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Maltraité pendant des années par plusieurs familles d’accueil, ce militant associatif se bat pour essayer d’aider les enfants placés par l’ASE. Lyes Louffok a accepté de revenir sur son parcours difficile au micro d’Ambre Rosala.

Dans ce podcast : Lyès Louffok 27 ans est un militant associatif il se bat pour essayer d'aider les enfants placés par l'aide sociale à l'enfance. Lui-même a connu cette situation, ballotté de foyer en famille d'accueil il a souvent été confronté à des personnes maltraitantes, il a été victime de violences et de viols. L'histoire de Lyès Louffok a fait l'objet d'un téléfilm très remarqué en novembre sur France 2 et il a accepté de témoigner aujourd'hui dans Code source.
Lyès Louffok me donne rendez-vous dans les bureaux de l'association pour laquelle il travaille. Pour les jeunes qui sortent de l'aide sociale à l'enfance. Je découvre un jeune homme au visage enfantin avec des yeux très noir et un sourire chaleureux nous nous installons dans une petite salle à côté de son bureau et il commence à me raconter.
Lyès est né le 3 novembre 1994, comme sa mère à une maladie psychiatrique et que son père ne l'a pas reconnu Lyès est pris en charge dès sa naissance par l'aide sociale à l'enfance l’ASE. Il est placé en pouponnière jusqu'à ses 18 mois puis il est placé en famille d'accueil dans un petit village des Yvelines chez Denise et son mari. C'est une femme qui aime beaucoup les enfants donc est très proche des enfants…

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian.

#foyers #ASE #enfants

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News
Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12L'IS Loufoque, 27 ans, est un militant associatif.
00:15Il se bat pour essayer d'aider les enfants placés par l'aide sociale à l'enfance.
00:21Lui-même a connu cette situation, balotté de foyers en famille d'accueil.
00:25Il a souvent été confronté à des personnes maltraitantes et il a été victime de violences et de viols.
00:31L'histoire de l'IS Loufoque a fait l'objet d'un téléfilm très remarqué en novembre sur France 2
00:35et il a accepté de témoigner aujourd'hui dans Codesources au micro d'Ambre Rosala.
00:40Elle l'a rencontré au siège de l'association Repères à Paris.
00:51L'IS Loufoque me donne rendez-vous dans les bureaux de l'association pour laquelle il travaille.
00:55Repères, un réseau d'entraide pour les jeunes qui sortent de l'aide sociale à l'enfance.
00:59Je découvre un jeune homme au visage enfantin, avec des yeux très noirs et un sourire chaleureux.
01:05Nous nous installons dans une petite salle à côté de son bureau et il commence à me raconter.
01:10L'IS est né le 3 novembre 1994.
01:13Comme sa mère a une maladie psychiatrique et que son père ne l'a pas reconnu,
01:17l'IS est pris en charge dès sa naissance par l'aide sociale à l'enfance, la ZE.
01:21Il est placé en pouponnière jusqu'à ses 18 mois, puis il est placé en famille d'accueil,
01:25dans un petit village des Yvelines, chez Denise et son mari.
01:29C'est une femme qui aime beaucoup les enfants, donc elle est très proche des enfants.
01:33Il y avait une grande maison avec un jardin, j'avais mon petit espace dans le potager,
01:36j'avais toujours plein de peluches.
01:38C'était quelqu'un qui avait vraiment un rôle de mère pour moi.
01:41C'est d'ailleurs, je crois, la première femme que j'ai vraiment identifiée comme étant mon parent.
01:47Moi, je ne savais même pas, j'avais pas du tout connaissance que ma mère biologique existait.
01:52Et donc, pour moi, c'était vraiment ma figure, celle qui était ma mère.
01:57L'IS reste chez Denise jusqu'à ses 5 ans.
01:59Puis Denise et son mari décident de déménager dans le sud-est de la France,
02:03en imaginant qu'ils vont pouvoir emmener l'IS avec eux.
02:06Mais l'aide sociale à l'enfance refuse,
02:08estimant qu'il doit rester près de sa mère biologique qu'il ne connaît pourtant pas.
02:12L'éducatrice de l'ASE qui s'occupe du dossier de l'IS vient alors le chercher
02:16et l'emmène dans sa nouvelle famille d'accueil.
02:19Je me souviens d'une grande dame blonde qui ouvre la porte,
02:22donc ça allait être ma nouvelle famille d'accueil,
02:23de ses enfants qui m'attendaient en haut des escaliers.
