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La candidate qualifiée au second tour ne souhaite pas commettre les mêmes erreurs qu’en 2017. Depuis sa défaite, il y a cinq ans, elle fait tout pour adoucir son image clivante et rallier les électeurs.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Préparation : Clara Garnier-Amouroux - Reporter : Ambre Rosala - Production : Ambre Rosala, Thibault Lambert et Sarah Hamny - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian

Archive : France 2, Europe 1, M6.

#présidentielle #lepen #secondtour

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Transcription
00:03Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Comme en 2017, Emmanuel Macron et Marine Le Pen sont opposés au second tour de l'élection présidentielle.
00:18Avantage au président sortant dans les enquêtes d'opinion, Emmanuel Macron est crédité de 52 à 54% d'intention
00:25de vote en fonction des instituts.
00:27Mais beaucoup de spécialistes, y compris les journalistes du service politique du Parisien, estiment qu'une victoire de Marine Le
00:33Pen est aujourd'hui possible, même si ce n'est pas le scénario le plus probable.
00:37Ce qui est sûr, c'est que Marine Le Pen prépare ce nouveau face-à-face depuis bientôt 5 ans.
00:43Cet épisode de Codesources est raconté par Alexandre Sulzer, en charge notamment du Rassemblement national au sein du service politique
00:49du Parisien.
00:59Alexandre Sulzer, le mercredi 3 mai 2017, Marine Le Pen débat face à l'ancien ministre de l'économie, Emmanuel
01:06Macron.
01:07Elle est combative, mais aussi fébrile.
01:10Oui, la stratégie était d'aller chercher Emmanuel Macron.
01:13L'équipe de Marine Le Pen est persuadée qu'il a une psychologie un peu fragile,
01:17et qu'en étant un peu offensif, il va littéralement exploser en vol.
01:22Donc elle essaie de le piquer, elle est très offensive, voire agressive, mais ça ne marche pas.
01:26Emmanuel Macron montre davantage de force et finalement de crédibilité que son adversaire.
01:31Et ils sont là ! Ils sont dans les campagnes, dans les villes !
01:36Je parlais de votre parti !
01:36Ils sont sur les réseaux sociaux !
01:38Cette phrase qui a fait l'objet de beaucoup de détournements humoristiques,
01:43en fait elle-même était une référence à une phrase d'Emmanuel Macron prononcée lors d'un meeting,
01:48où il parlait de l'extérieur droit, du danger de l'extérieur droit.
01:51Donc en fait, elle voulait singer Emmanuel Macron,
01:54mais la référence n'était pas très explicite, elle n'a pas été comprise du grand public.
02:06Finalement, le dimanche 7 mai 2017, elle s'incline au second tour,
02:10avec un peu moins de 34% des suffrages,
02:12ce qui représente plus de 10 millions et demi de personnes qui ont voté pour elle.
02:16Alexandre Sulzer, elle déprime après cette défaite ?
02:19Pendant plusieurs mois, effectivement, elle accuse le coup.
02:22Marine Le Pen est un peu déprimée.
02:24Non seulement c'est un échec, évidemment, pour elle,
02:27mais en plus, ça se produit au moment où les gens commencent à partir de son parti.
02:32Marion Maréchal a pris le large,
02:34Florent Philippot ne va pas tarder à faire pareil.
02:37Et le fait que l'échec soit également mis sur le compte de son débat face à Emmanuel Macron,
02:42met en cause même ses compétences personnelles.
02:45Donc c'est vraiment une période assez difficile pour elle.
02:49Mais Marine Le Pen est une Le Pen,
02:51donc elle est quand même résistante,
02:55et remonte sur le cheval,
02:56et se remet un petit peu dans la perspective de 2022.
02:59Marine Le Pen évoque d'ailleurs son débat raté à la télé
03:02chez Thierry Ardisson en décembre 2018
03:04dans l'émission « Les terriens » sur C8.
