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Lorsque sa mère a été diagnostiquée atteinte d’une pathologie apparentée à l’Alzheimer, Vincent Valinducq est devenu aidant. Il a dédié tout son temps libre à aider ses deux parents dont sa mère, qui a perdu en autonomie à partir de ses 50 ans.
Vincent Valinducq raconte son histoire dans Code source au micro d’Ambre Rosala, à l’occasion de la 14e journée nationale des aidants, le 6 octobre.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo, Barbara Gouy et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12D'après le ministère de la Santé, en France, environ 10 millions de personnes consacrent au moins une partie de
00:17leur temps à aider un proche en situation de handicap ou qui a perdu en autonomie.
00:22A l'occasion de la journée nationale des aidants, le 6 octobre, on a voulu vous faire entendre le témoignage
00:29de Vincent Valenduc, 42 ans, médecin généraliste et chroniqueur dans l'émission Télématin sur France 2.
00:35Pendant 14 ans, il s'est occupé de sa mère, atteinte d'une maladie apparentée à l'Alzheimer, puis de
00:42son père.
00:42Il vient de raconter son histoire dans un livre intitulé « Je suis devenu le parent de mes parents »,
00:48paru chez Stock, et il a accepté de se confier dans Codesource, au micro d'Ambre Rosala.
01:05Vincent Valenduc vit à Paris, mais il est originaire du Havre, en Normandie, où il est né le 14 octobre
01:101980.
01:12Il a un grand frère, leur mère est femme au foyer, et leur père est docker de père en fils.
01:17Il travaille en tant qu'ouvrier portuaire pour charger et décharger les bateaux qui arrivent ou partent du port du
01:23Havre.
01:24Vincent grandit dans une petite maison, au sein d'une famille soudée, et il me raconte qu'il n'a
01:28manqué de rien.
01:30Après son bac, à 18 ans, il doit choisir sa voie professionnelle.
01:37Moi, mon rêve de gosse, c'est de devenir médecin.
01:39Et quand j'en parle à mon père, mon père, lui, il me dit « Tu sais, pour être médecin,
01:42il faut être fils de médecin.
01:43Nous, on est ouvriers, tu ne pourras pas faire médecine, tu seras docker. »
01:47Et ce n'était pas du tout un manque de confiance en son fils.
01:50C'était plutôt une protection paternelle, parce que la peur de l'inconnu.
01:54Et donc, j'ai grandi avec ce déterminisme social d'où « Tu seras docker, docker sur le port du
02:00Havre. »
02:01Et je suis rentré docker à l'âge de mes 18 ans, à 14 octobre.
02:04C'était un temps assez merdique.
02:06C'était un samedi, il pleuvait, des crachats, c'était l'enfer.
02:10Le temps était froid, il y avait de l'eau partout.
02:12Et mon père m'a accompagné sur le port du Havre pour ma première journée,
02:16où j'ai enfilé mon casque, mes gants, mes bleus qui étaient dix fois trop grands, et des chaussures de
02:21sécurité.
02:22Donc voilà, j'ai grandi dans cet univers sans jamais trop me poser de questions.
02:25Mais comme je n'étais finalement pas trop, trop mauvais à l'école,
02:28j'ai quand même négocié avec mon père pour lui dire « Écoute, ok, je rentre sur le port,
02:31je travaillerai tous les jours, il n'y a pas de souci, mais j'irai quand même à la fac
02:34des sciences du Havre. »
02:36Et comme je n'avais pas fait de biologie depuis des années, je me suis dit « Bon, un petit
02:39plaisir personnel,
02:39je me suis inscrit en fac de bio, alors je n'y comprenais rien. »
02:43Je ne savais pas combien il y a de chromosomes, je ne savais pas ce que c'était qu'une
02:45drosophile.
02:46Mais après, des cours un petit peu intensifs le soir à l'ABU, j'ai rattrapé le niveau.
02:49Et puis pendant cinq ans, j'ai fait ça, Docker sur le port du Havre,
02:52tout en étant à la fac des sciences à la faculté du Havre.
