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Mercredi 6 novembre, l’ancien président Donald Trump a été nettement réélu à la tête des Etats-Unis face à la candidate démocrate Kamala Harris. Tous les sondages annonçaient pourtant une élection très serrée.

Cet épisode de Code source est raconté par Charles de Saint Sauveur, chef du service international du Parisien et Mathieu Gallard, directeur d’études à l'institut de sondage Ipsos, auteur du livre “Les Etats-Unis au bord de la guerre civile ? ” paru début octobre, aux éditions de l’Aube.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Production : Clémentine Spiler et Clara Grouzis - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network

Archives : Fox9, The Telegraph, ABC News, NBC et FranceInfo

#donaldtrump #presidentamerica

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Une victoire claire pour Donald Trump aux Etats-Unis.
00:15L'ancien président américain remporte la présidentielle.
00:18Son parti, les Républicains, retrouve aussi la majorité au Sénat.
00:22La démocrate Kamala Harris est battue.
00:24En réaction à sa victoire, Donald Trump, 78 ans, promet, je cite, un nouvel âge d'or aux Etats-Unis.
00:3145e président américain, il devient donc aussi le 47e président élu.
00:36L'homme d'affaires prendra ses fonctions à la Maison Blanche le 20 janvier.
00:40Dans Codesources, aujourd'hui, on analyse ce résultat et on résume les tout derniers jours de la campagne électorale américaine
00:45avec Charles Saint-Sauveur, chef du service Monde du Parisien,
00:49et Mathieu Gallard, spécialiste des Etats-Unis, directeur d'études à l'Institut de sondage Ipsos.
01:078h30, le mercredi 6 novembre, c'est la nuit.
01:10En Floride, il est 2h30 quand Donald Trump monte à la tribune dans son QG de campagne de Palm Beach.
01:16Il arrive sur la scène du Convention Center avec toute sa famille, un peu sur papier glacé,
01:20évidemment une marée de casquettes rouges face à lui, qu'il acclame USA, USA.
01:25Il commence un discours avec un ton un peu différent de celui qu'il a employé pendant la campagne.
01:30On s'était habitué à un ton rugissant, virulent, presque vulgaire.
01:33Et là, il a des mots enthousiastes, plutôt solaires.
01:36Il revendique une victoire politique jamais vue.
01:40Nous avons surmonté tous les obstacles.
01:42Nous avons écrit l'histoire.
01:51Il est vraiment dans cette espèce d'enthousiasme du moment, avec une foule évidemment qui l'acclame.
01:58Et évidemment, très vite, il repart sur ses messages phares, c'est-à-dire nous allons réparer le pays.
02:10Et après avoir dit qu'il allait rendre l'Amérique à sa grandeur, il repart dans une sorte de tunnel,
02:16comme ça, un petit peu incompréhensible, où il parle de la beauté intérieure, extérieure de sa femme.
02:20Il parle de sa belle-mère.
02:31Enfin, de tas de choses comme ça qui n'ont pas grand-chose à voir avec le discours historique du
02:37moment, mais c'est Trump.
02:39Charles de Saint-Sauveur, avant de revenir sur le résultat de cette élection,
02:42on va rapidement raconter les derniers jours de la campagne présidentielle américaine.
02:47À la fin du mois d'octobre, à dix jours environ du scrutin,
02:50la démocrate Kamala Harris et le républicain Donald Trump sont très proches dans les sondages.
02:55Ah oui, très très proches.
02:57Absolument impossible pour les sondeurs de les distinguer.
03:00C'est dans un mouchoir de poche et ça fait des semaines que ça dure.
03:03Les votes sont très très sédimentés.
03:05Tout se joue en gros dans cet état clé.
03:08Ceux qui sont indécis, dont on ne sait pas s'ils vont basculer côté Kamala Harris ou côté Donald Trump,
03:13tout se joue dans les marches d'erreur.
03:17Avec ce duel entre l'ancien président Donald Trump et l'actuel vice-présidente Kamala Harris,
03:23les Américains ont le choix entre deux projets de sociétés radicalement opposés.
03:27Ça fait quand même des années qu'il y a un fossé qui se creuse de plus en plus entre
03:30démocrates et républicains,
03:32surtout depuis l'arrivée de Donald Trump sur la scène politique.
03:35Mais là, cette année, c'est absolument flagrant sur les deux projets de sociétés.
