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Militante du MLAC dans les années 1970, Brigitte a aidé les femmes à avorter jusqu’au vote de la loi Veil légalisant l’avortement en janvier 1975. Pour Code source, elle témoigne au micro d’Ambre Rosala.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Présentation : Thibault Lambert - Production : Emma Jacob et Raphaël Pueyo - Réalisation et mixage : Christian Mathias - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian.

#Avortement #combat

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Thibault Lambert et vous écoutez Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11A l'approche des 50 ans de la naissance du MLAC, le mouvement pour la liberté de l'avortement et
00:16de la contraception,
00:18dans quelques mois, en mars 2023, un film sorti en novembre dernier au cinéma,
00:23a mis en avant le combat de cette association pour légaliser l'avortement au milieu des années 70 en France.
00:30Ce film, Annie Collaire, avec à l'affiche l'actrice Laure Calamy, raconte comment les militantes du MLAC
00:36apprenaient à pratiquer des avortements clandestins pour venir en aide à des milliers de femmes.
00:42A cette occasion, le Parisien avait brossé le portrait dans ses pages de Brigitte, 70 ans,
00:47ancienne membre du MLAC dont l'histoire a en partie inspiré le film.
00:52Brigitte revient sur son parcours aujourd'hui dans Codesource, au micro d'Ambre Rosala.
01:00Brigitte m'accueille chez elle dans le 20e arrondissement de Paris.
01:03Elle a 70 ans, elle a les cheveux châtains coupés courts et elle porte des lunettes rondes.
01:08Elle m'apporte un objet qu'elle garde sous son lit depuis très longtemps, une valise,
01:12dans laquelle se trouve du matériel pour pratiquer des avortements clandestins.
01:16Donc tout était stérile, bien sûr, là c'est un petit peu le bazar.
01:19Voilà, donc là il y a le spéculum, les pinces pour nettoyer.
01:28On met une compresse avec la bétadine pour nettoyer le col.
01:32Et puis la planche de potier.
01:35Il est important ce que vous voulez pour la mémoire.
01:38Oui, bien sûr, pour la mémoire.
01:39Et puis peut-être pour la transmission, de se dire aussi qu'on peut faire des choses,
01:46même si elles semblent difficiles, quand on ose les faire, elles semblent plus faciles.
01:51Voilà, et donc cet objet-là, il permet de le voir concrètement.
02:04Brigitte est née en 1952 en Seine-Saint-Denis.
02:07Elle grandit à Pavillon-sous-Bois avec ses parents, son frère et sa sœur.
02:11Sa mère est femme au foyer et son père travaille dans l'usine automobile Simca, près de chez eux.
02:16C'est un milieu modeste, assez rigide et très religieux.
02:21Mes parents étaient pratiquants.
02:23Ils allaient tous les dimanches à l'église.
02:26Ma mère nous a fait, avec ma sœur, préparer nos trousseaux pour le mariage.
02:30Et donc, on n'avait pas de relation avant le mariage.
02:34Je n'avais pas le droit de sortir.
02:36On était dans une cité, on n'avait pas le droit d'aller dans la cité,
02:39de sortir tous les copains autour.
02:42Ils se retrouvaient dans les cabs, ils faisaient les 400 coups.
02:44Nous, on ne pouvait pas sortir, on restait à la maison.
02:46On était très, avec une éducation très traditionnelle.
02:51On disait que j'étais un peu garçon manqué, que je n'hésitais pas à me bagarrer,
02:55avec même mon cousin qui était plus grand.
02:57J'étais assez intrépide.
02:59J'aimais bien grimper aux arbres, grimper dans Liliane,
03:02parce que mon père avait la maison de ma grand-mère en Seine-et-Marne.
03:05On y allait toutes les vacances et on était dans les bois.
03:08Alors, si on n'avait pas le droit de sortir dans la cité,
03:11ça, à la campagne, on sortait comme on voulait.
03:13On était complètement libres.
03:15En mai 1968, un mouvement de révolte gagne la jeunesse française
03:19qui dénonce une société trop stricte et trop conservatrice.
03:23Brigitte a 16 ans et ses parents décident de passer du temps
03:26dans une maison familiale à la campagne à ce moment-là,
03:29alors elle ne suit ça que de loin.
03:31Puis ils rentrent en Seine-Saint-Denis quand tout se calme
03:33et Brigitte entre au lycée.
03:34Ça a été l'occasion de rencontrer au lycée des amis qui étaient déjà militants,
03:42même si moi je n'y étais pas dans les groupes et encartés, etc.
