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Elina Dumont a passé son enfance ballottée entre une famille d'accueil et des foyers. Elle a découvert le théâtre au moment où elle pensait sombrer. Témoignage.

Dans ce podcast : Le 16 octobre le Parisien a brossé le portrait d'une comédienne Elina Dumont âgée de 53 ans. Elle a vécu dans la rue pendant 15 ans dont quatre en étant accro au crack. Elina Dumont a réussi à s'en sortir grâce à l'aide d'une amie l'écrivaine Marie Desplechin et aujourd'hui elle a écrit une pièce sur sa vie qu'elle va jouer sur scène à partir du mois de janvier. Elina Dumont raconte son parcours hors norme aujourd'hui dans Code source.
Elina est née en 1968 à Draveil en région parisienne. Comme sa mère à de graves problèmes psychiatriques et que son père est absent dès sa naissance Elina est considérée comme une enfant en danger. Elle est prise en charge par la DASS le service de protection de l'enfance.
Elle est placée en pouponnière puis en famille d'accueil dans un village normand…

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo, Clara Garnier-Amouroux et Sarah Hamny - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian.

#théâtre #ElinaDumont #récit

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Le 16 octobre, le Parisien a brossé le portrait d'une comédienne, Elina Dumont.
00:16Âgée de 53 ans, elle a vécu dans la rue pendant 15 ans, dont 4 en étant accro au crack.
00:23Elina Dumont a réussi à s'en sortir grâce à l'aide d'une amie, l'écrivaine Marie Desplechin.
00:28Et aujourd'hui, elle a écrit une pièce sur sa vie qu'elle va jouer sur scène.
00:32A partir du mois de janvier, Elina Dumont raconte son parcours hors norme.
00:37Aujourd'hui, dans Codesources, elle se confie au micro d'Ambre Rosala.
00:52Elina Dumont me donne rendez-vous chez elle, près de la place Stalingrad, dans le 19e arrondissement de Paris.
00:58Elle habite au deuxième étage, dans un studio qu'elle a décoré d'un immense poster rose de Sœur Emmanuelle.
01:04Elina me raconte qu'elle est née en 1968, à Draveille, en région parisienne.
01:09Comme sa mère a de graves problèmes psychiatriques et que son père est absent,
01:13dès sa naissance, Elina est considérée comme une enfant en danger et elle est prise en charge par la DAS,
01:17le service de protection de l'enfance.
01:20Elle est placée en pouponnière, puis en famille d'accueil, dans un village normand.
01:27Ma famille d'accueil, franchement, c'était une famille gentille, mais c'était une famille à la dure, à la
01:34rude, à la paysanne.
01:36Un sou est un sou, allez on s'écoute pas parler, t'es malade, non t'es pas malade, allez
01:40hop, demain tu vas à l'école quand même.
01:42Ça ne veut pas dire qu'ils nous aimaient pas.
01:44Pour moi c'était ma maman, parce qu'elle m'a apporté quand même de l'amour, ça je ne
01:48peux pas le nier.
01:50Mais c'est vrai que c'était une famille d'accueil qui n'avait pas beaucoup d'argent et qui
01:56gardait des enfants pour l'argent.
01:59Enfant, Elina est abusée sexuellement par plusieurs hommes de son village, mais elle n'ose pas en parler.
02:05Elle apprend la mort de sa mère biologique quand elle a 10 ans et Elina devient pupille de l'État.
02:11Elle reste dans sa famille d'accueil en Normandie, où elle aime se promener et faire du vélo dans les
02:16villages voisins.
02:17Parfois, elle s'arrête devant les maisons secondaires de certains Parisiens qui viennent pour le week-end.
02:23Il y a une famille de Parisiens, ils avaient un chat Angora.
02:27Et des fois avec mon vélo, je m'arrêtais devant le chat, je disais « Oh, qu'est-ce qu
02:30'il est beau votre chat ! »
02:32Et cette Parisienne me dit « Ben viens, rentre ! »
02:37Et je suis rentré chez eux, il y avait des livres partout.
02:41J'étais estomaqué.
02:43Et ils me disaient « Mais tu viens quand tu veux ! »
02:47Et puis un jour, j'ai cassé un verre.
02:49Je buvais un verre d'eau.