02:26Alors, ils avaient tous des pistolets à billes, etc.
02:28Donc, ça me faisait déjà un petit fait tuer à ce moment-là, donc welcome.
02:31La famille d'accueil me fait monter les escaliers pour avoir accès à l'étage supérieur de la maison,
02:36où il y a toutes les chambres.
02:37Et là, elle me montre la pièce dans laquelle je vais passer le reste du temps.
02:41Je ne peux pas qualifier ça d'une chambre, parce que c'était une pièce,
02:44il n'y avait pas de meuble, il y avait juste un morceau de polystyrène à même le sol.
02:48Et puis après, elle m'a enfermé là-dedans.
02:53Je vivais quasiment 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, dans cette pièce.
02:57Je n'avais pas accès aux toilettes, etc.
02:58Donc, j'étais enfermé dans la pièce.
03:00Et donc, à chaque fois, quand au bout de deux jours,
03:02elle rouvrait la porte pour me donner à manger ou autre,
03:06elle voyait que j'avais fait mes besoins sur moi, donc ça puait, évidemment.
03:09Et là, c'était le moment pour elle d'exprimer son sadisme, en fait.
03:12C'est-à-dire qu'elle me faisait prendre des douches glacées,
03:15des douches très chaudes, brûlantes.
03:18Et puis, j'avais le droit à des coups.
03:19Ça l'agacait, parce que du coup, elle devait, après, nettoyer les pyjamas, etc.
03:23Et en fait, elle ne comprenait pas que juste, en fait, j'étais enfermé.
03:26Donc, je n'avais pas accès aux toilettes.
03:28Donc, pour moi, c'était une sadique.
03:31Ce qui a été le plus dur, c'était surtout de ne pas sociabiliser.
03:34Normalement, c'est un âge où tu vas à l'école maternelle et puis après au CP.
03:38Ça ne s'est pas fait.
03:38Moi, je n'avais pas accès à l'école maternelle.
03:40J'étais enfermé toute la journée là-dedans.
03:45Comme l'éducatrice de l'IES tombe gravement malade,
03:48une de ses collègues récupère son dossier,
03:50sans jamais se déplacer pour voir comment ça se passe dans sa famille d'accueil.
03:54Au bout de deux ans, elle finit par aller voir l'IES,
03:57découvre qu'il est maltraité et le retire aussitôt de cette famille d'accueil.
04:01L'IES est alors placée dans la seule famille où il y a de la place à ce moment-là,
04:05chez une femme à qui l'Azeu a refusé, deux semaines plus tôt,
04:08l'adoption d'une petite fille placée chez elle juste avant lui.
04:11Quand l'IES arrive, cette dame est très triste
04:14et lui est complètement traumatisé par ce qu'il a vécu dans sa famille d'accueil précédente.
04:18Tout de suite, j'ai eu, du fait des traumatismes que j'ai subis,
04:22une expression de ces traumatismes par la violence ou par l'agressivité.
04:25Et ça, elle ne le comprenait pas.
04:26Elle pensait que c'était dirigé vers elle, que c'était à cause d'elle en fait.
04:30Et donc très vite, notre relation, elle s'est transformée un peu en rapport de force, en conflit.
04:35Moi, j'étais dans une opposition constante.
04:37Et voilà, donc elle a eu du mal à le gérer.
04:39Et la décision de la pédoptiquiatre de l'être soucière en France
04:43a été de me coller sous Valium, sous Tertian et sous Risperdal.
04:47Et moi, ça, c'était encore pire parce que je voyais la transformation de mon corps.
04:51Je me voyais grossir.
04:52Je me voyais... Je me sentais apathique, un peu mou.
04:56Enfin, je ne me sentais plus moi-même.
04:58Au même moment où on me colle sous cachet
05:00pour que le quotidien de la famille d'accueil soit un peu plus gérable,
05:02on me fait découvrir ma mère biologique.
05:04Et là, on me dit « Coucou, t'as une mère ? »
05:07Et en plus, ta mère est complètement cinglée.
05:12C'était une femme qui, de par sa maladie,
05:15pouvait être très agitée, incohérente dans ses profos, parfois agressive.
05:19Et moi, je me disais « Mais c'est pas possible, en fait.
05:21Cette dame, c'est elle, c'est à cause d'elle que je prends des médicaments.