03:38Ils sont diamétralement différents sur l'avortement, très clairement, sur l'économie aussi,
03:45puisque Donald Trump veut faire baisser les charges des plus riches,
03:48alors que Kamala Harris a plutôt l'intention de réduire les impôts des classes moyennes,
03:52sur l'immigration aussi de grosses différences.
03:55C'est aussi deux visions du monde qui s'opposent.
03:59Rien que sur l'Ukraine, par exemple, Donald Trump annonçait qu'il mettrait très très vite fin à la guerre,
04:04en une journée, a-t-il dit, alors que Kamala Harris, elle se positionne du côté de Kiev.
04:08Et enfin, et c'est ce qui compte vraiment dans une élection américaine, ce sont deux styles.
04:12Les Américains ne votent pas vraiment pour un programme, ils votent pour des personnalités,
04:16pour le commander in chief, c'est-à-dire le commandant suprême, celui qui va diriger la nation, l'incarner.
04:22Et de ce point de vue-là, on a deux styles complètement opposés,
04:25puisque Donald Trump, lui, c'est le chantre de l'Amérique du passé,
04:29une Amérique qu'il veut restaurer, alors que Kamala Harris, elle est plutôt dans un message positif,
04:35de porteuse d'espoir, de lendemain, on va dire, qui chante.
04:38Et ils utilisent tous les deux des slogans très simples, très clairs, pour marquer les esprits.
04:42Par exemple, Donald Trump, là, récemment, le martèle,
04:46« Kamala broke it, I will fix it », c'est-à-dire, « Kamala a cassé le pays, je
04:50vais le réparer ».
04:51C'est un petit peu le mantra de Trump de raconter une Amérique qui a été détruite,
04:56noyée sous Biden, et qui veut remettre sur des rails, qui veut renflouer.
04:59Et ça, c'est vraiment le chantre du « Make America great again »,
05:04qui est initialement un slogan de Ronald Reagan, qu'il a repris à son compte en 2016,
05:07avec lequel il a gagné, et qu'il ne lâche pas, face à une Kamala qui, elle, au contraire, lui
05:12répond
05:12« We're not going back », on ne revient pas en arrière,
05:16qui n'est pas du tout dans la même veine nostalgique,
05:18mais plutôt quelque chose qui est porté sur l'avenir.
05:20Qui, Donald Trump d'un côté et Kamala Harris de l'autre, doivent convaincre pour remporter la victoire ?
05:25Alors, ce qui est frappant dans cette élection, c'est qu'il y a très peu d'indécis.
05:28Il y a très peu d'indécis à aller convaincre, à aller chercher.
05:31On le voit dans les sondages, les camps sont très, très fossilisés.
05:35C'est un signe inquiétant aussi, parce que quand dans une démocratie,
05:37quand un candidat n'a plus vraiment à convaincre le camp d'en face,
05:41ou à le séduire, ou à tenter d'en séduire une partie,
05:43c'est vraiment le signe que ça ne va pas très, très bien.
05:46Donc, qu'est-ce qu'ils font ?
05:47Ils essaient de galvaniser leur base, de la mobiliser,
05:49parce que ce qui va compter, c'est de mobiliser ses troupes,
05:53de les appeler à voter. Chaque voix doit compter.
05:55On s'en souvient qu'en 2000, lors du duel entre Al Gore et George Bush,
06:01ce dernier l'avait emporté en Floride, avec 537 voix d'écart.
06:05Ça s'était joué à 537 voix sur un pays de plus de 220 millions de votants.
06:09Il y a un autre enjeu important, en parallèle de l'élection présidentielle,
06:12c'est le scrutin qui se déroule le même jour, pour renouveler une partie du Sénat.
06:16Oui, alors, les États-Unis, on sait de particulier qu'il y a un pouvoir exécutif très fort,
06:20celui qui appartient au président, à la Maison-Blanche,
06:22et il y a aussi un pouvoir législatif très important, avec deux chambres,
06:25une haute, une basse, le Sénat et la Chambre des représentants,
06:28qui détiennent beaucoup de pouvoir.
06:30Les députés ou les congressmen, comme on dit,
06:32peuvent vraiment compliquer la tâche du président s'ils ne sont pas du même bord.
06:36Il y a un tiers du Sénat qui est renouvelé aujourd'hui.
06:38Quant à la Chambre des représentants, là, elle est renouvelée en totalité.
06:41Donc, c'est une élection un peu qui en cache une autre,
06:44mais qui sera vraiment très décisive.