02:50Je mettais les bras contre mon visage et j'étais convaincu que j'allais recevoir une claque.
02:55Ils me disaient « Mais non, c'est pas grave ! »
02:58J'étais estomaqué par ces Parisiens parce qu'ils ne criaient jamais.
03:03Ils me parlaient tout doucement.
03:06Puis je sentais qu'ils s'intéressaient vraiment à moi.
03:09Ils étaient intelligents.
03:11Je voulais leur ressembler à ces Parisiens.
03:13Elina adore l'école et rêve de devenir institutrice.
03:16Elle entre au lycée près de chez elle.
03:19Mais à la fin de son année de seconde, l'établissement lui dit qu'elle ne peut pas rester.
03:24L'école a décidé que j'avais des graves problèmes psychomoteurs et que je n'étais pas apte à suivre
03:29des études.
03:30Et là, pour moi, ça a été l'enfer.
03:33Je les ai suppliés de redoubler.
03:36Ils n'ont pas voulu.
03:38Donc après, on a été obligé de me mettre dans une école privée qui coûtait une fortune.
03:43Mais là, je me suis retrouvé avec des personnes qui n'étaient pas de la même classe sociale que moi.
03:50C'était des gens de fils d'avocat, de docteur, de prof.
03:56Moi, par exemple, je n'avais jamais été au cinéma de ma vie.
03:59Ils se moquaient de moi.
04:01Par contre, les filles étaient gentilles.
04:03Ce n'est pas qu'elles étaient méchantes avec moi.
04:05Mais elles, elles connaissaient des trucs que moi, je ne connaissais pas.
04:09Elles me parlaient de Proust, elles me parlaient de la Bible.
04:12Moi, je ne connaissais rien, quoi.
04:14Je ne me sentais pas du tout à ma place.
04:16Donc, ça s'est très mal passé.
04:18Au point que sur la fin, je n'y allais plus.
04:21À cause de ses absences, Elina est renvoyée de son lycée privé.
04:24Et elle est placée dans un foyer au Mans quand elle a 15 ans.
04:28Elle se met à boire et fugue souvent, parfois jusqu'à Paris,
04:31où elle se fait des amis qui l'hébergent quelques jours avant qu'elle rentre dans son foyer.
04:36Le jour de ses 18 ans, sa prise en charge par l'ADAS prend fin.
04:41Et le foyer annonce à Elina qu'elle doit partir.
04:44On me dit, Elina, tu as fait ton sac.
04:49Mais je n'y croyais pas, quoi.
04:51Dans ma tête, je restais dans le foyer, quoi.
04:53Si j'avais travaillé, peut-être qu'ils m'auraient dit,
04:56puisque tu travailles, on te garde ta chambre, puis tu payes ta chambre.
04:59Et moi, je n'avais pas de travail.
05:00J'avais été exclu du système scolaire.
05:02Enfin, j'avais une petite argent de poche par l'ADAS qui venait tous les mois.
05:07Mais moi, avec l'argent de poche, j'allais dans les bars, dans les théâtres, enfin bref.
05:10À 18 ans, j'avais zéro en poche.
05:13Et à la fin, j'ai compris que c'était vrai.
05:17Là, j'ai commencé à me dire, putain, qu'est-ce que je vais faire ?
05:24Et le Mans-Paris, c'est pas loin.
05:27Paris, pour moi, c'était la Tour Eiffel, l'Arc de Triomphe.
05:30Ça brille de partout.
05:32Il n'y a que des gens en costard.
05:34Je prends le train.
05:36Et j'arrive à Paris.
05:39J'ai appelé tous les gens que je connaissais,
05:41qui m'avaient hébergé.
05:42Je m'étais fait des copines à Paris.
05:44Et ils ont tous dit non.
05:4621 heures, 22 heures, 23 heures, personne.
05:53Et là, j'ai eu peur.
06:00J'ai marché, j'ai dormi quelques jours dans la rue, la nuit.
06:06Mais au bout de 3-4 jours, je me suis dit, non, je ne peux pas vivre comme ça.
06:14Elina alterne les nuits dans des squats, dans des centres d'accueil d'urgence, ou à dormir sous un Porsche.
06:19Du lundi au jeudi, elle passe ses soirées en boîte de nuit, gratuite pour les filles,
06:24où elle rencontre souvent des hommes qui lui proposent de passer la nuit chez eux.
