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Dans un contexte de restrictions, le droit à l’avortement est un enjeu décisif de l’élection du 5 novembre prochain.
Cet épisode de Code source est raconté par Mehdi Bouzouina, correspondant du Parisien aux Etats-Unis.
Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Clara Garnier-Amouroux, Camille Ruiz, Clémentine Spiler et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network
Archives : NBC, Fox 9
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Cet épisode de Code source est raconté par Mehdi Bouzouina, correspondant du Parisien aux Etats-Unis.
Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Clara Garnier-Amouroux, Camille Ruiz, Clémentine Spiler et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network
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NewsTranscription
00:02Bonjour, c'est Clara Garnier-Amouroux pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Aux Etats-Unis, depuis 2022, l'avortement n'est plus un droit garanti sur tout le territoire.
00:17Chaque Etat peut désormais décider de sa politique d'accès à l'avortement
00:21et une vingtaine d'Etats sur cinquante a décidé de le restreindre ou de l'interdire.
00:26Cette année, pendant la campagne présidentielle, les démocrates en ont fait un de leurs thèmes de prédilection
00:31et espèrent que le sujet permettra de mobiliser largement à la fois leur base mais aussi les électeurs indécis.
00:38De son côté, le parti républicain tente de modérer sa position.
00:42Pourquoi cette restriction du droit à l'avortement divise aux Etats-Unis
00:45et quel poids est-ce que cela peut avoir à deux semaines du scrutin prévu le 5 novembre prochain ?
00:50Élément de réponse avec Mehdi Bouzouina, l'un des correspondants du Parisien aux Etats-Unis,
00:55en ligne depuis Atlanta en Géorgie.
01:06Mehdi Bouzouina, pour comprendre pourquoi l'avortement s'est imposé
01:09comme un des principaux thèmes de la présidentielle américaine,
01:12il faut revenir à l'année 2022 et à la décision de la Cour suprême,
01:16la plus haute juridiction des Etats-Unis,
01:18de remettre en cause le droit d'avorter dans tout le pays.
01:20À ce moment-là, le droit à l'avortement est régi par un arrêt qui s'appelle Roe vs Wade.
01:26Alors en fait, Roe vs Wade, c'est une jurisprudence de la Cour suprême américaine
01:30qui date de 1973.
01:33En fait, cet arrêt Roe vs Wade, il garantissait un accès à l'avortement sur tout le territoire
01:37et il définissait des règles assez précises sur ce qu'il convenait d'autoriser.
01:41En gros, il y avait la possibilité pour les femmes d'avorter jusqu'à environ 24 semaines de grossesse.
01:45Il faut noter que c'était l'un des arrêts les plus importants de la Cour suprême
01:48et aussi l'un des plus controversés d'un point de vue politique.
01:51Justement, avant 2022, cet arrêt est régulièrement visé par des militants anti-avortement
01:56et en mai 2022, une rumeur commence à courir sur une possible abrogation. Pourquoi ?
02:01Oui, en fait, le 2 mai 2022, il y a un document de travail de la Cour suprême
02:05qui est révélé par le site d'information américain Politico
02:08qui publie un brouillon d'opinion de la Cour suprême.
02:11C'est un document de travail qui est rédigé par un juge conservateur
02:15et qui suggère déjà l'annulation de l'arrêt Roe versus Wade.
02:19C'est une fuite qui provoque un tollé immédiat à travers le pays.
02:22Il y a des manifestations massives qui sont organisées par les défenseurs du droit à l'avortement.
02:27Et en fait, ce qui est dénoncé, c'est évidemment une atteinte grave aux droits des femmes
02:31ainsi que la crainte qu'il y ait un retour de régulation très strict au niveau des États.
02:34My choice !
02:36My choice !
02:38My choice !
02:41Mehdi Bouzouina, il faut rappeler qu'en 2022, il y a une majorité conservatrice à la Cour suprême.
02:46Oui, la Cour suprême des États-Unis est devenue majoritairement conservatrice
02:50en grande partie grâce aux nominations faites durant le mandat de Donald Trump.