06:45Le jeudi 24 octobre, sur la chaîne CNN,
06:48Kamala Harris affirme que son concurrent Donald Trump est un fasciste.
07:02Pourquoi elle dit ça ?
07:03Ce qui allume la mèche, c'est une interview deux jours plus tôt dans le New York Times,
07:07où son ancien chef de cabinet, John Kelly, c'est un général,
07:10raconte ce que lui a rapporté Trump, le président Trump, en privé,
07:14lors d'une conversation.
07:15En gros, ce que dit le président, c'est
07:18« J'ai besoin du genre de généraux qu'avait Hitler,
07:20des gens qui lui étaient totalement loyaux et qui suivaient ses ordres. »
07:24Voilà, cette phrase, évidemment, fait polémique.
07:26Les démocrates s'en saisissent aussitôt.
07:28Pour Kamala Harris, le traité de fasciste,
07:30c'est aussi le moyen de faire peur aux électeurs qui sont là-bas très attachés aux valeurs de la
07:36démocratie,
07:37très attachés à ce que peut représenter l'Amérique, la plus vieille démocratie du monde,
07:42aux valeurs de liberté que Trump, selon elle, pourrait menacer.
07:46Dans les jours qui suivent, la candidate démocrate organise une série de meetings dans les swing states,
07:51les États-clés qui peuvent faire basculer l'élection.
07:54Le Michigan ou la Pennsylvanie, notamment,
07:57dans ces meetings, de nombreuses stars lui apportent leur soutien.
08:00C'est une grande tradition chez le démocrate d'essayer de mobiliser les stars,
08:04celles qui peuvent, par leur voix, influencer les électeurs.
08:08Alors, ce n'est pas tellement les influencer à voter pour Kamala Harris
08:11que de les influencer à voter tout court,
08:13c'est-à-dire de les amener vers l'isoloir, vers le bureau de vote.
08:16Là, en l'occurrence, évidemment, Taylor Swift a beaucoup compté en septembre
08:20quand elle a dit qu'elle voterait Kamala Harris,
08:22puisque c'est la méga pop star du moment.
08:24Il y a eu d'autres soutiens de poids,
08:26comme Beyoncé, la chanteuse originaire de Houston,
08:29lors du grand meeting de Kamala Harris dans cette ville texane,
08:32la plus grande ville texane,
08:33mais aussi Jennifer Lopez à Las Vegas
08:36et puis à plein d'autres stars qui ont apporté leur soutien
08:40à la candidate démocrate sur les réseaux sociaux.
08:42On pense à Stevie Wonder, à Madonna,
08:45Billie Eilish, Eminem
08:46et évidemment l'incontournable Bruce Springsteen.
08:52Le dimanche 27 octobre,
08:54Donald Trump est en meeting au Madison Square Garden à New York.
08:57Parmi ses soutiens, à la tribune,
08:59Elon Musk, le patron de Hicks et de Tesla notamment,
09:02ou encore l'épouse du candidat, Mélania Trump.
09:05Charles Saint-Sauveur, ce meeting déclenche une polémique.
09:08Le Madison Square Garden, c'est le grand meeting de Trump à New York,
09:11donc chez lui, mais dans un bastion démocrate.
09:13Et là, vraiment, c'est le grand show,
09:16le grand show où il y a eu une succession
09:18pendant plus de trois heures de personnalités au pupitre.
09:21Alors il y a Elon Musk, on voit bondir comme un cabri.
09:33Le candidat complotiste Robert Francis Kennedy Jr.,
09:37qui est le neveu de John, de l'ancien président,
09:39ou le catcheur Hulk Hogan,
09:40vous savez, celui qui déchire sa chemise.
09:42Mais ce qui fait vraiment polémique ce soir-là,
09:45c'est l'intervention d'un humoriste,
09:47qui n'est pas très connu,
09:48qui s'appelle Tony Hinchcliffe,
09:49et qui compare Puerto Rico,
09:51qui est un territoire américain des carrés,
09:53donc, à une île flottante d'ordures au milieu de l'océan.
09:56Et ça déclenche une énorme polémique.
10:06Deux jours plus tard, le mardi 29 octobre,
10:08une vidéo du président sortant,
10:10le démocrate Joe Biden, est publiée.
10:13Joe Biden, 81 ans,
10:14qui s'était désisté cet été au profit de Kamala Harris.
10:17Charles Saint-Sauveur,
10:18Que dit Joe Biden ?
