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Les Français sont appelés aux urnes les dimanche 30 juin et 7 juillet pour élire leurs députés. Quelles sont les inquiétudes, les attentes des électeurs de ce scrutin pour lequel le Rassemblement National semble en position de force ? Comment les électeurs vivent-ils cette campagne pleine d'incertitudes ?
Pour essayer de répondre à ces questions, Code source donne la parole aujourd’hui à cinq journalistes du service société du Parisien qui multiplient les reportages depuis le 10 juin : Elsa Mari, Frédéric Gouaillard, Thomas Poupeau, Christine Mateus, et Bérangère Lepetit.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Clara Garnier-Amouroux, Camille Ruiz et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network
Archives : Europe 1, LCI, Elysée
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Pour essayer de répondre à ces questions, Code source donne la parole aujourd’hui à cinq journalistes du service société du Parisien qui multiplient les reportages depuis le 10 juin : Elsa Mari, Frédéric Gouaillard, Thomas Poupeau, Christine Mateus, et Bérangère Lepetit.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Clara Garnier-Amouroux, Camille Ruiz et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network
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00:02Bonjour, c'est Jules Lavie pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Un scrutin présenté comme historique. Les Français appelaient aux urnes les dimanches 30 juin et 7 juillet pour élire leurs
00:18députés.
00:19Législatives anticipées suite à la dissolution de l'Assemblée décidée par le président Emmanuel Macron.
00:24Quelles sont les inquiétudes, les attentes des Françaises et des Français à l'approche de cette élection ?
00:29Élection pour laquelle le RN semble en position de force. Comment les électeurs vivent-ils cette campagne pleine d'incertitudes
00:36?
00:36Pour essayer de répondre à ces questions, Codesources donne la parole aujourd'hui à 5 journalistes du service Société du
00:42Parisien.
00:43Des journalistes qui multiplient les reportages depuis le 10 juin. Elsa Marie, Frédéric Goyard, Thomas Poupot, Christine Mathéus et Bérangère
00:51Lepetit.
01:04J'ai décidé de vous redonner le choix de notre avenir parlementaire par le vote. Je dissous donc ce soir
01:13l'Assemblée nationale.
01:17Elsa Marie, le jour d'après l'annonce de la dissolution, le lundi 10 juin, vous êtes en reportage pour
01:21le Parisien en Bretagne, historiquement à gauche, mais où le RN a fait une percée.
01:26Vous êtes en Ile-et-Vilaine, le département de Rennes ou encore de Saint-Malo par exemple, où Jordan Bardella
01:31a fait 25%.
01:33Alors c'est moins qu'au niveau national, mais c'est 10 points de plus qu'aux précédentes européennes en
01:382019.
01:39Et beaucoup des lecteurs que vous rencontrez sont déçus de ce résultat.
01:43On rencontre notamment Michel qui a 67 ans, qui vit dans le petit village de Saint-Suliac au bord de
01:48l'eau.
01:49Il est pêcheur lui-même et lui c'est un vrai breton. Il a le drapeau planté dans son jardin.
01:55Il nous dit qu'il est complètement sidéré. Il ne reconnaît pas sa Bretagne.
01:59Et il nous dit mais ici on ne vote pas extrême. On sent que dans sa voix, il est décontenancé
02:05et il ne reconnaît pas sa région.
02:07On se rend aussi ensuite à Saint-Malo où à 7 voies près, l'ERN a failli l'emporter.
02:13Et une commerçante, je me souviens quand on parle du bon score de Jordan Bardella, se prend la tête dans
02:20les mains.
02:20Il nous dit mais qu'est-ce qui a pu se passer ? On est complètement paumé et on sent
02:24que beaucoup de gens sont perdus.
02:28Le mercredi 12 juin, Emmanuel Macron organise une grande conférence de presse, notamment pour expliquer pourquoi il a dissous l
02:35'Assemblée.