02:55Quand il a 23 ans, il obtient un master de biologie et décide d'arrêter son travail de Docker.
03:00Il s'installe à Paris et travaille dans l'industrie pharmaceutique pendant un an.
03:05À 24 ans, il plaque tout pour réaliser son rêve d'enfant et devenir médecin.
03:09Il s'inscrit à la faculté de médecine de Rouen où il emménage
03:12et il rentre tous les week-ends au Havre pour voir sa famille et réviser ses cours.
03:16En 2009, Vincent est en troisième année de médecine.
03:20Sa mère, Nadine, a 50 ans et tous les week-ends,
03:24elle prend soin de son fils qui étudie longuement enfermé dans sa chambre.
03:30Quand je révisais les week-ends en permanence, ma mère venait me voir dans la chambre.
03:34Donc elle frappait à la porte régulièrement, deux, trois fois par jour.
03:36Et puis elle me demandait à chaque fois qu'est-ce que je veux manger le soir.
03:39Et donc régulièrement, je répondais à la même chose parce qu'il fallait que ce soit efficace et rapide.
03:44Et en fait, à chaque fois, je lui disais des pâtes, des pâtes, des pâtes.
03:47Et quand j'arrivais le soir, j'avais Moussaka.
03:50Et je me disais, tiens, bon, c'est pas grave, elle n'a pas fait attention à ce que je
03:54lui ai dit.
03:54Et puis c'est devenu de plus en plus fréquent.
03:57C'était l'oubli du déjeuner, du dîner.
03:59Et puis après, c'était l'oubli de mettre de la lessive dans la machine à laver.
04:03Et puis parfois, elle oublie qui venait de téléphoner.
04:06Enfin voilà, il y a plein de petites choses qui sont apparues les unes derrière les autres.
04:09Et à partir de là, on s'est dit qu'il se passait quelque chose
04:11parce qu'il y avait mon frère aussi qui l'a repéré et mon père aussi.
04:14Donc on s'est dit qu'il fallait consulter un médecin.
04:17Donc elle a consulté le généraliste.
04:19C'était un premier bilan qui n'a pas montré d'anomalie.
04:22Mais ce n'était pas suffisant finalement parce qu'au fur et à mesure,
04:25les symptômes ont commencé à continuer à gagner du terrain.
04:29Mettre une capsule dans une machine à café, c'était compliqué.
04:32Allumer une télévision, c'était compliqué.
04:34Elle effaçait tout ce qu'elle avait appris depuis l'enfance.
04:36Tout ce que nous, on apprend quand on grandit.
04:37Un enfant qui apprend à faire ses lacets, à servir de sa fourchette,
04:40à mettre un rond dans un rond, enfin bref.
04:41Là, ça commençait à partir petit à petit.
04:45Vincent, son père et son frère, décident alors d'en parler à un neurologue.
04:49Vincent accompagne sa mère à chacun de ses rendez-vous
04:52qui ont lieu régulièrement pour essayer de poser un diagnostic.
04:55En 2012, Vincent déménage à Paris pour son internat de médecine,
04:59mais il reste très présent pour sa mère à distance.
05:02Presque 4 ans après l'apparition des premiers symptômes,
05:05le neurologue explique à Vincent et sa famille que Nadine,
05:08qui n'a que 54 ans, souffre d'une maladie apparentée à l'Alzheimer.
05:12Elle souffre donc de symptômes de cette maladie,
05:14comme la perte de mémoire, mais aussi de symptômes de la maladie de Parkinson.
05:19Nadine a de plus en plus de mal à parler,
05:21à marcher et à effectuer les petits gestes du quotidien.
05:24Et petit à petit, elle ne peut plus rien faire toute seule.
05:27Son mari Denis doit s'en occuper au quotidien pour la laver,
05:31lui donner à manger ou encore l'aider à se déplacer.
05:38J'appelais mon père trois ou quatre fois par jour,
05:40au réveil le matin à 9h, à midi, à 15h l'après-midi,
05:43puis le soir à 20h, 20h30 une fois que ma mère était couchée.