10:20Alors, ce qu'il dit, Joe Biden,
10:21c'est que les seules ordures
10:22que je vois flottant autour d'ici,
10:24ce sont les partisans.
10:26Les partisans de Donald Trump.
10:30Là, évidemment, c'est la bourde.
10:32Joe Biden en est coutumier.
10:34Il est obligé de faire très, très rapidement,
10:36en machine arrière.
10:37Les républicains s'en saisissent
10:39pour dire, regardez ce mépris de classe,
10:43voyez à quoi tous les électeurs républicains
10:45sont comparés.
10:46Des ordures.
10:47Ils réussissent à inverser un tout petit peu la polémique.
10:50Et cette phrase polémique de Joe Biden,
10:52elle en rappelle une autre dans l'histoire politique américaine.
10:55Oui, oui, tout à fait.
10:55En 2016, Hillary Clinton traite les partisans de Trump
10:59en fin de campagne de deplorables,
11:02c'est-à-dire de pitoyables.
11:03Alors ça, c'est vraiment une maladresse
11:05qui va lui coûter énormément,
11:07peut-être même l'élection présidentielle,
11:08parce que là, le procès en mépris de classe,
11:11les républicains vont s'en saisir.
11:12Et c'est très, très mal passé dans l'opinion.
11:19Charles de Saint-Sauveur,
11:20dans les tout derniers jours de campagne,
11:22Kamala Harris et Donald Trump
11:23s'affrontent par meetings interposés,
11:25notamment au sujet des droits des femmes.
11:27L'avortement, c'est vraiment la bataille des batailles,
11:30c'est-à-dire celle où les candidats
11:32sont le plus diamétralement antagonistes.
11:35Pour Kamala Harris,
11:36c'est vraiment le thème crucial,
11:38celui où elle a une vraie légitimité,
11:40parce que pendant quatre ans de vice-présidente,
11:42elle a vraiment écumé le terrain américain
11:44pour essayer de défendre le droit à l'avortement.
11:47Et là, elle a décidé de le rétablir.
11:49Il s'agit que depuis deux ans,
11:50il est contesté dans une vingtaine d'États,
11:52restreint ou carrément interdit.
11:54Et elle, elle a promis de le restaurer.
11:56À l'inverse, Trump, lui, est beaucoup plus flou,
11:58puisqu'il a dit effectivement
11:59qu'il renverrait cette décision à chaque État.
12:02Et donc vraiment, ces sujets comptent beaucoup
12:04dans la dernière ligne droite ?
12:05Ils comptent énormément,
12:06parce que Kamala Harris
12:08essaie de mobiliser le plus possible les femmes.
12:10Les femmes, elles avaient fait la différence
12:12lors des mid-term élections,
12:13c'est-à-dire que c'était des élections de mi-mandat en 2022,
12:16qu'on annonçait complètement perdues pour les démocrates.
12:19Et il y a eu un sursaut inespéré,
12:21complètement inattendu.
12:22Et ce sursaut,
12:23la seule explication qu'on trouve aujourd'hui,
12:25c'est la mobilisation des femmes,
12:26notamment les jeunes femmes.
12:28Kamala Harris compte sur elle.
12:29Et on voit d'ailleurs dans cette élection
12:31qu'elle est très genrée.
12:31C'est-à-dire qu'il y a à peu près 60% des hommes
12:34qui votent Trump
12:35et 60% des femmes qui votent Kamala Harris.
12:38C'est une vraie bataille des sexes, cette élection.
12:40Voilà, on redonne ce dernier chiffre
12:42qui est maintenant, depuis une demi-heure,
12:45Donald Trump, 247 grands électeurs.
12:48Le mercredi 6 novembre,
12:49au petit matin heure française,
12:51la tendance est claire.
12:52Donald Trump est en tête.
12:53Quand les résultats s'affichent état par état,
12:55la carte des Etats-Unis se colorie surtout en rouge
12:58et non pas en bleu,
12:59le rouge couleur du parti républicain.
13:02Donald Trump est donné gagnant
13:04dans les états clés de la Caroline du Nord,
13:06de la Géorgie, puis de la Pennsylvanie.
13:09Kamala Harris fait le choix
13:10de ne pas prendre la parole tout de suite.
13:12Et à 8h30, heure de Paris,
13:142h30 en Floride,
13:15donc en pleine nuit,
13:16à son QG de campagne de Palm Beach,
13:18comme on le disait au début
13:18de cet épisode de Codesources,
13:20Donald Trump remercie ses électeurs
13:23pour cette victoire.