05:23C'est à cause d'elle qu'en fait, je suis moi-même cinglé. »
05:26Moi, j'ai commencé à intégrer le fait que j'étais fou, comme elle.
05:28Et ça, ça a été très désagréable,
05:30parce que je l'en ai beaucoup voulu, du coup, après, à cette dame.
05:32Pour moi, c'était à cause d'elle que j'étais dans cette situation-là.
05:35Liès se met à fuguer régulièrement.
05:38À seulement 9 ans,
05:39il prend son vélo dès que sa famille d'accueil a le dos tourné
05:41et part se promener en forêt pendant des heures,
05:44sans que personne ne sache où il se trouve.
05:46L'Azeu commence à s'inquiéter
05:48et décide, quand il fête ses 10 ans,
05:50de le placer dans un foyer à Sartrouville,
05:52en Ile-de-France,
05:53où habite déjà une quarantaine d'enfants de tous les âges.
05:57Le premier jour où j'arrive dans ce foyer,
05:59l'éducatrice me reçoit avec mon éduc de l'Azeu,
06:02m'explique les règles, etc.,
06:03et fait venir un enfant placé du foyer
06:05pour qu'il me fasse visiter les locaux, en fait.
06:08Très vite, il me montre la chambre dans laquelle je vais vivre,
06:11et c'était un dortoir de 6.
06:13Moi, j'arrive avec toutes mes plus,
06:14j'étais un enfant en plus efféminé,
06:16donc forcément, il y avait tout de suite
06:19un peu une étiquette de victime
06:20qui était collée sur mon front.
06:21Et dans ce foyer, il y avait un bisutage
06:23qui était fait un peu à tous les nouveaux,
06:25et particulièrement aux plus faibles,
06:27qui consistait à leur pisser dessus la première nuit.
06:29Donc, moi, la première nuit,
06:31il y a un groupe de jeunes
06:32qui se sont positionnés autour du lit
06:35et qui se sont amusés à me pisser dessus.
06:37Ça, ça m'a traumatisé.
06:38Ça m'a traumatisé, je me suis dit
06:39« Mais où est-ce que j'ai foutu les pieds, en fait ? »
06:41« C'est quoi ce délire, quoi ? »
06:46Très vite, j'ai compris que la violence était partout.
06:50Moi, j'ai vu des plus grands
06:52faire bouffer parfois leur caca aux plus petits,
06:54des éducateurs qui nous faisaient nettoyer
06:56les toilettes avec notre brosse à dents,
06:57mais sans nous les changer derrière,
06:59enfin, que des choses comme celle-ci, en fait.
07:00Donc, j'ai découvert la violence entre enfants.
07:02Par exemple, il y a de la violence sexuelle.
07:05Moi, j'en ai été victime la première année
07:07où j'ai été placé dans ce foyer.
07:08Il y avait des jeunes qui forçaient
07:10des plus petits à pratiquer des fellations.
07:13Moi, un week-end, j'avais découvert
07:15un petit enfant handicapé mental
07:18être violé par un jeune qui avait 17 ans.
07:20Donc, je l'ai vu être sodomisé devant mes yeux.
07:23Et c'est des choses que j'ai moi-même pu vivre, en fait.
07:25Et là-bas, c'était extrêmement banalisé.
07:31J'avais une copine dans ce foyer
07:33qui était un peu grande gueule,
07:34qui était courageuse
07:34et qui n'avait pas peur de dire les choses.
07:36Quand elle l'avait dénoncé
07:38avoir été violée par un jeune du foyer
07:39pendant plusieurs mois, à plusieurs reprises,
07:42il ne s'est absolument rien passé.
07:44C'est-à-dire que l'enfant,
07:45auteur de ces violences sexuelles,
07:47n'est pas parti.
07:48Ce qui fait que cette gamine, derrière,
07:50s'est fait insulter des putes
07:52à longueur de journée.
07:53Et donc, ça n'inspirait pas du tout confiance
07:55envers les adultes
07:56qui n'étaient pas capables
07:57de gérer ces situations-là.
07:58Et ça, c'est terrible, en fait.
08:00Parce que du coup, ça te laisse
08:01avec un sentiment d'impuissance,
08:03une forme de fatalisme
08:04sur ta propre vie
08:05où tu n'as plus prise sur rien
08:07et où, des fois,
08:08tu te demandes
08:09s'il ne vaut pas mieux crever.
