- il y a 12 heures
Dans un livre publié à l’automne dernier, cet homme de 55 ans s’est confié sur le meurtre de ses parents et de ses frères et soeurs dans les années 1980. Il a mis des années à révéler à ses propres enfants ce qu’il a vécu. Jean-Yves et Camille Labrousse ont accepté de raconter leur histoire dans Code source au micro d’Ambre Rosala.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network.
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00:03Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Le 13 novembre, l'édition de l'Oise du Parisien a fait le portrait d'un homme de 55 ans
00:16qui a
00:17survécu au massacre de sa famille en octobre 1983 dans le département de l'Oise à Saint-Martin-le-Neu.
00:24Pendant des décennies, cet homme, Jean-Yves Labrousse, a enfoui en lui ce drame qui le hantait
00:30et il a finalement décidé d'en faire un livre en 2023, livre co-écrit avec sa fille, Camille Labrousse,
00:36à qui il n'avait jamais parlé de cette histoire jusqu'à ses 21 ans.
00:41Ils témoignent tous les deux aujourd'hui dans Codesources au micro d'Ambre Rosala.
00:45Attention, malgré notre travail de montage, cet épisode de Codesources peut heurter votre sensibilité.
00:59Jean-Yves a 55 ans et Camille en a 26.
01:02Je ne les rencontre pas en même temps, mais ils ont tous les deux accepté de me raconter
01:06l'histoire de ce livre qu'ils ont écrit ensemble.
01:09Camille est née à Beauvais, dans l'Oise, en 1997.
01:12Elle a une petite sœur, Carlotta.
01:15Leur père Jean-Yves est multidis, c'est-à-dire qu'il souffre de plusieurs troubles cognitifs en même temps.
01:19Il a des difficultés pour lire, appréhender les nombres, maîtriser l'orthographe et aussi pour effectuer certains gestes.
01:26Il travaille beaucoup, mais c'est lui qui emmène ses filles à l'école tous les matins.
01:30Camille et lui sont très proches.
01:36Tous les soirs, il me lisait une histoire à voix haute.
01:40Il avait du coup sa diction bien à lui.
01:43Et ça, c'était notre rituel quand j'étais vraiment toute petite, pour le coup, quand je n'avais pas
01:47encore les mêmes propres histoires.
01:48Et il y avait toujours un moment d'échange autour de l'histoire pour un peu débriefer, un peu réfléchir
01:52sur la morale, etc.
01:53Et donc ça, c'était des super beaux moments, toujours autour de la culture.
01:56Le week-end, il nous amenait toujours au musée.
01:58On allait en vacances, c'était même plutôt un marathon de musée que des vacances.
02:04Mais donc on avait vraiment cette relation autour de la découverte et de l'échange.
02:10On parlait vraiment de tout, d'argent, de politique, de tous les sujets qui peuvent être tabous dans notre famille.
02:17Et ça, c'était une relation très, très ouverte avec mon papa.
02:20La seule chose dont il ne parle jamais, c'est de la famille de son père.
02:23Camille n'en sait presque rien.
02:25Elle côtoie ses grands-parents paternels, mais la petite fille ne sait pas que ceux qu'elle appelle papi et
02:29mamie
02:30ne sont en vérité pas les parents biologiques de Jean-Yves.
02:33Et il ne lui parle jamais de son enfance.
02:36Régulièrement, Camille rend visite à son arrière-grand-mère paternelle.
02:39Et quand elle a 8 ans, elle remarque chez elle une vieille photo sur laquelle elle reconnaît son père quand
02:45il était enfant.
02:46Chez mon arrière-grand-mère, il y avait un énorme tableau avec mon père et des gens inconnus autour.
02:51Et donc forcément, quand j'ai commencé à être en âge de raison, j'ai posé des questions.
02:55C'est qui ces gens ?
02:56Et là, on m'a dit, un petit peu dans la panique, c'est les parents de papa.
03:01Ok, mais du coup, c'est qui les parents de papa si j'ai déjà des papis mamies ?
03:06Et là, on m'a dit, ah ben non, en fait, les papis mamies que toi, tu appelles papi mamie,
03:09en fait, c'est des tuteurs qui m'ont accompagné ton père quand il a perdu sa famille.