02:36Et ce jour-là, Elsa Marie, vous partez dans un fief macroniste, Vaucresson, petite ville bourgeoise des Hauts-de-Seine.
02:43Est-ce que les macronistes avec qui vous parlez pensent que le président peut vraiment renforcer sa majorité ?
02:48Eux, ils ne comprennent pas cette impopularité du chef de l'État.
02:52Ils nous disent mais attendez, il a traversé tellement de crises, le Covid, les gilets jaunes, l'Ukraine, la Palestine,
02:59mais qui aurait fait mieux ?
03:00Par contre, beaucoup considèrent que s'ils veulent l'emporter, eh bien, il faut qu'il fasse profil bas.
03:05On rencontre notamment un couple de retraités de 90 ans qui nous dit voilà, il ne faut pas qu'il
03:10apparaisse sur la fiche de campagne.
03:12Ça serait vu comme une provocation.
03:14Laissons faire Gabriel Attal qui est lui bien plus aimé.
03:18Le lendemain, le jeudi 13 juin, vous sillonnez trois communes franciliennes, Ancré à droite, Versailles, Levallois-Péret et Neuilly.
03:25Vous faites réagir ces électeurs sur deux sujets.
03:28François-Xavier Bellamy, tête de liste LR aux Européennes, dit qu'il voterait RN plutôt que LFI en cas de
03:34duel.
03:35J'aurais défendu les candidats de ma famille politique au deuxième tour.
03:38S'ils ne sont pas représentés et que je dois choisir, il est évident que je ferais tout.
03:42Je l'ai dit, je l'ai écrit dès le premier jour.
03:45Je ferais tout pour empêcher que la France insoumise n'arrive au pouvoir dans ce pays.
03:48C'est-à-dire que vous voteriez pour un candidat du Rassemblement national face à un candidat du Front populaire.
03:55Évidemment, du Front populaire.
03:56Et surtout, autre sujet, l'alliance du président des Républicains Éric Ciotti avec le Rassemblement national.
04:02Et vous commencez votre article avec la réaction d'Arthur, surpris par la déclaration de François-Xavier Bellamy.
04:07On rencontre Arthur, 45 ans, qui est en train de boire un café, tranquillement, en terrasse.
04:12Et on lui annonce que François-Xavier Bellamy a affirmé qu'il voterait RN en cas de duel contre le
04:19nouveau Front populaire de gauche.
04:21Et là, lui, il n'en revient pas parce qu'il dit, mais la veille, tous les ténors des Républicains
04:25ont condamné finalement l'alliance voulue par Éric Ciotti avec le RN.
04:31Et voilà que François-Xavier Bellamy sème le trouble.
04:34Elle dit, mais ça en est trop, moi je ne comprends plus rien, je me désengage et je ne voterai
04:38plus pour les Républicains.
04:39Elsa-Marie, à Levallois comme à Versailles, beaucoup ne pardonnent pas à Éric Ciotti d'avoir tendu la main au
04:44RN.
04:45Beaucoup d'habitants sont en effet furieux.
04:47On rencontre notamment à Levallois un vieux monsieur qui nous dit qu'Éric Ciotti joue au con et que c
04:54'était quand même beaucoup mieux avec des gens comme Balgani, l'ancien maire de Levallois.
04:59À Versailles aussi, vraiment les gens sont dépités.
05:02Je me souviens d'un monsieur qu'on rencontre sympathisant à l'air en mocassin, Figaro sous le bras, qui
05:07nous dit, mais ce n'est pas une trahison, c'est une félonie.
05:10Et il dit, mais pour un morceau de pain, rajoute-t-il à l'ail, il a tout gâché.
05:17Vous, Frédéric Goyard, le samedi 15 juin, vous êtes en reportage en Bretagne, à Rennes, dans l'un des cortèges
05:22anti-rassemblement national.
05:24Il y a des manifestations un peu partout en France ce jour-là.
