète moins,
04:35mais à faire ma place tout court, à avoir des amis,
04:37à être intégrée, à être acceptée, à être aimée.
04:43Je développe une observation très fine
04:45de la façon de parler,
04:47des schémas familiaux,
04:49j'enregistre tout,
04:50en essayant de trouver des choses que je peux copier.
04:53Parfois, on m'entend un peu,
04:54parce que ça m'arrange,
04:55parce qu'à un moment, on est à table,
04:57on a la cantine,
04:58tout le monde est allé au ski,
04:59et puis arrive Laetitia,
05:01mais alors Laetitia, t'es allé au ski ?
05:03Ben oui, évidemment, je suis allé au ski à Val d'Isère,
05:05mais non, je n'y suis pas allée.
05:07Parfois, tout simplement, dans les styles vestimentaires,
05:09de regarder, moi, je n'ai pas autant d'argent,
05:11mais de faire preuve de créativité,
05:12et de me dire, tiens, ça, c'est pas mal,
05:15tiens, je vais essayer ça,
05:16à la fois pour ressembler et pour ne pas être démasquée.
05:19Laetitia a de très bonnes notes à l'école.
05:21Elle a toujours cette soif d'apprendre
05:23et rêve d'ascension sociale.
05:25Mais elle est persuadée
05:27que sa couleur de peau et son origine sociale
05:29sont un frein.
05:31Alors elle fait tout
05:32pour toujours être la meilleure.
05:34Je me mets une pression folle
05:35parce que, oui, je vais avoir une place.
05:38J'arrive avec mon ambition
05:40de pouvoir m'élever intellectuellement,
05:42mon envie aussi de m'en sortir,
05:44mon envie d'y arriver.
05:45Et je me dis, mais pour moi,
05:48ça va être plus dur.
05:48Donc évidemment, j'ai peur de l'échec
05:51et j'ai le sentiment que je dois me battre
05:53beaucoup plus que les autres pour y arriver.
05:55Quand elle a 16 ans,
05:56le père de Laetitia la recontacte.
05:58Elle le revoit une première fois
06:00et il lui apprend qu'il est devenu diplomate.
06:03Ces retrouvailles, en fait,
06:04elles sont assez simples.
06:05Moi, je n'ai pas eu de nouvelles
06:05pendant 10 ans.
06:06Je n'ai en aucun cas une rancune du tout.
06:10Je suis ravie de retrouver mon père
06:11et finalement, les choses se font
06:12assez simplement
06:13et mon père m'amène dans son monde.
06:14Donc au moment, en fait,
06:16où je commence à construire
06:18cette espèce de stratégie
06:19de camouflage,
06:21mon père m'amène
06:22l'espèce de décor de rêve
06:24puisque lui a encore plus
06:25que tout ce que je pouvais imaginer
06:27et encore plus que beaucoup
06:29de mes camarades.
06:31Donc je passe
06:32de semaines dans la cité
06:35à des week-ends
06:36dans les plus grands palaces parisiens,
06:39pour le coup,
06:40des vacances absolument luxueuses.
06:43J'ai le sentiment
06:44d'être à l'aise partout.
06:46Laetitia décroche son bac de lettres
06:48et sciences sociales
06:49sans aucune difficulté.
06:51Elle intègre une classe préparatoire
06:52de lettres,
06:53puis Sciences Po,
06:54à Rennes.
06:55Et rapidement,
06:56elle veut travailler
06:57dans la haute fonction publique.
07:00Quand je sors de Sciences Po,
07:01il n'y a qu'une chose
07:01qui m'intéresse,
07:02c'est faire l'ENA.
07:03Le sentiment que j'avais à l'époque,
07:05c'est que c'était la consécration.
07:07J'avais une espèce
07:08de golden ticket, en fait,
07:11d'intégration républicaine
07:12si j'avais l'ENA.
07:16Quand je vais au concours,
07:18je joue ma peau,
07:18j'ai vraiment le sentiment
07:19que je joue ma peau.
07:20et je joue l'estime
07:22que les professeurs
07:23ont mis en moi,
07:24l'espoir que les professeurs
07:25ont mis en moi.
07:26J'arrive avec une pression.
07:31Oui, j'avais l'impression
07:33que ça pouvait tout changer,
07:35que je pouvais tout gagner.
07:37Mais qu'en revanche,
07:38si j'échouais,
07:39finalement,
07:40la valeur que je pensais avoir,
07:42en fait,
07:42je n'en avais aucune.
07:43Laetitia Elouette
07:44a 23 ans
07:45quand elle passe
07:45l'École nationale d'administration.
