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Le dimanche 7 juillet, le camp présidentiel arrive en seconde position du second tour des élections législatives, derrière l'alliance de gauche du Nouveau Front populaire. Le président de la République, Emmanuel Macron, patiente avant de nommer un nouveau gouvernement. En coulisse, des divisions apparaissent entre macronistes. Pour Code source, deux journalistes du service politique du Parisien, Olivier Beaumont et Marion Mourgue, racontent comment Emmanuel Macron tente de reprendre la main après les élections législatives.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo, Barbara Gouy et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network

Archives : France 2, TF1.

#politique #gouvernement #macron

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11En 2017, après les élections législatives, le camp d'Emmanuel Macron disposait d'une très large majorité à l'Assemblée
00:18nationale avec environ 350 députés.
00:22Sept ans plus tard, il a perdu plus de 200 sièges dans l'hémicycle.
00:25Depuis le second tour des législatives anticipées, le dimanche 7 juillet, le nouveau Front Populaire, qui compte le plus grand
00:32nombre d'élus,
00:33demande au président de la République d'appeler quelqu'un de ses rangs pour former un gouvernement.
00:38Mais l'Elysée, de son côté, veut croire que tout n'est pas encore perdu.
00:43Le chef de l'État espère qu'une coalition se forme autour de son bloc pour ne pas laisser la
00:48gauche et surtout la France insoumise arriver au pouvoir.
00:51Problème, sa famille politique apparaît plus fracturée que jamais.
00:56Cet épisode de Code Source est raconté par Marion Mourgue, la chef du service politique du Parisien,
01:01et Olivier Beaumont, il couvre l'exécutif au sein de ce service.
01:18Il est 20h, et c'est le Rassemblement National et ses alliés qui arrivent en tête à 34%.
01:24On a choisi de commencer ce podcast au soir du premier tour des élections législatives anticipées,
01:29là où s'était arrêté notre dernier épisode de Code Source sur l'ex-majorité.
01:34Ce soir-là, le dimanche 30 juin, le Rassemblement National et ses alliés arrivent en tête.
01:3939 de leurs candidats sont élus députés dès le premier tour.
01:43Le camp présidentiel est à la troisième place avec un peu plus de 20% des voix.
01:47Olivier Beaumont, rappelez-nous quelle est l'ambiance ce soir-là du côté des fidèles d'Emmanuel Macron.
01:52Une ambiance très étrange et assez paradoxale, parce que les macronistes arrivent quand même à se maintenir dans 300 circonscriptions,
01:58compte tenu du score qu'ils avaient fait aux élections européennes, 14%, il faut le rappeler.
02:03C'est plutôt un score encourageant, on a le sentiment qu'ils limitent la casse,
02:06mais on voit qu'il y a une dynamique du RN qui est très puissante et qui en passe de
02:11pouvoir transformer l'essai la semaine suivante pour le second tour.
02:15Dès 20h, Emmanuel Macron envoie un communiqué de presse via l'AFP
02:18pour demander un large rassemblement des forces républicaines pour faire barrage au RN.
02:25Et à côté de ça, on a le sentiment qu'il y a un sentiment un petit peu de légèreté
02:28qui flotte dans les couloirs du palais.
02:30Dans la soirée, Emmanuel Macron va recevoir quelques-uns de ses soutiens, son entourage proche,
02:35pour commencer à regarder circo par circo qui on garde, qui on maintient, qui on retire pour le second tour.
02:43Et autour de cette soirée qui va s'éterniser très tard dans la nuit, sur la terrasse du palais de
02:48l'Elysée,
02:49il y a cette scène complètement décalée, un peu étonnante en tout cas,
02:53puisque à minuit tapante, nous avons basculé au 1er juillet,
02:57et Emmanuel Macron décide d'ouvrir une bouteille de champagne pour fêter l'anniversaire de Richard Ferrand qui a 62
03:02ans.
03:02Donc une ambiance un petit peu de légèreté qui est vraiment en décalage avec le moral des troupes.
03:07Marion Mourgue, dans les jours qui suivent, les projections des instituts de sondage pour le second tour
03:12ne sont pas vraiment bonnes pour l'ex-majorité présidentielle.
