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  • il y a 12 heures
Depuis le 14 mai, l’archipel est en proie à une vague d’émeutes qui ont fait plusieurs morts, dont deux parmi les forces de l’ordre. A l’origine de cet embrasement : la réforme constitutionnelle sur le dégel du corps électoral de Nouvelle-Calédonie, votée par le Sénat et l’Assemblée nationale, mais rejetée par les indépendantistes. Pour Code source, deux journalistes du service politique du Parisien, Pauline Théveniaud et Pierre Maurer, envoyés spéciaux sur place en Nouvelle-Calédonie, raconte comment l’archipel s’est embrasé.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo et Barbara Gouy - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network -

Archives : M6, TF1, France 5, INA.

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11La Nouvelle-Calédonie connaît sa plus grave crise depuis les années 1980.
00:15Un changement annoncé du corps électoral de cet archipel français de l'océan Pacifique
00:20a entraîné de violentes émeutes, routes barrées, pillages, affrontements avec les forces de l'ordre.
00:26Sept personnes ont été tuées, dont deux gendarmes.
00:28Le vendredi 31 mai, d'après les autorités françaises locales,
00:32la capitale Nouméa est entièrement sous le contrôle des forces de l'ordre,
00:35mais des tensions persistent ailleurs.
00:38Pourquoi la Nouvelle-Calédonie connaît-elle cette crise politique et économique ?
00:42Dans quel état d'esprit sont les habitants du territoire ?
00:44Pourquoi semble-t-il autant diviser ?
00:47Cet épisode de Codesources est raconté par deux journalistes du service politique du Parisien,
00:52Pierre Morer, envoyé spécial en Nouvelle-Calédonie,
00:55et Pauline Théveniot, en charge de l'exécutif,
00:58elle a suivi la visite sur place d'Emmanuel Macron le 23 mai.
01:08Pierre Morer, vous êtes l'envoyé spécial du Parisien en Nouvelle-Calédonie,
01:12un territoire français de l'océan Pacifique,
01:14un ensemble d'îles et d'archipels.
01:16D'abord, à quoi ça ressemble ? C'est quel type de paysage ?
01:19Ce qui m'a frappé en premier, c'est les lagons vraiment au loin dans la mer.
01:23On les voyait à travers les hublots de l'avion quand on est arrivé, c'est vraiment splendide.
01:28Et ensuite, ce qui attrape l'œil, c'est le relief de l'île de la Grande Terre,
01:32parce qu'il y a beaucoup de montagnes avec une végétation qui est vraiment luxuriante.
01:36C'est une image qu'on n'a pas l'habitude de voir en Europe.
01:39Et puis enfin, il y a la terre qui est vraiment rouge, puisqu'elle est chargée du nickel.
01:44Et il y a aussi la lumière qui est vraiment superbe à toutes les heures de la journée.
01:48Par exemple, quand on prend des photos, on voit vraiment la différence.
01:52Vous êtes en Nouvelle-Calédonie depuis le 23 mai et vous êtes frappé par la violence des mots
01:56que vous entendez de la part des caldoches, la population d'origine européenne,
02:00ou des kanak, les kanak qui sont le peuple historique du territoire.
02:04Oui, il y a vraiment une confrontation entre deux modèles de société,
02:07plutôt qu'entre deux populations au départ.
02:10Parce qu'il y a d'un côté les kanaks qui défendent une culture tribale presque communiste.
02:15Et de l'autre, il y a les caldoches qui, pour une majorité d'entre eux, sont des descendants de
02:19Bagnard,
02:19qui, eux, aujourd'hui, ne jurent que par le modèle de société capitaliste, de l'économie de marché.
02:26Et au milieu de tout ça, il y a beaucoup de préjugés sur les uns et les autres.
02:30J'ai entendu beaucoup de choses qui tombent clairement sous le coup de la loi.
02:34Il y a des caldoches qui qualifient les kanaks de sauvages, d'êtres vivants, qui sont à peine descendus des
02:41arbres,
02:42donc en gros des singes.
02:43Mais là-bas, c'est presque normal.
02:44La parole, elle est totalement décomplexée.
02:47Du côté des kanaks, certains aussi ont développé une haine, en tout cas une défiance du blanc,
02:51qui symbolise pour eux le colon ou l'oppresseur.
03:00Alors, vous allez nous raconter votre reportage.
03:02On va aussi revenir sur la visite sur place d'Emmanuel Macron.
03:04Avec vous, Pauline Théviot, vous l'avez suivi.