05:27Et dans l'ensemble, les sympathisants de gauche que vous voyez semblent favorables au Front populaire, cette nouvelle alliance du
05:33PS, des Verts, de LFI et du Parti communiste.
05:36Oui, tous les sympathisants, voire les militants que je croise, sont pour cette alliance des gauches.
05:45Aucun d'entre eux n'émet de réserve.
05:48Chacun considère que c'est la meilleure solution pour contrer l'ERN.
05:54Et le mot que j'entends le plus lors de cette manifestation dans ce cortège, c'est le mot urgence.
05:59À ce moment-là, la veille, le vendredi, la France Insoumise a dévoilé la liste de ses candidats aux législatives.
06:05Et Jean-Luc Mélenchon, le leader insoumis, n'a pas réinvesti plusieurs députés LFI qui ne sont plus en phase
06:11avec lui,
06:12comme Raquel Garrido ou encore Alexis Corbière, son compagnon.
06:16Ça, ça choque les militants insoumis ?
06:18Oui, certains sont choqués.
06:20Ils considèrent que c'est une purge et que c'est absolument pas ce qu'ils veulent voir à ce
06:27moment-là,
06:27puisqu'ils considèrent que ce qui est important, c'est l'union.
06:30Mais tous veulent surtout croire que ça va rester un épiphénomène
06:35et que ça ne viendra pas troubler la mobilisation qui est en train de naître derrière cette nouvelle alliance des
06:42gauches.
06:42Vous parlez notamment avec un jeune, un certain Gabriel, 19 ans, et il semble espérer le départ de Jean-Luc
06:47Mélenchon.
06:48Donc lui, c'est son second vote, puisqu'il m'explique qu'il vient de voter aux européennes.
06:52Et il me dit que pour lui, Mélenchon est une figure bien sûr centrale de LFI,
06:58mais qu'il considère que c'est presque du passé pour lui, Mélenchon.
07:03Et il me dit même que selon lui, François Ruffin, le député de la Somme,
07:08est peut-être le garant de cette unité à gauche et pourquoi pas le futur Premier ministre.
07:13Ce samedi 15 juin, François Hollande, l'ancien président, a annoncé sa candidature en Corrèze.
07:19Ça, comment s'est perçu par les militants de gauche que vous voyez ?
07:22Alors là, il y a de l'incrédulité.
07:24Je me souviens de ce jeune homme de 27 ans qui me dit, incroyable, François Hollande, le retour de François
07:30Hollande.
07:30Il me dit, on va bientôt voir arriver Manuel Valls, l'ancien Premier ministre.
07:35Donc voilà, il y a beaucoup de dérision par rapport à ce retour.
07:39Et j'ai même entendu certains qui disaient, il ferait mieux de rester chez lui.
07:42Sur la potentialité de voir le RN arriver au pouvoir, qu'est-ce qu'ils vous disent dans ce cortège
07:46?
07:47Ils sont effrayés.
07:48La plupart ont du mal à réaliser qu'une telle éventualité puisse arriver.
07:52Et puis il y a ceux qui pensent que c'est possible.
07:55Et donc là, on sent quand même beaucoup de peur chez eux.
08:00Thomas Poupot, le mardi 17 juin, vous êtes en reportage auprès de la communauté juive de Créteil dans le Val
08:05-de-Marne.
08:06Vous recueillez des réactions après l'une des informations politiques du week-end.
08:10Le samedi soir, l'historien Serge Klarsfeld, âgé de 88 ans, a déclaré sur LCI qu'en cas de duel
08:16avec la gauche, il voterait RN.
08:18Je n'aurai pas d'hésitation, je voterai pour le RN parce que l'axe de ma vie, c'est
08:27la défense de la mémoire juive, la défense des juifs persécutés, la défense d'Israël.
08:36Et que je suis confronté à une extrême gauche qui est sous l'emprise de la France insoumise avec des
08:45relents antisémites et un violent antisionisme.
08:50D'abord, rappelez-nous qui il est.
