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Il a passé deux ans derrière les barreaux pour un crime qu’il n’a pas commis. Ce comédien, qui a découvert son métier en détention, vient de décrocher l’un des rôles principaux dans le prochain film d’Olivier Marschall. Témoignage recueilli par Ambre Rosala.

Dans ce podcast : Il a passé deux années en prison pour un braquage qu'il n'a pas commis. Aujourd'hui innocenté et indemnisé par la justice Youssef Zouini 36 ans est devenu comédien il joue un braqueur dans un film d'Olivier Marschall en cours de tournage. Le Parisien fait son portrait le 26 décembre et chez Code source nous avons eu envie d'entendre Youssef Zouini nous raconter sa vie et l'erreur judiciaire qu'il a subi.
Youssef est né à Nantes et a grandi dans le quartier Malakoff un quartier sensible de la ville avec ses parents tous les deux originaires du Maroc.
La mère de Youssef est femme de ménage et son père est cuisinier. Adolescent c'est un garçon plutôt sérieux et réservé.
Youssef entame un BEP dans la vente et à 19 ans il se met en couple avec une fille Sabrina qu'il a rencontré au lycée quelques années plus tôt…

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Clara Garnier-Amouroux et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian.

#marschall #cinéma #zouini

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Transcription
00:03Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Il a passé deux années en prison pour un braquage qu'il n'a pas commis.
00:16Aujourd'hui innocenté et indemnisé par la justice, Youssef Zouini, 36 ans, est devenu comédien.
00:23Il joue un braqueur dans un film d'Olivier Marchal en cours de tournage.
00:27Le Parisien a fait son portrait le 26 décembre et chez Codesource, nous avons eu envie d'entendre Youssef Zouini
00:33nous raconter sa vie
00:35et l'erreur judiciaire qu'il a subie, il se confie aujourd'hui au micro d'Ambre Rosala.
00:46Youssef Zouini m'accueille chez lui, dans son appartement du 9e arrondissement de Paris, près des grands boulevards.
00:51Il est assez grand et fin et il est habillé tout en noir, les cheveux impeccablement coiffés et le regard
00:58perçant.
00:59Nous nous installons sur le canapé dans le salon et il commence à me raconter son enfance.
01:05Youssef est né à Nantes et a grandi dans le quartier Malakoff, un quartier sensible de la ville, avec ses
01:10parents, tous les deux originaires du Maroc.
01:12La mère de Youssef est femme de ménage et son père est cuisinier. Adolescent, c'est un garçon plutôt sérieux
01:19et réservé.
01:22Je me sentais un peu différent des autres. Par exemple, je voyais beaucoup de copains à moi qui fumaient. Moi,
01:27je ne fumais pas.
01:28Je n'avais jamais touché à une cigarette, je n'ai jamais touché à une goutte d'alcool.
01:31Et puis dans la jeunesse dans laquelle on grandissait et le quartier dans lequel je grandissais, c'était quand même
01:37assez présent.
01:39Quand je voyais la plupart de mes copains commencer à fumer au collège, au lycée, etc., j'étais le seul
01:45de la bande à chaque fois qui ne touchait à rien.
01:47À sa majorité, Youssef entame un BEP dans la vente. Et à 19 ans, il se met en couple avec
01:53une fille, Sabrina, qu'il a rencontrée au lycée quelques années plus tôt.
01:56J'ai eu la chance de tomber sur quelqu'un de sérieux et puis de bien. Je souhaitais à l
02:04'époque me marier jeune pour profiter de ma jeunesse encore avec ma femme.
02:10Et donc voilà, c'était une relation où on a tout de suite voulu la même chose tous les deux.
02:15Youssef et sa famille déménagent dans un quartier tranquille de Nantes. Mais le jeune homme retourne régulièrement à Malakoff pour
02:21voir ses copains.
02:22Le 31 octobre 2004 au soir, Youssef arrive dans son quartier d'enfance pour fêter Halloween.
02:29Voilà, il y avait une bonne atmosphère, il y avait une bonne ambiance, il y avait des jeunes avec des
02:32masques.
