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  • il y a 12 heures
Le 23 décembre 2023, Patrice Dupas a fait condamner l’Etat pour faute grave. En 2020, durant le premier confinement, il n’a pas pu se rendre au chevet de son père mourant pour lui faire ses adieux, à cause des restrictions sanitaires. Pour Code source, il témoigne au micro d’Ambre Rosala.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Barbara Gouy et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Alexandre Ferreira - Musiques : François Clos, Audio Network.

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News
Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12C'est un fait divers qui est devenu l'un des symboles d'un confinement appliqué parfois sans discernement pendant
00:18l'épidémie de Covid.
00:19Le 4 avril 2020, devant le viaduc de l'île de Ré, en Charente-Maritime,
00:23un homme de 52 ans qui voulait dire adieu à son père en phase terminale d'un cancer,
00:28a été bloqué par les gendarmes.
00:30Trois ans plus tard, le 23 décembre 2023, cet homme, Patrice Dupas, a fait condamner l'État pour faute lourde.
00:38Chez Codesources, nous avons eu envie de lui donner la parole pour qu'il prenne le temps de nous raconter
00:42son histoire.
00:43Il a accepté de recevoir Ambre Rosala.
00:54Je rencontre Patrice Dupas chez lui, à Saint-Romain-sur-Cherre, dans le Loire-et-Cherre.
00:57Il a 56 ans et il est responsable technique dans une cave coopérative.
01:02Nous nous installons autour de la table de sa cuisine et il commence à me raconter qui était son père.
01:09Claude Dupas est né le 17 novembre 1937 en Seine-Maritime, à Dieppe.
01:13Au début de la Seconde Guerre mondiale, sa ville natale tombe entre les mains de l'armée allemande.
01:18Claude est alors envoyé dans le sud-ouest, à Périgueux, où il est élevé par sa grand-mère.
01:23Il devient mécanicien, puis il entre dans l'armée jusqu'à devenir adjudant.
01:28Avec sa première femme, il a deux fils, Patrice et son grand-frère.
01:36C'est quelqu'un qui était entier, qui était honnête.
01:40C'est-à-dire que s'il avait besoin de dire les choses, il les disait.
01:44On était en tant qu'enfant, je peux vous dire qu'il fallait s'affiler droit.
01:47Par contre, il ne disait pas « je t'aime ».
01:48Ce n'était pas quelqu'un qui avait reçu ses dessentiments, donc il y avait beaucoup de mal à s
01:53'exprimer.
01:54Mais c'était quelqu'un avec qui on pouvait discuter de beaucoup de choses.
01:58Claude se sépare de sa première femme.
02:00Une fois à la retraite, en 2000, il s'installe avec sa nouvelle compagne, Françoise, sur l'île de Ré,
02:05au large des côtes de la Charente-Maritime.
02:08C'est à environ 300 km de chez Patrice, qui a une trentaine d'années à ce moment-là.
02:13Il ne se voit plus aussi souvent qu'avant, mais il reste toujours aussi proche.
02:17Je ne vais pas dire fusionnel parce qu'on a été loin, mais non, très très proche.
02:21Même sans se voir.
02:22Il n'y avait pas besoin de messages, de téléphones, de ceci, de cela, d'être ensemble pour savoir qu
02:27'on était proche.
02:27On a fait du ski pendant des années ensemble, on a partagé beaucoup de choses.
02:31Je me souviens très bien quand ils venaient me chercher quand j'étais minot,
02:35chez telle ou telle grand-mère, parce que j'avais une grand-mère qui était à Périgueux
02:38et l'autre qui habitait du côté de Pont-de-Voie, donc pas très loin d'ici.
02:42Mon père et ma mère s'amusaient dans la voiture, à savoir vers lequel des deux j'allais courir en
02:47premier.
02:48Et c'était toujours mon père. Donc voilà, on s'entendait très très bien.