03:16Oui, parce qu'on pense encore que le Rassemblement national peut l'emporter,
03:20la majorité absolue s'éloigne, mais Jordan Bardella est toujours en capacité d'avoir une majorité relative,
03:26donc d'avoir le plus grand nombre de députés à l'Assemblée nationale,
03:29et qu'à ce moment-là, il y a toujours un fort rejet d'Emmanuel Macron qui s'est exprimé
03:34dans les urnes au premier tour,
03:35donc on se dit que ça sera compliqué pour les candidats de la Macronie.
03:40Dans les premiers sondages de l'entre-deux-tours, le camp présidentiel est censé garder qu'environ 70 circonscriptions,
03:49c'est-à-dire que les projections sont assez basses.
03:51Ils étaient à plus de 300 sièges en 2017,
03:54et donc on se dit que ça peut être divisé par 4 ou par 5 à l'issue de ces
03:58législatives.
04:00Le vendredi 5 juillet, Olivier Beaumont, vous signez dans Le Parisien un article intitulé
04:05« Comment Emmanuel Macron a dissous le macronisme ? »
04:08dans lequel vous racontez cette atmosphère de fin de règne au sein de l'ex-majorité
04:13pendant la campagne de l'entre-deux-tours.
04:15À ce moment-là, en interne, qu'est-ce qu'on vous raconte ?
04:18Les députés sortants et tous les cadres de la Macronie ne comprennent toujours pas
04:22pourquoi le président a cassé son jouet.
04:25Je reprends les mots repris par certains.
04:27Et donc, voilà cette forme aussi de cynisme et d'opération, de clarification
04:31qu'a appelé le chef de l'État de ses voeux,
04:33qui n'a pas lieu, en tout cas à la lecture du soir du premier tour.
04:37Et donc, les langues commencent à se délier.
04:39On voit que certains commencent à prendre leur distance par rapport à Emmanuel Macron.
04:44Et on voit bien qu'à la lecture des premiers sondages,
04:47comme vient de le rappeler Marion,
04:48le groupe risque de se retrouver dans une portion très congrue.
04:50Donc, on a le sentiment quand même que cette Macronie de 2017,
04:53qui est toute triomphante, était au fond un colosse au pied d'argile.
04:57Le jour où vous signez ce papier, le vendredi 5 juillet,
04:59Emmanuel Macron reçoit à l'Élysée plusieurs figures de son camp
05:03pour une sorte de mise en garde avant le second tour.
05:06Qu'est-ce qu'il leur dit ?
05:07Oui, parce qu'il voit bien qu'il ne tient plus ses troupes.
05:09Et tout ce qu'on peut lire et entendre autour de ce qui se passe
05:13dans la formation du camp présidentiel amène à l'endroit de cette Macronie.
05:18Et le chef de l'État décide de convoquer cette réunion
05:21pour faire un appel à l'unité.
05:23Il est 20h de regarder notre toute première projection en nombre de sièges.
05:27Le dimanche 7 juillet, c'est le second tour des élections législatives.
05:30Le camp présidentiel termine, contre toute attente,
05:33en deuxième position, derrière l'alliance de gauche du nouveau Front populaire,
05:37avec, selon les estimations données à 20h,
05:40entre 152 et 158 sièges dans l'hémicycle.
05:44Olivier Beaumont, en coulisses, comment l'exécutif accueille ce résultat ?
05:48Plutôt comme un ouf de soulagement,
05:49puisque par rapport aux premières projections,
05:52on a annoncé 70, là ils vont être plutôt 150.
05:55Donc ils ont le sentiment de limiter la casse
05:57et que la stratégie d'entre deux tours de désistement
06:00a plutôt été efficace à la faveur du camp présidentiel.
06:03Pour autant, la clarification n'a pas lieu
06:07et on assiste à un paysage politique très morcelé
06:10avec trois blocs.
06:12Trois blocs plutôt équivalents,
06:13même si le nouveau Front populaire est arrivé un petit peu devant les autres.
06:17Et donc là, ce que vont se dire les entourages Emmanuel Macron
06:20et puis le chef de l'État lui-même,
06:22c'est qu'ils vont essayer de pousser à travers ce scénario de grande coalition
06:26en se disant que par un trou de souris éventuellement,
06:29ils peuvent encore peut-être essayer d'obtenir une majorité,
06:32certes relative, mais qui leur permettrait peut-être
06:35de pouvoir à nouveau nommer quelqu'un à Matignon,
06:38issu de leur camp, ou en tout cas d'un bloc central
06:40qui viendrait des divers gauches jusqu'au LR,
06:44un bloc républicain comme ils disent.