03:07Mais d'abord, Pierre, résumez-nous un peu l'histoire de la Nouvelle-Calédonie,
03:10un territoire français depuis la moitié du 19e siècle, depuis 1853.
03:16Oui, en fait, la Nouvelle-Calédonie, c'était une terre de conquête,
03:20puisque c'est à l'époque de Napoléon III que la France cherchait une terre nouvelle, libre.
03:26Et les Français ont mis le pied là-bas pour installer au départ une colonie pénitentiaire.
03:30Donc on voyait des criminels, mais aussi des opposants politiques.
03:34Et depuis cette date de 1853, la présence française a posé des problèmes
03:40avec la population qui était déjà présente, les kanaks.
03:43Toute leur culture, elle est bouleversée.
03:46Quand les Français s'installent en Nouvelle-Calédonie,
03:50ils importent avec eux leur manière de vivre,
03:54qui ne correspond pas du tout au mode de vie des kanaks.
03:58Les Français ont aussi amené avec eux des maladies qui ont décimé les populations locales.
04:02Les kanaks se sont révoltés à plusieurs reprises, notamment en 1878 et en 1917.
04:08Juste après la Seconde Guerre mondiale, les kanaks deviennent des citoyens français.
04:12Mais ils n'obtiennent le droit de vote qu'à la fin des années 50.
04:16Pierre Maurer, que se passe-t-il dans les années 1980 ?
04:19Eh bien, c'est ce qu'on appelle les événements de 1984 à 1988.
04:23En fait, les tensions à ce moment-là entre opposants et partisans de l'indépendance
04:28ont atteint leur paroxysme.
04:30Et beaucoup d'affrontements ont dégénéré en insurrection quasi généralisée.
04:35C'est pour ça qu'on parle de quasi-guerre civile.
04:38Au printemps 1988, en pleine campagne présidentielle, des gendarmes sont pris en otage par des indépendantistes
04:44dans une grotte à Ouvéa.
04:46Oui, en fait, c'est une action qui a été coordonnée par le FLNKS, le principal mouvement des indépendantistes kanaks.
04:54C'est une action de leur part qui a mal tourné.
04:56Parce qu'au départ, ils voulaient juste occuper la gendarmerie d'Ouvéa.
05:10Et en fait, dans le feu de l'action, il y a eu plusieurs morts, du côté gendarmes comme du
05:15côté des kanaks.
05:16Le groupe de kanaks qui a envahi la gendarmerie décide de séparer les otages en plusieurs groupes
05:29d'Ouvéa, où il reste plusieurs jours.
05:33Il y a l'armée qui a envoyé, notamment des anciens de la guerre d'Algérie.
05:37Et finalement, la prise d'otage, elle termine dans un bain de sang,
05:40puisque du côté des militaires, il y a deux hommes qui sont tués.
05:43Et du côté des kanaks, ce sont 19 des leurs qui sont tués.
05:50Quelques semaines après ce carnage, les leaders des deux camps, indépendantistes et loyalistes,
05:55ceux qui veulent que la Nouvelle-Calédonie reste en France, se serrent la main à Paris.
05:59Ils signent les accords de Matignon de 1988.
06:02Il y aura dix ans plus tard l'accord de Nouméa.
06:06Et cet accord prévoit une série de trois référendums sur l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie.
06:10En résumé, si le oui l'emporte à un seul de ces trois référendums,
06:14la France s'engage à reconnaître l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie.
06:19Pierre Maurer, c'est à ce moment-là qu'on décide de geler le corps électoral,
06:23de figer la liste de celles et ceux qui ont le droit de voter.
06:26Expliquez-nous ça.
06:27Mais en fait, les kanaks, à ce moment-là, ils n'ont qu'une peur,
06:30c'est que les Français arrivent massivement en Nouvelle-Calédonie
06:32pour gonfler le corps électoral et pour finalement diluer la population kanak
06:38au sein de ce corps électoral et que les kanaks se retrouvent minoritaires dans le corps électoral
06:42et donc que les Français puissent se retrouver en position de force lors des votes.
06:47Ce gel du corps électoral, il correspond à ça, c'est une réponse à l'inquiétude des kanaks
06:52de se retrouver minoritaires chez eux, en quelque sorte.
06:56Les trois référendums sont organisés en 2018, 2020 et 2021
07:00et à chaque fois, le non à l'indépendance l'emporte.
07:03Précision importante, en 2021, les indépendantistes ont appelé à boycotter le scrutin.
07:08La participation a été faible, un peu plus de 50%
07:11et donc, pour les indépendantistes kanaks, ce troisième référendum n'a pas de valeur.