08:11Et malheureusement,
08:11c'est aussi ce qui s'est passé
08:12dans ce foyer.
08:13Il y a une jeune fille,
08:14une ado, Cindy,
08:16qui s'est pendue
08:16au barreau de son lit.
08:24Quand Cindy et Marthe,
08:25la question s'est vraiment posée à moi.
08:27C'est-à-dire,
08:27est-ce que moi aussi,
08:28je vais me suicider
08:30ou est-ce que je vais me battre ?
08:33C'était une question
08:34qui était quotidienne, en fait.
08:36Et il y a un moment,
08:36j'ai arrêté de me laisser faire.
08:38Je me suis dit,
08:38de toute façon, c'est simple.
08:39Tu ne vas pas crever.
08:40Je veux dire,
08:40il y a un moment, ça va.
08:41Et c'est comme ça
08:42que j'ai nourri
08:43un sentiment très singulier,
08:45très particulier
08:46où plus rien ne me faisait peur.
08:48Parce que je crois
08:48que je n'avais plus peur
08:49de mourir à cette époque.
08:50Donc j'étais constamment
08:51dans les bagarres.
08:52J'étais dans des rapports physiques
08:54avec des éducateurs
08:55où on pouvait se cogner dessus.
08:57Il n'y avait vraiment
08:58plus de limites, quoi.
08:59Et là, j'ai basculé.
09:01L'IS devient violent
09:02avec les autres enfants,
09:03mais aussi avec les éducateurs.
09:05Il fugue énormément
09:06et dort à la rue
09:07ou chez des inconnus,
09:08parfois pendant des semaines.
09:10Il continue de voir régulièrement
09:12sa mère biologique,
09:13mais il ne parvient pas
09:14à créer de lien.
09:15La seule chose
09:16qui rend ses visites
09:17obligatoires supportables,
09:18c'est qu'elle lui donne
09:19toujours un peu d'argent
09:20ou quelques cigarettes.
09:22L'IS est déscolarisée
09:23quand il a 14 ans,
09:24alors la directrice du foyer
09:26lui donne chaque jour
09:27une liste de tâches ménagères
09:28à faire pour l'occuper.
09:30Et un matin,
09:31elle l'appelle dans son bureau.
09:33Je me suis dit,
09:34c'est pour me donner
09:35ma liste de tâches ménagères
09:36à faire dans la journée.
09:38Et en fait, pas du tout.
09:39Martine m'annonce
09:39que mon éducatrice de la ZEU
09:41vient me chercher
09:42à 10h,
09:43donc une heure après,
09:44que mes bagages ont été faits
09:46et que je dois partir.
09:48Et donc,
09:48j'ai pu dire au revoir
09:49à personne
09:49et mon éducatrice de la ZEU
09:51est venue,
09:52mes bagages en effet
09:52étaient déjà préparés.
09:54Et c'est dans la voiture
09:54qu'elle m'a annoncé
09:55que j'allais aller
09:56dans le Calvados,
09:57dans un foyer de rupture,
09:58dans une ferme isolée.
10:01L'IS arrive chez ce fermier
10:02où il est le seul enfant placé.
10:04Il découvre sa chambre
10:06recouverte de mégots de cigarettes,
10:08de canettes de bière vide
10:09et où les draps sont très sales.
10:11L'homme lui explique
10:12que pour que tout se passe bien,
10:14l'IS doit l'aider
10:15à travailler à la ferme,
10:16mais qu'il n'a le droit
10:17d'avoir aucun contact
10:18avec l'extérieur,
10:19ni par téléphone,
10:20ni via Internet.
10:22Donc la première semaine,
10:24je joue le jeu,
10:24je me lève tôt,
10:25je travaille, etc.
10:26Et puis après,
10:26j'ai pété un câble en fait.
10:27Donc j'ai attendu
10:28qu'il parte travailler
10:30dans la ferme
10:31pour passer par la fenêtre
10:32de son bureau
10:32qu'il avait malencontreusement
10:33laissée ouverte.
10:34Et là, j'ai chopé le téléphone
10:35et j'ai appelé la sœur
10:36de ma première famille d'accueil,
10:38donc Agathe,
10:39et je lui ai dit
10:40écoute, est-ce que tu peux
10:40m'envoyer des draps ?
10:42C'est dégueulasse et tout.
10:43Donc elle m'a envoyé
10:43des draps par la poste.