06:46Marion Mourgue, le lendemain, le lundi 8 juillet,
06:48le Premier ministre, Gabriel Attal,
06:51remet sa démission au Président de la République.
06:53Pour quelles raisons et que fait le Président après ça ?
06:56Alors déjà, c'est un usage républicain.
06:58À partir du moment où il y a eu une élection, il y a forcément une nouvelle majorité
07:03et donc le Premier ministre en place remet sa démission au chef de l'État.
07:08Ça se passe toujours comme ça.
07:10Ensuite, le chef de l'État peut accepter ou pas la démission.
07:13Et là, Emmanuel Macron ne l'accepte pas.
07:16Déjà parce que, contrairement aux autres élections législatives,
07:20c'est pas très clair de savoir qui est dans la majorité et qui est dans l'opposition.
07:23Ensuite, Emmanuel Macron veut aussi gagner du temps.
07:25C'est-à-dire que le soir du 7 juillet, le soir des législatives,
07:31la gauche apparaît bien plus en forme dans les urnes qu'on ne le pensait.
07:35Et donc Emmanuel Macron n'a pas non plus envie totalement de donner le point à la gauche
07:39et pose des conditions en disant « bon voilà, il faut qu'on me propose un Premier ministre,
07:43il faut que la gauche s'entende ».
07:45Donc de fait, Gabriel Attal reste à Matignon.
07:48Quelle est la relation entre les deux hommes à ce moment-là ?
07:51À partir du moment où il y a eu la dissolution,
07:53les relations entre Gabriel Attal et Emmanuel Macron se sont clairement détériorées.
07:58Très vite, Gabriel Attal fait savoir qu'il n'a pas été mis dans la boucle de cette décision.
08:03Il l'a appris une heure avant.
08:05Il était à Matignon, il reçoit un coup de fil du chef de l'État.
08:09Mais clairement, ce n'était pas sa décision et ce n'était même pas l'option qu'il privilégiait.
08:15Gabriel Attal s'affranchit de la tutelle d'Emmanuel Macron,
08:19le montre publiquement dans ses prises de position,
08:22prend ses distances et commence à construire l'après-Macron.
08:28Olivier Beaumont, dans la foulée de ses législatives,
08:31les élus du camp présidentiel s'activent pour tenter de nouer des alliances.
08:35Mais ce n'est pas facile.
08:36En 2022, quand le président est réélu,
08:39il se retrouve en situation de majorité relative.
08:42Et déjà à l'époque, on le pousse pour essayer de nouer des alliances autour de lui.
08:47Mais il n'y parvient pas.
08:49La situation est d'autant plus complexe aujourd'hui
08:51que là, il est encore moins en situation de force qu'il y a deux ans.
08:56Et puis, comment arriver à nouer des alliances
08:58avec des gens qui n'ont pas l'habitude de se parler entre eux depuis des années.
09:02Et comment nouer des alliances avec un spectre aussi large
09:05en ayant d'un côté des élus de gauche qui ont voté contre la réforme des retraites,
09:09contre le projet de loi d'immigration
09:10et de l'autre côté des ULR qui, au contraire, eux ont voté pour ces textes-là.
09:15Il ne faut pas oublier, pendant des années, depuis sept ans,
09:18les Républicains ont le sentiment de se faire humilier par le camp d'Emmanuel Macron.
09:25Il y a eu aussi des trahisons qui ne passent toujours pas aujourd'hui.
09:27Avec ces anciens LR qui ont basculé dans le camp d'Emmanuel Macron,
09:31Gérald Darmanin, Bruno Le Maire, Sébastien Lecornu et Édouard Philippe.
09:35Et dans ce contexte, ce n'est pas facile de pouvoir nouer des alliances
09:38et cela requiert nécessairement un petit peu de temps.
09:42Le mercredi 10 juillet, Gabriel Attal fait savoir qu'il aimerait bien
09:45se faire élire président du futur groupe macroniste à l'Assemblée nationale.
09:50Et ça crée des remous au sein de son camp.
09:52Oui, parce qu'Emmanuel Macron cherche plutôt à temporiser
09:56et lui serait favorable à un intérim ou en tout cas une solution de transition
09:59et donc de prolonger Sylvain Maillard qui est le président du groupe sortant Renaissance
10:03pour encore quelques semaines, le temps que le paysage politique se décante
10:07et qu'on sache exactement qui a envie de travailler avec qui.