13:36Mathieu Gallard, vous êtes directeur d'études
13:38chez Ipsos, l'institut de sondage.
13:40Vous venez de publier un livre sur les Etats-Unis.
13:42Les Etats-Unis au bord de la guerre civile ?
13:45Point d'interrogation.
13:46Alors, qui a voté pour Donald Trump
13:48dans cette élection ?
13:49Alors, en termes sociodémographiques,
13:52on peut dire que l'Amérique
13:53qui a voté en faveur de Trump,
13:55c'est une Amérique clairement blanche.
13:58On l'a dit pendant la campagne,
13:59les minorités, les afro-américains,
14:01les hispaniques,
14:02ont un peu plus voté en faveur de Trump.
14:05C'est notamment le cas des hispaniques.
14:07Mais ils restent majoritairement
14:08en faveur des démocrates.
14:09En termes sociaux,
14:11c'est très hétérogène, en fait.
14:13Il y a effectivement,
14:14dans les catégories populaires,
14:16dans les classes moyennes,
14:17mais aussi dans les classes aisées,
14:18des proportions assez similaires
14:20qui votent en faveur de Donald Trump.
14:22Donc, c'est pas tant là-dessus
14:23que ça se joue qu'on le pense.
14:25Et puis, en termes territoriaux,
14:26il y a des écarts, en revanche,
14:28qui sont énormes, évidemment,
14:29entre le vote des grandes villes,
14:31très, très démocrate,
14:32le vote des banlieues,
14:34des grandes agglomérations,
14:35qui tend à voter un petit peu plus démocrate.
14:37Mais ce qui a fait la victoire de Donald Trump,
14:40c'est sa progression dans les zones rurales,
14:43les zones rurales qu'il avait déjà plébiscité en 2016,
14:46encore plus en 2020.
14:48Et cette année, il y progresse encore une fois.
14:51On atteint, dans certains endroits,
14:52dans certains états ruraux,
14:54la Virginie occidentale,
14:56le Kentucky, l'Indiana,
14:57des scores qui sont vraiment extrêmement impressionnants
15:00en faveur du Républicain.
15:02Il a fait le plein chez ses partisans ?
15:04Globalement, effectivement,
15:05chez les électeurs qui, traditionnellement,
15:07votent Républicain,
15:08quasiment aucune voix ne lui a échappé.
15:11Et c'est vrai qu'on voit que la campagne de Kamala Harris,
15:13qui, en partie, cherchait à tenter de récupérer
15:16un électorat modéré,
15:18en mettant en avant des figures,
15:20justement, comme l'ancien vice-président Dick Cheney,
15:24sa fille Lee Cheney, députée du Wyoming,
15:27tout ça, finalement, ne lui a pas permis
15:29de convaincre suffisamment d'électeurs républicains modérés
15:32de rejoindre le camp démocrate.
15:34Politiquement, Donald Trump fait un retour rarissime
15:37avec cette élection,
15:38près de quatre ans après avoir quitté la Maison-Blanche
15:40en janvier 2021.
15:42Oui, effectivement,
15:43la précédente fois qu'un président élu
15:46est ensuite battu
15:48et puis parvient à rentrer à la Maison-Blanche,
15:50c'était dans les années 1880-1890,
15:53donc ça remonte à longtemps,
15:54c'était le président démocrate Grover Cleveland
15:56qui était parvenu à ça.
15:58Depuis lors, ça n'a jamais fonctionné.
16:01Un président qui est battu
16:02ne s'est jamais représenté
16:05devant le suffrage universel.
16:06Et Donald Trump, au matin du 6 novembre,
16:09revendique le vote populaire,
16:11c'est-à-dire d'avoir eu plus d'électeurs
16:12que Kamala Harris.
16:13Oui, alors ça, c'est la grosse différence
16:15par rapport au scrutin de 2016.
16:18En 2016, Hillary Clinton, au niveau national,
16:20était gagnante en voix
16:22et très nettement,
16:22elle avait 3 millions d'avance
16:25en termes de vote populaire.
16:26Là, à ce stade du dépouillement,
16:29Donald Trump est nettement en avance,
16:3151,2% des voix contre 47,4% pour Kamala Harris,
16:35mais il nous manque encore
16:36des dizaines de millions de bulletins de vote
16:39à dépouiller.
16:40Par exemple, en Californie,
16:41il n'y a que 47% des bulletins
16:43qui ont été dépouillés
16:44et ils vont aller,
16:45ce qu'il reste à dépouiller,
16:47très nettement en faveur de Kamala Harris.