03:45J'étais proche, on allait au café, on avait des grandes discussions,
03:48enfin bon, on refaisait le monde.
03:50Plus de justice sociale, une grande liberté pour les femmes aussi.
03:55Donc c'est des choses qui m'intéressaient.
03:56C'était un peu comme d'avoir une double vie finalement
03:59avec des parents très rigides
04:01et moi qui avais une aspiration à vivre de manière libre.
04:06Après le lycée, Brigitte aimerait aller à la fac,
04:09peut-être pour devenir orthophoniste.
04:10Mais il n'en est pas question pour ses parents
04:12qui lui disent qu'ils n'ont pas assez d'argent pour lui payer des études
04:15et que de toute façon la fac est un lieu de perdition.
04:19Sa mère lui trouve alors un poste d'institutrice dans le département
04:22et Brigitte commence à travailler.
04:24Elle gagne sa vie,
04:25mais ses parents ne veulent pas qu'elle quitte le domicile familial
04:28tant qu'elle n'a pas atteint la majorité,
04:30fixée à 21 ans à ce moment-là,
04:32ou avant d'être mariée.
04:35Sa voisine, une amie qui est déjà majeure
04:37et qui milite au MLF,
04:39le mouvement de libération des femmes,
04:41lui fournit une pilule contraceptive venue d'Angleterre.
04:44J'avais quand même des copains,
04:45tout se faisait en cachette.
04:47Donc j'avais commencé à prendre une pilule comme ça
04:49sans voir de médecin,
04:50donc je suppose qu'elle était très fortement dosée.
04:52Et puis ça s'est arrêté,
04:54cette aventure s'est arrêtée.
04:55Et puis j'ai à nouveau été amoureuse.
04:58Cette fois-ci, je n'ai pas repris la pilule
05:00et je me suis retrouvée enceinte.
05:04Je savais que si mes parents étaient au courant
05:06de cette grossesse,
05:07ça voulait dire la mener à terme,
05:09un mariage peut-être.
05:11Ce copain, je n'avais pas tellement envie
05:13de me marier avec lui.
05:14Enfin, même si on était très amoureux,
05:15ce n'était pas du tout.
05:16J'étais un peu angoissée,
05:18mais c'était comme quelque chose de diffus,
05:20qu'il fallait que je me débarrasse de ça
05:21pour continuer ma vie.
05:22Je n'avais pas envie de mener une vie
05:24de femme au foyer comme celle de ma mère.
05:26Brigitte décide d'avorter.
05:28Son amie et voisine,
05:29qui lui avaient fourni la pilule,
05:30l'accompagne voir son médecin
05:32qui pratique des avortements clandestins.
05:34Mais celui-ci refuse
05:35parce que Brigitte est encore mineure.
05:37Elles finissent par trouver,
05:38grâce aux bouches à oreilles,
05:40une gynécologue qui pratique
05:41des avortements le week-end
05:42dans son appartement.
05:43Et Brigitte et son amie s'y rendent.
05:50On est arrivées là-bas,
05:52dans la salle d'attente,
05:53il y avait plusieurs femmes.
05:54On était trois femmes.
05:56Et on est passées les unes après les autres
05:58de manière très simple.
06:00Je n'ai pas de souvenirs
06:01d'avoir eu mal du tout.
06:02Je ne me souviens que des bruits.
06:04Ça, je me souviens,
06:05mais de douleurs absolument pas.
06:06Je l'ai vécu comme un grand soulagement.
06:08Brigitte est consciente
06:09que les avortements clandestins
06:10ne se passent pas toujours aussi bien
06:12et que des femmes en meurent encore.
06:14Son propre avortement est un déclic
06:16et elle décide de s'engager
06:17pour le droit à l'interruption volontaire de grossesse.
06:20Faire le choix d'avoir des enfants ou pas,
06:22ça change une vie.
06:23Et peut-être que ma vie
06:24n'aurait pas été celle que j'ai eue.
06:26Si je m'étais retrouvée avec un enfant,
06:28avec quelqu'un que je n'aurais peut-être pas voulu.
06:32Donc, voilà.
06:33Moi, ce que je me disais,
06:34c'est que ce que j'avais vécu,
06:36l'aide que j'avais reçue,
06:38j'avais envie de le passer à d'autres femmes.
06:45Brigitte entend parler du MLAC,
06:46le mouvement pour la liberté de l'avortement et de la contraception,
06:49qui se crée en avril 1973.