03:14Mais il a perdu sa famille comment ?
03:16Et là, on m'a dit, en fait, c'est un accident de voiture.
03:19Il a perdu toute sa famille dans un accident de voiture.
03:23Alors, j'ai essayé de comprendre pourquoi mon père, lui, il est toujours là,
03:26alors que tous les gens sur la photo, ils ont disparu.
03:27On me dit que, selon l'interlocuteur à qui je pose la question,
03:30parfois, c'est parce qu'il n'était pas monté dans la voiture,
03:33parfois, c'est parce qu'il s'est sauvé, il a réussi à...
03:37il était le seul à rescaper de l'accident.
03:39Et donc, en fait, ça va créer quand même quelque chose d'étrange, en fait,
03:43autour de ce tableau, autour de ces questions,
03:45où je sens bien que, même dans le non-verbal, il y a quelque chose d'étrange,
03:48que tout le monde n'est pas à l'aise avec mes questions.
03:51Mais c'est pas quelque chose qui me tracasse énormément à l'époque.
03:57Camille grandit sans trop se poser de questions sur le passé de son père.
04:01Quand elle entre au collège, à 12 ans,
04:03elle demande à ses parents de pouvoir, parfois, aller en ville avec ses copines,
04:06à une vingtaine de minutes à pied de leur maison.
04:08Mais ils refusent.
04:10Mes deux parents ont quand même un rapport particulier
04:12avec le fait que je devienne un jour une femme,
04:14avec le fait qu'un jour je puisse tomber amoureuse,
04:17et qu'on ne sache pas forcément qui sera cet amoureux.
04:20Donc là, ma mère va décider de me dire, pour un peu...
04:23essayer de me faire comprendre qu'il y a des dangers dans la nature, quoi.
04:26Les hommes.
04:28Elle me raconte l'histoire de mon père.
04:30Donc là, elle me dit, en fait, c'était pas un accident de voiture,
04:32ce qui s'est passé.
04:33Et elle me dit, en fait, ton père, il avait toute une famille,
04:37sa grande sœur, elle sortait avec un garçon,
04:38et ce garçon a décidé de tuer toute la famille
04:41à un moment où la grande sœur a voulu le quitter.
04:45Et je me dis, mais alors, ça veut dire que tomber amoureuse, ça peut tuer...
04:48J'ose pas en parler à mon père,
04:50parce que c'est le sujet dont il m'a jamais parlé,
04:53il m'a jamais parlé de ses parents, il m'a jamais rien dit.
04:56Et donc, quand ma mère va me raconter l'histoire,
04:58je vais pas oser aller voir mon père,
05:00parce que j'ai peur de réouvrir une blessure à ce moment-là.
05:02Je sais pas comment apporter la question.
05:05Camille ne pose aucune question à son père.
05:08En octobre 2012, quand elle a 15 ans,
05:10ses parents lui annoncent qu'il divorce.
05:13Jean-Yves quitte sa femme pour une autre.
05:15À partir de ce moment-là,
05:16les relations se tendent entre Camille et son père,
05:19et elle reste vivre avec sa mère et sa sœur.
05:22Depuis le divorce de mes parents,
05:24je m'étais plutôt mise du côté de ma mère,
05:26j'avais très peu d'échanges avec mon père.
05:29J'avais pas forcément suivi ses choix,
05:32j'avais pas forcément accepté.
05:33Et donc, de mes 16 ans à mes 22 ans,
05:37ouais, j'étais plutôt en froid.
05:40Pendant toute sa scolarité,
05:41Camille est une excellente élève.
05:42Elle obtient son bac en 2015,
05:45et elle intègre l'année d'après,
05:46une classe préparatoire littéraire,
05:48dans un grand lycée parisien.
05:50En 2018, elle termine
05:52deux années de prépa très difficiles.
05:54Avant, j'étais toujours une très bonne élève.
05:56Là, avec le monde,
05:57elle arrivait dans une prépa parisienne,
05:59c'est beaucoup plus dur.
06:01Et puis, moi, j'ai l'impression
06:02d'être au bout du rouleau,
06:03alors que dans ces moments-là,
06:05je me dis, mais en fait,
06:07mon père s'est réveillé un matin tout seul,
06:10sans plus personne.