02:55Il faut savoir que les juges de cette Cour suprême sont nommés à vie
02:58et il a eu l'occasion, c'est exceptionnel, d'en nommer trois
03:02qui sont soit décédés, soit qui ont quitté leur poste.
03:05Donc ils vont en nommer un en 2017, un en 2018 et un en 2020.
03:09Étant donné qu'encore une fois, ils sont nommés à vie, c'est pas prêt de changer.
03:12Le 24 juin 2022, la Cour suprême vote donc l'abrogation de Roe versus Wade.
03:17Concrètement, ça veut dire quoi ?
03:19Alors dans un arrêt qui s'appelle Dobbs versus Jackson Women's Health Organization,
03:24la Cour suprême va mettre fin à 50 ans de précédents juridiques.
03:28C'est aux États de déterminer leur propre législation.
03:31Ils ont une totale discrétion là-dessus.
03:33Et à ce moment-là, il y a de nombreux États,
03:35principalement dans le sud et l'ensemble des États-Unis,
03:37qui mettent en place des interdictions ou des restrictions sévères sur l'avortement.
03:41Comment réagit le président démocrate Joe Biden ?
03:43Joe Biden, il parle d'une triste journée pour la Cour suprême et pour le pays.
03:46Il dit que la Cour suprême a pris une décision qui est radicale.
03:53Et il s'inquiète en fait des conséquences de cette décision sur les droits reproductifs des femmes.
03:59À ce moment-là, il insiste sur la mise en danger de la santé des femmes notamment.
04:03Et il souligne sur le fait que ça va impacter surtout les femmes les plus vulnérables,
04:08les plus pauvres, notamment les femmes noires qui vivent dans des États conservateurs du sud.
04:12Donald Trump, qui n'est plus président depuis 2020, lui se félicite de cette décision.
04:16Qu'est-ce qu'il dit ?
04:17Alors, il se félicite de cette décision, mais il faut quand même noter qu'il est prudent.
04:20Il reste très vague parce qu'il sait que c'est une décision qui est très impopulaire aux États-Unis
04:24et qui va surtout plaire à sa base évangélique.
04:27On estime à peu près qu'il y a 70% des Américains qui sont favorables à un droit à
04:30l'avortement.
04:31Forcément, il prend des pincettes.
04:32Mais il va dire que cette décision est un accomplissement constitutionnel.
04:35Il se félicite aussi que la question de l'avortement est maintenant gérée au niveau des États.
04:41Bien sûr, cela reste un rôle vital pour le gouvernement fédéral dans la protection de la vie qui va naître.
04:47Et c'est très important.
04:48J'ai dit que nous gagnerons la décision de la Cour suprême sur l'avortement.
04:53Personne ne pensait que cela arriverait.
04:55Mais je me battrai pour vous comme aucun président ne s'est jamais battu auparavant.
04:59Il affirme que cela permettra au peuple de chaque État de choisir ce qu'il veut
05:03plutôt que d'être soumis au poids de l'autorité fédérale.
05:07Cela montre qu'à ce moment-là, déjà, Trump essaye de chercher un équilibre
05:11entre son rôle de leader conservateur et une position qui serait vue comme trop extrême
05:16pour aller chercher des électeurs modérés dont il aura besoin durant cette élection.
05:21D'un mot, Donald Trump n'a pas toujours été opposé au droit à l'avortement.
05:25Oui, la position de Donald Trump sur l'avortement a évolué au fil des années.
05:28Il est passé d'une position qu'on pourrait qualifier de pro-choix dans les années 1990,
05:33donc pro-avortement, à une position de plus en plus ferme sur la question.
05:37En réalité, dans une interview sur la chaîne de télé NBC, en 1999,
05:42il va avoir cette expression où il dit « Je suis très pro-choix en toute situation ».
05:53Durant la campagne de 2016, il va quand même préciser que même s'il est pro-vie,
05:58comme disent les militants évangéliques, anti-avortement.
06:01Donc ça veut dire qu'il défend des réglementations assez strictes en matière d'avortement.