03:06Il s'est passé que nous étions en fin de campagne,
03:08que nous n'avions pas peut-être l'expérience d'un second tour,
03:11que l'agenda a été surchargé dans les jours qui précédaient,
03:16alors que c'est vrai, Emmanuel Macron, lui, avait totalement vidé son agenda,
03:19que toutes les choses ont été faites au dernier moment,
03:22que j'étais moi très fatiguée en fin de campagne.
03:24C'est surtout quand même l'argument de la fatigue qu'il met en avant,
03:27le fait qu'elle avait mal au dos également,
03:29qu'elle avait une mécanique ophtalmique,
03:31autant de raisons qui lui permettent finalement de se disculper en quelque sorte,
03:34de dire que finalement elle avait des circonstances atténuantes
03:37et que ce n'était pas vraiment un échec.
03:38Plus tard, dans d'autres interviews,
03:41elle reconnaîtra davantage qu'elle a fait des erreurs stratégiques,
03:45sur le fond, en allant davantage attaquer Emmanuel Macron
03:48que présenter son projet à elle.
03:49Mais vous l'avez dit, Marine Le Pen revient dans l'arène politique
03:52et le 1er juin 2018, elle change le nom de son parti.
03:56Oui, le Front National, créé en 1972 par son père,
04:00devient le Rassemblement National.
04:02C'est un changement un peu cosmétique,
04:03parce qu'elle garde le mot national,
04:06le nom n'est pas totalement différent,
04:08pour ne pas non plus complètement déboussoler les militants, les électeurs.
04:12Mais on n'est plus dans une logique de front,
04:14c'est-à-dire une logique un petit peu guerrière,
04:16on est dans une logique de rassemblement,
04:18puisque Marine Le Pen prétend pouvoir rassembler autour d'elle,
04:22être dans une logique beaucoup plus consensuelle d'unité.
04:25C'est une façon aussi de se distancier du FN fondé par son père ?
04:30Oui, bien sûr, elle remarque que la marque Front National a des limites,
04:35qu'elle crée presque un réflexe de vote anti-FN, de Front Républicain,
04:40et donc voilà, elle décide enfin de changer de nom.
04:43Je dis enfin parce que ça fait plusieurs années en réalité que Marine Le Pen avait ce projet en tête,
04:48mais qu'elle n'avait pas osé le faire jusqu'alors.
04:50Aux Européennes de 2019, le 26 mai, le Rassemblement National termine en tête.
04:55C'est un pari qu'avait pris Marine Le Pen en choisissant de mettre en tête de liste Jordan Bardella,
05:01un jeune cadre du parti qui à l'époque n'est pas très connu du grand public.
05:05Elle veut s'adresser aux jeunes,
05:07montrer que alors que la classe politique est vieillissante,
05:10c'est dans son parti que les espoirs pour les nouvelles générations s'incarnent.
05:15C'est un pari gagnant puisqu'effectivement le Rassemblement National arrive en tête,
05:18une courte tête devant la République En Marche.
05:21Et à ce moment-là, le paysage politique national semble effectivement confirmer
05:26ce qu'avait déjà prouvé l'élection de 2017,
05:28à savoir la disparition des grands partis politiques traditionnels de la Ve République,
05:32le PS, les Républicains,
05:34au profit de ce nouveau clivage entre des populistes d'extra-droite
05:38et En Marche, un centre davantage pro-européen.
05:42Bien, mesdames, messieurs, chers amis de la presse française et internationale.
05:46Alexandre Sulzer, au début de l'année 2020,
05:49Marine Le Pen présente ses voeux devant les journalistes le 16 janvier à Nanterre dans les Hauts-de-Seine.
05:54Et à cette occasion, elle fait une annonce importante.
05:57Oui, en fait, elle dit qu'elle sera candidate.
06:00C'est donc très tôt, sans pour autant totalement préjugé de la décision
06:04qui appartient au congrès de notre mouvement,
06:07que j'ai fait part de ma volonté de préparer la présidentielle.
06:10Elle le dit un peu au détour d'une phrase.