02:34Et en fait, j'ai vu un petit jeune qui avait un masque du film d'horreur Scream avec une
02:38langue qui pendouille sur le côté.
02:40J'ai été tout de suite attiré par ce masque-là. Et donc j'ai demandé au petit jeune de
02:44me le passer. Donc il me l'a passé.
02:46Donc j'ai gardé le masque. J'ai fait un petit peu le fou avec au sein du quartier.
02:52Et j'ai croisé un autre jeune que j'avais connu au collège. Il m'a vu avec le masque.
02:56Il a tout de suite eu envie de l'avoir pour déconner avec.
02:59Donc il m'a saoulé. Il m'a dit mais fais voir ton masque, prête-le-moi deux minutes.
03:02Je lui ai dit mais attends, je viens de l'avoir, etc. Et finalement, j'ai fini par lui prêter
03:06le masque.
03:08Six mois plus tard, le lundi 4 avril 2005, au petit matin, Youssef dort tranquillement chez lui.
03:14Il a 20 ans et il doit se lever dans quelques heures pour se rendre dans un magasin de prêt
03:18-à-porter, en centre-ville, pour son premier jour de stage.
03:22Il est réveillé en sursaut à 6 heures du matin.
03:25La porte de mon domicile est fracturée et enfoncée par des policiers qui envahissent mon domicile et qui m'interpellent.
03:36Donc un réveil assez brutal parce que je l'ai été surpris.
03:39La première question que le policier m'a posée, il m'a dit écoute, j'ai une question pour toi,
03:44Youssef.
03:44T'as combien de voitures ?
03:46Je lui ai dit bah j'ai une voiture, c'est une Peugeot 106 que j'avais à l'époque,
03:49qui était garée juste en bas de mon domicile.
03:52Et il m'a dit, t'es sûr, t'as qu'une seule voiture ?
03:54J'ai dit oui.
03:55Et il m'a mis une grosse claque.
03:56Et quand il m'a mis une claque, t'as un des policiers qui est venu qui l'a bousculé.
04:01Parce que l'autre n'a pas accepté qu'il me frappe, ils se sont bousculés, ils ont commencé à
04:05se bagarrer.
04:05Du coup, il y a eu une bagarre de policiers dans ma chambre, moi qui est en pyjama, menottés, je
04:10ne comprends pas ce qui se passe.
04:11Et donc du coup, on m'informe que je suis placé en garde à vue dans le cadre d'une
04:15affaire de braquage et de séquestration.
04:17Et je me suis dit que ça n'allait pas aller bien loin.
04:20Le braquage dont parlent les policiers a eu lieu six mois plus tôt.
04:23Le 1er novembre 2004, le lendemain d'Halloween, trois hommes ont braqué un supermarché de Nantes avant l'ouverture du
04:29magasin,
04:30séquestrant 17 employés pour un butin de 45 000 euros.
04:34Youssef ne le sait pas encore, mais son ancien camarade de classe, à qui il avait prêté son masque de
04:39Scream le soir d'Halloween,
04:40a été interpellé quelques semaines auparavant.
04:43Ce dernier minimise son rôle dans le braquage, assurant n'être jamais entré dans le supermarché,
04:48et donne aux policiers trois noms des trois hommes qui, selon lui, auraient braqué le magasin.
04:53Et parmi ces trois noms, il y a celui de Youssef Zouini.
04:59Quand on m'a placé en garde-avion, on m'a dit, voilà, M. Zouini, on va vous présenter un
05:02certain nombre d'objets,
05:04et vous allez nous dire ce que vous reconnaissez parmi ces objets.
05:07Donc, on m'a présenté des cagoules, des armes, des gants, etc., pas mal de choses.
05:12Et lorsque j'ai vu le masque de Scream, je l'ai reconnu spontanément.
05:17Donc j'ai dit, mais je reconnais ce masque-là, c'est le mien.
05:19On m'a dit, mais vous êtes certains que c'est votre masque ?