06:52Plusieurs branches de l'association
06:53voient le jour un peu partout en France
06:55et Brigitte décide de rejoindre le mouvement.
06:57Elle monte avec d'autres copines du lycée,
06:59un petit groupe de militantes dans sa ville de Seine-Saint-Denis,
07:02pour accompagner les femmes qui veulent avorter.
07:04On s'est regroupées des copines
07:06qui étaient plus ou moins engagées
07:08sur des idées comme ça
07:10pour la libération de l'avortement
07:13et pour féministes aussi, plus généralement.
07:16Et donc, on a fait quelques réunions
07:18à Montfermeil, à Clichy-sous-Bois.
07:19Et puis, on a accompagné des femmes.
07:23C'était par le bouche à oreille,
07:25la soeur de copine du lycée ou des choses comme ça.
07:28On les accompagnait au Jardin des Plantes
07:30où il y avait des départs en Angleterre
07:33qui étaient organisés par le MLAC national.
07:35En Angleterre, l'avortement est autorisé depuis 1967.
07:39C'est pourquoi Brigitte aide toutes ces femmes à partir là-bas.
07:42En 1974, quand elle a 22 ans,
07:45elle déménage dans une colocation
07:46avec des amis à Paris dans le 10e arrondissement.
07:48Et là-bas, elle prend complètement son indépendance.
07:51Elle rejoint le MLAC de Belleville-Ménile-Montant
07:53qui, lui, pratique des avortements clandestins.
07:56Brigitte commence par apprendre
07:58avec les autres militantes
07:59à réaliser différents gestes gynécologiques.
08:03On faisait des consultations collectives
08:05pour apprendre à poser des stérilets
08:08ou à faire des piqûres, à faire des touchers,
08:12savoir reconnaître la taille de l'utérus,
08:14enfin, des choses comme ça entre nous.
08:16Et je me souviens que la première fois
08:19que j'ai fait un toucher à une femme,
08:20c'était Jeanne Veix, qui était la trésorière
08:23et puis la présidente du MLAC.
08:25C'est un souvenir assez émouvant pour moi
08:27de ce premier geste.
08:29Petit à petit, elle apprend avec les anciennes du MLAC,
08:32mais aussi avec des médecins,
08:34à pratiquer des avortements.
08:35Donc au départ, on assistait, on tenait la main,
08:39on passait les matériels, on installait le matériel,
08:42on parlait avec la femme, on prenait la douleur
08:45et puis petit à petit, on prenait la place
08:48avec quelqu'un qui était derrière nous,
08:50qui savait le faire, qui nous guidait.
08:51La méthode que Brigitte apprend, la méthode Carman,
08:54consiste à vider le contenu de l'utérus par aspiration
08:57et vient tout droit des Etats-Unis.
08:59Brigitte et les autres militantes apprennent alors,
09:01avec du matériel improvisé qu'elles gardent dans une valise,
09:04à pratiquer des avortements.
09:06Grâce à une pompe à vélo inversée,
09:08elle fondue vite dans un bocal.
09:10Ce bocal est relié à une canule,
09:12un petit tube en plastique souple,
09:13qui va servir à aspirer tout doucement
09:15le contenu de l'utérus.
09:17Cette méthode, qui a été utilisée
09:19lors de l'avortement de Brigitte
09:20et qui ne dure qu'un quart d'heure environ,
09:22est révolutionnaire.
09:24Elle est simple,
09:25puisque nous on a appris à le faire,
09:27elle n'est pas dangereuse,
09:29parce qu'elle ne blesse pas l'utérus,
09:31il n'y a pas de risque de perforation,
09:33elle n'est pas traumatisante,
09:35et puis elle n'est pas douloureuse,
09:37quasiment pas douloureuse.
09:39Au comité de Belleville-Ménilmontant,
09:42les quelques militantes dont Brigitte
09:43se relaient pour assurer une permanence
09:45et pratiquer des avortements clandestins.
09:48Une semaine sur deux,
09:49trois fois dans la semaine,
09:50Brigitte se rend au comité
09:51et rencontre des femmes
09:53venues de tous les milieux
09:54qui veulent avorter.
09:55Elle les rencontre une première fois
09:57pour tout leur expliquer,
09:58puis une deuxième,
09:59chez elle ou au local du comité
10:01pour pratiquer l'avortement,
10:02et enfin une troisième fois
10:04pour s'assurer que tout va bien
10:05et éventuellement parler de contraception.