07:17Pierre Maurer, on en arrive à l'actualité récente, à Paris, à l'Assemblée nationale.
07:22Le dégel du corps électoral de Nouvelle-Calédonie est voté le 14 mai,
07:26c'était déjà voté au Sénat et c'est ça qui entraîne la colère de nombreux kanaks.
07:31Résumez-nous les jours qui suivent sur place.
07:34Jusqu'ici, les indépendantistes organisaient des manifestations pacifiques.
07:38Tout allait bien à Nouméa, même s'il y avait une forte opposition déjà à ce texte.
07:43Mais le 13 mai, ici à Nouméa, ça a explosé d'un coup.
07:47Il y a eu des faits de violence partout dans les rues,
07:49des pillages et des incendies des magasins.
07:52Et donc, en fait, les uns et les autres se sont retranchés chacun dans leur quartier,
07:56en montant des barrages soit pour protéger leur quartier,
07:59soit pour barrer les routes et la circulation.
08:02Donc d'un côté, les kandosh se sont retranchés dans leur quartier pour protéger leur maison.
08:08De l'autre côté, les kanaks installent des barrages sur les routes
08:12pour fermer la circulation dans l'île et pour occuper le terrain
08:17jusqu'au retrait du texte sur le dégel du corps électoral.
08:21Nouméa continue de brûler.
08:23Des commerces pillés, une centaine en 48 heures.
08:26Un gendarme a été tué, trois autres personnes sont mortes.
08:29On est armés comme ils sont armés en face.
08:31On fait juste que protéger nos maisons de personnes qui mettent le feu partout.
08:37Et dans les premiers jours de ces violences, six personnes ont été tuées.
08:41Pierre Morer, l'aéroport de Nouméa est bloqué.
08:44Vous arrivez sur place via un autre aéroport à bord d'un avion qui transporte des gendarmes,
08:48le jeudi 23 mai.
08:50Décrivez-nous votre arrivée.
08:51Eh bien, en fait, on arrive à l'aéroport de la Tontouta.
08:55C'est l'aéroport principal qui est situé à 50 km de Nouméa.
09:00Mais en fait, cet aéroport, on ne peut pas en sortir parce que la route qui relie l'aéroport
09:05de la Tontouta à Nouméa est complètement bloquée.
09:08Donc à ce moment-là, les services de l'État, du ministère de l'Intérieur, organisent
09:12notre transport dans un autre avion, beaucoup plus petit, jusqu'à Nouméa, à l'aéroport
09:18de Magenta, c'est un vol qui dure 10 minutes.
09:21Donc Magenta, qui est un quartier de Nouméa.
09:24Et là, sur place, les militaires qui nous accueillent, qui sécurisent l'aéroport depuis
09:27une semaine, sont très alarmants sur la situation sur place.
09:32Ils nous disent carrément de ne pas nous exposer aux fenêtres de l'aéroport par peur
09:37de snipers et de tireurs isolés.
09:41Le gouvernement est donc pleinement mobilisé, comme je vous le souligne, depuis le début
09:45des violences engendrées en Nouvelle-Calédonie.
09:47Et je vous annonce aujourd'hui qu'il a été annoncé par le président de la République
09:51en Conseil des ministres qu'il se rendra sur place dès ce soir pour y installer une mission.
09:57Pauline Théveniot, de votre côté, vous arrivez le même jour, mais dans un autre vol, celui
10:01du président Emmanuel Macron.
10:03Quelle est son idée en venant sur place ?
10:06Alors il faut savoir que c'est un déplacement totalement improvisé.
10:08Il construit son programme dans l'avion, ne sachant même pas qui sera disposé à
10:13le rencontrer sur place.
10:15Comme souvent, Emmanuel Macron, il est convaincu que sa venue peut changer les choses.
10:20Il le dit.
10:21Les ministres, l'ensemble du gouvernement, d'être aux côtés de la population et pour
10:25que le plus vite possible, ce soit le retour à la paix.
10:28Il pense qu'il peut bloquer l'accroissement des violences et pourquoi pas débloquer la
10:34situation politique qui est au point mort.
10:40Que fait le chef de l'État à Nouméa ?
10:43La première chose qu'il fait, c'est de rejoindre le centre-ville en hélicoptère.
10:47Il faut savoir que lorsqu'il atterrit en Nouvelle-Calédonie, la route de l'aéroport
10:52n'est toujours pas sécurisée.
10:53Ce vol en hélicoptère, il lui permet aussi de constater les dégâts, de faire un point
10:58de situation.