06:05Il considère quand même qu'il y a trois exceptions pour lesquelles le droit à l'avortement devrait être ouvert.
06:11Donc ce serait en cas de viol, d'inceste ou de mise en danger de la vie de la mère.
06:16Dans les semaines qui suivent l'annulation de Roversus Wade,
06:19plusieurs États interdisent ou restreignent l'accès à l'avortement.
06:22Oui, en fait, ce qui est intéressant, c'est qu'il y a beaucoup d'États qui avaient déjà voté
06:25des lois assez strictes.
06:27En Géorgie, par exemple, il y a cette loi qui restreint l'avortement à six semaines de grossesse dès 2019.
06:32Et au Texas, il y a une loi extrêmement stricte qui s'appelle le Heartbeat Act,
06:36qui est votée en 2021, qui va interdire totalement le droit à l'avortement
06:42et qui va même criminaliser le fait d'aider une personne à avoir accès à l'avortement
06:47en allant par exemple dans un autre État.
06:49Avec cette abrogation de l'arrêt Roversus Wade,
06:52ces lois qui avaient été votées peuvent désormais entrer en vigueur.
06:55En août 2022, moins de deux mois après l'annulation de l'arrêt Roversus Wade,
07:00Amber Thurman, une jeune mère de famille de 28 ans,
07:03meurt dans l'État de Géorgie après avoir voulu avorter.
07:05Racontez-nous.
07:06En fait, Amber Nicole Thurman, cette jeune femme,
07:09elle est décédée parce qu'elle a eu des complications
07:13suite à un avortement médicamenteux, par pilule,
07:16en raison de la loi stricte dont on a parlé juste avant en Géorgie,
07:19qui interdit les avortements après six semaines de grossesse.
07:22Elle a dû se rendre dans la Caroline du Nord voisine
07:25pour obtenir ses pilules abortives.
07:28Quelques jours après avoir pris ses médicaments,
07:30elle a souffert de complications, en fait,
07:31elle a eu une septicémie, donc c'est une infection grave.
07:34Ce qui s'est passé, en fait, et c'est ça qui est mis en avant
07:37par les défenseurs du droit à l'avortement,
07:39c'est qu'elle a cherché à être aidée par les hôpitaux en Géorgie
07:41et les médecins ont hésité longuement à intervenir
07:44parce qu'ils avaient peur d'enfreindre les nouvelles lois restrictives
07:48sur l'avortement dans l'État.
07:50Et en fait, le retard de 20 heures à peu près qui a été engendré
07:53a été trop long et en fait son État s'est dégradé
07:56et elle n'a pas pu être sauvée.
07:59À l'automne, le mardi 8 novembre 2022,
08:02se tiennent les mid-termes,
08:03les élections de mi-mandat qui visent à renouveler pour quatre ans
08:06les deux chambres du Congrès américain.
08:08Et c'est une déception pour les Républicains.
08:10En fait, les Républicains s'attendaient à une vague rouge,
08:13donc une vague en leur faveur.
08:15Pourquoi ? Parce que c'était des élections de mi-mandat
08:19et qu'ils avaient perdu l'élection présidentielle.
08:21En général, ce qui se passe, c'est que
08:22dès qu'il y a un président qui entre à la Maison Blanche,
08:24très vite, il devient impopulaire.
08:27Et la logique, c'est que c'est l'opposition qui remporte ces élections.
08:31Sauf que malgré l'impopularité de Joe Biden,
08:34malgré l'inflation, malgré les inquiétudes sur la situation économique,
08:37ce n'est pas ce qui s'est passé, même s'ils ont réussi à reprendre
08:40la Chambre des représentants d'une courte majorité,
08:42ils n'ont pas réussi à faire basculer le Sénat.
08:44Donc c'est quand même une déception.
08:45Est-ce que c'est lié à la décision de la Cour suprême
08:48de restreindre le droit à l'avortement ?
08:50C'est très difficile de pouvoir le dire avec certitude.