10:07A chaque avortement qu'elle pratique,
10:10Brigitte ne vient pas seule
10:11et est accompagnée
10:12d'au moins une autre militante.
10:13C'est vrai qu'on pensait
10:15que c'était mieux
10:15pour tenir la main,
10:17pour être sur du matériel,
10:32pour...
10:33mais aussi d'accueil
10:34et de bienveillance
10:36et d'écoute autour des femmes.
10:40Le problème de la douleur,
10:41ça nous a toujours posé...
10:43En tout cas pour moi,
10:45c'était un sujet sensible
10:47et essayer d'éviter au maximum
10:49cette douleur,
10:51d'être très attentive.
10:53Et donc à la fin,
10:55quand on aspire,
10:56il n'y a presque plus rien
10:57dans l'utérus.
10:58L'utérus se contracte
10:59autour de la canule
11:00et ça provoque des contractions.
11:02C'est là que c'est un peu douloureux,
11:03les contractions.
11:04Et je me souviens
11:05d'une femme qui avait très mal.
11:08Donc je me suis arrêtée
11:09et j'ai mis la main,
11:11son ventre.
11:12Et c'était très fort
11:13parce que j'ai attendu
11:15que ce soit calme.
11:16Enfin, c'est comme si
11:17je lui avais pris la douleur, quoi.
11:18Et après, j'ai pu continuer.
11:20Elle s'est apaisée.
11:21Ça, ça m'a beaucoup...
11:23beaucoup marquée.
11:31En tout,
11:32environ 300 branches du MLAC
11:33voient le jour
11:34un peu partout en France.
11:36Brigitte et les autres militantes
11:37savent qu'elles sont
11:38dans l'illégalité,
11:39mais ça ne leur pose
11:40aucun problème.
11:41On pensait vraiment
11:42qu'on avait raison
11:43de faire ça.
11:44Il fallait que ça change,
11:46il fallait que ce soit possible
11:48pour chaque femme
11:50de choisir ou pas
11:51d'avoir des enfants.
11:52C'était extrêmement important.
11:53Donc, il y avait
11:55une espèce d'effervescence
11:57et d'enthousiasme.
11:59C'était porté
12:00par une société
12:01qui ne pouvait plus supporter
12:02de voir des femmes mourir
12:04ou être blessées.
12:07Je pense qu'il y avait
12:07un courant très fort,
12:08très puissant.
12:10Face à ce mouvement,
12:12la ministre de la Santé,
12:13Simone Veil,
12:14présente devant l'Assemblée nationale
12:16le 26 novembre 1974
12:18un projet de loi
12:19pour dépénaliser l'avortement
12:21sous certaines conditions.
12:22Il faut que la grossesse
12:24de la femme
12:24la place en situation
12:25de détresse
12:26et qu'elle soit enceinte
12:27de moins de dix semaines.
12:28Je voudrais tout d'abord
12:29vous faire partager
12:30une conviction de femme.
12:31Je m'excuse de le faire
12:33devant cette Assemblée
12:34presque exclusivement
12:35composée d'hommes.
12:37Aucune femme ne recourt
12:38de gaieté de cœur
12:39à l'avortement.
12:40Il suffit d'écouter
12:41les femmes.
12:42C'est toujours un drame,
12:43cela restera toujours un drame.
12:46C'est pourquoi,
12:48si le projet qui vous est présenté
12:49tient compte
12:50de la situation de fait existante,
12:52s'il admet la possibilité
12:54d'une interruption de grossesse,
12:55c'est pour la contrôler
12:57et autant que possible
12:58en dissuader la femme.
13:00Si cette loi passe,
13:02l'avortement ne serait pas
13:03remboursé par la Sécurité sociale
13:04et les médecins disposeraient
13:06d'une clause de conscience
13:07leur permettant de refuser
13:08de pratiquer un avortement.
13:10Le 17 janvier 1975,
13:13Brigitte et les autres militantes
13:14du MLAC apprennent
13:15que la loi est promulguée
13:16après de nombreux débats
13:18très animés.
13:19On se disait,
13:20ça ne va pas,
13:21cette loi est insuffisante.
13:22C'était en deçà
13:24de nos attentes,
13:25vraiment en deçà.
13:26Parce qu'on pensait
13:28que ce n'était pas
13:29aux hôpitaux de le faire,
13:31que ça pouvait être fait ailleurs,
13:33que la clause de conscience
13:35ne nous satisfaisait pas,
13:36que ce n'était pas remboursé
13:38par la Sécurité sociale,
13:39que les délais étaient très courts,
13:41il y avait plein de choses
13:42qui ne nous convenaient pas.