06:11Et moi, je me permets de me dire
06:12que juste la prépa, c'est un truc affreux,
06:14et que j'arrive pas à survivre à ça.
06:18Et donc, je me suis dit,
06:19il faudrait vraiment que je lui parle,
06:21parce que je pense qu'il a tellement de choses
06:22à me transmettre,
06:24sur une force de vie, en fait,
06:25que je n'ai pas,
06:26et que je voudrais qu'il m'inculque.
06:28Et donc, un soir, je veux dire,
06:30j'aimerais qu'un jour, on en parle.
06:32C'est une invitation,
06:33je sais pas trop comment le dire.
06:34À ce moment-là, ce qui me manquait,
06:35c'était de comprendre
06:36comment mon père avait survécu.
06:39Ce soir de 2018,
06:41Jean-Yves Labrousse décide de raconter à sa fille
06:43ce qui est vraiment arrivé à sa famille
06:45et comment il a réussi à se reconstruire.
06:55En 1983,
06:56Jean-Yves a 15 ans.
06:58Il vit dans l'Oise avec ses parents,
07:00Jean-Jacques et Franciane,
07:01sa grande sœur Caroline, 18 ans,
07:03et son petit frère Fabrice, 12 ans.
07:06Jean-Yves est un adolescent mal dans sa peau,
07:08très mauvais à l'école à cause de son handicap
07:10et ses différents troubles cognitifs.
07:13Le mercredi 5 octobre 1983,
07:15il termine son troisième jour d'apprentissage
07:18dans un salon de coiffure.
07:19Vers 18h30,
07:21sa mère vient le chercher en sortant du travail.
07:23Ils rentrent ensemble en voiture jusque chez eux
07:25dans le petit village de Saint-Martin-le-Neu.
07:28Dans la maison familiale,
07:30Jean-Yves retrouve son père,
07:31sa grande sœur et son petit frère.
07:33Mais il est surpris d'y voir aussi Pascal,
07:35l'ancien petit ami de Caroline.
07:39Pascal, c'est l'ancien petit copain
07:42de ma sœur.
07:43Ils se sont séparés il y a deux mois.
07:45Il est à Panticharcutier au village
07:48et on ne comprend pas pourquoi il est là.
07:51Et il y a Caroline qui descend,
07:53les escaliers,
07:54elle devait finir de préparer quelque chose en cuisine.
07:56Et elle nous dit,
07:57il y a Pascal, son ex-petit copain,
08:00qui s'est proposé de préparer à manger
08:02pour ce soir.
08:04Et donc, elle explique que ça évitera à maman
08:06de se reposer, en tout cas.
08:09De passer une bonne soirée.
08:12Donc, maman est surprise,
08:13mais puisque Caroline lui dit,
08:14elle a confiance en sa fille.
08:16Donc, elle invite cet apprenti charcutier
08:19à rester à manger,
08:20puisqu'il avait préparé à manger.
08:21Et il décline, il dit,
08:22non, j'ai une autre invitation,
08:23j'ai un autre rendez-vous,
08:24et je vous remercie,
08:25mais je ne peux pas rester.
08:27Bon, d'un autre côté,
08:28comme la séparation avait été compliquée,
08:30elle est contente,
08:31elle se débarrasse une sorte de fardeau,
08:35d'un pot de colle, on va dire.
08:36Le repas se passe bien.
08:37Je raconte, mais est-ce que j'ai fait la journée ?
08:40Et chacun y va de son anecdote,
08:42de sa journée,
08:43et ça se passe plutôt bien,
08:44jusqu'au moment où mon papa est pris de fatigue,
08:49malaise,
08:49ce n'est pas son genre.
08:51Donc, il va avoir ce malaise,
08:52et ça ne lui ressemble pas du tout.
08:53Et là, maman va dire,
08:54c'est moi qui suis assez surprenante,
08:55je ne comprends pas pourquoi elle dit ça, d'ailleurs.
08:57Elle dit, Pascal nous a drogués.
09:02Et là, bon,
09:04je ne comprends pas.
09:05Et après, chacun,
09:06on est pris de fatigue.
09:09La soirée, c'est courte,
09:10et chacun rejoint sa chambre.
09:12Je vais m'endormir,
09:13et je suis réveillé dans la nuit,
09:15je ne sais pas à quelle heure il est.