08:53Mais ce qui est sûr, c'est que ça a provoqué une réaction assez forte
08:58des électeurs modérés et progressistes
09:00qui sont en faveur du droit à l'avortement.
09:02Et par conséquent, les femmes, les jeunes,
09:04se sont fortement mobilisées et sont allées aux urnes
09:07pour justement s'opposer aux candidats républicains.
09:09En fait, ils ont tenu les républicains responsables
09:12de ce changement de cap de la Cour suprême.
09:15On fait un saut dans le temps.
09:16Le lundi 24 avril 2023, le président démocrate Joe Biden
09:19se déclare candidat à sa réélection.
09:22Et quelques heures plus tard, c'est sa vice-présidente Kamala Harris
09:25qui fait un discours et elle parle du droit des femmes
09:28à disposer de leur corps librement.
09:30Mais dit Bouzouina, il faut dire que Kamala Harris
09:32est engagée sur le sujet de l'accès à l'avortement
09:34depuis plusieurs années.
09:36Est-ce que vous pouvez nous rappeler ça ?
09:37Oui, en fait, ce qu'il faut noter, et c'est intéressant,
09:40c'est que Kamala Harris, en tant que vice-présidente des Etats-Unis,
09:42elle a été une fervente défenseure du droit à l'avortement.
09:45Et elle a joué un rôle actif dans la lutte pour les droits reproductifs,
09:49surtout depuis l'annulation de l'arrêt Roe versus Wade en 2022.
09:55C'est pas quelque chose de nouveau.
09:56En tant que sénatrice de Californie, par le passé,
09:58elle avait soutenu des lois qui visaient à protéger l'accès à l'avortement
10:00dans son État et à garantir aussi les soins de santé reproductifs.
10:04Kamala Harris, elle a souvent décrit l'avortement
10:06comme une question de droit civique.
10:08C'est assez important de le noter en affirmant
10:11que les femmes aussi avaient le droit de prendre des décisions
10:13concernant leur propre corps sans l'ingérence de l'État.
10:16Dès le début de la campagne de Joe Biden,
10:18le camp démocrate commence aussi à diffuser des spots télévisés
10:21avec des témoignages de femmes qui vivent dans des États
10:23où l'avortement est désormais interdit.
10:25Oui, ces clips sont à peu près toujours faits pareils.
10:28C'est-à-dire que ça va être un témoignage face caméra
10:30d'une femme qui a vécu une situation terrible.
10:32Et elle va raconter son expérience dans cet État.
10:34Elle va raconter l'impression qu'elle a eue de faire face à une bureaucratie
10:38qui ne faisait pas d'exception.
10:39Et elle va raconter les conséquences que ça a eues sur sa vie.
10:44Et souvent, elles sont passées pas loin de la mort.
10:47Je suis gynécologue, originaire du Texas
10:50et mère de trois magnifiques enfants.
10:52Avoir cette belle famille est la plus belle chose qui me soit arrivée.
10:56Je n'aurais jamais pensé avoir besoin d'avorter un jour.
11:00Mais ça a été le cas.
11:02Pourquoi les démocrates décident dès le départ
11:05d'axer une partie de leur campagne sur ce sujet-là ?
11:07Je pense que déjà, ça fait partie de l'ADN du camp démocrate
11:11de défendre ce genre de sujet,
11:13mais aussi d'un point de vue purement opportuniste.
11:15Ils sentent bien qu'il y a une partie assez importante des électeurs
11:17qui sont en colère contre ces nouvelles lois, qu'ils jugent trop extrêmes.
11:21Et c'est même le cas parmi des personnes qui sont modérées,
11:23voire conservatrices sur d'autres sujets.
11:25Selon une étude d'Associated Press et de l'Université de Chicago,
11:28il y a 6 Américains sur 10 qui estimaient cette année
11:30que l'avortement devrait être légal en toutes circonstances.
11:33C'est une hausse de 12 points en 3 ans seulement.
11:35Et on a un chiffre à peu près similaire chez les indépendants,
11:38des personnes qui ne se reconnaissent ni démocrates,
11:40ni chez les démocrates, ni chez les républicains.