05:21J'ai dit, mais écoutez, je me souviens très bien, je l'ai eu le soir d'Halloween,
05:24je l'avais remis à un copain, et depuis, je ne l'ai plus jamais revu, ce masque-là, on
05:28ne me l'a plus jamais redonné.
05:30Donc, les policiers ont entendu ce que j'ai dit, ils ont attendu que je signe mon procès-verbal,
05:35et une fois que j'ai signé mon procès-verbal, on me dit, bah écoute, voilà, tu vas être dans
05:40la merde,
05:40parce que le masque que tu as reconnu, il a été reconnu par toutes les victimes du braquage.
05:46Toutes les victimes sont formelles, ce masque-là était bien porté par l'un des braqueurs.
05:50Et moi, j'ai tout de suite répliqué en disant, mais écoutez, je ne suis tout de même pas stupide
05:54pour vous dire que le masque m'appartient
05:55si je sais que j'ai fait un braquage avec, et vous ne l'avez même pas retrouvé chez moi.
05:59Ils nous ont confrontés, moi et mon accusateur, qui a dit que le masque m'appartenait,
06:04chose que j'ai reconnue, mais sauf que lui disait que c'était moi qui étais venu déposer le masque
06:08chez lui à son insu.
06:10J'ai dit au policier, mais écoutez, c'est n'importe quoi ce qu'il raconte.
06:12On s'est retrouvés à être déférés au parquet, et on est arrivés devant un juge d'instruction qui m
06:20'a dit,
06:21voilà, monsieur Zouni, vous êtes monté dans le train, je vais vous amener au terminus.
06:24Et donc du coup, le juge d'instruction m'a mis en examen, et a demandé mon placement en détention
06:30provisoire,
06:31et j'ai été placé en détention.
06:36Lorsque j'arrive à la maison d'arrêt de Rennes, et que j'ai le grand portail qui s'ouvre,
06:40et que la voiture de la Xara grise de la police judiciaire s'engouffre dans l'enceinte de la maison
06:46d'arrêt,
06:46et que je suis descendu monoté, c'est tout de suite le choc, quoi, de prendre un pactage avec des
06:53couvertures,
06:53un bol, un couteau avec un lebout arrondi, et d'être conduit dans une cellule.
06:59Je vois des barreaux à mes fenêtres, et là je me dis, mais dans quel cauchemar je suis, quoi.
07:05À peine arrivé, Youssef demande à avoir du papier et un stylo.
07:09Et il se met à écrire des dizaines de lettres par jour, au président de la République de l'époque,
07:14Nicolas Sarkozy,
07:15ou encore à la gare de des Sceaux Rachida Dati, pour clamer son innocence.
07:19Il assure que cette nuit-là, il était avec sa petite amie Sabrina.
07:23Il propose de se confronter aux victimes du braquage, et jure qu'elles ne le reconnaîtront pas,
07:28parce qu'il n'était pas dans le supermarché cette nuit-là.
07:31Mais ses lettres restent sans réponse.
07:34La petite amie de Youssef, elle, ne lui a plus donné de nouvelles depuis son interpellation.
07:39Et Youssef vit de plus en plus mal la détention.
07:43Je me sentais un peu seul, mais je me sentais surtout différent du reste de la population.
07:50Et puis je me disais, mais moi j'ai rien à faire là.
07:53C'est toujours difficile de se mélanger aux autres, et puis de rigoler,
07:57parce que moi je refusais de rigoler en prison.
07:59Je refusais de rigoler parce que ça ne me faisait pas rire, moi, le fait d'être là.
08:03Ce qui était difficile pour moi, ça n'a pas été l'enfermement en soi,
08:07c'était le fait de n'avoir rien fait, de rien avoir à se reprocher,
08:10de rien avoir à regretter le soir en s'endormant dans sa cellule.
08:13Et c'est ça qui est le plus difficile, c'est pas rien.
08:17En 2017, à deux mois du début de son procès, l'avocat commis d'office de Youssef
08:22lui informe que les téléphones des quatre prévenus ont été analysés.