10:59Les barrages ne sont toujours pas levés.
11:02Il y en a un peu partout dans l'agglomération du Grand Nouméa.
11:06Ensuite, excepté une visite au commissariat de Nouméa pour saluer les forces de l'ordre
11:11qui sont durement éprouvées par la situation, il passe sa journée claquemuré au haut commissariat.
11:18Il faut savoir que c'est l'équivalent d'une préfecture.
11:21Et là, sur place, il reçoit des élus locaux, des représentants du gouvernement, du
11:27Parlement, des acteurs économiques et institutionnels.
11:30Il y a une grande discussion le matin pendant près de 4 heures où tous ces gens lui racontent
11:35le désastre économique, les violences, la catastrophe pour le vivre ensemble.
11:40Et puis, en toute fin de journée, la nuit est déjà tombée.
11:43Il rentre dans le dur des discussions politiques.
11:46Le dialogue est au point mort entre les loyalistes et les indépendantistes.
11:50Et Emmanuel Macron, il va les voir un à un pour tenter de débloquer la situation.
11:55Il aurait aimé pouvoir les mettre tous autour de la même table.
11:59Mais la situation est telle, la tension est telle que ce n'est pas possible.
12:02Il doit les recevoir à tour de rôle.
12:04Il va rester sur place 17 heures.
12:06Que dit-il avant de reprendre l'avion pour Paris ?
12:09Le préalable à tout, c'est la fin des violences.
12:11Il appelle évidemment au calme.
12:14Sur le volet politique, il temporise.
12:17C'est-à-dire qu'après avoir posé un ultimatum, avoir mis une date butoir pour l'adoption du texte
12:22sur le dégel du corps électoral,
12:25il promet de ne pas passer en force sur cette réforme qui est au cœur des tensions et qui a
12:30déclenché ce mouvement et ses émeutes.
12:32Lui, il dit que ce qu'il veut, c'est un accord global entre loyalistes et indépendantistes
12:37qui fera un point d'étape dans un mois pour savoir si cet accord est possible sur l'avenir institutionnel
12:45de l'archipel.
12:45Je me suis engagé à ce que cette réforme ne passe pas en force aujourd'hui dans le contexte actuel
12:52et que nous nous donnions quelques semaines.
12:54Il cherche vraiment à gagner du temps, Emmanuel Macron, parce que le dialogue politique est au point mort.
13:00Et d'ailleurs, quand il repart, il n'a aucune garantie.
13:02En réalité, que d'un, les violences vont cesser, deux, que le dialogue politique va pouvoir reprendre.
13:08Mais il s'accroche au fait, et il nous le confie dans l'avion, que les élus locaux se sont
13:13engagés auprès de lui à reprendre cette discussion globale.
13:17Mais il faut bien dire que quand il redécolle pour Paris, son déplacement n'a à ce moment-là rien
13:22résolu.
13:22Vous êtes dans l'Airbus A330 de la République, aux côtés du président Emmanuel Macron,
13:27qui vous accorde un entretien exclusif pour le Parisien.
13:29Et il maintient que selon lui, le dégel du corps électoral calédonien est justifié.
13:34Oui, s'il a cherché à gagner du temps la veille, s'il a temporisé pour essayer de calmer le
13:39jeu,
13:40le président de la République, il tient à redire qu'il est attaché à cette mesure,
13:44qu'elle est, comme vous le disiez, justifiée à ses yeux.
13:47Et il a même des mots assez tranchés pour le dire.
13:52Il nous dit, si on disait à Paris, on va limiter le corps électoral, sinon on va être remplacé,
13:57ça ne semblerait pas bizarre.
13:59Le message est très clair.
14:01Son vœu premier, c'est d'avoir un accord global.
14:03Mais il veut un dégel du corps électoral, à minima.
14:07Et il dit qu'il a toujours l'option d'organiser un référendum en France
14:11sur cette question du dégel du corps électoral de Nouvelle-Calédonie.
14:14Et ça, c'est une surprise.
14:16Après l'apaisement, après le moment où il temporise,
14:20il remet un coup de pression.
14:22Et surtout, tout le monde s'interroge,
14:24parce que cette idée du référendum,
14:26elle est explosif et nul ne sait quelle réaction elle peut provoquer sur place.
14:30Pendant ce vol pour Paris, l'équipe du président apprend qu'il y a un nouveau mort,
14:34un homme de 48 ans, tué par un policier dans la commune de Dumbéa.