11:42Même parmi les sympathisants républicains,
11:45il y en a 38% qui regrettent le renforcement par la Cour suprême
11:48de Roe versus Wade.
11:49Donc c'est quand même une décision qui est extrêmement impopulaire aux Etats-Unis.
11:52On en vient au début de l'année 2024.
11:54Du côté des républicains, c'est Donald Trump
11:56qui s'impose pendant la primaire.
11:58Et il se montre beaucoup plus mesuré sur l'interdiction de l'avortement
12:01que deux ans plus tôt.
12:02Oui, lors de la primaire républicaine de 2024,
12:05la position de Trump sur l'avortement, elle est très ambiguë.
12:08Il met plutôt l'accent sur l'importance de permettre aux Etats
12:11de réglementer l'avortement comme bon leur semble,
12:14en vertu de la Constitution.
12:15Mais en fait, sa stratégie, elle vise surtout à minimiser le sujet,
12:19en faire un sujet de second plan,
12:21pour éviter de perdre les voix des électeurs modérés
12:23qui pourraient s'opposer à des restrictions qui seraient trop extrêmes.
12:26En mars 2024, la vice-présidente Kamala Harris
12:29fait une visite inédite
12:31et se rend dans une clinique de l'État du Minnesota
12:33qui pratique l'IVG.
12:35Est-ce que vous pouvez nous raconter cette visite ?
12:38Oui, en fait, il faut noter que cette visite, elle est historique.
12:40Donc le 14 mars 2024, dans la ville de Saint-Paul,
12:43donc dans le Minnesota,
12:45Kamala Harris devient la première vice-présidente des États-Unis
12:48à se rendre dans une clinique abortive,
12:50donc dans une clinique qui pratique des avortements.
12:53Le Sénat des États-Unis a pris un droit constitutionnel
12:56qui a été reconnu par les femmes d'Amérique.
13:01C'est une manière pour elle de souligner l'importance du droit à l'avortement
13:03dans un contexte où il y a des débats assez tendus sur ce sujet.
13:09Durant cette visite, elle va rencontrer des travailleurs de la santé,
13:12des patientes, elle va écouter leurs histoires et leurs préoccupations.
13:16Quatre mois plus tard, en juillet,
13:17le président Joe Biden se retire de la course à la présidentielle
13:21et Kamala Harris devient la candidate du Parti démocrate.
13:24Au mois d'août, son adversaire Donald Trump
13:26fait plusieurs déclarations sur l'accès à l'avortement.
13:29Oui, alors il continue de semer le doute sur ce sujet,
13:32puisqu'il ne lui est pas favorable,
13:33mais on sent que, voilà, en août 2024,
13:36Donald Trump va clarifier légèrement sa position sur l'avortement.
13:39Donc il va déclarer que les lois de certains États sont trop strictes,
13:43qu'elles doivent être révisées.
13:44On sent à ce moment-là que son objectif,
13:46se distancier des positions de plus en plus extrêmes
13:48qui sont prises par certains membres de son parti,
13:51le Parti républicain, en matière d'avortement.
13:53Il va jusqu'à annoncer qu'il votera non à une proposition
13:57visant à amender, en Floride,
13:59État où il est électeur,
14:01le droit à l'avortement,
14:02et qu'il limiterait, en fait, ce droit à six semaines de grossesse.
14:07À ce moment-là, évidemment, il y a une levée de bouclier
14:08d'une partie de l'électoire républicain
14:10très engagée contre le droit à l'avortement.
14:13Parmi eux, il y a les fameux évangéliques,
14:15des chrétiens très religieux,
14:17et très engagés dans la lutte contre le droit à l'avortement.
14:20Ce sont des électeurs qui sont précieux pour Donald Trump
14:23parce qu'il forme sa base.
14:25Ce sont des gens qui vont massivement aux urnes
14:27pour le soutenir.
14:28Et en fait, à ce moment-là, il menace de le lâcher.
14:31Donc évidemment, Trump est obligé de ménager la chèvre et le chou.