08:26La nuit du braquage, trois téléphones s'éteignent au même endroit, à la même heure,
08:30et ne se rallument qu'en début d'après-midi.
08:32Le quatrième téléphone, celui de Youssef, reste allumé toute la nuit, depuis chez lui.
08:38Et ses relevés de téléphone montrent qu'un appel de deux heures a été émis pendant le braquage.
08:44Youssef comprend alors qu'il s'est trompé dans son emploi du temps.
08:47Cette nuit-là, il n'était pas avec sa petite amie, mais au téléphone avec elle.
08:52Comme c'était la période du ramadan,
08:54ils avaient l'habitude de s'appeler toutes les nuits quand ils n'étaient pas ensemble.
08:57Et Youssef se dit que ses relevés de téléphone vont enfin pouvoir prouver son innocence.
09:03Au mois de juin, le procès de Youssef et des trois autres prévenus
09:06s'ouvrent devant la cour d'assises de Loire-Atlantique.
09:10Youssef se retrouve face à un jury,
09:12composé de six citoyens tirés au sort et trois magistrats
09:16qui devra décider de la culpabilité ou non des accusés.
09:21Quand on arrive devant une cour d'assises, quand on est innocent,
09:25la dernière chose qu'on a envie de faire, c'est de s'expliquer.
09:28Moi, j'avais envie de me lever, j'avais envie d'insulter toute la cour d'assises,
09:31mais je n'ai même pas à m'expliquer devant vous.
09:33Vous êtes qui ? Vous expliquez-moi ce que je fais devant vous.
09:36Je n'ai pas à m'expliquer.
09:37Je n'ai pas à m'expliquer devant qui que ce soit.
09:40Je suis aussi libre que vous tous.
09:41Je n'ai même pas envie de m'expliquer.
09:44C'est dur de ne pas perdre son sang-froid.
09:47Mais voilà, on sait que ça ne se passe pas comme ça.
09:50Il faut faire bonne impression et qu'on le veuille ou non,
09:53c'est ces personnes-là qui vont décider de votre avenir.
09:55Pendant l'audience, aucune victime ne reconnaît Youssef Zouini.
09:59Trois experts psychologiques estiment que sa personnalité n'est pas compatible avec les faits.
10:04Et le chef d'enquête de la police judiciaire vient rendre ses conclusions à la barre.
10:09Il explique qu'il a rassemblé des éléments contre les trois autres accusés.
10:13Il explique pourquoi, etc.
10:15Et lorsqu'il referme son dossier et qu'il retourne à sa place,
10:19il y a le président de la cour d'assises qui le rappelle et qui lui dit
10:20« Mais monsieur Zouini, vous n'en avez pas parlé. »
10:24Et le chef d'enquête de la police judiciaire, qui était en charge de cette enquête,
10:27qui dit « Mais écoutez, monsieur Zouini, pour moi, il n'était pas avec eux ce soir-là.
10:31On a un élément qui permet de démontrer qu'il était au téléphone cette soirée-là.
10:35Et pour moi, monsieur Zouini n'était pas avec eux cette nuit-là.
10:38Il n'a pas pu participer au feu. »
10:43Malgré ça, quand la sonnette est tirée et qu'on remonte au moment du délibéré
10:49et que j'entends dix ans de réclusion criminelle,
10:51mais là, c'est la foudre qui m'a électrocuté.
10:55On m'a mis dix ans et on est partis se coucher,
10:58comme si rien ne s'était passé le 17 juin.
11:01Je me suis dit « Mais ce n'est pas possible, quoi.
11:03C'est le monde qui a arrêté de tourner pour moi. »
11:08Youssef Zouini fait appel.
11:09De retour en prison, il s'inscrit à plusieurs ateliers
11:12pour passer le temps en attendant l'ouverture d'un nouveau procès.
11:16Il s'inscrit au foot, aux cours d'anglais et de français,
11:19mais aussi à l'atelier théâtre.
11:22Lorsque je me suis inscrit à l'activité théâtre,
11:24ce n'était vraiment pas pour en faire,
11:25c'était uniquement pour sortir de ma cellule.