10:44Donc c'est là
10:44qu'il a commencé à griller
10:45que je m'étais servi du téléphone.
10:47Donc il m'engueule évidemment.
10:49Il me dit
10:49c'est la dernière fois
10:50que tu n'as pas le droit
10:50de téléphoner,
10:51tu le sais et tout.
10:52Moi, il y a un moment,
10:53j'en avais ras-le-bol
10:53parce que je fumais à cette époque.
10:55Je fumais des cigarettes
10:56mais là-bas,
10:57je n'avais pas de cigarette.
10:57Donc je commençais
10:58à péter un câble en fait.
11:00Et donc j'ai refait ça
11:01une deuxième fois.
11:02Ce que je ne savais pas,
11:02c'est qu'il écoutait
11:03ma conversation
11:03avec l'autre combiné.
11:05Donc il avait grillé
11:06que j'avais pris le téléphone
11:07et il écoutait ma conversation.
11:15Donc j'ai pris le couteau,
11:16je l'ai positionné
11:18près de sa tête
11:19et je lui ai dit
11:19si tu continues
11:20à écouter mes conversations
11:22ou si tu m'empêches
11:23de téléphoner,
11:23je te préviens,
11:24je te bute.
11:25Évidemment,
11:25je suis parti le lendemain.
11:27L'IS est placé
11:28dans un foyer d'urgence
11:28à Versailles
11:29où il reste un mois.
11:30Puis son éducatrice
11:31lui dit qu'elle lui a trouvé
11:33une place dans un foyer
11:33très strict
11:34dans le sud de la France
11:35mais que cette place
11:36n'est disponible
11:37que dans deux semaines.
11:39En attendant,
11:40l'IS,
11:40qui a 15 ans,
11:41est placé
11:42dans une nouvelle famille d'accueil.
11:44Quand j'arrive
11:45dans cette famille d'accueil,
11:46mon éducatrice m'accompagne,
11:48elle me dépose,
11:48etc.
11:49chez elle.
11:50La dame
11:50qui a ouvert la porte,
11:52c'était une petite dame
11:53avec des cheveux
11:54blonds-platines
11:55parce qu'elle faisait
11:56des colorations
11:57et avec un regard dur,
11:59mais méchante.
12:00Je me suis dit
12:00oh putain,
12:01ça va être l'horreur.
12:02Elle a l'air hyper méchante
12:03et tout,
12:03donc je ne sais pas
12:04comment je vais faire.
12:05Pendant deux semaines,
12:06ça va être long.
12:06Et en fait,
12:07elle a attendu
12:07que l'éducatrice se barre
12:09et elle s'est tout de suite
12:10détendue.
12:10Elle me dit
12:11bon alors,
12:12dis-moi pourquoi
12:13t'es là en fait.
12:14Et c'était ouf
12:15parce que
12:15c'était la première fois
12:17de toute mon enfance
12:18qu'une adulte
12:19me demandait
12:20de m'exprimer
12:21sur ce que j'avais compris
12:23de mon placement
12:25et sur les raisons
12:26qui m'ont fait arriver
12:27chez elle en fait.
12:28D'habitude,
12:28t'as toujours l'éduc
12:29qui raconte toute ton histoire
12:31et puis on s'en fout
12:32un peu de te demander quoi.
12:34Voilà,
12:34c'est l'éduc
12:34qui transmet les infos
12:36et puis la famille d'accueil
12:36elle fait avec ce qu'elle a.
12:37Et là,
12:38pour la première fois,
12:39ça s'est passé
12:39complètement différemment.
12:40C'est-à-dire qu'elle a d'abord
12:41cherché à savoir
12:42ce que moi j'avais à dire,
12:43ce que je ressentais
12:44plutôt que d'écouter
12:45ce que l'éducatrice
12:46avait à lui dire.
12:48Et donc,
12:48j'en ai profité instinctivement
12:50pour le déballer
12:51tout ce que j'avais vécu.
12:52Ça a duré des heures
12:53et des heures.
12:54Elle m'a écouté,
12:55elle a été hyper patiente.
12:56C'était très émouvant d'ailleurs
12:58parce qu'il y a des choses
12:59que je lui ai dit
12:59que je n'ai jamais dit
13:00à personne.
13:01Donc,
13:01ça a été la première adulte
13:03à laquelle j'ai pu me confier.