05:47Je gérais à distance les rendez-vous médicaux,
05:49les infirmières, les kinés,
05:52toute la charge mentale de la gestion qui tournait autour de ma mère.
05:56Mon frère, lui, gérait tout de l'administratif sur place,
06:00l'entretien de la maison, la gestion des impôts,
06:02remplir les frégots.
06:04Et donc, moi, je rentrais les week-ends.
06:05Je rentrais les week-ends au Havre, le vendredi soir, samedi, dimanche.
06:08Pour soulager mon père, je rentrais.
06:09Je ne partais plus en vacances non plus, ça s'est terminé.
06:12Dans cette petite maison toute mignonne,
06:14qui d'extérieur, mon père avait adoré entretenir le jardin,
06:17l'herbe était coupée magnifiquement.
06:19Enfin bref, la peinture était nickel, bref.
06:21Mais dans cette maison, à l'intérieur des murs, c'était l'enfer.
06:24Et ça, personne ne pouvait le savoir.
06:26Souvent, je me suis senti totalement seul et démuni.
06:30Ça avait des conséquences aussi sur mon mode de vie.
06:32C'est-à-dire qu'en semaine, je n'arrivais pas à m'accorder à lâcher prise.
06:36C'est-à-dire que je ne voulais pas sortir en soirée.
06:38Aller au cinéma, c'était compliqué.
06:39Est-ce que je n'avais pas de réseau ?
06:40Il fallait que je reste joignable si besoin.
06:42Ce qu'on appelle l'hypervigilance.
06:44Vous avez cet état de concentration et d'éveil
06:46toujours à guetter la moindre emmerde de se dire
06:49« Bon, il faut que je réagisse. »
06:51Vous ne sortez jamais le cœur léger.
06:52C'est toujours la tête très occupée que vous sortez.
06:54Et puis, avec mes amis, je voyais bien aussi qu'on n'était pas sur la même échelle.
06:58C'est-à-dire qu'eux me racontaient leurs rencontres, leurs soirées, leurs trucs.
07:02Et moi, je me disais « Oh là là, je suis à 10 000 de tout ça.
07:04Je n'arrive pas à prendre plaisir dans ce qu'ils me racontent
07:07parce que moi, j'ai telle chape de plomb sur les épaules. »
07:10Voilà, tout est beaucoup plus lourd quand vous avez des choses aussi importantes à gérer.
07:14Nadine ne peut plus se déplacer qu'en fauteuil roulant, aidée par son mari.
07:17Elle perd progressivement la mémoire et ne s'exprime plus vraiment.
07:21En 2015, Vincent soutient sa thèse et devient officiellement docteur en médecine.
07:26Il est désormais médecin généraliste à Paris.
07:29Et même s'il passe tous ses week-ends, ses jours fériés et ses vacances à s'occuper de sa
07:33mère,
07:33il a l'impression de ne jamais en faire assez.
07:36Et je découvre le mot d'aidant en regardant la télévision par un journaliste qui, à un moment donné, dit
07:40« Voilà ce que c'est qu'un aidant. C'est une personne qui aide un proche
07:44quasiment plusieurs fois par jour, au quotidien, alors qu'il n'est pas vraiment professionnel. »
07:48Et là, mon sacerdoce prend un nom, aidant.
07:51Ça fait du bien de le savoir.
07:53Parce que souvent, quand vous rentrez dans ce chemin-là, chemin de croix, j'ai envie de dire,
07:57vous avez l'impression que c'est normal et naturel d'aider votre proche ou votre enfant ou votre voisine.
08:03Et en fait, pas vraiment.
08:04Si vous êtes fatigué, c'est normal.
08:06Si vous n'arrivez pas à faire rentrer tout dans la même journée, c'est normal aussi.
08:10Je ne sais pas, moi, ça m'a vraiment soulagé.
08:11C'est étonnant, mais de savoir que j'avais un rôle.
08:14Je n'étais pas le fils qui était en train de se noyer.
08:18Enfin, je me noyais, oui, mais j'avais un rôle.