02:51Patrice, sa femme de l'époque et leurs enfants, vont régulièrement en vacances sur l'île de Ré
02:55pour voir Claude et Françoise.
02:57Et chaque année, le couple de retraités s'offre un voyage à l'étranger pendant l'hiver.
03:01Au début de l'année 2020, Claude et Françoise partent donc en séjour en Martinique.
03:06Là-bas, Claude a ce qui ressemble à une infection urinaire.
03:09Un médecin lui donne un traitement, mais ça ne passe pas.
03:12A leur retour, Claude fait des examens plus approfondis
03:15et son médecin lui demande de faire une IRM, car il suspecte un cancer de l'urètre.
03:21En mars 2020, la France est confinée à cause de la pandémie de Covid-19.
03:26Patrice, qui est confiné chez lui dans le Loir-et-Cher,
03:29attend les résultats des examens de son père, qui doivent tomber le 27 mars.
03:34Le retour de Martinique, moi, ça m'avait un petit peu dit que c'est bizarre,
03:38parce que c'était quelqu'un qui avait quand même la pêche.
03:40Et là, il était quand même très, très...
03:43Il ne bougeait pas, il était moins vif, moins ceci.
03:46Même s'il ne se plaignait pas, c'était quand même bizarre.
03:49Donc Françoise nous tenait quand même très souvent informés.
03:52Et puis, donc, le résultat IRM est tombé, le 27.
03:57Et là, le médecin dit à Françoise que, voilà, c'était un cancer fou de croyant.
04:02Et par rapport à son état de santé, sa faiblesse, il n'y a rien d'envisageable.
04:08Donc, à part un départ tranquille, quoi.
04:11Donc, c'est pour ça que, dès le 3 avril, il a été hospitalisé à domicile.
04:15Donc, bon, le résultat tombe.
04:17Qu'est-ce qu'on fait ? On est en plein confinement.
04:21Très compliqué, quoi.
04:22Donc, j'ai contacté Françoise, j'ai fait, bon, comment on va faire ?
04:24Est-ce que tu crois que je vais pouvoir venir ? J'en sais rien.
04:26Il me dit, bah, je ne sais pas, renseigne-toi, débrouille-toi.
04:29Il avait raison, on m'a envoyé un peu bouler, quoi.
04:31C'est le petit garçon qui demande comment on fait, quoi.
04:33Mais ce qui est logique, parce que c'est son père.
04:35Et même si, à cette époque-là, j'avais 52 ans, ça fait bizarre, quoi.
04:39Claude a un cancer de l'urètre qui s'est propagé à la colonne vertébrale.
04:43Il ne lui reste plus beaucoup de temps à vivre.
04:45Et Patrice veut pouvoir aller lui dire au revoir.
04:47Comme les déplacements sont interdits pendant le confinement, sauf motif impérieux,
04:52Patrice se renseigne auprès de la gendarmerie.
04:54Il contacte la brigade numérique via la messagerie instantanée Messenger.
04:59Bonjour messieurs, j'ai une simple question.
05:00Mon père est en phase terminale de la conserve sur l'île de Ré.
05:02Je souhaiterais aller le voir avant son dernier souffle.
05:05Est-ce que la dérogation suffit pour faire le voyage en voiture de ma commune du Loura-et-Cher à
05:10chez lui ?
05:11J'ai un peu d'appréhension avec le passage du pont.
05:13Ma bonne foi suffira-t-elle ?
05:15Et on me répond, c'est un motif impérieux.
05:17Je peux me déplacer, c'est un motif impérieux malgré la distance.
05:20Bon, bah, voilà, impeccable.
05:21Le vendredi 3 avril, Françoise appelle Patrice alors qu'il est au travail dans les vignes
05:26pour lui donner des nouvelles de son père.
05:28Elle lui dit qu'il va très mal et qu'il doit venir au plus vite pour lui dire au
05:32revoir.
05:33Bon, bah, ok, c'est pas top, mais je vais y aller, quoi.