16:49Donc ça fait que l'écart va se resserrer.
16:52Peut-être que Kamala Harris
16:53a une petite chance de passer devant,
16:55mais quoi qu'il en soit,
16:56on ne sera pas effectivement
16:57dans une nette victoire,
16:59au moins en termes de voix des démocrates,
17:01comme ça avait été le cas
17:02pour Hillary Clinton en 2016.
17:04Mathieu Gallard,
17:05qu'est-ce qui a fait gagner Donald Trump ?
17:07L'économie ?
17:07Les questions de pouvoir d'achat
17:09des Américains surtout ?
17:10Ça a sans doute effectivement joué un rôle majeur.
17:12Les questions économiques,
17:14c'était les principales préoccupations
17:16des Américains pendant toute cette campagne.
17:18C'était des questions sur lesquelles
17:19Trump était perçu comme plus crédible
17:21que son adversaire,
17:23parce qu'il bénéficiait à la fois
17:24de son image de businessman ambitieux
17:28qui avait réussi sa carrière,
17:29et parce qu'il bénéficiait aussi
17:31du sentiment que sous son mandat
17:34entre 2017 et 2021,
17:35l'économie se portait bien,
17:37en tout cas jusqu'à la crise du Covid.
17:39Donc tout ça l'a vraiment aidé
17:40à bénéficier de cet enjeu,
17:42et par effet de contraste,
17:45au contraire,
17:45de mettre en avant
17:47les faiblesses du bilan de Joe Biden,
17:50qui pourtant était globalement
17:51plutôt positif sur pas mal de dimensions,
17:54mais c'est vrai que la campagne de Trump
17:56visait justement à montrer
17:57que les choses n'allaient pas si bien en Amérique.
17:59Sur son programme international,
18:01Charles de Saint-Sauveur,
18:02vous l'avez rappelé,
18:03il a promis la fin de la guerre en Ukraine,
18:04en à peine un jour.
18:06Ça, ça a pu jouer sur l'élection,
18:07sur ce scrutin ?
18:08Alors les Américains,
18:09ils ne veulent pas pour l'international.
18:10Ce n'est pas quelque chose qui compte.
18:12Vraiment, clairement,
18:13ça est arrivé loin derrière
18:14les préoccupations économiques,
18:16l'immigration,
18:17et toutes les affaires intérieures.
18:19Néanmoins,
18:20c'est la personnalité de Trump
18:21qui a sans doute attiré,
18:23c'est-à-dire qu'il a renvoyé l'image,
18:25à tort ou à raison,
18:26d'un homme fort.
18:27C'est ce qu'il a dit sur l'international.
18:29Je vais faire la paix.
18:30Je suis un homme de paix.
18:31Je vais ramener la paix,
18:32sous-entendu, y compris par la force,
18:33avec le bâton du gendarme.
18:35Et en Ukraine,
18:36je ferai la paix en 24 heures.
18:38Peu importe, à la limite,
18:39s'il est cru ou pas,
18:40c'est l'image qui renvoie.
18:45L'événement qui a marqué cette campagne,
18:47c'est la tentative d'assassinat
18:49qu'il a subie le 13 juillet
18:50pendant un meeting en Pennsylvanie.
18:52Donald Trump a été touché
18:54par une balle à l'oreille.
18:55Quelques secondes après,
18:56il lève le poing
18:57en criant « Fight ! Combatté ! ».
18:59Mathieu Gallard, cet événement,
19:00il a forcément joué dans l'élection ?
19:02Je ne suis pas certain.
19:04En fait, c'est une campagne
19:04dans laquelle il s'est passé
19:05énormément de choses.
19:06Il y a eu effectivement
19:07cette tentative d'assassinat.
19:08Quelques semaines avant,
19:10il y avait eu la condamnation
19:11en justice de Donald Trump.
19:13C'était là aussi historique.
19:14Il y a eu quand même
19:15le retrait de Joe Biden
19:16en faveur de Kamala Harris.
19:17Là aussi, c'est historique.
19:18Et pourtant, nous,
19:19tout ce qu'on a vu pendant la campagne,
19:20c'est à quel point
19:21le rapport de force
19:22entre les deux candidats
19:23ne bougeait absolument pas.
19:25Les choses étaient figées.
19:26Quoi qu'il pouvait se passer
19:27durant la campagne,
19:28franchement,
19:29les intentions de vote
19:30ne changeaient pas.