06:27Et petit à petit, elle trouve tout un tas de combines pour ne pas dormir dehors.
06:33Et puis un jour, il y a un mec qui me donne des cachetons.
06:35Je ne sais pas ce qu'il m'a donné comme cachetons.
06:37Tout ce que je sais, c'est que je suis tombé dans les pommes.
06:40Les riverains, ils ont appelé les pompiers.
06:43Et quand je me suis réveillé, j'étais à l'hôpital.
06:46Et moi, je me suis dit, mais c'est une super technique.
06:49Et après, j'ai utilisé cette technique.
06:51J'ai dit à mon copain, c'est les cachetons que tu m'as donnés l'autre fois.
06:54Et le dernier hôpital, ça a été l'hôpital Saint-Anne.
06:58Je leur ai raconté toute ma vie.
07:00Et c'est comme ça que je me suis retrouvée sous tutelle de juge
07:03entre 19 ans et 21 ans.
07:06Et le juge m'a regardée droit dans les yeux.
07:09Injonction de soins.
07:11Deux à trois fois par semaine,
07:13tu dois aller voir le psychiatre à Saint-Anne.
07:16Pendant deux ans, Elina suit une psychothérapie
07:18et est surveillée par des éducateurs.
07:21Elle est toujours sans domicile fixe,
07:23mais grâce à cette tutelle,
07:25elle réussit à trouver du travail
07:26en tant qu'assistante du patron d'un studio de musique.
07:30Ce patron, qui est souvent enfermé dans son bureau,
07:33lui demande de faire des tâches administratives
07:35et parfois, de livrer des petites enveloppes à des clients.
07:39Il ne le dit pas à Elina,
07:40mais à l'intérieur, il y a du crack,
07:43une drogue proche de la cocaïne,
07:45vendue sous forme de cailloux.
07:47Pour moi, c'était une facture,
07:49mais je sentais bien qu'il y avait des trucs bizarres.
07:51Mais jamais j'aurais osé ouvrir la lettre.
07:53Moi, c'était mon patron qui m'envoyait.
07:55Et puis un jour, au bout de deux ans et demi,
07:58je rentre dans le bureau,
07:59puisque t'es là, rentre.
08:02Elle m'a fait goûter au crack.
08:03Et j'ai tombé dedans.
08:08Tu te sens super puissante.
08:12Je mangeais plus, je ne dormais pas le matin.
08:15Un petit caillou, c'était reparti.
08:16T'es en éveil en permanence.
08:18Je me sentais mieux.
08:20Mais il ne faut pas oublier que j'étais quand même une femme
08:22qui était à la rue,
08:23qui était sans domicile fixe.
08:25Donc, bien sûr que ça me faisait du bien.
08:27Parce que la rue, tu vis avec la peur quand même.
08:31Donc, le fait de prendre des produits
08:32tels que le crack,
08:34ça te libère.
08:39Là où j'ai eu peur,
08:41un jour, j'étais avec une copine.
08:43J'étais au bar,
08:45sur une terrasse.
08:46Et tout à coup,
08:47je me retrouve à quatre pattes.
08:49Parce que j'étais convaincu
08:50qu'il y avait un caillou par terre.
08:52Pour fumer.
08:53Parce que quand t'es accro,
08:55tu vois des cailloux partout.
08:56Et j'ai dit à ma copine,
08:57non, t'inquiète,
08:57je croyais que j'avais vu un truc, non.
08:59Et là, quand tu commences à être comme ça,
09:01ça veut dire que ton cerveau,
09:02il est attaqué.
09:03Et là, j'ai eu peur pour moi.
09:04Là, j'ai dit, ça y est, je viens folle.
09:06Elina décide de se faire aider par un psychiatre.
09:09Mais elle replonge rapidement.
09:10Comme elle ne travaille plus
09:11pour le studio d'enregistrement,
09:13elle fait quelques ménages au noir
09:14pour se faire un peu d'argent
09:16et se payer sa consommation.
09:18Mais ce n'est pas suffisant.
09:19Et Elina doit régulièrement
09:21rendre des services sexuels à ses dealers
09:22en échange d'un caillou.