11:28Pendant un moment, j'ai oublié ma condition de détenu,
11:30parce que je ne voyais plus de surveillants,
11:32je ne voyais plus de barreaux, je ne voyais plus rien.
11:34Je voyais le monde dans lequel je m'imaginais,
11:36parce que j'étais dans la peau d'un personnage
11:38et j'oubliais un instant ma personnalité, ma personne,
11:41j'oubliais mes soucis, j'oubliais tout.
11:43Et le soir, au premier cours de théâtre,
11:45le soir même, quand j'ai allumé la télé dans ma cellule,
11:48je commençais à regarder un film
11:50et je ne voyais plus du tout les acteurs de la même façon.
11:53J'étais déjà en train d'essayer de me mettre à la place de ces acteurs-là.
11:56Et puis moi, quand je regardais les acteurs,
11:58j'étais en admiration à ce que je me disais,
12:01mais tu vois, ces gens-là, finalement, Youssef,
12:04ils t'accompagnent partout, quoi.
12:06Que tu sois à l'extérieur ou que tu sois à l'intérieur,
12:08ils sont là.
12:09À chaque fois que tu allumeras ta télé,
12:10ils seront toujours là.
12:13Youssef se met également à lire.
12:15Il emprunte des grands classiques à la bibliothèque de la prison
12:17et récite des pièces de Molière à haute voix dans sa cellule.
12:21Quelques mois avant l'ouverture de son procès en appel,
12:24pour s'assurer qu'il n'entre pas en contact avec ses supposés complices,
12:27Youssef est placé à l'isolement.
12:29À travers les barreaux,
12:30il sympathise avec son voisin de cellule
12:32et entend parler, pour la première fois,
12:34du cours Florent,
12:35cette prestigieuse école de comédie à Paris.
12:38Youssef se met alors à rêver de devenir acteur.
12:42Son deuxième procès s'ouvre aux Assises en mai 2009.
12:46Youssef a 24 ans,
12:47il a changé d'avocat
12:48et Sabrina, son ancienne petite amie,
12:51a été convoquée en tant que témoin.
12:52C'est la première fois qu'il la revoit depuis son interpellation.
12:56Elle le fuit du regard,
12:57mais confirme qu'elle était bien au téléphone avec Youssef
13:00la nuit du braquage.
13:01Le verdict tombe le 14 mai 2009.
13:05Je me suis levé,
13:07on m'a dit voilà,
13:08après avoir délibéré,
13:09la cour d'assises vous acquitte
13:10des faits qui vous sont reprochés.
13:13Je suis sorti de la salle d'audience
13:14et j'ai mis un coup de pied sur la barrière de sécurité.
13:18Et c'était de la colère,
13:19tout de suite de la colère.
13:20Aucun soulagement quoi.
13:22Aucun, aucun.
13:29Je ne peux pas être soulagé
13:30de quelque chose que je mérite
13:32parce que ma liberté, je ne l'ai pas volée.
13:34Donc je ne peux pas me soulager
13:36après avoir passé toutes ces années en prison,
13:38après toute cette souffrance
13:40qu'on m'a infligée,
13:41après toute cette jeunesse qu'on m'a volée,
13:43tout ce qu'on m'a fait subir,
13:44deux comparutions devant une cour d'assises.
13:46Je ne peux pas être content,
13:47on ne peut pas être content
13:48parce qu'au final, on se dit
13:48mais tout ça, pour ça.
13:51Après son acquittement,
13:52Youssef tombe dans les bras de sa mère.
13:55Et quelques jours seulement,
13:56après son procès en appel,
13:58il saute dans un train en direction de Paris
14:00et passe une audition
14:01pour rentrer au cours Florent.
14:03On m'a demandé de prendre un objet,
14:05d'aller sur scène
14:06et de raconter une petite histoire.
14:08Donc évidemment, je saute sur mon téléphone portable
14:10et en plus c'était le téléphone portable
14:12avec lequel j'étais en communication
14:14le soir des faits.
14:15Je l'avais encore.