19:31Donc, je ne suis pas certain
19:32qu'il y ait des événements particuliers
19:33qui jouaient un rôle.
19:34C'est davantage sans doute
19:36des tendances effectivement
19:36plus de fond sur des enjeux
19:38comme effectivement
19:39notamment l'enjeu économique.
19:41On a beaucoup décrit
19:43pendant cette campagne
19:44une Amérique divisée
19:45entre les partisans
19:46de Donald Trump,
19:47les Républicains
19:47et les Démocrates.
19:49Ces Démocrates-là,
19:50aujourd'hui,
19:51qu'est-ce qu'ils peuvent
19:51ressentir aux États-Unis ?
19:53Effectivement,
19:53vous êtes dans une société
19:54très polarisée
19:55où la campagne,
19:57elle se fait à la peur en fait.
19:59La campagne de Donald Trump,
20:00elle a quand même
20:01cherché à faire peur
20:03à son électorat
20:04en lui disant
20:04que finalement,
20:05Kamala Harris,
20:06c'était une communiste.
20:08Ça a été véritablement
20:09ce qui a été dit
20:10par Donald Trump
20:10pendant une partie
20:11de la campagne.
20:11Mais Kamala Harris,
20:12elle a tenté
20:13de mobiliser son électorat,
20:15certes en essayant
20:16de mettre en avant
20:17certaines dimensions
20:18de son projet
20:19pour le pays,
20:19mais quand même,
20:20avant tout,
20:21en cherchant
20:22à faire peur
20:22à ses électeurs
20:23vis-à-vis de ce qui pouvait arriver
20:24en cas de deuxième mandat
20:25de Donald Trump.
20:26Et c'est vrai
20:27que dans un pays
20:28qui sort de cette campagne
20:30pleine de tensions,
20:32le camp démocrate
20:33va être particulièrement effrayé,
20:35sans doute encore plus
20:36que ce qui s'était produit
20:37en 2016,
20:38parce que là,
20:38on sait que Donald Trump
20:39arrive à la Maison-Blanche
20:40sans doute avec davantage
20:42d'expérience déjà
20:43et aussi avec un corpus idéologique
20:46plus solide.
20:47Donc peut-être
20:47que les risques sont plus forts.
20:49Donald Trump
20:49va connaître sa peine
20:51le 26 novembre
20:52dans l'affaire
20:52que vous évoquiez,
20:53l'affaire Stormy Daniels.
20:54Il a déjà été reconnu coupable
20:56au mois de mai.
20:56En résumé,
20:57avant la présidentielle
20:58qu'il a remportée en 2016,
21:00il avait acheté le silence
21:01d'une ancienne actrice X
21:03avec qui il avait
21:04une relation sexuelle
21:05et l'argent
21:05qu'il lui avait donné
21:06aurait dû être intégré
21:08à ses comptes de campagne
21:10selon la justice.
21:11Donald Trump
21:11fait l'objet
21:12de trois autres
21:13poursuites au pénal.
21:14Mathieu Gallard,
21:15les ennuis judiciaires
21:16de l'homme d'affaires,
21:16visiblement,
21:17ça n'a pas empêché
21:18une majorité d'Américains
21:19de voter pour lui.
21:20Oui, effectivement,
21:21on voit que l'électorat républicain
21:22n'a pas été troublé
21:23par ses affaires judiciaires,
21:25ce qui est assez logique.
21:26Finalement,
21:26vous avez trois grands groupes
21:28dans l'électorat républicain.
21:30Une partie de l'électorat
21:31qui est véritablement
21:32derrière Trump,
21:33qui est quasiment fanatisée,
21:34je pense qu'on peut le dire,
21:35qui adhère totalement
21:36à sa rhétorique,
21:37à son style politique,
21:38à ses idées.
21:39Donc cela,
21:40de toute façon,
21:40n'aurait pas pu être troublé
21:42par ses décisions de justice.
21:44Puis vous avez
21:45deux autres types d'électorat
21:46qui votent pour Trump
21:47de manière,
21:48finalement,
21:48tout à fait rationnelle.
21:49Les Chrétiens Évangéliques,
21:51très conservateurs
21:52sur les questions de société,
21:53qui certes,
21:54n'apprécient pas Trump.
21:55Enfin,
21:55Trump,
21:56ce n'est pas un parangon de vertu.