06:12Et en fait, Marine Le Pen veut effectivement dédramatiser cet enjeu,
06:17présenter sa candidature finalement comme quelque chose qui va de soi,
06:20comme quelque chose de naturel,
06:21alors qu'en réalité, dans son camp, ça ne l'est pas forcément,
06:23puisque certains à l'extrême droite réfléchissent déjà à un plan B.
06:27Et comme ça, elle évite toute contestation interne,
06:30et à ce moment-là, elle est la première à se lancer pour cette présidentielle 2022.
06:33Oui, c'est la première, effectivement, dans les starting blocks.
06:36Son argument, c'est de dire qu'Emmanuel Macron, en fait, est déjà en campagne,
06:40qu'il ne l'a pas encore annoncé,
06:41mais que tout l'exercice du pouvoir, en fait, vise à pouvoir se représenter.
06:45Donc elle dit, voilà, il y a un faux suspense,
06:48Emmanuel Macron sera candidat.
06:50Donc moi aussi, je le suis, après tout, engageons la bataille.
06:54L'objectif également, c'est d'imposer ce nouveau clivage Macron-Le Pen
06:57qui est profitable aux deux candidats.
07:02La campagne pour la présidentielle 2022 s'anime à partir de l'été 2021.
07:07On parle beaucoup, à ce moment-là, à la fin de l'été,
07:10et en septembre, du journaliste et polémiste Éric Zemmour,
07:13qui sort un livre et envisage de se présenter.
07:16Marine Le Pen, elle, fait sa rentrée politique à Fréjus,
07:19dans le Var, le 12 septembre.
07:21Et bien sûr, elle est interrogée sur Éric Zemmour.
07:23À ce moment-là, elle dit qu'elle a le calme des vieilles troupes,
07:26une vieille expression du Front National.
07:29Elle part du principe qu'Éric Zemmour est trop radical,
07:32qu'il n'a pas l'expérience politique,
07:34qu'il va forcément faire des fautes de quart.
07:36Et donc, elle montre un visage finalement assez serein.
07:38Elle reste sur ses fondamentaux, à savoir, il est dans l'immigration,
07:41mais aussi une mise en valeur beaucoup plus forte de la question du pouvoir d'achat.
07:45Le même jour, elle cède la présidence du parti à son numéro 2, Jordan Bardella.
07:50C'est un peu symbolique.
07:52L'idée, c'est de reprendre l'esprit des institutions de la Vème République,
07:55selon lesquelles la présidencelle serait la rencontre d'un homme et du peuple,
07:59dans une logique un peu gaullienne.
08:01Elle avait déjà tenté un peu le coup en 2017,
08:03mais beaucoup trop tard, puisqu'elle s'était mise en retrait
08:06de la présidence de son parti dans l'entre-deux-tours.
08:09Donc, c'était passé totalement inaperçu.
08:11Ça avait été un très mauvais souvenir pour elle.
08:13Et donc, là, elle l'anticipe bien en amont.
08:15Et elle se présente ainsi comme une candidate complètement libérée
08:19de toutes les contingences partisanes.
08:22Le 6 octobre, pour la première fois, une enquête d'opinion
08:25place Éric Zemmour devant Marine Le Pen.
08:27Sondage de l'Institut Harris Interactive pour le magazine Challenge.
08:31La candidate réagit le jour même en publiant une vidéo sur Facebook.
08:35Bonjour Marine Le Pen.
08:36Bonjour.
08:37À propos du pouvoir d'achat.
08:38Elle pense qu'il n'y a pas de possibilité d'avoir une majorité
08:41sur des thèmes aussi radicaux que ceux mis en avant par Éric Zemmour.
08:46Et encore une fois, elle a cette intuition.
08:47La présidentielle se jouera sur le pouvoir d'achat.
08:49Le pouvoir d'achat qui est devenu une préoccupation considérable.
08:53Pourquoi ? Parce que tout a augmenté, beaucoup plus d'ailleurs que les salaires.
08:56C'est vrai qu'à ce moment-là, les prix des carburants à l'automne
08:59ont déjà fortement augmenté.
09:02Un mois plus tard, le 7 novembre, Marine Le Pen est l'invité de Karine Lemarchand
09:06sur M6 dans l'émission Une Ambition Intime.