08:52Serge Klarsfeld, c'est une figure dans la communauté juive. On le surnomme le chasseur de nazis.
08:57Quand il était enfant, en 1943, il a échappé de peu à la Gestapo.
09:01Son père, Arnaud Klarsfeld, lui, a été déporté à Auschwitz et a fini par mourir dans ce camp de concentration.
09:08Ensuite, il est devenu avocat et dans les années qui ont suivi, dans les années 80 notamment, avec son épouse
09:12Béateux,
09:13ils se sont mis à traquer les anciens dignitaires nazis pour les traduire en justice.
09:18Donc il est connu pour ça et au sein de la communauté juive et même en France, sa parole compte.
09:24Le samedi soir, sur LCI, Serge Klarsfeld a estimé, je cite,
09:27que l'ERN a fait sa mue et qu'il soutient les juifs et l'État d'Israël.
09:31Contrairement, je cite toujours, à une extrême gauche sous l'emprise de la France insoumise,
09:35avec des relents antisémites et un violent antisionisme.
09:40Thomas, soyons clairs, ses propos divisent.
09:43D'abord, vous échangez avec une dame âgée, Gillette, 79 ans, une retraitée de confession juive.
09:48Elle est très choquée.
09:49Oui, Gillette, elle est très choquée.
09:51On l'a croisée devant le magasin hyper cachère de Créteil, où elle faisait ses courses, avec une amie, Liliane.
09:57Gillette, elle est née en 44, c'est l'année de la libération de Paris.
10:01Et elle ne comprend pas que Serge Klarsfeld, qui est une idole quasiment pour elle et pour beaucoup de juifs,
10:06puisse tenir ses propos.
10:07Elle nous rappelle que le Rassemblement National, qu'elle appelle d'ailleurs le Front National,
10:11est un parti qui a été cofondé par un Waffen-SS,
10:14donc la police nazie, qui s'occupait de la déportation des juifs.
10:18Donc, elle ne comprend pas qu'un homme qui a passé sa vie à traquer les anciens dignitaires nazis,
10:23puisse appeler à voter pour un parti cofondé par des nazis.
10:32Le président de la communauté juive de Créteil condamne, lui aussi, les propos de Serge Klarsfeld.
10:37Oui, c'est Albert Elharar, qui est une figure importante de la communauté juive nationale.
10:42Il estime que, quand on a vécu les atrocités de la Shoah, on ne peut pas les oublier de cette
10:47manière-là.
10:47Et il n'oublie pas aussi de décocher quelques flèches pour Macron,
10:52qu'il estime trop impulsif dans sa décision de dissoudre l'Assemblée Nationale,
10:56et donc de mettre la France face à cette situation, et aussi les Insoumis.
10:59Il critique certains qui l'accusent d'antisémitisme.
11:02Au contraire, un jeune homme de 25 ans, Hillel, soutient, lui, la position d'Arnaud Klarsfeld.
11:07Qu'est-ce qu'il vous dit ?
11:08Hillel, il est beaucoup plus jeune que Gillette, il a 25 ans, il sait à peine qui est Serge Klarsfeld,
11:14mais pour autant, il est d'accord avec lui.
11:16Dans sa tête, le Rassemblement National n'est plus du tout un parti antisémite.
11:20C'est même un parti qui protège les Juifs, qui est devenu le parti pro-Juif,
11:23avec Reconquête, le parti d'Éric Zemmour.
11:25Et il fait ce parallèle, il se hasarde à un parallèle entre la hausse importante des actes antisémites,
11:30depuis le 7 octobre et les attaques terroristes du Hamas en Israël, et l'immigration.
11:35Pour lui, c'est Marine Le Pen et Jordan Bardella,
11:38qui serait le rempart contre l'immigration, et donc contre la hausse des actes antisémites.
11:42Donc, lui, il a déjà choisi son vote, ce sera le Rassemblement National,
11:46ou Reconquête, le parti d'extrême droite d'Éric Zemmour.