09:17Je me réveille,
09:19black out,
09:20pas de lumière,
09:21pas un bruit.
09:22Je suis engourdi dans mon corps.
09:24Je me lève,
09:25je réussis à traverser la chambre
09:27que je partage avec mon frère.
09:28Je me retrouve dans le couloir.
09:30Là, dans le couloir,
09:31j'entends une respiration bestiale.
09:33Je ne comprends pas.
09:34Et là, dans le noir,
09:35je vois quelque chose qui brille.
09:36Je n'arrive pas à déterminer ce que c'est.
09:38Donc, je me dis,
09:39est-ce que je rêve ?
09:40Et là, je me fais poignarder.
09:44Je me fais poignarder.
09:46Je vacille sous le choc et la douleur.
09:50On m'assiede un autre coup.
09:51Deuxième coup, troisième coup,
09:52il atteint la cuisse,
09:53et on me laisse pour mort.
09:55On me laisse pour mort par terre.
09:58Je vais me réfugier à l'étage.
10:00Je vais...
10:01Je n'essaie de pas respirer.
10:02Je vais entendre ma soeur se faire massacrer.
10:05Je vais entendre quelqu'un lui parler.
10:07C'est une voix que je connais.
10:09Je vais m'évanouir.
10:11Je vais m'évanouir.
10:12Je vais me réveiller.
10:15Et je vais me dire,
10:15il faut que tu bouges,
10:16parce que peut-être que tu as été repéré là.
10:18Je vais me cacher dans les combles
10:19qui ne sont pas terminées.
10:20Et là, j'entends mon petit frère, Fabrice.
10:22Ça venait du rez-de-chaussée.
10:24Et mon petit frère, Fabrice,
10:26il supplie Pascal.
10:29Il dit, Pascal, ne me tue pas.
10:31Et des coups.
10:33Et plus rien.
10:34Je m'évanouis.
10:36Et quand je me réveille,
10:37je me réveille à cause de la fumée.
10:40Et là, ça pique les yeux.
10:41J'ai du mal à respirer.
10:42Je me dis, il faut que tu partes.
10:43Il faut que tu partes,
10:44parce que là, c'est dangereux,
10:45parce qu'il y a l'assassin qui est là.
10:48Et en plus, la maison brûle.
10:49Je descends les escaliers.
10:50Je suis en face à un brasier.
10:52Et là, au courant de l'horreur,
10:54je me rends compte que
10:56maman est en train de brûler dans les flammes.
10:58Et là, je vacille sous l'horreur.
11:02Je trébuche dans le corps de mon petit frère.
11:05Et la porte est ouverte,
11:06je me trouve dehors.
11:11Jean-Yves sort tant bien que mal de la maison.
11:13Il a le ventre ouvert.
11:15Il se dirige vers le domicile
11:16de ses grands-parents maternels
11:18qui habitent à quelques mètres de là,
11:20dans la même rue.
11:21Il découvre alors deux corps au sol,
11:23sur la chaussée.
11:24Ses grands-parents ont eux aussi été tués
11:26à coups de couteau.
11:27Ils étaient en train de se rendre chez Jean-Yves
11:29car sa mère les avait alertés par téléphone
11:31avant son décès.
11:33Puis, Jean-Yves aperçoit son oncle
11:35qui habite tout près.
11:36Il est en train de parler à Pascal Dolic,
11:38le meurtrier,
11:39qui essaye de faire croire
11:40que c'est le père de famille
11:42qui a tué tout le monde.
11:44Jean-Yves intervient,
11:45puis il s'évanouit.
11:46Il se réveille quelques heures plus tard,
11:49le 7 octobre 1983,
11:51dans une chambre d'hôpital.
11:55Je me retrouvais avec un pansement
11:58et je me disais pourquoi j'ai ce pansement
12:00sur le ventre.
12:02Qu'est-ce que j'ai fait comme bêtise ?
12:03Ma grand-mère paternelle qui est là,
12:06je lui pose comme question
12:07comment vont papa et maman ?
12:08Il me dit, ils vont bien, ils arrivent.
12:10Et je me rassure, je me dis,
12:12parce que j'ai des flashs,
12:13comme je suis dans le déni,
12:14je me dis que ce que j'ai vu,
12:15ce n'est pas la réalité.