07:47Et quand elle consulte
07:49le tableau d'admission
07:49au concours,
07:51Laetitia ne trouve pas
07:52son nom dans la liste.
07:54Je me sens pétrifiée
07:55et complètement,
07:58finalement,
07:59ma valeur n'est pas aussi grande
08:01que celle que je pensais.
08:03Quand on a le sentiment
08:05que depuis qu'on est nés,
08:07on est dans une espèce
08:08de combat pour prouver sa valeur,
08:09de combat pour trouver son chemin,
08:11et sans doute encore plus
08:13quand on est issu de la diversité,
08:14on met derrière cette question
08:16de ne pas y arriver
08:17une espèce de sentiment
08:19d'indignité.
08:21C'est aussi fort que ça.
08:23Je pouvais tout avoir
08:25et on a loupé la chance
08:27du siècle, en fait.
08:29Laetitia a du mal
08:30à digérer cet échec
08:31pendant quelques années.
08:32Puis elle passe
08:33un nouveau concours
08:34pour entrer dans une autre école
08:35pour devenir haut fonctionnaire,
08:37l'Institut national
08:38des études territoriales.
08:40Et elle est acceptée.
08:41Après deux ans de formation,
08:43elle devient haut fonctionnaire
08:45et intègre la direction générale
08:46du conseil départemental
08:48de la Seine-Saint-Denis
08:49en 2009,
08:50où elle doit mettre en place
08:51le nouveau système
08:52de revenus de solidarité active,
08:53le RSA.
08:55C'est un poste très exigeant
08:56qui permet à Laetitia
08:58de se sentir enfin légitime.
09:02On est sur un poste
09:03où on ne peut pas être parfait.
09:04J'étais une élève
09:05qui voulait toujours être parfaite.
09:06Là, je suis décidément
09:07dans un poste
09:08où rien ne peut être parfait.
09:10Et donc, le fait
09:10d'avoir un poste compliqué,
09:13avec des équipes
09:14très hétérogènes,
09:15on est obligé de se dire
09:17voilà, mon sujet,
09:18ce n'est plus le prestige,
09:19mon sujet,
09:20ce n'est plus que je sois
09:20parfaite à chaque réunion,
09:22parfaite à chaque dossier,
09:23mais c'est comment est-ce
09:24que je mène cette équipe
09:26et ce projet à bon port.
09:27En fait, quand on doit
09:28accompagner une équipe
09:29et qu'on a à cœur
09:30de faire réussir cette équipe,
09:32eh bien, ça aide en fait
09:33à plus regarder
09:34et à regarder plutôt
09:34ce qu'on fait ensemble.
09:36Si j'avais eu l'ENA
09:38au moment où je voulais
09:39tellement la voir,
09:40je ne sais pas
09:41si je serais aussi épanouie
09:42aujourd'hui,
09:42je ne sais pas si j'aurais eu
09:43cette vie professionnelle
09:44aussi épanouie
09:45parce que l'ENA,
09:47en fait, au moment où je le passe,
09:48la métaphore qui me vient,
09:49c'est comme une armure.
09:50C'est comme si tout d'un coup
09:51on m'offrait une armure en or.
09:53Voilà, il y a quelques-uns
09:54en France qui ont une armure en or
09:55et moi, j'aurais pu la voir.
09:57Et l'image que j'ai de l'armure,
09:58c'est qu'à la fois,
09:59c'est quelque chose de prestigieux,
10:00c'est quelque chose
10:00qui vous protège socialement
10:01quand on arrive à une soirée,
10:03quand on décline son identité,
10:04quelqu'un apprend qu'on a fait l'ENA,
10:05c'est très très chic.
10:06C'est quelque chose, voilà,
10:07qui est très puissant socialement.
10:09Et l'armure de l'ENA,
10:11pour moi,
10:12elle est faite pour un prototype
10:15qui est plutôt quelqu'un de blanc,
10:16plutôt quelqu'un de bien-né socialement,
10:18donc c'est pas moi.
10:20Donc, je pense que j'aurais dû
10:22me mettre dans des positions
10:23un tout petit peu étriquées
10:25pour rentrer dans cette armure.
10:26En tout cas,
10:26elle n'était pas faite pour moi.
10:27Et moi, j'ai le sentiment
10:28d'avoir découvert un chemin de liberté,
10:31d'avoir découvert aussi
10:32la possibilité de faire des choix,
10:34non pas par rapport
10:35à des éléments de prestige,
10:37puisque pour le coup,
10:38le prestige ultime,
10:39je n'avais pas eu,
10:40mais par rapport
10:40à ce qui avait de la valeur pour moi,
10:43ou là où je pouvais apprendre.