11:49Thomas Poupot, à l'occasion de ce reportage, vous échangez avec une sociologue,
11:53spécialiste des évolutions du judaïsme en France.
11:56Elle s'appelle Martine Cohen, et elle vous parle du fait qu'aujourd'hui,
11:59c'est l'extrême gauche française, et plus l'extrême droite,
12:01qui est soupçonnée d'antisémitisme.
12:03Martine Cohen, elle nous explique qu'il y a eu des propos ambigus
12:10de la part de certains élus d'extrême gauche,
12:12et ce que cette sociologue, Martine Cohen, nous dit,
12:15c'est que la caricature qui en a été faite par certains éditorialistes
12:20sur des plateaux télé, des plateaux comme CNews notamment,
12:24elle a pris, elle a infusé dans l'esprit de certains juifs,
12:26notamment ceux qui s'apprêtent à voter pour le Rassemblement National.
12:29Le résultat de tout ça, selon cette sociologue, encore une fois,
12:32c'est que pour cette partie-là des personnes de confession juive,
12:37c'est l'extrême gauche qui est antisémite aujourd'hui.
12:42Elsa Marie, pour vous, direction Montargis dans le Loiret le lundi 17 juin.
12:46C'est une commune où l'ORN a fait 30,5% aux européennes,
12:49c'est proche du niveau national et en forte augmentation par rapport à 2019.
12:53À Montargis, les violences urbaines avaient fait de gros dégâts à l'été 2023,
12:57suite à la mort de Naël, 17 ans, tuée par un tir de policier à Nanterre.
13:02Que s'est-il passé à ce moment-là à Montargis ?
13:05Alors, contre toute attente, il y a eu aussi des émeutes.
13:07La nuit du 29 au 30 juin, 300 jeunes cagoulés débarquent dans le centre-ville
13:12et saccagent les magasins, ils les pillent, ils vont jusqu'à incendier des immeubles
13:19et même la pharmacie qui était installée là depuis 40 ans.
13:22Et finalement, le lendemain, les habitants se réveillent sous le choc.
13:25Comment est-ce possible que dans une ville calme comme Montargis,
13:28avec 14 000 habitants, il y ait pu avoir une telle violence ?
13:32Ces violences, ces dégâts très importants, on vous en parle aujourd'hui dans les rues de Montargis ?
13:36On m'en parle sans arrêt.
13:38Et c'est ça qui est assez étonnant, c'est qu'on est à un an des émeutes
13:42et on sent que le traumatisme est indélébile.
13:44Déjà, la ville porte les cicatrices de ces émeutes.
13:48Quand on se balade dans la rue, il y a encore une dizaine de magasins
13:50calfeutrés derrière des lourds panneaux de bois.
13:53Donc on voit encore qu'il y a des travaux qui n'ont pas été réalisés.
13:57Il y a des endroits où il y a des immeubles qui forment des trous béants,
14:01qui ont été incendiés et donc qui se sont effondrés.
14:04Voilà, c'est encore très visible.
14:06Et surtout, les commerçants, eux, nous racontent qu'ils ont depuis perdu 40% de leur chiffre d'affaires,
14:12que les retraités n'osent plus venir dans le centre de Montargis après 18h parce qu'ils ont peur.
14:18Et on rencontre aussi Chantal, une retraitée, qui nous dit que dès qu'elle passe dans la rue dorée,
14:23l'épicentre des émeutes, elle a toujours les larmes aux yeux.
14:26Et ça, pour certains, ça explique pourquoi ils votent RN ?
14:29Oui, jamais ils n'auraient imaginé que leur ville soit incendiée, pillée,
14:35comme si finalement on était en banlieue parisienne.
14:38Donc ils nous disent, c'est terminé, nous, ce qu'on veut, notre priorité, c'est la sécurité.
14:45Christine Mathéus, de votre côté, vous avez publié le 16 juin un article racontant
14:50comment cette période incertaine est vécue à l'intérieur même des familles.