09:25À 27 ans,
09:26elle trouve du travail comme standardiste
09:28pour le quotidien de libération.
09:30Mais elle se fait licencier
09:31après avoir abandonné son poste en plein jour.
09:34Avant de partir,
09:36une journaliste qui sait qu'elle est sans-abri
09:38la met en relation avec une amie à elle
09:40qui cherche une baby-sitter
09:41pour garder ses deux enfants
09:43en échange d'une chambre de bonne.
09:45Cette femme,
09:46c'est la journaliste et écrivaine
09:48Marie Desplechin.
09:50Elina se rend chez elle
09:51pour une première rencontre
09:52dans un grand appartement
09:53des beaux quartiers parisiens.
09:56Je suis arrivée avec mes sacs.
09:58Elle a voulu parler avec moi dans le salon.
10:00Moi, je me suis assise par terre.
10:01Elle était en face de moi.
10:02Elle était dans le canapé.
10:04Je lui racontais toute ma vie.
10:05Bon, sauf le krach.
10:06Ça, je ne vais pas raconter.
10:07Bon, elle a dit oui.
10:09Elle a bien vu que j'étais un peu
10:11branque, mais bon.
10:14et elle m'a montré ma chambre de bonne.
10:17Après, elle m'a présenté les enfants.
10:19Bon, les enfants,
10:20ça s'est tout de suite bien passé.
10:22Et cette femme,
10:23elle m'a emmenée dans des musées.
10:26Elle m'a fait découvrir
10:27des films de chaplines.
10:30J'ai compris qu'il était Molière,
10:32qu'il était Proust.
10:34Toute la culture dont j'aurais rêvé.
10:38Cette femme,
10:40c'est là où tout a basculé,
10:41mais dans le positif.
10:44Chez Marie Despléchins,
10:45Elina est toujours accro au krach.
10:47Elle en fume en cachette
10:48grâce à des pipes
10:49qu'elle a fabriquées
10:50avec du papier aluminium.
10:51Et pendant longtemps,
10:53Marie Despléchins
10:53ne se rend compte de rien.
10:55Et Marie, un jour, me dit
10:56« Écoute, Elina,
10:59je trouve que l'aluminium,
11:01il disparaît
11:02à une vitesse grand V. »
11:05Et là, je me suis dit
11:06« Ça y est, elle a tout deviné. »
11:08« Ça y est, je vais me retrouver à la rue. »
11:09Je lui ai dit la vérité.
11:11Je lui ai dit
11:12« Je te promets, je ne recommence plus. »
11:14« Je te promets. »
11:16« Si un jour, j'en reprends,
11:17tu me fous à la rue. »
11:20Marie m'a dit
11:20« D'accord, je te fais confiance. »
11:23Je suis allé voir le psychiatre
11:24trois fois par semaine.
11:26J'ai été sous antidépresseur
11:28matin,
11:29midi et soir.
11:31Parce que c'est très dur d'arrêter,
11:32j'en ai bavé.
11:33J'ai déprimé pendant un an.
11:36Elle m'a accepté dans cette dépression.
11:38Elle ne m'a jamais lâché.
11:41Et cette femme,
11:42le fait qu'elle m'ait donné une chance,
11:45je ne voulais pas la décevoir.
11:47Et j'ai réussi.
11:57Après avoir arrêté le crack,
11:59Elina reste environ un an et demi
12:00chez Marie Desplechin.
12:02Puis l'écrivaine se remarie
12:04et doit déménager,
12:05alors elle aide Elina
12:06à trouver un nouveau toit.
12:08Elina décide de se lancer
12:09dans le théâtre.
12:10Elle trouve une place
12:11dans un centre d'hébergement
12:12de l'armée du salut
12:13et se paye son premier stage de clown
12:15pour apprendre la comédie.
12:18Elle fait la rencontre
12:19d'un metteur en scène
12:20qui veut monter une pièce
12:21avec des sans-abris.
12:23Elina accepte de participer au projet
12:25et en 1998,
12:27à 30 ans,
12:28elle monte pour la première fois sur scène
12:30pour jouer
12:31Les Bafons de Maxime Gorky
12:32au Théâtre National de Chaillot
12:34dans le 16e arrondissement de Paris.
12:37Tu en as une autre en vue ?
12:39Ça ne te regarde pas.