08:21En 2017, huit ans après le début de la maladie de sa mère,
08:24Vincent demande à son père de faire appel à une auxiliaire de vie,
08:27quelques heures par jour, pour les aider à s'occuper de Nadine.
08:30Mais celui-ci refuse, parce qu'il pense que personne ne peut s'en occuper aussi bien qu'eux.
08:35J'étais, j'en pouvais plus, je lui disais, écoute, moi, si tu ne veux pas de l'aide,
08:39enfin, je ne peux plus, là, je suis à bout.
08:41Mon frère et moi, on est au max, donc on ne pourra pas plus.
08:44On lui disait, mais papa, il faut vraiment de l'aide, quoi.
08:46Et en fait, pour réussir à faire accepter l'idée à mon père qu'il fallait être aidé,
08:51je lui dis, mais si toi, demain, il t'arrive quelque chose,
08:53est-ce que tu préfères que ce soit moi qui t'emmène aux toilettes et que je te fasse ta
08:56toilette,
08:57ou tu préfères que ce soit quelqu'un dont c'est le métier,
08:59comme ça, une façon aussi de garder ta dignité ?
09:01Et en fait, c'est cet argument qui lui a permis de comprendre.
09:04Et voilà, à partir de là, il a accepté que des auxiliaires de vie interviennent à la maison,
09:09et puis il y en a une première, une deuxième, une troisième,
09:11elles se sont un peu succédées.
09:12Mon père me dit, bah, tu vois, elle ne sait pas faire, regarde ta mère,
09:14elle ne sait pas l'apporter, elle ne sait pas faire le transfert,
09:16elle lui doit la manger trop vite, ce n'est pas fini, elle n'a pas vidé sa bouche,
09:19enfin bref, mon père, voilà, je pense qu'il voulait trouver toutes les excuses
09:22pour qu'on arrête l'auxiliaire de vie.
09:24Et un jour est arrivé l'auxiliaire de vie Sandrine, que j'ai appelée Mary Poppins,
09:28qui a été une bouffée d'oxygène dans cette maison incroyable,
09:31enfin, elle devait être l'auxiliaire d'une seule vie,
09:33et elle était l'auxiliaire de nos quatre vies à nous,
09:35c'est-à-dire qu'elle nous a apporté de l'oxygène à tous les quatre,
09:38elle nous a permis de souffler,
09:40elle s'est occupée à merveille de notre maman,
09:43et en fait, nous, ça nous a permis de nous concentrer
09:45sur les moments plutôt agréables de la journée,
09:48on n'avait plus à donner à manger,
09:49à faire le réveil, à faire la toilette,
09:52et du coup, on pouvait se permettre de se concentrer
09:55que sur les moments d'échange, de sourire,
09:57et Dieu sait qu'il y en avait de moins en moins avec la maladie,
09:59donc, sauf que lorsqu'on la voyait sourire une petite fois,
10:01ça faisait oublier les trois semaines de galère qu'on venait de passer,
10:04donc il faut absolument accepter d'être aidé, c'est capital.
10:07Cette nouvelle auxiliaire de vie, Sandrine, arrive pendant l'été 2017.
10:11Son aide est précieuse, mais malheureusement insuffisante,
10:14car la maladie continue d'avancer.
10:16Et Vincent continue ses allers-retours chaque week-end.
10:19Pour essayer de mieux vivre la situation,
10:21il commence une psychothérapie.
10:23Je me posais le temps d'un instant dans un fauteuil,
10:26et j'avais l'impression que c'était un instant que pour moi.
10:29Voilà, c'était un temps arrêté,
10:30et je faisais un bilan de tout ce que je venais de vivre,
10:32et de ressentir aussi.
10:34Je trouve que quand on est aidant,
10:35vous avez tellement la tête dans le guidon,
10:36que vous n'arrivez pas à savoir si c'est normal ce que vous êtes en train de vivre.