05:37Donc, je préviens tout le monde, je rentre à la maison, je vois les enfants,
05:41je dis, bon, papy Claude, c'est pas top, je vais y aller.
05:45Donc, je prépare mon papy la veille ou le jour même, je sais plus,
05:48d'attestations, déplacements, motifs impérieux, l'adresse où j'allais.
05:54Puis, je pars le lendemain matin à 10h.
05:5710h du matin, je prends la route, je vais voir mon papa qui va mourir
06:02et je sais pas comment je vais articuler cette dernière phase,
06:07cette dernière rencontre.
06:08Il n'a jamais dit je t'aime, mais je crois que j'avais un espoir
06:12de le voir au moins une fois, l'entendre.
06:16On va pas le voir, l'entendre, espérer ce jour-là.
06:21Patrice a environ 3h de route en voiture pour rejoindre l'île de Ré.
06:24Nous sommes le samedi 4 avril 2020, le premier jour des vacances de Pâques
06:28pour la zone C et celle de Paris.
06:30Patrice se doute alors que les contrôles vont être renforcés.
06:33Tout le monde est confiné, il n'y a pas un chat sur l'autoroute
06:35à part quelques voitures, pas grand monde, quelques camions, transports,
06:40et puis personne.
06:41Les aires de stations, essence, etc. sont fermées, il n'y a personne.
06:46Et puis j'arrive jusqu'à la sortie, 33, la Rochelle.
06:49Et là, premier contrôle, je n'armerai rien, un adjudant,
06:53donc je montre mon papier qui était dans une poche plastique
06:56pour ne pas l'abîmer.
06:57Quelle est la raison d'autre motif ?
06:59Voilà, mon père est en phase terminale de la cancer,
07:01je vais le voir pour une dernière fois.
07:02Bon, bah, c'est allez-y monsieur, bon courage.
07:05Après avoir traversé la Rochelle, Patrice arrive à l'entrée du pont de l'île de Ré,
07:09où il y a un grand rond-point.
07:11Son père habite à 1800 mètres de là.
07:13À la traversée du pont, un grand rond-point,
07:16là, une quinzaine de gendarmes, contrôle.
07:19Bon, bah, pourquoi pas un de plus, ce qui est normal, je suis tout à fait d'accord.
07:22J'arrive au contrôle, un gendarme se met ma fenêtre,
07:25moi je lui explique la même chose, voilà, je vais voir mon père
07:28qui est en phase terminale de la cancer chez lui,
07:31il regarde le papier, il fait, je vais vous contrôler.
07:34Contrôlez-moi, moi, c'est pas un souci.
07:36Il me fait parquer à quelques mètres plus loin,
07:38et puis, là, il commence à dire que j'arrive de loin,
07:42qu'on va pas voir les vues dans les EHPAD,
07:45et que j'arrive de loin, que c'est dangereux.
07:46J'ai fait, bah, déjà, j'arrive de loin, oui,
07:48mais je vais pas dans un EHPAD.
07:50Mon père, il est en hospitalisation à domicile.
07:52J'ai eu l'autorisation de l'âge de l'armorier,
07:54j'ai déjà eu un contrôle juste avant, on m'a laissé passer,
07:56et je vois pas pourquoi, lui, ça bloque.
07:59Patrice montre au gendarme le message qu'il a reçu quelques jours plus tôt,
08:02celui dans lequel la brigade numérique
08:03lui assure que son motif est impérieux
08:06et qu'il peut se déplacer avec une attestation.
08:08Le gendarme ne veut rien savoir,
08:10alors Patrice propose d'appeler la compagne de son père, Françoise,
08:13pour prouver que son père est bien mourant.
08:16Je suis resté poli, comme lui était poli aussi,
08:18y'a pas une montage de thon, c'est pas crépé le chignon, quoi.