10:10Et donc l'idée d'Emmanuel Macron, c'était de dire
10:11on verra plutôt après l'été, après les Jeux Olympiques, fin août,
10:15pour voir qui on nomme la présidence du groupe.
10:18Elisabeth Borne est d'accord, Gérald Darmanin est d'accord,
10:21je cite ces deux-là parce qu'ils font partie des probables candidats
10:23pour prétendre à la tête du groupe.
10:25Gabriel Attal dit qu'il est d'accord aussi,
10:28sauf que, effectivement, quelques jours plus tard,
10:31à l'occasion d'une réunion qui va avoir lieu à l'Assemblée nationale
10:34et particulièrement dans le bureau de Sylvain Maillard,
10:36tous ces gens-là vont s'expliquer
10:38et ça va très très mal se passer
10:40parce que Gabriel Attal fait comprendre que non,
10:42lui au contraire, il a envie d'accélérer.
10:44Il considère qu'on ne peut pas attendre
10:46et donc il propose, il veut accélérer l'élection
10:50pour la présidence du groupe
10:51et il veut que l'élection ait lieu dans les jours suivants.
10:54Pourquoi est-ce que lui, qui était Premier ministre,
10:56brigue un tel poste ?
10:57Qu'est-ce que ça pourrait lui y apporter ?
10:58Déjà, s'il n'est plus Premier ministre,
11:00il n'a pas envie de se retrouver sans rien
11:01parce que Gabriel Attal, il y a encore quelques semaines,
11:03tout le monde disait que Matignon lui dressait une voie
11:06pour la présidentielle en 2027
11:08et donc, pour lui aussi, c'est un moment assez brutal
11:11et donc il a besoin de rebondir.
11:13La présidence du groupe, c'est un poste très stratégique
11:16parce que c'est un poste très politique, déjà,
11:17qui permet d'être dans le cœur du réacteur
11:19de l'Assemblée nationale, ça permet de tenir les ficelles,
11:21ça permet de procéder aussi, de participer au vote
11:24dans les différentes instances de l'Assemblée nationale
11:26et puis, le groupe a aussi un budget conséquent
11:30puisqu'on a appris qu'il y avait actuellement
11:32un solde positif de 4 millions d'euros.
11:34Donc, certains voient aussi, dans cette volonté
11:36de prendre le groupe, l'idée de profiter de ce poste
11:40pour en faire une écurie présidentielle pour 2027.
11:44Le soir même, Emmanuel Macron, en déplacement à Washington,
11:48adresse une lettre aux Français
11:49relayée dans la presse quotidienne régionale,
11:52une lettre dans laquelle il affirme que, je cite,
11:55« personne n'a gagné après les législatives ».
11:57Marion Mourgue, qu'est-ce qu'il veut dire ?
11:59Alors déjà, c'est une manière de desserrer
12:00les taux politiques qui existent
12:03parce que la gauche, qui se juge victorieuse des législatives,
12:07pousse pour qu'il y ait un candidat issu de la gauche,
12:10du nouveau Front populaire, à Matignon.
12:12Ensuite, il juge que personne n'a gagné
12:15et donc, il appelle les forces politiques républicaines
12:17à bâtir une majorité solide, à faire des compromis.
12:21C'est une manière de dire,
12:23on peut travailler avec toutes les forces politiques
12:25sauf les insoumis et sauf le Rassemblement national,
12:28ce qui ouvre la voie à des accords du PS aux Républicains.
12:34Donc lui, contrairement à la gauche,
12:36il affirme qu'un gouvernement de coalition,
12:38c'est la seule issue possible ?
12:39Oui, puisqu'aujourd'hui, aucun bloc n'a la majorité absolue
12:43et donc, tout gouvernement, pour rester en poste,
12:47pour ne pas subir une motion de censure,
12:49doit réussir à construire une majorité,
12:51une majorité nouvelle qui n'existe pas dans les urnes,
12:54mais qui peut exister sur des textes ou par des alliances
12:57et c'est ce qui explique que ça prend autant de temps
13:00de trouver un Premier ministre.
13:02Et donc, à ce moment-là, le chef de l'État pense
13:04que son camp peut se maintenir au pouvoir,
13:07même s'il a perdu ses législatives ?
13:09Oui, parce qu'à la fois, il y a une lecture presque optimiste
13:12d'Emmanuel Macron qui juge que son camp n'a pas perdu
13:15et qui considère que sa personne n'est pas rejetée par les Français,
13:19et ensuite, il pense que l'écriture d'une nouvelle séquence politique est possible.