21:58Mais néanmoins,
21:59ils se disent
22:00que pendant son premier mandat,
22:02Trump a nommé
22:03des juges conservateurs
22:03à la Cour suprême,
22:04ce qui a permis
22:05de revenir sur la protection fédérale
22:07dont bénéficiait
22:08le droit à l'avortement.
22:09Donc finalement,
22:10le deal a été rempli.
22:11Ils ont revoté
22:12pour Donald Trump
22:13de manière tout à fait rationnelle.
22:15Et puis,
22:15troisième grand segment important,
22:16c'est cet électorat
22:17de républicains modérés
22:19qui, là encore,
22:20sont vraiment
22:20très, très dérangés
22:22par le style de Trump,
22:23par les enjeux
22:24qu'il met en avant,
22:25mais qui,
22:25là encore,
22:27regardent
22:27ce qui s'est passé
22:28pendant son premier mandat.
22:29Il y a eu
22:29de grandes baisses d'impôts
22:31qui touchaient
22:31les classes moyennes supérieures,
22:33les classes aisées,
22:34les grandes entreprises.
22:35C'est exactement
22:36ce que souhaitent
22:37ces républicains modérés.
22:38Donc là encore,
22:39ils ont été votés,
22:40sans doute en se bouchant le nez,
22:41mais ils ont contribué
22:42à sa réélection.
22:44Qu'est-ce qui a manqué
22:45à Kamala Harris
22:46pour remporter cette élection ?
22:47À Kamala Harris,
22:49il a sans doute manqué
22:50en partie du temps.
22:51C'est vrai qu'elle est
22:51devenue candidate
22:52107 jours avant l'élection.
22:54Et dans ce contexte,
22:55c'est quand même difficile
22:56à la fois de se faire connaître
22:58par les Américains,
22:59parce qu'elle était
22:59une vice-présidente
23:00assez mal identifiée,
23:02et puis de développer
23:04un programme,
23:05des idées,
23:05une vision pour le pays.
23:07Donc ça a sans doute
23:07été un de ses problèmes.
23:09Mais plus fondamentalement,
23:11les démocrates,
23:12depuis 2016,
23:13ils ont un problème,
23:14c'est qu'ils ne savent pas
23:14comment prendre Trump.
23:16On l'avait vu
23:17avec Hillary Clinton.
23:18Joe Biden, lui,
23:19il avait bénéficié
23:20d'un contexte favorable.
23:21On était au sortir
23:22de l'épidémie de Covid,
23:24ce qui avait vraiment
23:24masqué le bilan économique
23:26de Donald Trump,
23:27qui était plutôt bon.
23:28Sans le Covid,
23:28on peut imaginer
23:29que Trump aurait été
23:30assez facilement réélu.
23:31Donc on voit
23:32qu'à chaque fois,
23:33les démocrates
23:33vraiment achoppent
23:34sur la personnalité de Trump.
23:36Le seul motif de satisfaction
23:38pour les démocrates,
23:39c'est que constitutionnellement,
23:41c'est le dernier mandat
23:43de Donald Trump.
23:44Après,
23:45les républicains
23:46devront se choisir
23:47un autre candidat.
23:48Est-ce qu'il aura
23:48le talent politique,
23:50le charisme,
23:51et puis voilà,
23:51le feeling de Donald Trump,
23:53c'est pas certain.
24:11Merci Mathieu Gallard,
24:13directeur d'études
24:13à l'Institut Ipsos.
24:15Vous avez publié un livre
24:16sur la politique américaine
24:17en octobre,
24:18Les États-Unis
24:19au bord de la guerre civile,
24:21c'est aux éditions de l'Aube.
24:22Et merci à vous Charles de Saint-Sauveur,
24:24chef du service international du Parisien.
24:26Cet épisode de Code Source
24:27a été produit par
24:28Clara Grosis,
24:29Clémentine Spiller
24:30et Clara Garnier-Amouroux.
24:32Réalisation,
24:33Julien Moncouquiol.
24:34Code Source
24:35est le podcast quotidien
24:36d'actualité du Parisien.
24:37N'oubliez pas de vous abonner
24:38pour ne rater aucun épisode.
24:40Et puis n'oubliez pas non plus
24:41Crime Story,
24:42le second podcast du Parisien.
24:44Une affaire criminelle
24:45chaque samedi
24:46racontée par Claudia Prolongeau
24:47avec Damien Delseny,
24:49le chef du service
24:50police-justice du Parisien.
24:52C'est une affaire des
24:53Sous-titrage Société Radio-Canada
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