14:38Au-delà de la tristesse, évidemment, face à ce nouveau drame, il y a une crainte.
14:42C'est celle d'un redoublement des violences.
14:45Et puis, il y a une grande question.
14:47Que vont faire les indépendantistes ?
14:50À ce moment-là, les équipes du président attendent les communiqués côté indépendantiste.
14:55Ils ont l'espoir d'un appel à l'apaisement.
14:58Mais maintenant, tout est suspendu après cette nouvelle tragédie.
15:02Que décideront-ils de faire alors qu'il y a un septième mort ?
15:08Pierre Maurer, vous recueillez des réactions après ce déplacement du président.
15:12En résumé, et ça n'est pas surprenant,
15:14les indépendantistes canaques à qui vous parlez ne sont pas satisfaits.
15:18Non, en fait, sur le barrage, les mots d'ordre n'ont pas changé.
15:22C'est retrait du texte ou rien.
15:24La proposition du président de la République,
15:26ça fait presque rigoler les indépendantistes qui sont sur les barrages.
15:31Toutefois, il faut savoir quand même que les indépendantistes sont un peu divisés entre eux
15:34puisque le jour même, j'ai vu Roque Ouamitan,
15:38qui est le président du Congrès de la Nouvelle-Calédonie,
15:41qui est l'ancien chef du FLNKS,
15:43et donc une figure morale chez les indépendantistes,
15:47qui lui est plutôt favorable à cette proposition.
15:50En tout cas, il espère que ça va apaiser les choses
15:52et il espère aussi que ça va offrir une porte de sortie possible pour les indépendantistes
15:58qui soit différente de la solution du Congrès.
16:05On l'a dit, un homme de 48 ans a été tué par un policier à Doumbéa.
16:09Vous essayez de vous rendre sur place,
16:11mais la situation est tendue et sur l'un des barrages, vous êtes pris à partie.
16:15Oui, en fait, la veille, on était déjà à Doumbéa,
16:18quelques minutes avant que cet homme soit visiblement abattu par un tir de policier.
16:25et le lendemain matin, on essaye de s'y rendre à nouveau en direction du Médipol.
16:31Le Médipol, c'est l'hôpital de Nouméa.
16:34Et sur place, la situation est très tendue.
16:36On arrive à passer un premier barrage et en avançant quelques mètres plus loin,
16:41des hommes armés, de mémoire, il y en a un qui avait une machette.
16:46J'en vois un homme à droite qui ramasse un caillou.
16:48Ils sont prêts à se jeter sur notre voiture.
16:52Ils nous font stopper.
16:53Ils nous crient de descendre du véhicule.
16:56Ils fouillent le véhicule et, en fait, dans le véhicule, ils cherchent des armes.
17:00Donc, ils nous demandent tout le temps si on n'a pas des armes, si on n'a pas des
17:02armes.
17:03Puis, ils voient bien qu'on n'a pas d'armes.
17:05Donc, on remonte dans le véhicule et puis là, ils nous disent de faire demi-tour
17:09parce que si on avance plus loin, on ne passera pas
17:12et on risque de tomber dans des faits de violence plus graves.
17:16D'un mot, vous travaillez avec un fixeur, un local qui vous aide dans ce reportage ?
17:19Oui, il s'appelle Gilles Chabot.
17:22C'est aussi un photographe.
17:23Et Gilles, ça fait plusieurs générations qu'il habite en Nouvelle-Calédonie
17:27puisque c'est un descendant de Bagnard.
17:30Donc, ça fait quasiment 150 ans, voire plus, que sa famille est présente sur l'île.
17:35Et donc, il m'accompagne dans mes missions de reportage.
17:39Il m'aide par sa connaissance du terrain, des gens.
17:42Il trouve des contacts.
17:44Il sait quelles routes il faut emprunter.
17:45Et en fait, le fixeur est hyper important sur cette mission
17:49parce que les routes, elles sont bloquées, soit par des indépendantistes,
17:53soit par des loyalistes.
17:54Donc, Gilles, qui connaît par cœur les routes, arrive toujours à trouver une solution
17:59et surtout, sa connaissance fine du territoire nous permet d'anticiper les risques et le danger.
18:05Les canaques qui tiennent les barrages, ils sont souvent alcoolisés.
18:08C'est ce que vous décrivez dans vos reportages.
18:10Oui, le problème de l'alcool, c'est un fléau en Nouvelle-Calédonie
18:13qui n'est pas spécifique aux événements de ces dernières semaines.
18:18En fait, l'alcool est une conséquence de la colonisation
18:21puisque l'alcool a été amené par les colons.