13:06Cette femme fait visiter
13:07à l'IS
13:08sa grande maison
13:09qui comporte de nombreuses pièces
13:10parce qu'elle héberge aussi
13:11plusieurs jeunes majeurs.
13:13L'IS s'installe alors
13:14dans une grande chambre
13:15avec de vastes placards
13:17et une télévision
13:18pour lui tout seul.
13:20Pendant deux semaines,
13:21je n'ai pas du tout
13:21ressenti le besoin de partir
13:23puisque j'étais très bien
13:24avec elle.
13:24J'ai adoré faire les courses,
13:25l'avoir cuisinée.
13:26En plus,
13:27c'était une maison,
13:27il y avait de la vie.
13:29Donc,
13:29c'était vraiment
13:30une ambiance famille.
13:32C'était vraiment
13:32l'espèce de maison du bonheur.
13:34Et donc,
13:35j'ai adoré passer
13:35ces deux semaines avec elle
13:36jusqu'au jour où
13:37l'éducatrice vient
13:38pour me récupérer.
13:39Donc,
13:40elle ouvre la porte
13:40à l'éduc.
13:41L'éduc lui dit
13:41« Bon,
13:41il faut qu'on y aille,
13:42on est pressé,
13:43on a un train à prendre,
13:44etc.
13:45Où sont les bagages de liesse
13:46que je commence à les mettre
13:47dans la voiture ? »
13:48Moi,
13:48je descends,
13:49donc quand j'arrive
13:49à ce moment-là,
13:50je n'avais pas fait
13:50mes bagages,
13:51je n'ai pas fait mes bagages.
13:53Et ma famille d'accueil
13:54lui dit
13:55« Non,
13:55mais de toute façon,
13:56moi,
13:56je ne comprends pas.
13:56Pourquoi vous voulez
13:57le faire partir dans le sud ?
13:58Il est très bien ici.
13:59Il y a une chambre.
14:00Pourquoi vous ne le laissez pas ? »
14:02Et là,
14:02mon éduc lui dit
14:03« Non,
14:03mais Mme Moussa,
14:04ça ne se passe pas du tout
14:04comme ça.
14:05Il y a une décision
14:06qui a été prise.
14:07On attendait qu'une place
14:07se libère dans le sud.
14:09Ils l'attendent.
14:09Donc,
14:10c'est dans le sud
14:10qu'il faut qu'il aille. »
14:11Et là,
14:11elle insiste,
14:11elle se bat.
14:12Elle lui dit
14:13« Moi,
14:13je ne veux pas qu'il parte,
14:14etc. »
14:14Donc,
14:14évidemment,
14:15l'éduc,
14:15ça la fout mal.
14:16Donc,
14:16elle appelle son chef de service
14:18et il lui dit
14:19« Pour une fois que quelqu'un
14:20veut bien de lui,
14:21tu n'as qu'à le laisser là-bas.
14:23J'y suis resté. »
14:26L'IS trouve dans cette famille
14:27d'accueil
14:27une certaine stabilité.
14:29Cette femme le pousse
14:30à reprendre l'école
14:30alors qu'il déteste ça
14:32et l'IS commence
14:33un CAP cuisine.
14:35Et surtout,
14:36elle lui raconte
14:36les histoires
14:37de tous les autres enfants
14:38qui ont été placés
14:39chez elle avant lui.
14:42C'est là où j'ai pris
14:44conscience
14:44que je n'étais pas
14:44un cas isolé.
14:45Et ça,
14:45ça m'a fait du bien
14:46de me dire
14:46que je ne suis pas responsable
14:48de ce que j'ai vécu
14:49ou de ce que je suis,
14:50que je ne suis pas
14:50d'un cas isolé,
14:51que d'autres ont vécu
14:52la même chose.
14:53Et par contre,
14:54ce qui m'a mis en colère,
14:55c'est que personne
14:55n'en parle à part elle.
14:56J'ai cherché sur Internet
14:57pour voir s'il y avait
14:58de témoignages, etc.
14:59Et je n'avais rien trouvé.
15:01Je n'avais rien trouvé.
15:02J'étais démuni.
15:03J'étais triste
15:03devant mon écran.
15:04J'étais triste
15:05de me dire
15:05qu'il n'y a rien.
15:07C'est comme si
15:08on n'existait pas.
15:09Et je me suis dit
15:10que si quelqu'un
15:10un jour fait la démarche
15:12ou en tout cas
15:12est dans la même démarche
15:13que la mienne,
15:14il faut que quelque chose
15:15existe.