13:44Mais on avait aussi conscience
13:46que peut-être
13:47que toutes ces conditions
13:49avaient été nécessaires
13:51pour que la loi puisse
13:52être votée déjà.
13:54C'était déjà important
13:55que cette loi soit votée.
14:02Le MLAQ est dissous
14:03en février 1975
14:05après le vote
14:06de la loi Veil.
14:07Mais Brigitte
14:08et d'autres militantes
14:09continuent de pratiquer
14:10des avortements
14:11comme elles le faisaient avant.
14:12On a continué un peu
14:14parce qu'en fait
14:15dans les hôpitaux,
14:16les médecins
14:17ne savaient pas le faire.
14:18Les centres d'orthogénie
14:19ont mis du temps
14:19à se mettre en place
14:20et il y avait toujours
14:21une demande.
14:22Là aussi,
14:22on était dans l'exercice
14:24illégal de la médecine
14:25puisque la loi avait été votée
14:26et qu'en fait
14:28on a eu aussi du mal
14:29à lâcher ce pouvoir
14:30qu'on avait obtenu
14:31qui a changé nos vies,
14:33ça a changé notre rapport
14:34au monde,
14:35le rapport dans nos couples,
14:36le rapport à la médecine,
14:38le rapport au monde
14:40en général
14:41et puis petit à petit,
14:42on a arrêté
14:43parce qu'en fait
14:44ça n'avait plus vraiment
14:45de sens,
14:46les centres d'orthogénisme
14:47étaient en place,
14:48dans les hôpitaux
14:48ça devenait possible
14:49et puis on se retrouvait isolés.
14:53Toutes les anciennes
14:56la présidente,
14:56tout le monde du MLAC,
14:58tout le monde disait
14:58continuez,
14:59il faut continuer
14:59mais non,
15:00mais on était une poignée.
15:01Il y avait un groupe à Aix,
15:03un groupe à Paris,
15:04un groupe peut-être à Lyon,
15:05à Grenoble
15:05mais ça n'avait plus de sens.
15:07Brigitte arrête de pratiquer
15:08des avortements
15:09à la fin des années 1970
15:10et le MLAC tombe peu à peu
15:12dans l'oubli
15:12au fil du temps.
15:13Elle continue son métier
15:15d'institutrice
15:16puis elle passe un CAPES
15:17pour devenir documentaliste
15:19dans les lycées.
15:20Et des décennies plus tard,
15:22ces années de militante au MLAC
15:23influencent son travail.
15:25Il y a des choses que j'ai faites
15:26que je n'aurais pas faites
15:28si je n'avais pas milité au MLAC.
15:31J'ai travaillé dans un lycée
15:33professionnel du bâtiment
15:34et avec l'infirmière
15:37et les CPE,
15:39nous avons emmené
15:40tous les garçons
15:41au centre d'orthogénie
15:43pour une information
15:45sur la sexualité.
15:47On pensait que c'était important
15:49d'informer plutôt les garçons
15:52et qu'ensuite,
15:53ils accompagneraient
15:54leurs copines
15:55pour une contraception,
15:56éviter de se retrouver aussi
15:58dans des situations délicates,
16:01avoir ou pas des enfants.
16:06Brigitte prend sa retraite
16:07et en 2020,
16:08à 68 ans,
16:10elle est contactée
16:10par Blandine Lenoir,
16:12une réalisatrice
16:12qui prépare un film
16:13sur le mouvement du MLAC.
16:15Brigitte la rencontre,
16:17lui montre la valise
16:18avec tout le matériel
16:19pour les avortements clandestins
16:20qu'elle a gardés chez elle
16:21et l'aide à la vraisemblance
16:23du scénario.
16:24Le film Annie Collaire,
16:26avec Laure Calamy
16:27dans le rôle principal,
16:28sort en salle
16:29le 30 novembre 2022.
16:31Ça a été extrêmement important,
16:32c'est la première fois
16:33qu'on parle de ce mouvement
16:35dans un film.
16:37Jusqu'à présent,
16:38l'histoire de la loi Veil
16:40et de l'IVG,
16:41la libéralisation de l'avortement
16:43à travers la loi Veil en 1975,
16:46on ne parlait que
16:47de l'histoire politique
16:48de Simone Veil à l'Assemblée
16:51et que tout le temps,
16:52ce mouvement a été passé
16:54sous le tapis.