14:35Et en fait, il rétropédale
14:36et il dit qu'il ne votera pas contre cette proposition en Floride.
14:43Les démocrates continuent de se mobiliser sur le sujet.
14:46Ils affrètent un bus de campagne
14:47qui fait escale dans l'état de Géorgie le vendredi 6 septembre
14:50à Savannah, une ville côtière à 4 heures de la capitale.
14:54Mais dit Bouzouina, vous êtes sur place.
14:56Comment ça se passe ce jour-là ?
14:58Alors ce bus, en fait, a été mis en place par les démocrates.
15:01Et l'objectif, c'est de faire une cinquantaine d'étapes
15:04dans une cinquantaine de villes
15:05pour parler aux électeurs d'avortement
15:07dans des territoires qui sont même parfois assez à droite.
15:11Évidemment, l'objectif derrière tout ça,
15:12c'est de mobiliser un électorat qui est modéré,
15:14voire même républicain, mais qui est choqué
15:16par la situation des droits des femmes.
15:19Il y a aussi cette idée que les femmes républicaines
15:21pourraient voter différemment de leur mari cette année.
15:24Vous échangez avec plusieurs habitants
15:26et notamment une femme de 37 ans
15:28qui s'appelle Kali Bill Harper.
15:30Racontez-nous son histoire.
15:32Il y a un pupitre qui est installé sur un parking
15:34et il y a tout un tas d'élus qui défilent.
15:37Et puis à un moment donné,
15:38il y a une habitante de la ville de Savannah
15:40qui est invitée à prendre la parole.
15:42Cette habitante qui s'appelle Kali Bill Harper
15:44a un discours très émouvant
15:46où elle raconte que lorsqu'elle était enceinte de jumeaux,
15:48elle a failli perdre la vie
15:49parce que l'un des deux fœtus qu'elle portait n'était pas viable.
15:53Et à cause des lois très strictes en Georgie,
15:55elle n'a pas pu avoir accès à une opération
15:57pour avorter du fœtus qui n'est pas viable.
16:00Elle raconte son calvaire dans la bureaucratie médicale,
16:04les complications.
16:05Elle va même jusqu'à dire
16:06« J'ai prié pour que mon fils meure naturellement à l'intérieur de moi.
16:10Aucune mère ne devrait en venir à espérer cela. »
16:12Et en fait, elle va sourire à sa petite-fille
16:14qui est dans l'audience et qui a survécu.
16:15Et c'est un moment qui est assez émouvant.
16:21Quinze jours plus tard, le vendredi 20 septembre,
16:23Kamala Harris est en meeting à Atlanta,
16:25la capitale de la Géorgie.
16:26Et elle évoque notamment Amber Thurman,
16:28la jeune femme dont on a parlé
16:30au début de cet épisode de Codesources.
16:31A la fin de son discours,
16:33elle avertit le public
16:34de ce que Donald Trump pourrait mettre en place
16:36s'il était réélu.
16:37Qu'est-ce qu'elle dit ?
16:38Donc lors de sa visite à Atlanta,
16:39Kamala Harris,
16:40elle va critiquer assez fortement
16:42l'ancien président Donald Trump.
16:44Et elle va le rendre responsable
16:47de la mort d'Amber Nicole Thurman.
16:49Elle va parler de Trump en tant qu'architecte
16:52de cette crise de santé.
16:54Et elle va mentionner d'autres cas,
16:56de personnes qui sont décédées
16:57après s'être vues refuser des soins d'urgence
16:59parce que les médecins avaient peur
17:01d'enfreindre les lois
17:02sur l'avortement de leur État.
17:04En fait, Kamala Harris invite les électeurs
17:05à prendre conscience
17:06que si Donald Trump venait à être réélu,
17:08il y aurait ce risque
17:09que les réglementations soient encore plus strictes
17:13dans les États du Sud notamment
17:14et que les droits des femmes
17:17soient encore plus menacés.