14:16Et j'arrive sur scène
14:17et j'explique que ce téléphone m'a sauvé la vie
14:19parce qu'il m'a permis
14:20de retrouver ma vie, etc.
14:23Et mes proches.
14:24Alors les profs voulaient en savoir un peu plus.
14:27Est-ce que tu as pu échapper à la mort de peu de justesse
14:30et puis tu as pu appeler du secours à temps ?
14:31Qu'est-ce qui s'est passé avec ce fameux téléphone ?
14:34J'ai dit, écoutez, j'étais victime d'une erreur judiciaire.
14:36J'étais condamné à 10 ans de prison
14:37pour une affaire de braquage
14:38et je viens de sortir il y a quelques jours.
14:40Et en fait, on a établi que j'étais en pleine communication téléphonique,
14:43en plein braquage
14:43et c'est ce qui m'a totalement innocenté.
14:46La prof, qui était une prof du cours Florent,
14:48qui s'appelle Christine François,
14:49qui est réalisatrice,
14:50qui a fondu en larmes
14:51parce qu'elle était complètement touchée.
14:54Je reçois un courrier
14:55trois, quatre jours après dans ma boîte aux lettres
14:57et on me dit,
14:59admis en première année,
15:01c'est juste, subtil, nuancé,
15:03tout ce dont rêve un réalisateur.
15:05C'est mot pour mot ce qui était écrit.
15:07Je me suis dit, bon, il y a une nouvelle vie
15:09qui va commencer à se dessiner pour moi en septembre.
15:12J'étais content, quoi.
15:14Touché par l'histoire de Youssef,
15:16le directeur de l'école décide de lui offrir
15:18les frais de scolarité.
15:19Youssef s'installe alors à Paris
15:21et sort diplômé du cours Florent en 2017.
15:24Puis il écrit deux livres sur son histoire
15:26qui sortent en 2018 et en 2019.
15:29Sans agent artistique,
15:31Youssef contacte lui-même
15:32plusieurs réalisateurs et réalisatrices,
15:34dont Olivier Marchal,
15:36grâce à des relations qu'il a nouées à l'école,
15:38pour leur dire de le prévenir
15:39si jamais il lance des castings
15:41pour un prochain film.
15:42Sans vraiment de réponse,
15:44Youssef décide de partir au Maroc
15:45avec sa mère pour se ressourcer.
15:49En septembre dernier,
15:51je reçois un coup de téléphone
15:52d'Olivier Marchal
15:53qui m'appelle,
15:54qui me dit
15:55« Voilà, Youssef,
15:56on va t'appeler,
15:57il faut que tu rentres à Paris,
15:59tu vas passer les essais pour mon film.
16:01Donc voilà, tu rentres. »
16:03Donc je saute dans le premier avion.
16:05Deux jours après,
16:06j'étais dans l'avion,
16:06je connaissais déjà mon texte.
16:08Et donc je suis arrivé à Paris
16:09et j'ai passé mon premier casting
16:11devant un des plus grands directeurs de casting
16:14pour un des meilleurs réalisateurs français,
16:17qui est Olivier Marchal.
16:19Et donc je reçois un message d'Olivier le soir même
16:23en me disant qu'il était très content des essais
16:26et très content du retour
16:28que lui avait fait déjà le directeur de casting
16:30et que c'était bon pour lui.
16:32Le tournage du prochain film d'Olivier Marchal
16:35débute en décembre 2021.
16:37Youssef,
16:38qui a décroché le rôle d'un gangster,
16:40s'estime chanceux de faire ses premiers pas au cinéma
16:43avec un réalisateur aussi réputé.
16:45« Quand la caméra d'Olivier est en marche
16:48et qu'on te dit « action »,
16:51on se dit « ben voilà, on est dedans,
16:54on a un pied dedans,
16:55on va tout faire pour y rester ».
16:57Je sais que la route est encore longue,
16:59j'ai encore beaucoup de travail à faire,
17:01j'ai encore mes preuves à faire.
17:02Et je sais que si je n'avais pas été victime d'injustice,
17:07je ne serai jamais là où j'en suis aujourd'hui.