12:40Ma voix est toute tracée.
12:42J'espérais que tu me sortirais de l'abîme,
12:44que tu me libérerais de mon mari,
12:46de mon oncle,
12:47de tous ces vies de mer !
12:50De voir des gens
12:51qui viennent te voir,
12:53qu'ont payé
12:54le Théâtre National de Chaillot,
12:56qu'ont payé jusqu'à
12:57premier prix 80 euros.
13:00Tout à coup,
13:01tu te sens reconnue,
13:02tu te sens vivante,
13:03tu te sens aimée,
13:04tu te sens valorisée.
13:08Sauf quand le projet
13:09a été terminé.
13:11La majorité des sans-abris
13:13croyait qu'ils allaient devenir
13:14des grands comédiens.
13:16On les a fait un peu rêver, quoi.
13:19Et moi, la colère m'a pris.
13:21Et en 99,
13:24j'ai dit,
13:25moi, je vais écrire mon spectacle.
13:26Je mettrai le temps qu'il faut,
13:29mais j'écrirai
13:30mon spectacle
13:31pour raconter
13:33l'humanité
13:34des sans-abris.
13:36Elina met plus de 10 ans
13:37à écrire son spectacle.
13:39Elle veut raconter
13:40son histoire avec humour,
13:41mais elle a peur
13:42de ne pas trouver
13:42les mots justes
13:43et de choquer.
13:44Comme elle veut
13:45qu'il soit parfait,
13:46elle prend des cours
13:47de mise en scène
13:48et s'entraîne
13:49pendant des années.
13:50En novembre 2011,
13:52elle joue son spectacle
13:53des quais à la Seine
13:55pour la première fois
13:56devant du public.
13:58La première fois
13:59que je suis montée sur scène,
14:00déjà,
14:00j'ai invité que
14:00mes amis proches
14:02et j'avais tellement peur
14:03que la première fois,
14:04je n'ai fait qu'une demi-heure.
14:06Après,
14:06j'ai fait l'heure entière
14:07à la fois d'après.
14:09Et ils m'ont dit,
14:10mais Elina,
14:11c'est génial.
14:12Mais Elina,
14:13ton spectacle,
14:14il parle à tout le monde.
14:15Et vous savez
14:16ce qu'il disait
14:16la nuit de Pierre ?
14:18Après trois nuits
14:19dans la rue,
14:19t'es cuit.
14:20J'ai eu du bol.
14:2215 ans !
14:22Je devrais être
14:23complètement cramée.
14:25Leur truc,
14:26c'est de t'en faire
14:27mais dans un bâtiment public
14:28avec des horaires
14:29pour dormir,
14:30des horaires pour pisser,
14:31des horaires pour manger
14:32et des horaires
14:33pour te faire engueuler.
14:34Moi,
14:34ils voulaient me lair serrer.
14:35Ils m'ont complètement
14:36déboussolée.
14:38En 2012,
14:39quelques mois
14:40après avoir commencé
14:40à jouer son spectacle
14:41et après 15 ans
14:43à la rue
14:43et des années
14:44à vivre chez les autres
14:45ou dans des centres
14:46d'hébergement,
14:48Elina emménage
14:49dans son propre appartement.
14:50Moi,
14:51toute ma vie,
14:52je cherchais un toit.
14:53Et un jour,
14:55enfin,
14:56à 44 ans,
14:57j'ai eu mon 19 mètres carrés.
15:00Et là,
15:01je suis chez moi.
15:03Maintenant,
15:03je suis heureuse.
15:04Maintenant,
15:04je suis heureuse.
15:05C'est mon petit nid, quoi.
15:07Aujourd'hui,
15:08Elina est complètement
15:08sortie de la dépendance.
15:10Et elle est persuadée
15:11que si elle a pu se soigner,
15:12c'est surtout
15:13parce qu'elle avait un logement.
15:15Mon message,
15:16c'est
15:17on peut s'en sortir.
15:19Et il n'y a pas de honte
15:21à être addict.
15:22Mais on ne soigne pas
15:23les gens dans la rue.
15:24C'est pour ça
15:25que je lutte
15:25pour le logement d'abord.
15:27C'est ça
15:28qui te construit.
15:29C'est ça
15:30qui te protège.