08:22Donc je fais le téléphone de Françoise,
08:24là, je lui explique, elle, c'est elle qui monte dans les tours,
08:26et en lui disant, c'est un gendarme,
08:29mais est-ce que vous voulez que je vous envoie à la photo de mon mari,
08:30ce sont les morts.
08:32Donc j'ai vu que ça montait,
08:34je me suis dit, il va réfléchir, il va comprendre ce gendarme-là.
08:36J'ai dit, arrête Françoise, ça va s'arranger, t'inquiète pas.
08:39Je raccroche, lui, il me prend ma pièce d'identité,
08:42donc je donne, et en 4 secondes 30,
08:44il me met une amende.
08:45Il ne change pas d'avis, il me dit, allez hop, vous faites demi-tour, vous partez.
08:49Patrice écope d'une amende de 135 euros
08:51pour violation du confinement,
08:52et il fait demi-tour.
08:54Alors, je commence à faire demi-tour,
08:55je reprends le rond-point direction La Rochelle,
08:57et là, le téléphone ressonne dans la voiture,
09:00un numéro, un 06 que je connaissais pas,
09:02je décroche, et là, c'est le docteur Jacques,
09:04qui était le médecin remplaçant,
09:06qui traitait papa.
09:08Il se présente, il me dit,
09:09bon, passez-moi le gendarme,
09:11dépêchez-vous, sortez pas,
09:12ça va s'arranger, je vais lui expliquer.
09:14Donc, je me reparque,
09:15et je rappelle le gendarme.
09:16J'ai le médecin en ligne,
09:18il va vous expliquer.
09:20Donc, il se rapproche, il écoute,
09:21le médecin donne son nom,
09:23où il exerçait,
09:25donc, sur l'île de Ré,
09:26et que mon motif de déplacement
09:28était lié à la stade santé de mon père.
09:30Le gendarme écoute,
09:32ne change pas d'avis,
09:33il dit, non, mais monsieur, vous faites demi-tour,
09:34moi, j'ai pas le temps,
09:35j'ai des contrôles à faire.
09:36Il repart contrôler des gens,
09:38demande de faire demi-tour,
09:39bien sûr, il contrôle,
09:40il dit à ses collègues,
09:41moi, il faut que je dégage.
09:42Bon, ben, je pars.
09:44Patrice et Françoise
09:45passent différents appels à la préfecture,
09:47mais rien n'y fait.
09:48Le lendemain,
09:49Françoise explique à son mari
09:50que Patrice a essayé de venir en vain.
09:53Françoise lui a dit le lendemain à papa
09:57que j'avais tenté de passer,
09:59et c'était normal qu'il sache
10:01que son fils était venu,
10:04et il aurait voulu passer
10:06quelques instants avec lui
10:07avant qu'il parte.
10:09Et là,
10:10il est parti en convulsion,
10:14et le médecin et l'équipe médicale,
10:17ils ont décidé de le sédater à ce moment-là.
10:20Donc, le sédater,
10:22c'est-à-dire
10:23augmenter la dose de morphine déjà existante
10:26pour, en gros,
10:27l'endormir
10:28et que
10:29il parte apaiser.
10:34Claude meurt le mardi 7 avril 2020.
10:37La dernière fois que Patrice a pu parler à son père,
10:40c'était huit jours plus tôt,
10:41par téléphone.
10:42Huit jours avant,
10:44Françoise me l'a passé,
10:45il était déjà...
10:46On en a parlé pas longtemps
10:48parce qu'il commençait déjà à peiner.
10:51Et...
10:53Malheureusement,
10:54il m'a dit
10:54t'inquiète pas,
10:54on se reverra.
10:56Ben non.
10:57La crémation a lieu
10:58deux jours plus tard
10:59sur l'île de Ré.
11:00Patrice se rend sur place
11:01le jeudi 9 avril,
11:03muni d'une attestation
11:04et d'un certificat de décès.
11:05Et cette fois-ci,
11:06il n'est pas contrôlé.
11:08Donc,
11:09je suis monté le jeudi matin.