15:23L'IS contacte alors
15:25une journaliste
15:25avec qui il entame
15:26l'écriture d'un livre
15:27pour raconter son histoire.
15:29Le jour de ses 18 ans,
15:31la prise en charge
15:31de l'IS par l'aide sociale
15:32à l'enfance se termine.
15:34Il trouve rapidement
15:35du travail
15:35et loue une chambre
15:37dans un foyer
15:37pour jeunes travailleurs.
15:39Son livre,
15:40Dans l'enfer des foyers,
15:41est publié en 2014,
15:43quand il a 20 ans.
15:44Après ça,
15:45il reçoit des milliers
15:46de témoignages de jeunes
15:47qui vivent
15:48ou ont vécu
15:49la même chose que lui.
15:50Il se rapproche alors
15:51de Laurence Rossignol,
15:53la secrétaire d'État
15:54chargée de la famille
15:55qui veut prendre
15:55ce problème à bras-le-corps.
15:57Et ensemble,
15:58il lance une grande concertation
16:00sur la protection
16:00de l'enfance.
16:02Depuis,
16:03l'IS loufoque
16:04milite activement
16:05pour les droits de l'enfant.
16:07Un téléfilm
16:08qui raconte son histoire
16:09est diffusé sur France 2
16:10en novembre dernier
16:11et reçoit plusieurs prix.
16:13Mais 8 ans
16:14après avoir quitté
16:15l'aide sociale à l'enfance,
16:17l'IS estime aujourd'hui
16:18qu'il ne s'en est pas
16:19complètement sorti.
16:23Aujourd'hui,
16:23par exemple,
16:24moi,
16:24je suis très instable
16:25dans ma vie d'adulte,
16:26que ce soit professionnellement,
16:28que ce soit affectivement.
16:29Je suis incapable
16:30de créer une relation
16:32sentimentale,
16:33amoureuse avec quelqu'un.
16:35C'est des problèmes
16:36de cet ordre-là.
16:37Ça va être
16:37une forme
16:38d'inadaptation sociale
16:39parce qu'il y a
16:40parfois
16:40des façons de penser
16:42ou des réflexes
16:43que je n'ai pas.
16:44Donc,
16:44ça a des conséquences
16:45qui ne s'arrêtent pas
16:46à 18 ans
16:47quand le placement
16:47s'arrête
16:48mais qui perdurent
16:48tout au long de la vie
16:49et je vis avec ces conséquences.
16:51Donc,
16:51non,
16:51ça ne va pas.
16:52Non,
16:52je ne m'en suis pas sorti.
16:53Ma vie d'adulte
16:54n'est pas tout autant
16:55merdique que ma vie d'enfant
16:56mais elle comporte
16:57un certain nombre
16:58de problèmes,
16:59de difficultés
17:00qui ne sont pas encore réglés.
17:01C'est comme ça.
17:02Mais par contre,
17:03c'est aussi pour ça
17:04qu'on se bat.
17:05C'est parce que
17:05je connais les conséquences
17:06que ça a sur un enfant.
17:08Je les ai vécues
17:08dans ma chair
17:09mais je connais aussi
17:10les conséquences
17:10que ça a dans nos vies d'adultes
17:12et si on ne prend pas
17:13le problème
17:13de manière urgente
17:14maintenant,
17:15on va faire encore une fois
17:16une génération
17:17de jeunes adultes
17:18ou d'adultes
17:19fracassés
17:19alors qu'on aurait pu l'éviter.
17:27Ambre,
17:28l'IS Loufoque
17:29se consacre aujourd'hui
17:30à temps plein
17:31à son association
17:32qui s'appelle Repair.
17:33Que fait-il concrètement
17:35dans cette association ?
17:36Alors ce qu'il fait
17:37avec cette association
17:38c'est qu'il met en relation
17:39des anciens de l'aide sociale
17:40à l'enfance
17:40donc des anciens enfants placés
17:42avec des jeunes
17:43qui sont actuellement placés
17:44et en fait
17:45ils vont être parrainés
17:46en quelque sorte
17:47et le but c'est vraiment
17:48que les jeunes de la zone
17:49ne se retrouvent pas seuls
17:50qu'ils aient une personne
17:52à qui parler
17:52une oreille attentive
17:53à qui se confier
17:54et qu'ils puissent
17:55donc se confier
17:56si jamais ils se retrouvent
17:58dans des situations
17:58de maltraitance
17:59comme l'IS a pu le vivre
18:01et l'association
18:02va donc les aider
18:03à s'en sortir.