16:55S'il n'y avait pas eu ce mouvement,
16:56elle ne l'aurait pas fait,
16:57jamais personne n'en a parlé.
16:59Et donc,
16:59on peut dire un grand merci
17:01à Blandine
17:02d'avoir sorti
17:04cette histoire de l'oubli
17:05et de mettre ce mouvement
17:07en avant
17:08dans tout ce qu'il a eu
17:09de généreux,
17:10de fort
17:10et de décisif
17:12pour l'accès à l'IVG.
17:26Ambre,
17:27Brigitte,
17:27elle est toujours en contact
17:28avec les autres militantes
17:29du MLAC aujourd'hui ?
17:30Oui,
17:31elle m'a dit qu'elle avait tissé
17:32des liens très forts
17:33et donc,
17:34elle est restée en contact
17:35et elle est même devenue amie
17:36avec beaucoup d'anciennes militantes
17:38du MLAC
17:38et notamment celle
17:40avec qui elle pratiquait
17:41des avortements
17:42au comité de Belleville-Ménilmontant
17:44à Paris.
17:45Cette année,
17:45le 24 novembre,
17:46les députés se sont prononcés
17:48à une large majorité
17:49en faveur de l'inscription
17:50du droit à l'avortement
17:52dans la Constitution.
17:53Alors,
17:53c'est qu'une première étape
17:54avant qu'ils soient
17:55bel et bien inscrits,
17:56mais ce serait une bonne chose
17:58selon elle ?
17:58Oui,
17:59elle pense que c'est
18:00une très bonne chose.
18:01Elle m'a dit que
18:02toutes les anciennes militantes
18:03du MLAC
18:04étaient favorables
18:05à ce que ce soit inscrit
18:06dans la Constitution,
18:07en tout cas,
18:08de ce qu'elle sait
18:08des discussions qu'elle a
18:10avec les anciennes militantes
18:11de l'association.
18:12Pour elle,
18:13c'est très important
18:14de rester attentif
18:15à ce que la loi soit préservée,
18:17surtout quand on voit
18:18que ce droit à l'avortement
18:19est parfois remis en cause
18:20à l'étranger,
18:21dans des pays comme
18:22les États-Unis,
18:23l'Italie
18:23ou encore la Pologne.
18:25Et donc,
18:25voilà,
18:25pour Brigitte,
18:26il faut faire attention
18:26à ce que ça n'arrive pas
18:27en France.
18:28Et l'inscription du droit
18:29à l'avortement
18:30dans la Constitution
18:31permettrait de préserver
18:32ce droit.
18:32Aujourd'hui,
18:33elle a le sentiment
18:33que ce droit est menacé
18:35même en France ?
18:36Alors,
18:36elle m'a dit qu'elle ne trouvait
18:37pas que le droit à l'avortement
18:39en lui-même
18:39était menacé en France.
18:41Par contre,
18:42c'est vrai qu'elle m'a dit
18:43qu'elle trouvait que
18:43dans les faits,
18:44l'accès à l'IVG
18:45était parfois très compliqué
18:47encore aujourd'hui.
18:48Il y a des centres
18:49d'orthogénie qui ferment
18:51ou qui sont en danger.
18:52Les déserts médicaux
18:53rendent parfois
18:53l'accès à l'IVG
18:54très compliqué.
18:55Et Brigitte m'a aussi dit
18:57qu'elle trouvait
18:57que les médecins
18:58n'étaient pas toujours
18:58suffisamment formés.
19:00Donc voilà,
19:00elle trouve qu'aujourd'hui encore,
19:02l'accès à l'IVG
19:03est parfois difficile.
19:04Est-ce que Brigitte
19:04s'engage sous d'autres formes
19:06aujourd'hui ?
19:06Oui,
19:07elle fait encore parfois
19:08avec d'autres anciennes
19:09militantes du MLAC
19:10des interventions
19:11dans des conférences
19:12ou dans des établissements
19:13du planning familial
19:14par exemple,
19:14pour raconter leur histoire,
19:16leur combat
19:16et continuer sous une autre forme
19:19de lutter pour le droit
19:20à l'avortement.
19:22Merci Ambre Rosala
19:23et merci à Yves Géglet
19:25pour son aide.
19:26Cet épisode de Code Source
19:27a été produit par
19:28Raphaël Pueyo
19:29et Emma Jacob
19:30réalisation Christian Mathias.
19:33Code Source
19:33est le podcast d'actualité
19:34du Parisien.
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