09:09Et la candidate reçoit l'animatrice chez elle.
09:12L'interview se déroule sur son canapé.
09:14Bonjour Marine.
09:15Bonjour Karine.
09:15Elle se présente comme une mémère à chat, une française comme les autres finalement,
09:19qui est locataire d'un logement en banlieue.
09:22Elle a une coloc qu'elle présente, sa coloc Ingrid, qui lui fait des bons petits plats.
09:28Allez.
09:30Tout le monde à la conduise.
09:34Il n'y a pas d'hommes dans cette maison.
09:35Il n'y a que des femmes.
09:37Même les chats sont des ânes.
09:41C'est sympa de vivre avec une copine, plutôt que toute seule.
09:44Quel intérêt que moi je vis ici toute seule et toi que tu te retrouves dans un petit studio triste,
09:50etc.
09:51La maison est assez grande, pour pouvoir vivre largement à deux.
09:55Ça lui permet vraiment de tenter de s'affranchir de l'image très clivante
09:59qui lui collait jusqu'alors.
10:01C'est quand même une stratégie qu'elle avait déjà essayée en 2017,
10:05mais qui n'avait pas beaucoup imprimé.
10:07Le début de l'année 2022 est compliqué pour Marine Le Pen.
10:10Plusieurs cadres de son parti la quittent pour rejoindre Éric Zemmour,
10:14officiellement candidat depuis fin novembre.
10:15Chaque semaine, un cadre annonce qu'il s'en va.
10:19Gilbert Collard claque la porte du Rassemblement National.
10:22Le député européen va rallier à la surprise générale le candidat Éric Zemmour.
10:27Son arrivée au sein de Reconquête s'inscrit dans d'autres prises de guerre du polémiste,
10:31notamment l'ancien numéro 2 du parti Les Républicains, Guillaume Pelletier.
10:34En termes de dynamique, c'est un peu compliqué à gérer pour Marine Le Pen,
10:37puisque tous les cadres internes et les médias s'interrogent qui sera le suivant.
10:42Ça ne donne pas une patate énorme à la campagne.
10:46Mais en réalité, il n'y a pas beaucoup de surprises non plus dans les noms des personnes qui partent,
10:51que ce soit Gilbert Collard, Stéphane Ravier, Nicolas Bay.
10:55Ce sont des cadres qui étaient déjà dans une logique beaucoup plus identitaire,
11:00beaucoup plus conservatrice que la sienne.
11:02Et finalement, le parti s'autopurge un peu tout seul.
11:05Ça évite à Marine Le Pen de le faire.
11:07Elle sait que les personnes qui partent étaient de toute façon très critiques par rapport à sa ligne depuis des
11:12années.
11:12Le vendredi 4 février, dans une interview au Figaro,
11:16Marine Le Pen a des mots très durs à propos d'Éric Zemmour.
11:19Selon elle, Éric Zemmour rassemble des catholiques traditionnalistes, des païens et quelques nazis.
11:25Pourquoi est-ce qu'elle dit ça ?
11:26Le but, c'est finalement de diaboliser Éric Zemmour.
11:29Ça a marché, selon elle, très efficacement contre son propre parti.
11:34Elle se rend compte qu'il y a effectivement des gens issus de l'ultra-droite dans l'entourage d
11:40'Éric Zemmour.
11:40Elle-même, elle les a purgés depuis qu'elle a pris la présidence du Front National en 2011.
11:45Et elle veut coller ce stigmate à son adversaire.
11:54Marine Le Pen est en meeting à Reims le lendemain, le samedi 5 février.
11:58Et à la fin de son discours, elle offre à ses militants une séquence plus intime.
12:02L'idée, c'est de casser cette image de présidente de la partie de l'extrême droite avec des positions
12:07très clivantes.
12:08Elle veut se montrer comme une femme meurtrie, qui a connu des échecs, qui a beaucoup de cicatrices sur le
12:16corps,
12:16que ce soit évidemment les échecs électoraux, notamment celui de 2017,
12:20mais même des épreuves intimes beaucoup plus fortes,
12:23comme l'attentat qui avait visé le domicile familial quand elle était encore une jeune enfant.