12:16C'est un cauchemar.
12:17Je suis très fatigué.
12:19La journée, je vais avoir pas mal
12:19de périodes de sommeil.
12:21Et à chaque fois,
12:22dans ces périodes de sommeil,
12:23j'imagine,
12:24en retournant à la maison
12:25et retrouver mes parents
12:27par le biais d'une trappe,
12:29d'une cachette,
12:29de retrouver ma famille
12:31s'aînée sauve,
12:33les prendre dans mes bras
12:34et passer un moment heureux ensemble.
12:38Sauf qu'à la fin de la journée,
12:39je me rends compte,
12:40à l'évidence,
12:41que tout ça,
12:42ce ne sont que des rêves.
12:44Une main lourde va frapper à la porte,
12:46deux gendarmes vont rentrer
12:48et au travers de leurs questions,
12:50je me rends compte
12:51que ce que j'ai vécu
12:52était malheureusement
12:54la triste vérité.
12:55Les gendarmes entendent Jean-Yves
12:57et placent Pascal Delic
12:58en garde à vue.
12:59Il avoue tous les crimes
13:00et il est placé
13:01en détention provisoire.
13:03Jean-Yves a été poignardé
13:04plusieurs fois au ventre
13:05mais par miracle,
13:07aucun organe vital
13:08n'a été touché.
13:09Il est opéré de ses blessures
13:10et il s'en sort.
13:12Pendant les mois de convalescence,
13:14les flashs de cette nuit d'horreur
13:15se multiplient.
13:16Les flashs vont devenir incessants
13:19et mes jours vont devenir
13:21pire que minuit
13:22puisque en pleine journée,
13:24je pourrais revivre
13:26les moments que j'ai vécu
13:28le 6 octobre.
13:29Les avoir entendus
13:31se faire massacrer
13:32tour à tour
13:35telle des bêtes,
13:36c'est compliqué.
13:38C'est compliqué,
13:39d'autant plus que je me dis
13:40pourquoi moi j'ai réussi à vivre ?
13:42Pourquoi moi qui suis handicapé,
13:44j'ai réussi à vivre ?
13:45Pourquoi ?
13:46Qu'est-ce que j'ai de plus
13:47que les autres ?
13:49Jean-Yves sort de l'hôpital.
13:51Il est accueilli
13:51par sa grand-mère paternelle
13:53puis par un oncle et une tante
13:54qui vont devenir
13:55ses tuteurs légaux.
13:56Pour tenir,
13:57il décide de se donner
13:58des objectifs.
13:59Il trouve un nouveau salon
14:00de coiffure
14:01pour faire son apprentissage
14:02et il obtient son CAP.
14:04Le 31 mai 1989,
14:07presque 6 ans
14:08après les meurtres,
14:09le procès de Pascal Dolic
14:10s'ouvre devant
14:11la cour d'assises de l'Oise.
14:13Jean-Yves a 21 ans.
14:15Il témoigne à la barre
14:16en regardant
14:17l'ancien petit ami
14:18de sa sœur
14:18dans les yeux.
14:19Le 6 juin,
14:21Pascal Dolic
14:22est condamné
14:22à la réclusion criminelle
14:23à perpétuité
14:24avec une période
14:25de sûreté de 18 ans.
14:26C'est le maximum légal
14:28de l'époque.
14:29Au terme du procès,
14:30l'avocat de Jean-Yves
14:32lui conseille
14:32d'essayer d'oublier
14:33et d'avancer.
14:37Je vais essayer
14:38de faire ça.
14:38Donc je vais mettre
14:39en place
14:39une hyperactivité.
14:41Et là,
14:43je vais me mettre
14:44au sport,
14:45je vais rencontrer...
14:46Les femmes
14:46vont me permettre
14:47d'avancer,
14:48de prendre goût
14:49à la vie.
14:50Et puis l'hyperactivité
14:51va me permettre
14:52d'éviter les flashs.
14:54Jean-Yves s'installe
14:55dans un petit appartement
14:56à Beauvais.
14:56Il rencontre
14:57une jeune femme,
14:58Adriane,
14:58et il décide
14:59de lui parler brièvement
15:00de ce qui est arrivé
15:01à sa famille.