10:40Quand je racontais à ma psy que ma mère commençait à ne plus savoir parler,
10:44à ne plus me reconnaître,
10:44je lui disais d'une manière avec un ton très monotone,
10:46je balançais l'info comme ça,
10:48en pilote automatique,
10:49et elle, je la voyais un petit peu incliner la tête,
10:52faire l'amour,
10:53je comprenais en la regardant
10:55que ce n'était pas normal,
10:56que c'était assez douloureux.
10:58d'avoir un soutien psychologique est essentiel,
11:01et ça vous permet d'apprendre des notions,
11:03notamment la notion de deuil blanc.
11:05Le deuil blanc, je ne savais pas trop ce que c'était,
11:07j'expliquais parfois l'ambivalence que je pouvais ressentir
11:10auprès de ma psychologue,
11:11elle m'a dit,
11:12parfois on accompagne des patients
11:14atteints de maladies neurodégénératives,
11:17leur mémoire s'en va,
11:19leur capacité à comprendre,
11:20à reconnaître disparaît,
11:21mais étonnamment,
11:22physiquement,
11:23elle ressemble à la même personne
11:24qu'on a toujours connue.
11:25Donc effectivement,
11:26j'avais une maman avec,
11:27physiquement,
11:27elle était encore là,
11:28toute jolie,
11:29avec l'odeur de sa peau,
11:30de ses cheveux,
11:31mais qu'elle commençait à m'oublier petit à petit,
11:33donc c'est avoir une personne
11:34qui est toujours là physiquement,
11:35et qui ressemble à la même personne
11:36que vous avez connue,
11:36mais qui finalement n'est plus la même.
11:38Après des années et des années
11:40à s'occuper de sa femme quotidiennement,
11:41Denis, le père de Vincent,
11:43commence à avoir des problèmes de santé.
11:47Plus sa santé était compliquée.
11:48Parce qu'en fait,
11:49lui, il était aidant 24h sur 24 jours,
11:51comme de nuit.
11:52C'est-à-dire que quand il y avait
11:52un problème la nuit,
11:54un petit accident nocturne,
11:56il fallait changer ma mère
11:57à 3h du matin,
11:57donc il le faisait,
11:58et puis il commence aussi
12:00à vieillir en âge,
12:01à plus très bien manger,
12:02parce qu'en fait,
12:03il passait une heure
12:04à donner à manger à ma mère,
12:05donc lui,
12:05il ne mangeait plus en même temps.
12:06Ou alors,
12:07quand il avait fini de lui donner à manger,
12:08il prenait un petit sandwich,
12:09un jambon beurre
12:09qui se faisait rapidement,
12:11et sa santé,
12:11il l'a mise de côté.
12:12Son état s'est fragilisé,
12:14et puis petit à petit,
12:15on voyait bien
12:15que c'était compliqué pour lui aussi.
12:17En 2019,
12:1910 ans après le début
12:19de la maladie de Nadine,
12:21Denis s'effondre.
12:22Il est placé en réanimation,
12:24et Vincent se rend au Havre
12:25en urgence.
12:27Mon père était en réanimation,
12:29il était dans le coma.
12:30Ma maman,
12:32quand mon père était absent,
12:34ça a déstabilisé totalement ma mère,
12:36elle devenait agitée,
12:37elle hurlait dans la maison,
12:38donc je dormais avec ma mère la nuit
12:40pour essayer de l'apaiser,
12:41et puis le jour,
12:42j'étais dans le service de réanimation
12:44avec mon père,
12:44en train de me dire
12:44mais qu'est-ce qui se passe ?
12:46Voilà, mon frère et moi
12:48étions là tous les deux
12:48en train de nous dire
12:49bon, qu'est-ce qu'on a fait
12:50pour avoir à gérer tout ça maintenant ?
12:53Pendant de longues années,
12:53on pensait déjà avoir touché le fond,
12:55mais en fait,
12:55il y a toujours pire du pire.
12:56On s'était dit
12:57mais comment on va faire ?
12:59On était vraiment totalement perdus.
13:08Finalement,
13:09on perd force de la nature.
13:11Il s'en est sorti,
13:12je pense que de nombreux médecins,
13:14moi le premier,
13:14je me disais
13:15ça allait être compliqué.