12:27Le sentiment de n'avoir plus rien sous nos pieds, que mon petit lit d'enfant en équilibre dans le
12:34vide.
12:35Elle parle aussi de sa vie de famille, puisqu'elle est mère de trois enfants, on le sait assez peu
12:40finalement.
12:40Ça lui permet aussi de se montrer comme une femme.
12:43À mes enfants qui comprendront un jour que le temps que je n'ai pas passé avec eux, je l
12:48'ai quand même dépensé pour eux.
12:50Évidemment, elle marque aussi ainsi la différence avec Éric Zemmour,
12:54dont les positions anti-féministes, voire misogynes, font polémique régulièrement dans la campagne.
12:59Dans la nuit du 24 février, le président russe, Vladimir Poutine, lance une offensive en Ukraine,
13:05offensive que Marine Le Pen condamne dans un communiqué de presse mis en ligne le matin même à 10h03.
13:11Elle se rend bien compte immédiatement que ses positions jusqu'alors très favorables à Vladimir Poutine et à la Russie
13:20risquent de faire vaciller sa campagne. Elle est très réactive. Elle intervient tout de suite pour dire
13:25« voilà, il y a un agresseur, il y a un agressé », pour essayer de se détacher le plus
13:28possible de Vladimir Poutine,
13:30alors même que depuis des années, elle a théorisé le rapprochement avec lui,
13:34elle l'a pris pour modèle et elle avait même largement mis en scène sa rencontre avec lui en 2017
13:38au Kremlin.
13:39Un mois plus tard, le jeudi 24 mars, Marine Le Pen est l'invité de la chaîne M6
13:44et elle réaffirme ses différences avec Éric Zemmour.
13:47Je crois que mes différences avec Éric Zemmour, c'est qu'Éric Zemmour, il mène,
13:50j'ai le sentiment qu'il mène une forme de, un peu de guerre de religion à l'égard de
13:55l'islam.
13:55Moi, je mène une guerre contre une idéologie qui est l'idéologie totalitaire islamiste.
14:00Elle réaffirme encore une fois qu'elle a des positions beaucoup moins radicales,
14:04que lui mène une guerre de civilisation, et c'est vrai d'ailleurs qu'Éric Zemmour assume ce terme,
14:08alors qu'elle ferait la différence entre islam et islamisme,
14:13même si dans les propositions c'est plus complexe,
14:16puisque par exemple elle propose l'interdiction du voile dans l'espace public,
14:20considérant que le voile, quel que soit le voile et quelle que soit sa forme,
14:23est une expression de l'islamisme et non pas de l'islam.
14:26Donc elle fait le distinguo, mais dans ses propositions c'est beaucoup moins clair en réalité.
14:30Alexandre Sulzer, le dimanche 27 mars, Marine Le Pen est en Guadeloupe
14:33pour son premier déplacement officiel sur place en tant que candidate à la présidentielle.
14:38Et ça ne se passe pas comme prévu.
14:40Non, effectivement, elle a calé ce déplacement un peu à la dernière minute
14:44pour opposer des images un petit peu joyeuses, ensoleillées,
14:48à celle du grand meeting du Trocadéro qu'organise au même moment Éric Zemmour.
14:52Mais le problème quand même pour Marine Le Pen, c'est que les Antilles ne sont pas une terre conquise.
14:57Pour elle, contrairement à une île comme Mayotte, par exemple, dans l'océan Indien,
15:00où elle s'est rendue également en décembre,
15:02il y a des mouvements autonomistes, des mouvements indépendantistes
15:05qui ne la voient pas du tout d'un bon oeil.
15:07Et effectivement, il perturbe largement son déplacement,
15:11s'invite à son hôtel, chahute,
15:13et finalement ce déplacement est plutôt un fiasco.
15:23Quelques jours plus tard, le vendredi 1er avril,
15:25elle est en terrain beaucoup plus favorable,
15:27Perpignan, une ville dont le maire est Rassemblement National,
15:30son ancien compagnon d'ailleurs Louis Alliot.