11:11On a été lui dire au revoir
11:12avec Françoise
11:14au funérarium.
11:15Et la crémation a eu lieu
11:17le vendredi matin.
11:20Et malheureusement,
11:21sans personne.
11:22Et Françoise a récupéré
11:24l'urne le vendredi soir.
11:26C'est fini.
11:28Personne autour de lui,
11:28personne pour lui dire au revoir.
11:31Personne ne méritait pas ça.
11:39Patrice décide de médiatiser son histoire.
11:42Un article paraît dans le journal régional
11:44La Nouvelle Aquitaine,
11:45puis il témoigne sur France 3 et LCI.
11:47Patrice Dupas se trouve bloqué
11:49à l'entrée de l'île de Ré.
11:50Il arrive du Loir-et-Cher
11:52et doit se rendre à la flotte
11:53au chevet de son père mourant.
11:54Il s'était renseigné avant de partir.
11:56Mais le gendarme de Charente-Maritime,
11:58lui, reste inflexible
12:00et demande de faire demi-tour.
12:01Quand vous lui expliquez ça,
12:02qu'il est en train de mourir,
12:03qu'il est hospitalisé à domicile
12:05et pas dans un EHPAD,
12:06qu'est-ce qu'il vous répond ?
12:07Il reste...
12:08Non, non, vous ne passez pas.
12:10C'est dangereux.
12:12Le jeudi 16 avril,
12:13en fin d'après-midi,
12:14la gendarmerie de la Charente-Maritime
12:16publie un communiqué
12:17sur ses réseaux sociaux
12:18dans lequel elle exprime, je cite,
12:20sa plus vive compassion à Patrice Dupas,
12:23lui présentant à lui ainsi qu'à ses proches
12:25ses sincères condoléances.
12:27Donc, il y a eu des pseudo-excuses.
12:29C'est mauvaise compréhension.
12:31Ce n'est pas des excuses,
12:31c'est simplement une mauvaise compréhension.
12:34Ouais, bah...
12:35Je ne vois pas ce qui est incompréhensible
12:37dans ce que je dis, quoi.
12:38Donc, l'excusse aurait été beaucoup plus fort.
12:41Et puis, voilà.
12:42Puis, en gros, on m'a annulé mon amende.
12:44Et puis, plus rien.
12:45Pendant des mois,
12:46Patrice culpabilise
12:47de n'avoir rien tenté de plus ce jour-là.
12:49Il fait parfois des cauchemars
12:51dans lesquels il se voit traverser de force
12:53le pont de l'île de Ré
12:54pour rejoindre son père.
12:55J'avais toujours ce sentiment de...
12:58C'est de ma faute ou pas ma faute,
12:59en fin de compte,
13:00ce qui s'est passé.
13:03Donc, j'ai envoyé un petit mot tout bête
13:06sur le site de l'Élysée.
13:09Moi, j'estimais qu'il fallait rendre hommage à mon père.
13:11Il y a eu réponse au mois de mars.
13:13Ils ont écrit,
13:14« Oui, oui, tout à fait.
13:15Nous vous mettons en relation
13:17avec les services de la sous-préfecture,
13:19ou de la préfecture de Gérante-Mariatine. »
13:21Très bien.
13:22J'ai eu un premier échange courrier
13:23et puis là,
13:24la préfecture me dit,
13:25« Oui, oui,
13:25votre papa était bien d'anciens militaires. »
13:27Merci de me le confirmer,
13:28je le savais quand même très bien.
13:29« Vous voulez un hommage pour lui soit rendu ? »
13:32Contactez les associations d'anciens militaires
13:35et puis font un truc aux couleurs.
13:38Moi, j'aurais aimé
13:39qu'il y ait l'État reconnaissant.
13:41Il y a eu deux, trois échanges.
13:43On me répond,
13:44« On ne peut pas donner la Légion d'honneur
13:46à quelqu'un qui n'est pas mort de cause de guerre. »
13:49Et patati, patata.