18:24La population canaques, elle est particulièrement concernée par les problématiques d'alcoolisme
18:29puisque la Nouvelle-Calédonie, elle est première au niveau des violences conjugales,
18:33elle est première aussi au niveau de l'insécurité routière.
18:37Tous ces mots sont amplifiés par l'alcool qui est très présent dans la société,
18:42chez les canaques, mais aussi chez les caldoches.
18:45On le disait dès le début de ce podcast, vous êtes surpris par l'aspect racial de ce conflit
18:50au-delà même de la question du corps électoral.
18:51Oui, parce qu'en fait, quand on arrive, on constate très vite que tout le monde se définit par sa
18:55couleur de peau.
18:56En fait, la couleur de peau, elle détermine une supposée appartenance politique
19:01puisque les canaques, qui sont majoritairement noirs,
19:04regardent les blancs comme éventuellement tous loyalistes
19:07et les blancs, dès qu'une personne non-blanche s'approche d'un barrage loyaliste, par exemple,
19:13il y a des regards très suspicieux.
19:15C'est tout le mécanisme des barrages que j'ai pu décrire dans mes reportages,
19:19c'est-à-dire qu'en fonction qu'on soit noir ou blanc, on passe à tel barrage et pas
19:23à un autre.
19:24Donc à ce moment-là, la Nouvelle-Calédonie, elle baigne dans un système de suspicion généralisée
19:29et de peur de l'autre.
19:31D'un mot, il y a aussi beaucoup de rumeurs ?
19:33Oui, en fait, il y en a absolument dans toutes les strates de la société.
19:36Par exemple, souvent, les loyalistes pensent que les canaques veulent les tuer,
19:40alors que pour beaucoup de canaques, le seul objectif, c'est la destruction matérielle
19:44pour exprimer une colère, une opinion politique.
19:46Et du côté des canaques, il y a beaucoup de rumeurs sur des milices qui tourneraient pour les abattre.
19:52Et c'est très difficile de démêler le vrai du faux.
19:55Et ça, on le retrouve aussi bien en plein cœur de Nouméa
19:58qu'au centre et au nord de la Nouvelle-Calédonie, dans ce qu'on appelle la Brousse.
20:05Pierre Maurer, la crise de Nouvelle-Calédonie est aussi économique
20:08parce que le nickel, un précieux métal exploité dans ce territoire,
20:11se vend beaucoup moins cher qu'avant.
20:13Oui, en fait, les mines de Nouvelle-Calédonie,
20:15elles subissent la concurrence des mines de nickel que la Chine a installées en Indonésie,
20:21qui n'est pas très loin de la Nouvelle-Calédonie.
20:23Donc la Chine arrive, via ce circuit, à produire massivement du nickel, à moindre coût.
20:28Or, le coût de production du nickel calédonien est assez élevé.
20:32Et il y a une autre problématique qui est engendrée directement
20:34par les violences qui ont éclaté depuis le 13 mai,
20:36c'est que le minerai, qui se trouve bien souvent au nord de la Nouvelle-Calédonie,
20:40n'accède plus aux fours qui traitent le nickel,
20:43qui sont au sud de la Nouvelle-Calédonie, et notamment à Nouméa.
20:46Le territoire est totalement désorganisé.
20:49Il y a aussi des pénuries.
20:50Pourquoi et qu'est-ce qui manque aujourd'hui ?
20:52Les pénuries, en fait, l'explication, elle est simple.
20:54Comme les routes sont barrées, certaines denrées n'arrivent plus à passer du nord au sud,
20:58parce que le nord est massivement agricole.
21:02C'est là qu'il y a les plantations, c'est là aussi qu'il y a les exploitations de
21:05bétail.
21:05Donc la viande, les légumes, les fruits, notamment les bananes, par exemple, on n'en trouve plus à Nouméa.
21:12On trouve aussi moins de farine.
21:15Dans les magasins, il n'y a presque plus rien à part des boîtes de conserve, du macro et du
21:19thon.
21:19Et sinon, c'est des chips.
21:22C'est très difficile de se réapprovisionner.
21:28Pierre Morer, le lundi 27 mai, vous êtes au tribunal de Nouméa.
21:31Vous suivez des comparutions immédiates de personnes soupçonnées d'avoir commis des violences pendant l'insurrection.
21:36Est-ce que vous avez une ou deux images marquantes de cette audience ?
21:39Oui, moi, la première image qui m'a marquée, c'est l'histoire de Jonathan.