17:18Au début du mois d'octobre,
17:19l'épouse de Donald Trump,
17:21Mélania Trump,
17:22restée jusqu'ici très discrète
17:23pendant la campagne,
17:24prend à son tour position sur le sujet
17:26et publie une vidéo sur Instagram.
17:28Oui, c'est une vidéo en noir et blanc
17:31où elle est face caméra
17:32et elle exprime son soutien
17:34de manière assez claire
17:35en faveur du droit à l'avortement.
17:37Elle affirme qu'il n'y a, je cite,
17:39pas de place pour le compromis
17:40sur la liberté individuelle des femmes
17:42et elle déclare que, en fait,
17:45c'est un droit fondamental
17:47en encourageant les femmes
17:48à contrôler leur propre corps
17:49sans intervention de l'État.
17:51C'est des propos qui sont réitérés
17:53dans son autobiographie
17:54qui est publié peu de temps après.
17:56Elle a cette phrase où elle dit
17:57qu'il est impératif de garantir
17:58que les femmes aient l'autonomie
17:59de décider de leurs préférences
18:01concernant la maternité
18:02en se basant sur leurs propres convictions.
18:04Comment réagit le camp de Donald Trump ?
18:06Donald Trump, il a une réaction
18:07qui est mesurée
18:08mais qui est quand même intéressante.
18:09Il indique qu'il n'a pas à dire
18:10en fait à sa femme comment penser
18:11tout en indiquant
18:13qu'ils ont parfois des désaccords politiques.
18:15C'est une façon pour lui
18:15de se protéger du mécontentement
18:17des évangéliques
18:19et en même temps,
18:20c'est une manière
18:22de ne pas tout à fait condamner
18:24ce qu'elle a écrit dans son livre.
18:25Ça correspond tout à fait
18:27à la stratégie des Républicains
18:29cette année
18:30entretenir le doute
18:30sur leur position
18:31quand on aura l'avortement.
18:33Mehdi Bouzouina,
18:34le 5 novembre prochain,
18:36en même temps
18:36que l'élection présidentielle,
18:38une dizaine d'États
18:39organisent des référendums
18:40sur l'accès à l'avortement.
18:42Oui, en fait,
18:43ce qu'il faut bien avoir à l'esprit,
18:44c'est que les Américains
18:45ne votent pas pour une seule chose
18:46lorsqu'ils se présentent aux urnes.
18:48Ils votent pour tout un tas
18:49de propositions,
18:50de référendums.
18:51Ils votent aussi
18:52pour des élections locales.
18:53Et en fait, cette année,
18:55les électeurs de différents États,
18:57dont le Missouri,
18:58le Colorado
18:59ou encore l'État-clé de l'Arizona,
19:00vont se prononcer
19:02sur une protection juridique
19:03ou au contraire
19:04des restrictions
19:05sur le droit à l'avortement.
19:06Ce n'est pas tout à fait sûr
19:07que ce soit le sujet
19:08de l'avortement
19:09qui fasse basculer l'élection
19:11cette année.
19:11Il y a d'autres thématiques
19:12qui sont importantes,
19:13comme l'économie,
19:14mais ça pourrait inciter
19:15des électeurs
19:16à venir massivement aux urnes,
19:18ce qui est toujours bon
19:19pour les candidats progressistes
19:20en général
19:21et le candidat démocrate.
19:22L'idée, c'est qu'il y ait
19:23tout un tas d'électeurs
19:25à la fois à gauche
19:25du Parti démocrate,
19:26mais aussi des électeurs
19:27plus modérés,
19:28voire même certains républicains,
19:30qui se déplacent aux urnes
19:31pour ce référendum
19:33et qui déposent en même temps
19:34un bulletin
19:36Kamala Harris dans l'urne.
19:37Mais ce n'est pas tout à fait sûr
19:38que ça suffise.
19:47Merci à Mehdi Bousouina.
19:49Cet épisode a été produit
19:50par Camille Ruiz
19:51et Clémentine Spiller,
19:53réalisation Julien Moncouquiole.
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19:57parlez-en autour de vous,
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19:59d'écoute préférée
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