13:24Jusqu'à présent, l'entente avec les Républicains n'avait débouché sur rien,
13:29chacun se renvoyant la responsabilité de l'échec des négociations.
13:32Aujourd'hui, Emmanuel Macron juge qu'au pied du mur,
13:35la droite sera acculée à accepter une coalition
13:38pour éviter les Insoumises qui ne seraient pas compris sinon par les Français.
13:44Olivier Beaumont, comment est-ce que les autres forces politiques
13:47réagissent à cette lettre du chef de l'État ?
13:50Assez mal, et ce n'est pas surprenant.
13:52Considère que ce n'est pas à lui de s'immiscer dans les discussions
13:55qui ont actuellement en cours entre les différentes forces politiques
13:59représentées à l'Assemblée nationale pour essayer de faire dégager une majorité.
14:02Mais là n'est pas l'essentiel, quelque part, pour Emmanuel Macron
14:05parce que par cette lettre, effectivement, il met dans l'atmosphère, en fait,
14:09sur le papier et par les mots, cette petite musique
14:11que, effectivement, personne n'a gagnée.
14:14Et voilà, ça lui permet de gagner du temps, de jouer la montre,
14:17mais de continuer d'infuser dans l'opinion, dans les débats publics
14:21qu'aucune des formations politiques n'est aujourd'hui en mesure
14:24de revendiquer une victoire pleine et totale
14:26et que donc la seule solution qui prévaut à ce stade
14:29est celle que lui propose, c'est-à-dire cette fameuse...
14:32coalition, gouvernement du national, chacun à son terme.
14:37Le vendredi 12 juillet, Emmanuel Macron, de retour des Etats-Unis,
14:41réunit lors d'une réunion à l'Elysée
14:43plusieurs ténors de son parti, dont Gabriel Attal,
14:47Gérald Darmanin et Elisabeth Borne, pour un sérieux recadrage.
14:51Une ambiance très pesante, qui nous est racontée par plusieurs participants.
14:55Ça se passe au Salon Vert, donc c'est au premier étage,
14:57juste à côté du Salon Doré, le bureau présidentiel.
15:00Et là, Emmanuel Macron tape du poing sur la table en leur disant que l'image qu'ils ont renvoyée
15:06ces derniers jours est désastreuse
15:08et qu'en gros, ils font exactement ce qu'eux reprochaient aux autres personnalités politiques
15:14avant qu'eux arrivent au pouvoir en 2017, en gros.
15:17Et en gros, on nous reproche aujourd'hui ce que nous-mêmes faisions il y a 7 ans.
15:21Donc c'est tout ce qu'ils ne voulaient pas voir, mais on sent bien qu'autour de cette table,
15:25il y a des gens qui n'ont pas envie de discuter, qui n'avaient pas envie de se retrouver
15:27dans la même pièce.
15:28Et d'ailleurs, Gérald Darmanin pose le sujet d'entrée de jeu en ces termes,
15:32lorsqu'il dit « je voudrais savoir comment on continue de travailler ensemble ».
15:36Donc ça pose bien le problème.
15:38C'est-à-dire qu'il y a autour de cette table des gens qui n'ont plus forcément envie
15:41de travailler ensemble.
15:42Et donc là, une fois de plus, le chef de l'État leur demande d'être unis
15:47et leur dit surtout que le moment des ambitions pour 2027 n'est pas venu.
15:52C'est très loin, c'est dans 3 ans.
15:54Et il leur dit « si vous tombez dans ce piège-là tout de suite », je le cite,
15:57il leur dit « vous serez balayés ».
15:59Le lendemain, Gabriel Attal est officiellement élu avec un très large score président du groupe Ensemble,
16:05le parti présidentiel à l'Assemblée nationale par tous les autres députés de son camp.
16:10Une autre bataille se déroule au même moment au rang supérieur
16:14pour décrocher la présidence de l'Assemblée nationale.
16:18Pourquoi l'Élysée surveille cette élection de très près ?
16:20Alors c'est important parce que c'est un poste très prisé.
16:23Il faut rappeler que le président ou la présidente de l'Assemblée nationale
16:26est le quatrième personnage de l'État.
16:28Et surtout, on est dans une situation où personne n'est capable
16:32de pouvoir véritablement revendiquer la victoire
16:34et donc de pouvoir briguer Matignon et former un gouvernement.