14:54Et la question se pose, y compris dans les groupes WhatsApp.
14:57Oui, effectivement, lorsque nous sommes allés à la rencontre des personnes sur le terrain,
15:02beaucoup nous ont fait part d'une habitude qui s'est installée au lendemain
15:06de l'annonce de la dissolution de l'Assemblée nationale,
15:09à savoir l'interdiction de parler sujet politique en famille.
15:14Donc on a pu voir effectivement, dans certains groupes WhatsApp familiaux,
15:18un message qui venait soit d'un frère, d'un cousin ou d'un oncle,
15:22stipulant à tous les membres l'interdiction d'aborder des sujets politiques en famille
15:28parce que ça pouvait effectivement donner lieu à d'importantes tensions.
15:34Dans cet article, vous faites parler une femme d'une quarantaine d'années,
15:37Émilie, qui est en froid avec sa sœur parce qu'elle vote Rassemblement National depuis les Européennes.
15:43Oui, elle nous parle même de blessures intimes.
15:46Elle a évidemment évolué dans le même environnement familial,
15:50auprès de parents catholiques de gauche.
15:53Le père est décédé aujourd'hui, était un fervent admirateur du socialiste Jacques Delors.
15:59Et elle ne comprend pas le vote de sa sœur aux Européennes,
16:03qui s'est pour la première fois portée vers le Rassemblement National.
16:07Et elle s'apprête à faire de même pour ces législatives inédites.
16:11Émilie, elle vous dit quoi sur ce choix de sa sœur ? Comment est-ce qu'elle vit ça ?
16:14Pour elle, c'est un vote de rupture.
16:16Elle ne comprend pas.
16:17Elle me dit que ça ne peut pas être un vote contestataire parce qu'elle est ultra privilégiée.
16:22On parle d'une famille bourgeoise qui vit à Bordeaux.
16:27Donc, elle me dit que ce n'est pas le genre de femme qui a des difficultés pour payer ses
16:33factures,
16:34qui rencontre des problèmes d'insécurité qui pourraient la pousser vers un vote RN.
16:39Elle ne se l'explique pas.
16:41Elle vous dit même que son père qui est donc disparu aurait très mal vécu ce vote de sa sœur.
16:46Elle emploie même l'expression qu'on entend beaucoup aujourd'hui.
16:49Mon père doit se retourner dans sa tombe.
16:52Parce qu'effectivement, comme elle met beaucoup en avant la foi crétine de son papa,
16:56le fait qu'il ait été tourné vers les plus faibles,
16:59il est certain pour elle qu'il aurait trouvé ce vote inacceptable.
17:06Christine Mathéus, vous avez aussi rencontré un ancien cheminot,
17:09Michel, 73 ans, qui vit à Ivry-sur-Seine dans le Val-de-Marne.
17:13Un ancien communiste, lui, il vote régulièrement RN depuis 2017.
17:18Alors, on est à Ivry-sur-Seine qui est un fief communiste depuis 1925.
17:22Alors, c'est quelqu'un qui a grandi à la cité Gagarine et il m'expliquait toutes les familles votées
17:29communistes.
17:30Voilà, c'était comme ça et il l'a fait pendant très très longtemps.
17:33Et effectivement, à partir de 2017, ce vote rouge est devenu bleu marine,
17:38sauf pour les municipales où il continue de voter communiste.
17:42Michel, aujourd'hui, il est seul, mais c'est avec ses amis, ses anciens camarades cheminots que ça pose problème.
17:47Oui, parce que c'est la seule famille qui lui reste, donc ça s'engueule régulièrement au Vissereau.
17:53D'autant que Michel reconnaît être assez prosélite et essaye de convaincre ses camarades de voter comme lui.
18:00Et donc, ça, ça passe pas.
18:01Dernier cas de figure, Christine Mathéus, celui de Gabi, un architecte âgé d'une soixantaine d'années.