15:02Je lui en parlais
15:02mais je sens rentrer
15:04dans les détails.
15:05Comme moi,
15:06je revite chaque jour
15:07cette horreur.
15:08J'ai toujours peur
15:09d'aller trop loin.
15:11Et je vis un moment
15:12qui est assez heureux.
15:14Donc je n'ai pas envie
15:15de gâcher tout ça
15:15par ce côté horrible
15:18de ce que j'ai vu
15:19et vécu
15:20cette nuit-là.
15:21Ils se marient
15:22en 1994.
15:24Trois ans plus tard,
15:25ils ont une première
15:26petite fille, Camille.
15:27Quand elle grandit,
15:29Jean-Yves refuse
15:29de lui parler
15:30de son histoire.
15:31Je revis tous les jours,
15:32ça, c'est tellement horrible
15:33que je me dis
15:34comment une enfant
15:35va pouvoir digérer ça.
15:37Est-ce que ça va pas
15:38être un choc
15:38puisque l'école,
15:39ça se passe bien ?
15:40Est-ce que ça a presque pas
15:41de briser quelque chose ?
15:42Comme moi,
15:43mon escolarité s'est mal passée.
15:44J'ai peur de bouleverser
15:47son équilibre.
15:48C'est une petite fille
15:49qui est heureuse,
15:50qui va bien,
15:51qui est contente
15:51d'aller à l'école,
15:52d'apprendre.
15:53Et j'ai vraiment peur
15:53de gâcher quelque chose.
15:55Les parents sont là
15:56pour protéger les enfants
15:57et le seul but,
15:57c'était de la protéger.
15:59Yann ont une deuxième
16:00petite fille.
16:01En 2005,
16:03Pascal Dolic sort de prison
16:04après 19 ans de détention.
16:06Et Jean-Yves a peur
16:07qu'il vienne s'en prendre
16:08à ses enfants.
16:09Avec sa femme,
16:10ils mettent tout en place
16:11pour que leur fille
16:12ne se retrouve jamais seule
16:13sans la protection
16:13d'un adulte.
16:15En 2008,
16:16Jean-Yves fête ses 40 ans
16:18et il le vit très mal.
16:19Mes parents me manquent
16:20et j'ai dépassé
16:21un peu l'âge
16:23de mes parents
16:23et je avance
16:24vers quelque chose
16:25que je ne connais pas
16:25puisque je ne les ai pas vus
16:26après cet âge-là.
16:28j'ai besoin
16:29de mes racines.
16:30Je suis dans un milieu social
16:31plus élevé
16:32que celui de mes parents
16:32qui était un milieu
16:33plutôt populaire.
16:34J'ai l'impression
16:35de m'être perdu.
16:36Je vais rencontrer une femme
16:38et je me dis
16:38je ne peux pas
16:39tromper ma femme
16:39parce que je vais
16:41à l'encontre
16:42de toutes mes valeurs
16:42de fidélité
16:44et tout ça.
16:45Je me dis
16:46que je suis un père indigne
16:46qu'est-ce que je vais faire
16:47subir à mes enfants ?
16:48C'est très compliqué
16:49mais des idées noires arrivent
16:50j'ai des idées
16:52de suicide.
16:53Donc
16:55comme après le décès
16:56de mes parents
16:57où je me suis accroché
16:58au cou
16:59de jeune fille
17:00enfin sans se figurer
17:02et bien là
17:03je vais m'accrocher
17:04au cou
17:04de cette femme
17:05et essayer
17:06d'avancer
17:07de continuer à avancer
17:08pas par pied.
17:09J'ai divorcé
17:10ça a été compliqué
17:11puis Nib
17:12me suis retrouvé
17:12séparé de mes enfants
17:13j'avais l'habitude
17:14de conduire Camille
17:15à l'école
17:15je me retrouvais seul.
17:1625 ans après le meurtre
17:17de sa famille
17:18Jean-Yves n'a jamais cessé
17:19d'avoir des flashs
17:20de cette nuit-là.
17:21Il fait une dépression
17:22en 2015
17:23il est arrêté
17:24et commence une psychothérapie.