18:04Tu l'as dit
18:04il a déjà raconté son histoire
18:06dans un livre
18:06ensuite adapté
18:07en téléfilm
18:08diffusé sur France 2
18:10l'IS Loufoque
18:11a aussi témoigné
18:12dans plusieurs émissions
18:12de télé
18:13ou encore dans
18:14le Parisien Weekend
18:15comment est-ce qu'il vit
18:16ce rôle de porte-parole
18:18des enfants placés ?
18:19Il m'a confié
18:20Il m'a confié
18:20que ce n'était pas toujours
18:20simple pour lui
18:21c'est assez difficile
18:22de répéter son histoire
18:24comme ça
18:24et que tout le monde
18:25puisse connaître
18:26toute sa vie
18:26soit en regardant la télé
18:28soit en quelques clics
18:29par contre
18:30ce qu'il m'a aussi dit
18:31c'est que c'était un rôle
18:32qu'il assumait pleinement
18:33et que tant que les gens
18:35ne se rendront pas compte
18:36de la manière
18:36dont peuvent être traités
18:37les enfants placés
18:38il continuerait
18:39de raconter son histoire
18:40Et quand on écoute
18:41l'IS Loufoque
18:42à ton micro
18:43Ambre
18:43on se demande
18:44comment cette femme
18:45qu'il a enfermée
18:46dans une pièce
18:47qu'il a aussi mal traitée
18:48a pu avoir le droit
18:49d'accueillir des enfants
18:50Oui, c'est assez étonnant
18:52et c'est justement
18:52ce que l'IS Loufoque dénonce
18:54En fait, ce qu'il m'a expliqué
18:55c'est qu'être famille d'accueil
18:57pour l'ASE
18:57c'est un métier
18:58c'est rémunéré
18:58et donc ça arrive
19:00que certaines familles
19:00le fassent uniquement
19:01dans ce but-là
19:02pour l'argent
19:03sans se soucier
19:04du bien-être
19:04de l'enfant placé
19:05et le problème
19:06que dénonce l'IS
19:07c'est qu'il y a
19:08un gros manque de moyens
19:09à l'aide sociale à l'enfance
19:10et donc
19:11pas suffisamment de contrôle
19:12et malheureusement
19:13il y a des familles
19:14maltraitantes
19:15qui passent sous le radar
19:15Actuellement, une réforme
19:17de l'ASE
19:18l'aide sociale à l'enfance
19:19est examinée par le Parlement
19:20adoption prévue
19:22début 2022
19:23qu'est-ce que ce texte
19:24devrait changer ?
19:25Eh bien justement
19:26parmi les différentes mesures
19:27proposées
19:28il y a celle
19:29d'un meilleur contrôle
19:30des professionnels de l'ASE
19:31ceux qui interviennent
19:32auprès des enfants
19:33et donc
19:34il s'agirait de contrôles
19:35plus réguliers
19:36plus poussés
19:37avant leur prise de fonction
19:38mais aussi après
19:39et surtout
19:40ça prendrait aussi
19:41la forme
19:41d'une meilleure coordination
19:42entre les départements
19:43parce qu'en fait
19:44ce que m'a expliqué l'IS
19:45c'est que l'aide sociale
19:46à l'enfance
19:47ça relève du département
19:48et ça arrive
19:49assez régulièrement
19:50qu'une famille maltraitante
19:52qui est radiée de l'ASE
19:53à un endroit
19:54déménage
19:55change de département
19:55et se retrouve
19:56à prendre en charge
19:57d'autres enfants
19:58dans un autre département
19:59simplement parce qu'il y a
20:01un manque de communication
20:07merci Ambre Rosala
20:08et merci à Marine Brugeron
20:10pour son aide
20:11cet épisode de Code Source
20:12a été produit par
20:13Thibault Lambert
20:14réalisation
20:15Julien Moucouquiol
20:16Code Source
20:17le podcast d'actualité
20:18du Parisien
20:19est disponible
20:19sur toutes les plateformes
20:21nous publions
20:21un nouvel épisode
20:22chaque soir de la semaine
20:23pour n'en rater aucun
20:25n'oubliez pas
20:25de vous abonner
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20:32codesource
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