13:50Je n'ai pas demandé la Légion d'honneur.
13:52Une médaille,
13:53une reconnaissance honorifique,
13:55il n'y a pas que la Légion d'honneur.
13:56Quand on est ancien militaire,
13:57il y a plein de choses.
13:58Donc là, je suis monté dans les tours.
14:00J'ai répondu, sèchement.
14:02Et puis après,
14:03je me suis renseigné de mon côté
14:05ce que je pouvais faire.
14:06Et j'ai décidé d'entamer une action
14:08en justice
14:09pour réparation
14:10de préjudice morale.
14:12Patrice trouve un avocat
14:13et il porte plainte contre l'État
14:15le 7 avril 2022,
14:17deux ans jour pour jour
14:18après la mort de son père.
14:20Le 23 décembre 2023,
14:22l'avocat de Patrice
14:23l'appelle pour lui annoncer
14:24la décision de justice.
14:25L'État vient d'être condamné
14:26pour faute lourde.
14:28Patrice appelle immédiatement Françoise
14:30qui se trouve chez son fils.
14:32Et j'y vais t'assis ?
14:34Ouais, on a gagné.
14:35Parce que c'est même pas
14:35j'ai gagné, c'est on a gagné.
14:36Je ne l'ai pas fait pour moi,
14:38je l'ai fait pour l'ensemble de la famille.
14:41Ça enlève un gros, gros poids
14:44de culpabilité.
14:45Et la culpabilité, des fois,
14:46elle empêche de dormir.
14:48Donc, mes nuits sont meilleures.
14:50Ça m'a apaisé.
14:51C'est pas moi le responsable.
14:52Et ça, je peux vous dire que
14:54ouais, ça fait du bien.
14:55C'est surtout ça qui était important.
14:56Qu'on me déculpabilise de tout ça.
15:00C'est eux les responsables.
15:09Ambre, est-ce que Patrice Dupas en veut encore à ce gendarme
15:12qui l'a empêché de passer ce jour-là ?
15:14Alors, il m'a dit qu'il ne lui en voulait pas personnellement.
15:16Il n'a rien contre lui à titre personnel.
15:19Mais c'est vrai qu'aujourd'hui, il ne comprend toujours pas
15:21comment ce gendarme, qui était quand même un gendarme gradé,
15:24a pu prendre cette décision.
15:25et il ne comprend pas comment ça a pu se passer
15:27et pourquoi personne n'est intervenu pour le laisser passer.
15:30Il a donc fait condamner l'État pour faute lourde.
15:32Est-ce qu'il a été dédommagé après ça ?
15:34Oui, l'État va devoir lui verser
15:3610 000 euros de frais de préjudice.
15:38Mais il m'a dit que c'était surtout symbolique pour lui
15:40et c'est surtout la reconnaissance
15:42de la culpabilité de l'État qui compte pour lui.
15:46Merci, Ambre Rosala.
15:48Cet épisode de Code Source a été produit par Thibault Lambert
15:50et Barbara Gouy.
15:52Réalisation, Alexandre Ferreira.
15:54Code Source, c'est le podcast quotidien
15:56d'actualité du Parisien.
15:58Un nouvel épisode tous les soirs de la semaine.
16:00Chaque mercredi, il y a maintenant Le Sacre,
16:02un nouveau podcast du Parisien
16:04consacré à Paris 2024.
16:06Confidence de médaillé d'or olympique
16:08au micro d'Anne Lorbonnet.
16:10Et puis n'oubliez pas Crime Story,
16:11chaque samedi, une grande affaire criminelle
16:13racontée par Claudia Prolongeau
16:15avec Damien Delsenie,
16:16chef du service police-justice du Parisien.
16:18Sous-titrage Société Radio-Canada
16:22Sous-titrage Société Radio-Canada
16:23Sous-titrage Société Radio-Canada
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