21:44En fait, Jonathan, c'est un gars qui, via les rumeurs dont on parlait,
21:49a cru que le gérant du Darty, pas loin de chez lui, donnait tout son stock.
21:55C'est une rumeur qui a été colportée par ses voisins, par ses amis.
21:58Donc Jonathan, il a pris sa voiture avec son père, son père qui est un ancien gendarme,
22:03et il s'est adonné au pillage du magasin Darty.
22:06Et Jonathan, à la barre, il dit, moi, je ne me suis pas rendu compte que je pignais.
22:11Mes voisins disaient que le matériel électroménager que je prenais,
22:14des frigos, un peste-personne, une machine à laver, c'était gratuit.
22:19Et en fait, des histoires comme celle-là, il y en a pas mal de gens qui ont des casiers
22:23totalement vierges
22:25et qui se sont mis à voler.
22:26Il vous a paru sincère ? Ce n'était pas juste un système de défense de dire qu'il croyait
22:30que c'était donné ?
22:30Il a paraissé assez sincère, parce que c'est quelqu'un qui a un casier vierge.
22:35Vraiment, il n'a aucune condamnation de son actif.
22:38Et puis, son avocat a rappelé à juste titre qu'il avait pleuré devant tous les magistrats dans lesquels il
22:43s'était retrouvé.
22:44À ce moment-là, quand on est dans le tribunal, il a passé une nuit dans la prison de Nouméa,
22:48qui s'appelle Can-Est.
22:49Il a dormi à même le sol dans une cellule conçue pour deux personnes.
22:54Ils étaient cinq dedans.
22:55Et on voit bien que Jonathan est complètement marqué par ce qui lui arrive.
22:59Et puis, en plus, son père, qui était avec lui, qui est quand même un ancien gendarme, je le rappelle,
23:05ne l'a pas freiné dans son action.
23:07Donc, Jonathan, il s'est senti autorisé à aller voler, parce que c'était le bazar.
23:12Et qu'à ce moment-là, plein de gens se sont dit, bon, autant en profiter.
23:20Le mardi 28 mai, vous parlez dans Le Parisien de ses habitants, originaires de métropole,
23:24qui pensent très sérieusement à partir, malgré souvent toute une vie sur place.
23:29Oui, par exemple, il y a un médecin urgentiste qui travaille à l'hôpital de Nouméa, mais aussi à la
23:36clinique,
23:36qui a construit sa vie ici depuis 20 ans, qui a élevé quatre enfants, dont trois sont nés en Nouvelle
23:42-Calédonie,
23:43qui a contracté des emprunts pour acheter une maison, pour acheter un cabinet médical.
23:49Il s'est donc beaucoup endetté, et qui, malgré tout, se pose la question de partir,
23:54mais qui se retrouve un peu bloqué par les investissements qu'il a fait en Nouvelle-Calédonie.
23:58Et c'est un peu l'histoire commune de ces gens qui veulent quitter la Nouvelle-Calédonie,
24:02mais qui se retrouvent un peu bloqués, parce qu'ils se disent, si je vais en ma maison aujourd'hui,
24:06si je vous en mets bien, aujourd'hui, ils ne valent plus rien.
24:09Et puis, il y en a d'autres qui, eux, ont déjà acté leur départ définitif, sans attendre,
24:14parce qu'ils ne supportent plus le climat sociétal dans lequel ils vivent,
24:17depuis l'explosion de violence du 13 mai.
24:22Le lendemain, le mercredi 29 mai, Pierre Morer, vous allez dans le nord, à 40 km de Nouméa,
24:27la région qu'on appelle la Brousse, et vous constatez qu'il y a encore beaucoup de barrages.
24:31Bah oui, en fait, dès qu'on sort de Nouméa, on doit franchir 4 ou 5 barrages indépendantistes
24:38pour aller jusqu'au village de Lafoy, qui se situe effectivement à peu près au centre de la Nouvelle-Calédonie.
24:46Ces barrages, en fait, ils sont filtrants le jour, mais par contre, ils sont complètement bloqués la nuit.
24:51Et nous, par exemple, on s'est fait prendre par la nuit,
24:53puisqu'on s'est retrouvés complètement bloqués dans un barrage au col de la Pirogue.
24:58et les indépendantistes, malgré notre qualité de journaliste, ne voulaient pas du tout nous laisser passer.
25:04Donc, on a dû se rapatrier chez un ami de notre fixeur, Gilles,
25:10et on a passé la nuit là-bas, entre le col de la Pirogue et le petit village de Boulou,
25:15Paris,
25:16chez un habitant en plein milieu de la Brousse.