13:16Mon père,
13:16il a pris quelques jours
13:17pour se remettre
13:18et pour se reconnecter surtout.
13:20Et puis un dimanche soir,
13:21il a dit
13:21c'est bon,
13:22je sors contre-avis médical.
13:23Et moi j'étais à Paris,
13:24j'ai le médecin qui m'appelle,
13:25il me dit
13:25votre papa,
13:26il veut sortir contre-avis médical,
13:27comment ça ?
13:28Il était à peine debout,
13:29il a perdu des kilos,
13:30enfin non ?
13:31Et bien si,
13:31il est sorti contre-avis médical,
13:32il a rejoint ma mère
13:34et qui a au son de sa voix
13:36immédiatement eu le sourire
13:37en deux secondes
13:38et la connexion s'est refaite immédiatement.
13:40Et elle s'est remise à manger,
13:42à bien dormir,
13:43à plus avoir d'hallucinations,
13:44enfin cette connexion était juste incroyable
13:46entre les deux.
13:47Le quotidien des dents reprend pour Denis,
13:50aidé par Vincent et son frère.
13:52En avril 2022,
13:53il remarque que Nadine,
13:55qui a 64 ans,
13:56a de plus en plus de mal à déglutir.
13:58Ses fonctions vitales
13:59commencent à être affectées.
14:01Le soir du 20 avril 2022,
14:03Vincent est au Havre chez ses parents.
14:06J'ai senti que la soirée
14:08allait être compliquée.
14:09Je demande à mon frère de venir
14:10parce que je sens que la nuit
14:12va être compliquée, difficile.
14:14Et donc oui,
14:15elle s'est éteinte le 21 avril,
14:162022.
14:17On était à ses côtés,
14:18mon frère, mon père et moi.
14:19Il y avait beaucoup d'amour, en tout cas.
14:22Mon père est décédé le 9 juin
14:23à l'âge de 67 ans,
14:25donc tout jeune,
14:27fragilisé par ses années des dents
14:28et puis le chagrin de l'amour.
14:29Ce chagrin qui était inconsolable,
14:32il était aussi très affaibli.
14:34Toutes ces années,
14:35ça a été compliqué pour lui.
14:37Vraiment extrêmement diminué.
14:39Et puis, effectivement,
14:40lui aussi,
14:41il nous a quittés quelques temps après.
14:45La première chose qu'on ressent,
14:47oui, c'est le vide,
14:47mais le silence.
14:48En fait,
14:49après le décès de ma mère,
14:50surtout,
14:51la maladie
14:52qui avait pris place
14:53dans cette maison
14:54et qui était très bruyante,
14:55parce que quand tous les infirmières
14:56qui rentraient,
14:57les kinés,
14:57les machins,
14:58il y avait du bruit,
14:59il y avait du mouvement.
15:00Et puis, finalement,
15:00quand ma mère est partie,
15:01tout s'est envolé.
15:02Comme s'il y avait,
15:04la tempête avait tout emmené
15:05et que de nouveau,
15:07les oiseaux se mettaient de nouveau
15:09à chanter dans le jardin.
15:11On réentendait tous les bruits
15:12qu'on n'entendait plus avant.
15:13Quand vous avez,
15:14pendant 14 ans,
15:16été aidant,
15:17que vous avez organisé vos journées
15:18et rythmé vos journées
15:19autour de deux personnes,
15:21initialement ma mère,
15:22puis ensuite mon père,
15:23puis les deux,
15:23du coup,
15:25il y a un gros vide.
15:26Vous ne savez plus du tout.
15:28Vous vous levez le matin.
15:29Moi, quand je me levais le matin,
15:30je savais pourquoi je me levais.
15:31Je savais que j'avais des choses à faire,
15:32m'occuper d'eux,
15:33et voilà.
15:33Et du jour au lendemain,
15:35il n'y a plus rien.
15:35Il n'y a plus rien.
15:36Moi, j'ai eu cette sensation
15:37de perdre le toit
15:37que j'avais au-dessus de ma tête.