17:26Je vais voir un psychiatre
17:27je dis
17:28il y a vraiment
17:29un gros problème
17:31je fais un gros travail
17:32sur moi
17:33je commence
17:33un gros travail
17:34sur moi
17:34que je n'avais jamais fait
17:35je me rends compte
17:35que j'avais voulu
17:37porter sur mon dos
17:38tout ce poids
17:39de la disparition
17:40de mes parents
17:40et je me dis
17:41que là
17:42il faut
17:44faire quelque chose
17:44je ne peux pas
17:45continuer comme ça
17:45et un soir
17:46je vais être invité
17:47au restaurant
17:48avec Camille
17:48et Camille
17:49va me dire
17:50papa
17:50est-ce que tu pourrais
17:51me parler
17:51de ton histoire ?
17:55Ce soir de 2018
17:57quand Jean-Yves raconte
17:58son histoire
17:58à sa fille
17:59Camille tombe des nues
18:01elle n'imaginait pas
18:02que son père
18:02ait pu traverser
18:03tout ça.
18:07C'est affreusement
18:08dur à entendre
18:10parce que je vois
18:10pour la première fois
18:11mon père me raconter
18:13et revivre chaque instant
18:13et ça
18:14c'est dévastateur
18:16sur le moment.
18:17il y avait
18:18l'image moi
18:19d'un père
18:20qui était volage
18:21qui n'avait pas su
18:22être le père
18:23du foyer
18:24je ne me rendais pas compte
18:25en fait
18:25de tout ce qu'il avait
18:26traversé
18:27pour en être là
18:27où il était
18:28et donc en fait
18:29en ayant tout ce recul
18:31ça donnait une perspective
18:32à sa vie
18:32qui était complètement différente
18:34sur le coup
18:34j'essaie de prendre sur moi
18:35je ne vais pas pleurer devant lui
18:37je me dis
18:37la seule chose
18:38que je dois être
18:38c'est juste être forte
18:39pour l'écouter à ce moment-là.
18:40Camille est bouleversée
18:41par l'histoire de son père
18:42elle rentre chez elle
18:43le soir même
18:44et s'effondre en pleurs
18:455 ans plus tard
18:47le 1er février 2023
18:48elle reçoit un sms
18:50de Jean-Yves
18:50il lui dit
18:51qu'il voudrait publier
18:52un livre
18:52pour raconter son histoire
18:55et il me dit
18:55je crois que tu es la seule personne
18:57à qui je fais assez confiance
18:58pour écrire mon histoire
19:00et je crois que ce serait
19:01une super belle aventure
19:02aussi pour nous deux
19:02en tant que père et fille
19:04sur le coup
19:04je vois le message
19:05je dis non
19:07ça m'effraie
19:08parce que je me rappelle
19:09l'état dans lequel
19:09j'étais la première fois
19:10quand il m'a juste raconté
19:11des bribes de son histoire
19:13et du coup
19:14au début je dis non
19:15et après en fait
19:16je me rends compte
19:17qu'il y a non seulement
19:19une main tendue de mon père
19:20que j'ai envie quand même
19:21d'attraper
19:23mais qu'il y a aussi
19:23un énorme travail
19:24aussi sur un sujet
19:25que j'ai pas essayé
19:27de comprendre
19:27qui est celui de
19:28qu'est-ce que factuellement
19:29est l'histoire de ma famille
19:30qu'est-ce qui s'est passé
19:32vraiment remettre un contexte
19:34Camille finit par accepter
19:36elle décide d'écrire ce livre
19:38avec une amie à elle
19:39qui est journaliste
19:40Constance Bostowen
19:41le 26 octobre 2023
19:43L'écho des ombres
19:45est publié aux éditions Mareuil
19:46Jean-Yves et Camille
19:47sont interviewés
19:48dans plusieurs médias
19:49à l'occasion
19:50de la sortie du livre
19:51j'ai vu mon père
19:53s'illuminer
19:53vraiment
19:54prendre possession
19:55de son histoire
19:55je le revois sortir
19:57de BFM
19:58la première fois
19:58enfin de nos premiers plateaux
20:00il rayonnait
20:01mon père est plutôt
20:02quelqu'un de
20:04pas très sûr de lui