25:19Concrètement, quand vous avez été bloqué, là, à ce barrage, la nuit, ça a été tendu ?
25:23Oui, c'est assez tendu, parce qu'en fait, il faut se représenter une atmosphère un peu apocalyptique.
25:29On est sur une route la nuit au milieu de la Brousse, donc il y a beaucoup de végétation sur
25:33les côtés,
25:33il n'y a aucune lumière, il y a des carcasses de véhicules cramés sur la route,
25:38il y a des hommes masqués devant nous, pour certains qui tiennent des armes à feu,
25:43d'autres des machettes, d'autres sont en train de s'alcooliser devant un feu.
25:48Et très vite, quand on explique et qu'on échange avec eux sur la situation,
25:51il y en a qui sont calmes et puis il y en a qui s'excitent très vite,
25:54qui se mettent à crier, qui sont menaçants.
25:57Donc là, à ce moment-là, on fait demi-tour.
25:59Moi, j'ai même contacté l'entourage de Christian Théen, le chef de la CCAT,
26:05qui organise ses barrages sur le terrain, pour qu'il essaye de nous faire passer à ce barrage.
26:10Mais les barragistes du col de la Pirogue n'ont rien voulu entendre.
26:14Alors, ils nous ont quand même proposé de dormir avec eux, en tout cas chez eux.
26:19Finalement, on ne l'a pas fait.
26:20Et le lendemain matin, une fois que le jour s'est levé,
26:24l'atmosphère était beaucoup plus détendue.
26:27Et ces barragistes indépendantistes,
26:29ils étaient même désolés de nous avoir bloqués la nuit.
26:38Pierre Maurer, pendant ce reportage, un peu plus tôt dans la journée,
26:42vous avez rencontré deux hommes, un canac et un métropolitain,
26:45qui travaillent côte à côte.
26:46Oui, c'est tout le paradoxe de la Nouvelle-Calédonie.
26:49En fait, on a fait une rencontre marquante,
26:53dans une journée où on constatait à nouveau le clivage entre caldoche et canac.
26:59On s'est rendu, en fait, un peu au hasard à la tribu de Ouatom,
27:03qui n'est pas très loin du village de la Foie.
27:06Et à l'entrée de la tribu, on a aperçu deux gars
27:09qui étaient en train de travailler des matériaux à même le sol.
27:12Et on va les voir.
27:13Et tout de suite, ils nous proposent de s'asseoir.
27:15On discute.
27:16Ils nous racontent leur vie depuis les événements du 13 mai.
27:20Ils se présentent.
27:20Et en fait, c'est Chouki Poui, qui est un canac,
27:23qui est un graveur sur bois.
27:25Et son ami, c'est Mathieu Tardy, qui est un métropolitain.
27:29Blanc, qui est installé ici depuis 20 ans.
27:31Et lui, il est tailleur de pierres.
27:33Et en fait, tous les deux, ils ont installé une résidence d'artistes
27:36à l'entrée de la tribu,
27:38pour essayer d'amener les jeunes canacs,
27:42indépendantistes,
27:43qui se mobilisent beaucoup contre le dégel du corps électoral,
27:47pour les amener vers la culture,
27:48pour essayer de les apaiser un peu,
27:50pour essayer de faire vivre la fameuse notion du vivre ensemble.
27:53En tout cas, tous les deux,
27:55ils prônent le vivre ensemble
27:57et ils fabriquent des œuvres d'art
27:59pour exprimer ça, le vivre ensemble.
28:08Merci à Pierre Morer,
28:10à Nouméa et Pauline Théveniot.
28:12Code Source est le podcast quotidien d'actualité du Parisien.
28:15Cet épisode a été produit par Raphaël Pueillot et Barbara Gouy.
28:19Réalisation, Pierre Chaffanjon.
28:20Si vous aimez Code Source,
28:22n'hésitez pas à en parler autour de vous
28:23ou bien à nous laisser un commentaire
28:24ou des étoiles sur votre application audio préférée.
28:27Et puis n'oubliez pas les deux autres podcasts du Parisien,
28:30Crime Story,
28:31une grande affaire criminelle chaque samedi,
28:33racontée par Claudia Prolongeau avec Damien Delsenis,
28:36et Le Sacre,
28:37jusqu'à Paris 2024 chaque mercredi,
28:40témoignage d'un ou d'une médaillée d'or olympique ou paralympique,
28:43une interview menée par Anne Lorbonnet.
28:46Sous-titrage Société Radio-Canada
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