15:39Un grand vide,
15:40et bien sûr,
15:40il manque terriblement, oui.
15:44Comment vous allez aujourd'hui ?
15:46Aujourd'hui,
15:47comment je vais ?
15:49Ça va.
15:50De les savoir tous les deux en paix,
15:52moi, ça m'apaise.
15:53J'en ai plus dans la souffrance,
15:54dans ce qu'on a pu vivre à la fin.
15:56J'avoue que c'est agréable
15:57de ne plus être en état d'hypervigilance,
15:59de pouvoir éteindre son téléphone de la nuit.
16:01Je reste toujours très proche de mon frère.
16:03On s'appelle toujours
16:03trois, quatre fois par jour.
16:04Et voilà, j'avance.
16:13Ambre,
16:14Vincent Valenduc a donc sorti un livre
16:15le 20 septembre.
16:17Je suis devenu le parent de mes parents,
16:19paru chez Stock.
16:20Pourquoi il a décidé
16:21de raconter son histoire ?
16:22Son objectif avec ce livre,
16:23c'est vraiment d'aider les aidants.
16:25Il m'a dit qu'il voulait mettre en lumière ce rôle
16:27parce qu'il sait que quand on est aidant,
16:29on se sent souvent très seul.
16:30Il l'a lui-même vécu.
16:31Et il avait envie aussi de les aider
16:33en leur donnant des conseils pratiques,
16:35en racontant ce que lui avait pu mettre en place
16:38pour améliorer le quotidien de ses parents,
16:40mais aussi son quotidien d'aidant.
16:42On l'a entendu dans ton sujet,
16:43son père Denis est mort
16:45quelques mois après sa femme,
16:46très fatigué après 14 ans d'aidance.
16:49Est-ce que c'est fréquent,
16:50ce genre de situation ?
16:51Oui, c'est très fréquent.
16:52Vincent m'a expliqué que quand on est aidant,
16:53on a tendance à s'oublier.
16:55Et puis physiquement et psychologiquement,
16:57c'est très difficile d'être aidant.
16:58Donc beaucoup d'aidants,
16:59ils laissent leur santé.
17:00Et aujourd'hui, il y a même un aidant sur trois
17:02qui meurt avant son proche aidé.
17:04Et aujourd'hui, il est possible d'être reconnu
17:05comme aidant par l'administration ?
17:07Oui, tout le monde ne le sait pas,
17:09mais c'est possible.
17:10Et ça permet notamment d'avoir
17:11des dédommagements financiers
17:12en fonction du degré d'aidance,
17:14mais aussi de faire valoir
17:16ce qu'on appelle son droit au répit.
17:17Et en fait, ça permet d'avoir droit
17:19à des aides, des solutions
17:20pour se dégager du temps,
17:22pour se reposer
17:23ou partir en vacances, par exemple.
17:24Et c'est d'ailleurs pour sensibiliser
17:26à ce sujet que la journée nationale
17:27des aidants,
17:28le 6 octobre chaque année, existe.
17:31Dans les années à venir,
17:32on s'attend à ce qu'il y ait
17:32de plus en plus de personnes
17:35amenées à devenir des proches aidants ?
17:36Oui, aujourd'hui, on l'a dit,
17:37il y a environ 10 millions d'aidants
17:39en France.
17:40Et ce chiffre va continuer de grossir.
17:42La population est vieillissante,
17:44on va vivre de plus en plus vieux.
17:45Et donc, il va nécessairement y avoir
17:47de plus en plus d'aidants
17:48dans les années à venir.
17:49Et selon les prévisions de l'adresse,
17:51la direction de la recherche,
17:52des études, des évaluations
17:53et des statistiques,
17:55un actif sur quatre
17:56sera aidant en 2030.
17:58Merci, Ambre Rosala.
17:59Cet épisode a été produit
18:01par Barbara Gouy
18:02et réalisé par Julien Moukou-Kiol.
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18:18Enfin, si vous voulez nous écrire,
18:20c'est possible à cette adresse
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