20:05et là je le sentais fort
20:07enfin il était vraiment
20:08je suis maître
20:08de mon destin
20:10et je suis fort
20:14ça m'a permis
20:15de poser mes bagages
20:16et pouvoir être
20:17plus léger
20:18aller mieux
20:19ça a permis
20:21d'accueillir
20:22les flashs
20:24de les accueillir
20:25que ce ne soit plus
20:26une terreur
20:27quand je les vois
20:27je dis bonjour maman
20:29bonjour
20:31bonjour Fabrice
20:32bonjour Caroline
20:34il y a un côté thérapeutique
20:36ce livre c'est l'histoire
20:37d'un papa
20:38qui veut transmettre
20:38son histoire
20:39à sa fille
20:40afin qu'elle puisse
20:41connaître ses racines
20:42pour pouvoir construire
20:43sa vie d'adulte
20:45ça a permis
20:46de se comprendre
20:47oui bien sûr
20:48c'est permis de se comprendre
20:48de se rapprocher un peu
20:49bien sûr
20:51il y a ce
20:52je te comprends
20:53qui est dans notre regard
20:54et dans nos mots
20:56et ça c'est
20:57c'est fort aussi
20:59entre nous
21:21Ambre en faisant ce reportage
21:23Camille t'a raconté qu'au départ
21:24il y a plusieurs membres
21:26de la famille
21:26qui étaient plutôt réticents
21:28à l'idée de raconter
21:29tout ça dans un livre
21:30oui c'est ça
21:31elle m'a raconté
21:31qu'au moment où ils ont eu
21:33le projet de faire ce livre
21:34ça n'a pas été simple
21:36de le faire accepter
21:37au reste de la famille
21:37de Jean-Yves
21:38à la famille moins proche
21:40parce qu'en fait
21:41beaucoup ne comprenaient pas
21:42pourquoi ils avaient
21:44besoin de faire ressurgir
21:45cette histoire
21:46après autant de temps
21:47et besoin de remuer
21:48le passé comme ça
21:49et beaucoup aussi
21:50avaient peur
21:51qu'avec ce livre
21:52Pascal Dolic
21:52le meurtrier
21:53s'en prenne à Jean-Yves
21:55ou à sa famille
21:56donc voilà
21:56ils ont eu un peu de mal
21:58à faire comprendre
21:58à leurs proches
21:59que ce livre était nécessaire
22:00pour eux
22:01pour Jean-Yves
22:01pour qu'il aille mieux
22:02mais Camille m'a dit
22:03que depuis la sortie du livre
22:04ça allait beaucoup mieux
22:05et leur démarche
22:06était mieux comprise aujourd'hui
22:07on l'entend en tout cas
22:08à la fin de ce sujet
22:09le fait d'écrire ce livre
22:11a rapproché à nouveau
22:13Jean-Yves et Camille
22:13oui les deux me l'ont dit
22:15depuis l'écriture de ce livre
22:16ils se sont rapprochés
22:17alors ils ne se voient pas
22:19beaucoup plus qu'avant
22:19parce qu'ils n'habitent pas à côté
22:20et qu'ils ont chacun leur vie
22:22mais c'est vrai
22:23que leur relation a changé
22:24avec ce livre
22:24et qu'ils ont l'impression
22:25de mieux se connaître
22:26et de mieux se comprendre
22:27surtout
22:28Merci Ambre Rosala
22:30et merci à Benjamin Dervaux
22:32pour son aide
22:32je redonne les références
22:33de ce livre
22:34L'écho des ombres
22:35récit d'un survivant
22:36aux éditions Mareuil
22:38livre co-écrit
22:39avec Constance Bostoen
22:41cet épisode de Code Source
22:42a été produit par Thibaut Lambert
22:43et réalisé par Julien Moncouquiol
22:45Code Source
22:46est le podcast quotidien
22:47d'actualité du Parisien
22:49nous vous proposons
22:50deux autres podcasts
22:51Crime Story
22:52chaque samedi
22:53et Le Sacre
22:54nouveau podcast
22:55consacré aux Jeux Olympiques
22:57chaque mercredi
22:58jusqu'à Paris 2024
22:5924 médaillés d'or olympique
23:01racontent leur chemin
23:02vers le Sacre
23:03au micro d'Anne Lorbonnet
23:04Sous-titrage Société Radio-Canada
23:07Sous-titrage Société Radio-Canada
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