15:32Parce que si Marie
15:33m'avait viré
15:34quand elle a découvert
15:35que je prenais du krach,
15:37j'aurais peut-être
15:38continué à en reprendre.
15:39Si elle ne m'avait pas
15:40laissé cette chance,
15:41peut-être qu'aujourd'hui,
15:42je serais mort.
15:43Je n'en sais rien.
15:44Un toit,
15:45c'est
15:46tu te protèges,
15:47tu protèges
15:48ton corps.
15:48Et à partir de là,
15:51on peut s'en sortir.
16:21Sous-titrage Société Radio-Canada
16:41Ambre,
16:41comment est-ce qu'elle voit
16:42la crise du krach à Paris ?
16:44Ça fait une trentaine d'années
16:45qu'il y a beaucoup de personnes
16:46accro au krach
16:47dans le nord de la capitale,
16:48mais on en parle beaucoup
16:49en ce moment.
16:50D'après elle,
16:51qu'est-ce qu'il faudrait faire ?
16:52Alors pour elle,
16:52ce n'est pas un problème
16:53irrémédiable.
16:54Il y a des solutions.
16:55Il y a même une solution
16:56en particulier,
16:56c'est de trouver un logement
16:58pour les accro au krach.
16:59Ce sont des gens
17:00qui ont besoin de se soigner
17:01et pour elle,
17:02elle l'a dit d'ailleurs
17:03dans le reportage,
17:04ce n'est pas possible
17:04de se soigner
17:05quand on est à la rue.
17:06Elina Dumont prépare
17:07un rapport sur ce sujet
17:08avec une neuropsychologue,
17:10rapport commandé
17:11par la présidente
17:12de région Île-de-France,
17:13Valérie Pécresse.
17:14Oui,
17:15elle travaille en ce moment
17:16avec la professeure
17:17Laurence Vèvre-Douret
17:18pour faire ce rapport
17:19qu'elles rendront mi-décembre
17:20et d'ailleurs,
17:22ce n'est pas le premier rapport
17:22qu'elle fait pour la région
17:23Île-de-France
17:24puisque l'année dernière,
17:25elle avait rendu
17:26à Valérie Pécresse
17:27un rapport
17:27sur les femmes sans abri.
17:29Est-ce qu'elle est toujours
17:29en contact
17:30avec l'écrivaine
17:31Marie Despléchins ?
17:32Oui,
17:32elles sont toujours
17:33en contact très régulier.
17:35Les deux femmes
17:35ont créé un lien
17:36quasi familial.
17:38Elina m'a dit
17:38que Marie Despléchins,
17:39c'était un peu
17:40comme sa grande sœur
17:41et d'ailleurs,
17:42elles passent souvent
17:42Noël ensemble
17:43et Elina a gardé
17:45un très bon contact
17:45avec les enfants
17:46de Marie Despléchins.
17:47Dernière question,
17:48Ambre,
17:48on le voit,
17:49Elina Dumont
17:49n'a pas eu une vie facile.
17:51Est-ce qu'elle a le moral
17:52aujourd'hui ?
17:52Comment elle va ?
17:53Elle va très bien,
17:54elle a le moral,
17:55elle est hyper contente,
17:56elle continue à jouer
17:57son spectacle,
17:58elle est en tournée
17:58très souvent.
17:59D'ailleurs,
17:59elle va jouer son spectacle
18:00à partir du mois de janvier
18:01à Paris
18:01et elle est très contente
18:03de raconter son histoire,
18:04elle est très contente
18:05d'être aussi engagée
18:06dans la cause
18:07des sans-abris,
18:08des accros au crack
18:09et elle est très contente
18:10de se sentir utile.
18:14Merci Ambre Rosala
18:15et merci à Pauline Darvay
18:17pour l'idée de ce sujet.
18:18Code Source
18:19est le podcast
18:20d'actualité du Parisien
18:21disponible sur toutes
18:22les plateformes audio.
18:24Cet épisode a été produit
18:25par Clara Garnier-Amourou,
18:27Sarah Amny
18:28et Raphaël Pueyo.
18:29Réalisation,
18:30Julien Moncouquiol.
18:31Si vous aimez Code Source,
18:33n'oubliez pas de vous abonner,
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18:34des petites étoiles
18:35ou un commentaire
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