16:39Et donc ce que se dit notamment Emmanuel Macron à ce moment-là,
16:42c'est que l'élection du président de l'Assemblée nationale
16:47fera quelque part, fois ou sera, une grille de lecture objective
16:50du rapport de force politique du moment.
16:52C'est-à-dire que si le nouveau Front populaire parvenait
16:55à faire élire un des siens au perchoir,
16:58bon, ça voudrait dire que par cette élection,
17:02qui est faite à bulletin secret,
17:03ils ont réussi à dégager une majorité dans l'hémicycle
17:07et donc ça les légitime dans la foulée à pouvoir revendiquer Matignon.
17:10Et d'ailleurs, autour du président de la République,
17:12on reconnaît que si c'était le cas,
17:14Emmanuel Macron les appellerait pour leur proposer
17:17de former un gouvernement.
17:18A contrario, s'ils échouent,
17:20ça veut dire aussi que ça invalide leur victoire
17:23telle qu'eux la revendiquent.
17:24Et que s'ils échouent, ça veut dire qu'un autre bloc
17:27a réussi à s'imposer, potentiellement donc
17:29ce bloc central qu'eux appellent de leur vœu.
17:31Et dans ces cas-là, eux seraient légitimés
17:34pour pouvoir prétendre diriger le pays
17:38et donc former un gouvernement.
17:39Olivier Beaumont, le mardi 16 juillet,
17:41un conseil des ministres,
17:42le premier depuis le second tour des législatives,
17:45se tient à 11h30 à l'Elysée.
17:47Et en fin de journée,
17:49le président de la République accepte la démission
17:51de Gabriel Attal et de son gouvernement,
17:53qui reste toutefois en poste
17:55pour gérer les affaires courantes.
17:57A ce stade, Emmanuel Macron ne veut pas nommer
17:59quelqu'un d'autre à Matignon.
18:01Il espère qu'une coalition est encore possible ?
18:03Oui, il espère une coalition.
18:04Alors, Gabriel Attal reste quand même Premier ministre.
18:07C'est toute la subtilité de l'opération.
18:09Mais on bascule en gouvernement,
18:12en mode gestion des affaires courantes,
18:14c'est-à-dire qu'ils n'ont plus la capacité
18:15de pouvoir présenter des projets de loi
18:17ou signer des décrets.
18:19Et donc là, on est parti pour une période
18:20d'incertitude plus ou moins longue
18:23en fonction de l'état d'avancée des discussions
18:25des différents partis politiques.
18:27Donc, Gabriel Attal peut encore être ministre
18:30pendant quelques jours, quelques semaines
18:32et pourquoi pas quelques mois.
18:34Si ça se trouve, début septembre,
18:36il sera encore Premier ministre.
18:37Ce qui est un petit peu baroque.
18:40Une situation, en tout cas, assez inédite.
18:42Marion Mourgue, le jeudi 18 juillet,
18:44un peu avant 21h,
18:46Yael Brown-Pivet, la présidente sortante
18:48de l'Assemblée nationale,
18:49est réélu avec quelques voix d'avance
18:52sur le candidat du nouveau Front populaire.
18:54Que signifie ce résultat ?
18:56Ça signifie beaucoup de choses politiquement.
18:58Déjà, c'est une revanche de Yael Brown-Pivet
19:00puisque beaucoup, la pensée battue,
19:03elle était très critiquée,
19:04même au sein de la Macronie.
19:06Gabriel Attal a essayé de trouver
19:08une autre candidature.
19:09Donc, ce n'était pas du tout évident
19:10comme résultat.
19:12Et ça s'est fait en trois tours.
19:14C'est un système qui existe
19:15à l'Assemblée nationale,
19:16qui est codifié par un règlement intérieur.
19:19mais jusqu'au troisième tour,
19:21finalement, vous ne pouvez pas vraiment
19:23savoir qui est le vainqueur du scrutin.
19:26Donc, jusqu'à la fin,
19:27on s'est demandé si ça marcherait
19:28pour Yael Brown-Pivet,
19:30sachant qu'André Chassène,
19:31qui était le candidat de toute la gauche,
19:34a réussi à grappiller quelques voix
19:36au-delà de son propre socle.
19:38Et à partir du moment
19:40où le Rassemblement national
19:42ne s'est pas désisté,
19:43l'histoire aurait pu être différente.
19:45Donc, ça s'est joué à pas grand-chose.