10:44Donc, j'ai l'impression
10:44d'avoir complètement redéfini
10:46mon curseur d'épanouissement.
10:47En 2016, Laetitia Elouette
10:50est nommée rapporteure
10:51à la Cour des Comptes,
10:52la plus haute juridiction financière française,
10:55grâce à un recrutement extérieur.
10:57Si elle avait intégré l'ENA,
10:59elle aurait dû sortir
11:00parmi les meilleurs de sa promo
11:02pour espérer exercer une telle fonction.
11:04Alors, elle est très fière
11:06d'avoir réussi à décrocher
11:07un poste aussi prestigieux.
11:10Au moment où j'arrive,
11:12je suis reconnue
11:13très vite professionnellement
11:15comme un très bon élément.
11:17Et en même temps,
11:18tout en ayant cette reconnaissance,
11:20j'ai aussi la même chose
11:21qu'en Roumanie.
11:22C'est-à-dire que ce choc
11:23de voir aussi peu de diversité,
11:26on l'imagine.
11:27J'imaginais très bien
11:28qu'il n'y avait pas de diversité.
11:30Mais ce n'est pas la même chose
11:30d'imaginer que de le vivre au concret.
11:35Ça m'est arrivé,
11:36mais alors un nombre incalculable
11:37de fois en réunion,
11:38que les gens soient surpris.
11:40Quand on m'a au téléphone
11:41avant la réunion
11:41et quand on entend mon nom,
11:43Laetitia Elouette,
11:44il n'y a aucun lien
11:45avec la diversité.
11:46Quand on m'a au téléphone
11:47avant la réunion
11:47et quand on me voit arriver,
11:49oui, régulièrement,
11:50il y a cette espèce de surprise,
11:51de moment où la personne
11:54essaye de resituer le nom,
11:56la fonction et la personne
11:57qui va en face,
11:58c'est-à-dire une femme noire.
11:59Laetitia Elouette
12:00est la seule femme noire
12:01à la Cour des comptes
12:02et se désole de voir
12:03aussi peu de diversité
12:04dans les hautes fonctions.
12:06Alors elle décide de s'engager.
12:08Elle rejoint le club XXIe siècle,
12:11une association
12:11qui promeut la diversité
12:13et l'égalité des chances.
12:14Et en janvier 2020,
12:16elle en devient la présidente.
12:18Le 18 janvier 2022,
12:21elle témoigne dans le documentaire
12:22Noir en France,
12:23diffusé sur France 2,
12:25pour raconter son histoire
12:26et comment elle s'est construite
12:28en tant que femme noire française.
12:30Ces femmes,
12:33ces hommes,
12:35de différents horizons,
12:37de tous les âges,
12:39de toute la France,
12:40nous racontent leurs histoires.
12:42Des trajectoires de vie
12:44marquées de clichés,
12:47de préjugés
12:48et d'injustices.
12:50Je m'engage sur la question
12:51pour plusieurs raisons.
12:52parce que je me dis
12:54que j'ai aussi
12:55une responsabilité,
12:56en tout cas une possibilité,
12:57de me servir de mon parcours,
12:59de me servir de ce que je peux faire
13:00pour être utile
13:01sur cette question.
13:02Parce que je suis
13:04depuis très longtemps
13:05engagée sur l'égalité
13:06femmes-hommes,
13:07convaincue
13:07qu'il faut
13:09continuer ce chemin,
13:10mais que ce combat-là
13:11a beaucoup avancé.
13:12Et j'en suis heureuse.
13:14Mais ce que je vois,
13:15c'est qu'en matière
13:15de diversité d'origine,
13:17pour le coup,
13:18ça avance
13:19beaucoup plus lentement.
13:21Quand on est femme
13:22et issu de la diversité,
13:23il y a un double plafond de verre.
13:24Il y a un énorme boulot.
13:26Il y a un énorme boulot.
13:27C'est aussi
13:29en parlant du sujet,
13:30en dédramatisant
13:31le sujet
13:32qu'on avance.
13:50Ambre,
13:50à l'entendre,
13:51Laetitia Elouette
13:52n'a pas été
13:52directement discriminée
13:54dans sa carrière,
13:55mais elle s'est longtemps
13:55sentie différente
13:56en raison de sa couleur de peau,
13:58c'est ça ?
13:58Oui, c'est ça.