15:32L'objectif de ce déplacement, c'est de mobiliser les électeurs RN.
15:36Oui, alors effectivement, les sondages depuis quelques jours sont très bons pour Marine Le Pen,
15:40il prouve qu'il y a une vraie dynamique en sa faveur,
15:43que le vote utile commence à se mettre en place,
15:46c'est-à-dire que l'électorat d'Éric Zemmour se détourne d'Éric Zemmour au profit de Marine Le
15:50Pen,
15:50enfin une partie de cet électorat voyant qu'elle est en pôle position dans les sondages.
15:54En revanche, Marine Le Pen a quand même une crainte,
15:57c'est l'abstention, ça lui a coûté très cher aux élections régionales, aux élections municipales.
16:01Elle sait que son électorat qui est plus jeune,
16:03qui est plus défavorisé a tendance à s'abstenir davantage,
16:05et donc elle a à cœur de les appeler à se rendre aux urnes pour concrétiser dans les urnes ce
16:11que donnent les sondages.
16:12Ce jour-là, Alexandre Sulzer vous racontait dans Le Parisien que Marine Le Pen fait tout pour garder la forme
16:17dans cette campagne.
16:17Elle se rappelle qu'en 2017, ça l'avait marqué,
16:20puisque c'est comme ça qu'elle explique son échec,
16:22notamment une partie de son échec lors du débat.
16:25Et donc par rapport à ça, non seulement elle prend du guronzan, un médicament contre la fatigue,
16:29comme elle nous l'a confié une fois venant au journal face à face avec des lecteurs du Parisien,
16:33mais elle a également un rythme moins soutenu qu'en 2017.
16:37Elle s'aménage des pauses.
16:40C'est vraiment une campagne où la gestion de l'effort est vraiment réfléchie.
16:45Est-ce qu'à ce moment-là, Marine Le Pen a déjà commencé à préparer le débat de l'entre
16:49-deux-tours prévu le mercredi 20 avril ?
16:51Le préparer, c'est un grand mot,
16:53puisque en réalité, elle devrait consacrer trois jours à cette préparation,
16:58en ne prévoyant aucun autre événement majeur.
17:00Mais elle sait déjà qu'elle va prendre le contre-pied de ce qu'elle a fait en 2017.
17:04Elle sera beaucoup moins agressive,
17:06même si elle ne pourra pas faire l'économie d'attaque.
17:09Évidemment, sur le bilan d'Emmanuel Macron,
17:11l'avantage qu'elle a, c'est qu'effectivement, Macron, désormais, a un bilan.
17:15Donc elle a plus de prises pour l'attaquer,
17:17ce qui n'était pas le cas il y a cinq ans, où il se présentait comme un homme nouveau.
17:20Elle prévoit aussi que ses attaques soient un peu moins abruptes qu'elle l'avait été en 2017.
17:25Elle ne voudrait pas abîmer en quelques heures de débat une image façonnée difficilement depuis plusieurs années.
17:33Un président sortant et onze challengers.
17:36Il est 20 heures.
17:37Voici le résultat de ce premier tour.
17:39En tête ce soir, Emmanuel Macron avec 28,1%
17:42devant Marine Le Pen avec 23,3%.
17:46La même affiche qu'en 2007 apparaît au terme de ce premier tour.
17:51Marine Le Pen réunit 23% des suffrages,
17:53plus de 8 millions de voix.
17:55C'est plus qu'en 2017, 21% et 7,6 millions de votes.
18:00Éric Zemmour est loin derrière, quatrième à 7%.
18:04Oui, alors elle a bénéficié d'un effet vote utile grâce au sondage des derniers jours.
18:09On voit bien que l'électorat d'Éric Zemmour a fondu,
18:12qu'elle lui a repris plusieurs points que lui-même lui avait piqués à l'automne.
18:17Néanmoins, avec une déception, elle a quand même plusieurs points derrière Emmanuel Macron,
18:22alors que dans les derniers jours de campagne,
18:24son équipe avait le secret espoir qu'elle puisse accrocher Emmanuel Macron
18:28et puisse se présenter en pôle position.