17:08Donc heureusement qu'il y a eu aussi ces événements dans ma vie.
17:12Et puis j'espère qu'un jour,
17:14je pourrai aussi inviter
17:17tout le juré de la première cour d'assises
17:19et puis le juge d'instruction
17:19et puis l'avocat général qui m'a mis en prison
17:21et qui m'a condamné la première fois,
17:24les inviter à une avant-première d'un de mes films
17:26et de leur dire « merci »
17:27parce que vous avez aussi contribué
17:29à cette belle affiche de cinéma
17:30et vous êtes aussi les principaux responsables
17:34de ma réussite
17:34parce que vous m'avez beaucoup aidé en fait.
17:36Vous m'avez donné de la force.
17:47Ambre, Youssef Zouini a commencé
17:49le cours Florent en 2009,
17:50il a terminé son cursus en 2017 seulement.
17:53Ça a pris plus de temps que d'habitude,
17:55on sait pourquoi ?
17:56Oui, en fait, il a fait sa première année
17:58au cours Florent
17:58mais psychologiquement,
18:00ça n'allait pas trop.
18:01Il était encore traumatisé
18:03par ce qu'il avait vécu
18:04donc il a préféré arrêter un temps.
18:06Il s'est installé au Maroc avec sa mère
18:08pour souffler un peu.
18:09Il en a profité pour écrire ses deux livres
18:12qui ont agi un peu comme une thérapie
18:14et une fois que ça allait mieux,
18:15il est revenu à Paris
18:16et il a fini son cursus au cours Florent
18:18jusqu'à son diplôme.
18:20Et là, il participe donc au tournage
18:22d'un film d'Olivier Marchal.
18:23Est-ce que ça le dérange
18:24de jouer un braqueur ?
18:26Non, pas du tout.
18:27C'est plutôt un petit clin d'œil
18:29qui le fait rigoler
18:30et pour la petite histoire,
18:33Olivier Marchal, le réalisateur,
18:35est lui un ancien policier
18:37et donc Youssef est assez content
18:39que ce soit lui qui le place dans la lumière
18:41et pour lui,
18:42c'est un joli clin d'œil du destin.
18:44Ce film devrait sortir fin 2022
18:46ou début 2023.
18:48Est-ce que Youssef Zouini
18:49a déjà des projets pour la suite
18:51après ce long métrage ?
18:53Oui, alors déjà pour commencer,
18:54il veut multiplier les castings
18:56pour décrocher de nouveaux rôles.
18:58Il a aussi le projet
18:59de faire un film sur son histoire.
19:01Il a écrit le scénario,
19:03donc maintenant,
19:03il cherche à concrétiser le projet
19:05et il aimerait,
19:06si ça se fait,
19:07jouer son propre rôle
19:08pour pouvoir raconter lui-même
19:10son histoire au cinéma.
19:11Dernière question,
19:12Ambre, il a été victime
19:13d'une erreur judiciaire.
19:14Est-ce qu'il a été indemnisé pour ça ?
19:16Oui, il a reçu une indemnisation.
19:19Alors, il ne veut pas dire
19:19exactement le montant,
19:21mais c'est un peu plus de 35 000 euros.
19:23Et pour lui,
19:24ce n'est clairement pas
19:25à la hauteur de l'injustice
19:26qu'il a subie
19:27parce qu'il a quand même passé
19:28deux ans en prison
19:30et quatre ans à batailler
19:32pour prouver son innocence.
19:33Et pour lui,
19:34c'est quatre ans de sa jeunesse
19:35qu'on ne lui rendra jamais.
19:39Merci, Ambre Rosala
19:41et merci à Robin Cordat
19:42pour son aide.
19:44Cet épisode de Code Source
19:45a été produit par Thibault Lambert
19:46et Clara Garnier-Amourou,
19:48réalisation Julien Moncouquiole.
19:50Code Source,
19:51le podcast d'actualité du Parisien
19:53est disponible
19:53sur toutes les plateformes.
19:55Nous publions un nouvel épisode
19:56chaque soir de la semaine.
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