13:59En fait,
13:59elle m'a raconté
14:00que dans sa vie,
14:00ça lui était arrivé
14:01de subir des remarques racistes,
14:04parfois des regards
14:04ou des gestes.
14:06Mais ce qui ressort
14:07de son histoire,
14:07c'est surtout
14:08le sentiment
14:09d'illégitimité
14:10qu'elle a eu
14:11pendant longtemps.
14:12Aujourd'hui,
14:12elle l'a complètement dépassée,
14:14mais ça l'a suivi
14:14un petit moment.
14:15Et ce sentiment
14:16d'illégitimité
14:17vient d'abord
14:18d'un manque de représentation
14:19et du fait
14:20qu'il y a encore aujourd'hui
14:21très peu de personnes noires
14:22qui occupent
14:22des postes à responsabilité.
14:25Et du coup,
14:25ça crée parfois,
14:26en plus des discriminations visibles,
14:28une espèce d'autocensure
14:29qui peut être difficile
14:30à dépasser.
14:31Nous avons eu envie
14:32chez Code Source
14:33d'écouter Laetitia Elouette
14:34en l'entendant
14:35sur France Info
14:36dans une matinale
14:37au moment de la diffusion
14:38du documentaire
14:39sur France 2
14:39en janvier.
14:40Souvent,
14:41les journalistes
14:41ont tendance
14:42à faire appel
14:42aux mêmes personnes
14:43quand ils cherchent
14:44des témoins
14:44tout simplement
14:45pour aller vite.
14:45Est-ce que du coup,
14:47Laetitia Elouette
14:48ne craint pas
14:48dans les mois
14:49et les années qui viennent
14:49d'être régulièrement rappelée
14:51pour parler de diversité ?
14:53Alors,
14:54je n'ai pas l'impression.
14:55Elle était très contente
14:56de témoigner.
14:57Elle est hyper fière
14:58de s'engager
14:58sur le sujet du racisme
14:59et elle continuera
15:01d'en parler
15:01tant qu'il faudra
15:02parce que pour elle,
15:02c'est important
15:03de briser le tabou.
15:05Mais c'est vrai
15:05qu'elle fait quand même
15:06très attention
15:07dans ses interventions
15:08à bien rappeler
15:09que ce qu'elle a vécu,
15:10ce n'est pas uniquement
15:11dû à sa couleur de peau.
15:12Elle parle aussi
15:13beaucoup de discrimination
15:15liée à l'origine sociale
15:16par exemple.
15:17Dernière question,
15:17Ambre,
15:18elle s'engage concrètement
15:19en faveur de plus
15:20de diversité en France.
15:22Qu'est-ce qu'elle fait précisément ?
15:23Alors,
15:23avec son association,
15:24le Club 21e siècle,
15:26elle fait du mentorat
15:27et en fait,
15:27elle accompagne
15:28des jeunes femmes noires
15:29dans leurs projets professionnels.
15:31Celle qui l'a le plus marquée,
15:32ce qu'elle m'a dit,
15:33c'est une jeune ingénieure
15:34qui,
15:35quand elle l'a rencontrée,
15:36se mettait énormément
15:37de pression
15:38pour réussir
15:38et pour devenir
15:39la meilleure dans son domaine.
15:41Et en fait,
15:42Laetitia Elouette
15:43m'a raconté
15:43qu'elle s'était
15:44beaucoup reconnue
15:45dans son parcours
15:45et dans son rapport
15:46à sa couleur de peau.
15:48Et ensemble,
15:48elle travaille pour essayer
15:50de briser ce plafond de verre
15:51et faire en sorte
15:52que cette jeune ingénieure
15:54s'épanouisse
15:55et se sente
15:55pleinement légitime
15:57dans son travail.
16:01Merci Ambre Rosala,
16:02le site de l'association
16:03de Laetitia Elouette,
16:05c'est club21siècle.org,
16:0721 en chiffres.
16:08Le documentaire
16:09Noir en France
16:10est disponible sur Salto
16:11jusqu'au 19 mars.
16:12Films signés
16:13Aurélia Perrault
16:14et Alain Mabankou.
16:16Cet épisode de Code Source
16:17a été produit par
16:18Thibault Lambert,
16:18Sarah Amny
16:19et Clara Garnier-Amourou.
16:21Réalisation
16:21Julien Moncoukiole.
16:23Code Source,
16:23le podcast d'actualité
16:25du Parisien
16:25est disponible
16:26sur toutes les plateformes.
16:27Nous publions
16:28un nouvel épisode
16:29chaque soir de la semaine
16:30du lundi au vendredi
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