18:06Il vit à Vincennes, dans le Val-de-Marne, lui aussi, et il ne comprend pas le vote de son
18:10fils.
18:11Son fils va voter socialiste, parce que la députée sortante sur sa circonscription à lui est socialiste.
18:17Sauf que, voilà, c'est une candidate socialiste qui est donc estampillée du label Front Populaire,
18:24donc accompagnée par la France Insoumise.
18:26Et ça, ça passe pas du tout auprès de Gabi, qui est de confession juive
18:30et qui décrit un grand nombre de membres de la France Insoumise comme des antisémites notoires.
18:41Bérangère Lepetit, on referme ce podcast avec vous.
18:43Le 17 juin, vous avez signé un article intitulé
18:46« Les gens se sentent responsables des Français déprimés depuis la dissolution ».
18:51Dans cet article, vous citez notamment Christine Barrois,
18:55une psychiatre installée dans le 16e arrondissement de Paris.
18:58Qu'est-ce qu'elle vous dit ?
19:00Elle me dit que depuis le 10 juin, tous ses patients ne lui parlent que de ça.
19:04Elle dit en plus, ce jour-là, quand il a annoncé la dissolution, il était habillé en noir, pas en
19:09bleu, comme d'habitude.
19:10Il avait une tête d'enterrement, une posture de croque-mort.
19:14C'est comme s'il était venu nous annoncer quelque chose de très grave.
19:17Et elle me dit « Mes patients me disent, le président nous a précipité vers l'anxiété ».
19:22Une psychologue de Lille vous cite le cas d'une patiente qui vit particulièrement mal cette situation.
19:27Il s'agit de Gladys Mondière, qui est la présidente de la Fédération française de psychologie.
19:32En fait, elle me dit que dès le lundi, elle a vu en consultation une femme
19:36qui avait appris deux jours avant l'élection qu'elle était atteinte d'un cancer.
19:40Donc du coup, elle n'a pas été votée.
19:42Et l'annonce du président de la République n'a fait qu'ajouter à son angoisse, à sa peine.
19:48Depuis, elle est dans une forme très importante de culpabilité.
19:51Elle se sent responsable de cette situation.
19:55Par ailleurs, Bérangère Lepetit, ce que vous disent les professionnels,
19:58c'est que beaucoup de personnes homosexuelles sont inquiètes de la montée du Rassemblement national.
20:03Oui, alors en fait, je m'entretiens également avec une psychanalyste qui consulte dans le nord de Paris.
20:10Ce qu'elle me dit, cette psychanalyste, c'est que ses patients homosexuels lui disent qu'ils se sentent en
20:16grande insécurité.
20:17Elle me parle du cas particulier d'une femme lesbienne qu'elle a vue en consultation,
20:22qui veut faire une PMA, une procréation médicalement assistée, donc un projet de maternité.
20:28Et cette femme lesbienne lui dit carrément, si le RN passe, j'abandonne mon projet de maternité.
20:45Merci à Elsa Marie, Frédéric Goyard, Thomas Poupot, Christine Mathéus et Bérangère Lepetit.
20:50Pour suivre l'actualité de la campagne électorale, rendez-vous sur leparisien.fr.
20:56Côte source est le podcast quotidien d'actualité du Parisien.
20:59Cet épisode a été produit par Camille Ruiz, Barbara Gouy, Clara Gardien-Amourou et Thibaut Lambert,
21:04réalisé par Pierre Chaffanjon.
21:06Vous pouvez écouter les deux autres podcasts du Parisien,
21:09Crime Story, les grandes affaires criminelles, avec un nouvel épisode chaque samedi,
21:13et Le Sacre jusqu'à Paris 2024.
21:1624 médaillées d'or témoignent dans Le Sacre, avec une nouvelle interview chaque mercredi.
21:22Nos trois podcasts sont disponibles gratuitement sur toutes les applications audio.
21:26Sous-titrage Société Radio-Canada
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