18:30Ce qui donne toujours un avantage en termes de dynamique pour l'entre-deux-tours.
18:33Marine Le Pen réagit peu après 20h30.
18:35Elle parle d'un choix fondamental entre deux visions opposées du pays
18:39et elle s'adresse à tous ceux qui n'ont pas voté Emmanuel Macron au premier tour.
18:43J'appelle tous les Français de toute sensibilité, de droite, de gauche et d'ailleurs,
18:48les Français de toutes origines à rejoindre ce grand rassemblement national et populaire.
18:54Alexandre Sulzer, quelle est sa stratégie pour le second tour ?
18:56L'idée est assez simple, c'est d'essayer de créer un front anti-Macron,
19:01un peu sur le modèle du front républicain dont elle a été victime elle-même les années passées.
19:05Elle pense qu'à la fois le fait que son image soit beaucoup plus lisse
19:08va beaucoup moins mobiliser ses adversaires et que le rejet d'Emmanuel Macron
19:13sera peut-être plus puissant cette fois-ci que le rejet de Marine Le Pen.
19:17Ça suppose de ne pas s'adresser nécessairement à un électorat trop ciblé
19:21en montrant que son programme finalement peut aller aussi bien à droite qu'à gauche
19:26avec quand même néanmoins une précision.
19:28Jean-Luc Mélenchon a fait un score beaucoup plus élevé que prévu
19:31et elle va donc avoir à cœur de s'adresser peut-être davantage à cet électorat quand même
19:36qu'à celui de Valérie Pécresse qui n'a fait que 4%.
19:38Avec comme deux symboles forts, le rejet de la retraite à 65 ans que propose Emmanuel Macron
19:45et le rejet également du RSA soumis à des heures de travail.
19:49Elle va dire à l'électorat de gauche, ne votez pas Emmanuel Macron
19:52parce qu'avec lui c'est ces mesures antisociales que vous aurez.
19:56De son côté, Emmanuel Macron se pose en rassembleur face à elle.
20:00Rien n'est joué, a-t-il dit à la tribune le soir du premier tour.
20:03Alexandre Sulzer, est-ce que le front républicain, le rassemblement de partis de gauche et de droite
20:07pour faire barrage au FN devenu RN, n'est pas devenu fragile aujourd'hui ?
20:13Alors il est sans doute devenu fragile. Est-ce qu'il fonctionnera encore ou pas ?
20:17Ça, effectivement, ce sera intéressant de le voir.
20:20Il paraît évident en tout cas qu'il est plus fragile qu'il ne l'a été.
20:24Il suffit d'écouter les déclarations des uns et des autres.
20:27Jean-Luc Mélenchon aura appelé à ce qu'il n'y ait aucune voix pour Marine Le Pen
20:31mais il n'a pas appelé explicitement à voter pour Emmanuel Macron.
20:35Valérie Pécresse, elle, a dit qu'elle voterait à titre personnel pour Emmanuel Macron
20:39mais elle n'a pas appelé explicitement ses électeurs à faire de même.
20:43Et au sein de son parti, il y a toutes les positions qui cohabitent, pour l'instant en tout cas.
20:48Quand on regarde également dans les sondages les intentions de vote,
20:51on voit bien qu'une partie des électorats, notamment de gauche,
20:54vont se réfugier davantage dans l'abstention que dans un barrage contre le rassemblement national.
21:05Merci Alexandre Sulzer.
21:07Le second tour de la présidentielle 2022, c'est le dimanche 24 avril.
21:12Toute l'actualité de cette présidentielle est à suivre sur leparisien.fr.
21:17Cet épisode de Code Source a été préparé par Clara Garnier-Amourou,
21:21production Ambre Rosala, Sarah Abney et Thibault Lambert,
21:25réalisation Julien Moncouquiol.
21:27Code Source est le podcast d'actualité du Parisien.
21:30Nous publions un nouvel épisode chaque soir de la semaine.
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