19:47Comment les différents blocs politiques
19:48à l'Assemblée réagissent à cette élection ?
19:51Alors, la gauche estime
19:52que c'est un déni démocratique
19:53et que la victoire aurait dû lui revenir.
19:57La Macronie, en tout cas du côté
19:59de l'exécutif et d'Emmanuel Macron,
20:00considère que justement,
20:01c'est la démonstration
20:02qu'il n'y a pas de majorité de gauche
20:05qui existe politiquement,
20:06puisqu'ils n'ont pas réussi
20:08à s'entendre depuis les législatives
20:10pour nommer un Premier ministre,
20:12pour désigner un Premier ministre,
20:13et qu'ils n'ont pas réussi non plus
20:15à avoir l'Assemblée nationale.
20:16Donc, à partir de là,
20:19la Macronie et une partie
20:20de la droite républicaine,
20:22donc le groupe de Laurent Wauquiez,
20:24considèrent qu'il est possible
20:25de non pas travailler ensemble,
20:27mais d'inventer autre chose
20:29pour sortir la France
20:30de la crise politique.
20:32Olivier Beaumont,
20:32on l'a évoqué dans cet épisode,
20:34le camp présidentiel
20:35est à la quête de compromis
20:36d'une large coalition
20:37pour tenter de barrer le pouvoir
20:39à la France insoumise.
20:41Est-ce qu'il est suffisamment uni pour ça ?
20:42Non, il est clairement désuni aujourd'hui.
20:44On voit bien que le président de la République
20:45ne tient plus ses troupes.
20:47Et quand bien même parviendra-t-il
20:48à former une coalition,
20:50on voit bien que ce sera une coalition
20:52qui sera formée dans la douleur,
20:55faite un peu de briques et de brocs
20:56sur 4-5 sujets
20:58qu'il voudrait pouvoir pousser
20:59dans les mois à venir.
21:01des sujets du quotidien
21:03concernant le pouvoir d'achat,
21:04la sécurité,
21:05le régalien,
21:06la fiscalité,
21:08l'écologie,
21:09mais on ne voit pas
21:10comment sur le long terme
21:11cela va pouvoir tenir.
21:13Et d'ailleurs,
21:14je suis d'interroger
21:15les députés
21:16à l'Assemblée
21:17pour comprendre
21:18que tous ont déjà
21:19en tête
21:20que dans un an,
21:21on va très probablement
21:23repartir
21:23sur de nouvelles élections législatives.
21:25Marion Mourke,
21:26dans cette situation
21:27assez inédite,
21:28est-ce qu'Emmanuel Macron
21:29a encore suffisamment d'autorité ?
21:31Non,
21:31et pour plusieurs raisons.
21:32La première,
21:34institutionnelle,
21:34il ne pourra plus se représenter.
21:36Donc déjà,
21:37depuis quelques mois,
21:37on sentait qu'il avait
21:38moins d'autorité
21:39sur ses troupes,
21:40il faisait moins peur.
21:42Ensuite,
21:42il y a eu ce scénario
21:44de la dissolution
21:44qui a été incompris
21:46en Macronie.
21:48Il y a ceux qui ont perdu
21:49et qui clairement lui en veulent
21:50et le tiennent
21:51pour responsable
21:52de leur échec.
21:52Et puis,
21:53il y a ceux qui ont réussi
21:54à sauver leur siège
21:55à l'Assemblée
21:55et là,
21:56qui se disent
21:57qu'ils ont réussi
21:57grâce à eux,
21:58grâce à leur nom
21:59et surtout pas grâce
22:00à Emmanuel Macron
22:01et qui comptent bien
22:02à un moment
22:03lui faire payer l'addition.
22:09Merci à Marion Mourke
22:10et Olivier Beaumont.
22:11Cet épisode a été produit
22:13par Raphaël Puyot,
22:14Barbara Gouy
22:15et Camille Ruiz,
22:17réalisation Julien Moncouquiol.
22:18Si vous aimez Code Source,
22:20parlez-en autour de vous.
22:22Profitez des derniers jours
22:23avant le début
22:24des Jeux Olympiques de Paris
22:25pour rattraper
22:26tous les épisodes
22:26de notre podcast
22:27Le Sacre,
22:28des athlètes médaillés d'or
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22:41disponible en intégralité
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22:43d'écoutes.
22:44Sous-titrage Société Radio-Canada
22:48et je pense que
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