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Emmanuel Macron et le gouvernement viennent de traverser plusieurs semaines de crise, en raison de la réforme des retraites. Un texte difficile à faire adopter à l’Assemblée nationale faute de majorité absolue. Cet épisode de Code source est raconté par deux journalistes du service politique du Parisien, David Doukhan et Olivier Beaumont.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network
Archives : TF1, France 2, LCP.
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Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Pierre Chaffanjon - Musiques : François Clos, Audio Network
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NewsTranscription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11La réforme des retraites a mis en lumière la difficulté pour Emmanuel Macron de gouverner sans majorité absolue à l
00:17'Assemblée.
00:18Le 16 mars, la première ministre Elisabeth Borne a utilisé l'article 49.3 de la Constitution pour faire passer,
00:25sans vote, le projet de loi.
00:26Et quelques jours plus tard, le 20 mars, une motion de censure déposée par un groupe centriste, votée par 19
00:32députés républicains, a failli renverser le gouvernement.
00:36Motion rejetée finalement à 9 voix près.
00:39Codesources refait le film du 49.3 sur la réforme des retraites, avec deux journalistes du Parisien, David Doucan, chef
00:46du service politique, et Olivier Beaumont, en charge de l'exécutif.
00:57Le jeudi 16 mars, à Paris, à l'Assemblée nationale, en début d'après-midi, Elisabeth Borne s'apprête à
01:02annoncer que le gouvernement va faire adopter sans vote la réforme des retraites.
01:06La première ministre est à la tribune, mais elle ne peut pas commencer à parler.
01:10Une partie des députés de gauche, de la NUP, chantent la Marseillaise et brandissent des pancartes.
01:1664 ans, c'est non.
01:27Pour comprendre comment on en est arrivé là et les nombreuses réactions que le recours au 49.3 a provoquées,
01:34on a choisi de commencer ce podcast le dimanche 19 juin 2022, au soir du second tour des élections législatives.
01:42Un peu moins de deux mois plus tôt, le dimanche 24 avril, Emmanuel Macron a été réélu président,
01:48avec 58,5% des suffrages, contre 41,5% à son adversaire Marine Le Pen.
01:54David Doucan, problème pour Emmanuel Macron, il n'a pas la majorité à l'Assemblée nationale.
02:00L'enseignement principal, c'est l'entrée en masse des extrêmes.
02:03L'entrée de l'extrême droite, avec 89 à ce moment-là députés Rassemblement national,
02:08et l'entrée de la France insoumise, l'extrême gauche, avec plus de 70 députés qui font leur entrée à
02:15l'Assemblée nationale.
02:16Il y a les socialistes qui sont un peu plus d'une trentaine, les communistes sont là, les écologistes également,
02:21donc une gauche qui résiste bien, et une majorité composée de trois blocs, Renaissance, Horizons et le Modem,
02:27mais qui est une majorité relative. Ils ne sont pas plus de 289.
02:31De leur côté, les républicains sont 61.
02:33Olivier Beaumont, est-ce que dans les jours qui suivent, Emmanuel Macron envisage de former un gouvernement de coalition avec
02:40eux ?
02:40La nouvelle composition de l'hémicycle l'oblige, en effet, à devoir s'associer encore plus qu'il n'a
02:46pu le faire lors du précédent quinquennat avec la droite.
02:48Concrètement, comment ça peut se passer ?
02:50Notamment, en nommant une de ses figures à Matignon, une hypothèse élancée, celle de Catherine Vautrin.
02:55Alors, le grand public ne la connaît pas forcément, mais c'est une des figures de la droite,
03:00ancienne vice-présidente de l'Assemblée nationale, présidente du Grand Reims.
03:03Elle est reçue à l'Elysée, elle déjeune avec Emmanuel Macron, ça va très très loin dans les discussions, les
03:07négociations,
03:08mais ça finit par échouer parce que toute l'aile gauche de la Macronie est vent debout
03:12et dénonce notamment les anciennes positions de Catherine Vautrin, notamment à l'époque du mariage pour tous.
03:20Donc, pas de gouvernement de coalition. Du coup, que cherche à faire Emmanuel Macron vis-à-vis des républicains ?
03:25Il doit quand même envoyer des signaux. Déjà, en renommant certaines figures, anciennement de la droite,
03:30à des ministères importants, régaliens. Gérald Darmanin est reconduit à Beauvau, Bruno Le Maire à Bercy.
03:36Sébastien Lecornu prend la tête du ministère de la Défense.
03:39Et puis, il va aussi essayer d'aller sur le fond, d'essayer de chercher des compromis texte par texte
03:44avec les républicains.
03:45Il annonce l'intention d'avoir un grand texte sur l'immigration. Il annonce aussi une grande loi sur la
03:51justice.
03:51Et évidemment, ce fameux serpent de mer qui avait été évoqué pendant la présidentielle, une réforme des retraites.
03:58Concernant les retraites, en effet, Emmanuel Macron a promis pendant la campagne électorale
04:02de relever l'âge légal de départ à la retraite en le faisant passer de 62 à 65 ans.
04:08La réforme que je souhaite mener, c'est d'augmenter l'âge légal progressivement,
04:12comme on l'a toujours fait d'ailleurs, avec un système de trimestre progressif,
04:17mais donc de mener cet âge légal jusqu'à 65 ans.
04:20Pendant son précédent mandat, une première réforme des retraites a été adoptée le 29 février 2020, via un 49.3.
04:27Elle est ensuite suspendue, puis abandonnée pendant la crise sanitaire.
04:32David Doucan, cette fois-ci, Emmanuel Macron veut aller vite et il veut faire passer la réforme
04:36dans le cadre du projet de loi de financement rectificatif de la sécurité sociale.
04:41Qu'est-ce que ça veut dire et pourquoi ce choix ?
04:44Le choix du PLF-SSR, projet de loi de financement de la sécurité sociale rectificatif,
04:50permet l'utilisation d'un temps d'examen encadré et limité.
04:55Le calcul politique à ce moment-là, c'est de se dire, il faut que ça aille vite,
04:59parce que si le débat devait durer sur plusieurs mois, six mois, comme ça peut arriver parfois,
05:04ça donnait du temps à ses adversaires pour une mobilisation longue, puissante.
05:11Donc si ça peut être difficile moins longtemps, c'était le calcul à ce moment-là.
05:15Est-ce qu'il y a une autre raison ?
05:16Depuis la réforme constitutionnelle de 2008, le gouvernement n'a le droit qu'à un seul 49.3 par session
05:21parlementaire,
05:22sauf pour les textes budgétaires.
05:23Donc passer par un texte budgétaire permettait de pouvoir utiliser le 49.3 sans griller la cartouche.
05:32A l'automne, les syndicats sont reçus à Matignon par Elisabeth Borne,
05:36mais ils estiment ne pas avoir été écoutés.
05:38Tous les syndicats de salariés se prononcent contre cette réforme,
05:42y compris David Doucan, le syndicat réformiste CFDT, dirigé par Laurent Berger.
05:46C'est un syndicat qui, contrairement aux autres, considère que, oui,
05:50il peut y avoir un problème de déficit du régime des retraites,
05:53que donc il est effectivement utile de le réformer, ce régime de retraite,
05:57mais sans toucher à l'âge légal.
05:59Donc dès lors qu'Emmanuel Macron a promis, pendant l'élection présidentielle,
06:03de reporter l'âge légal en vigueur, il a perdu la CFDT.
06:06Le mardi 10 janvier, Elisabeth Borne présente la réforme pendant une conférence de presse,
06:11puis le soir, aux 20h de France 2, le gouvernement fait un geste
06:15en repoussant l'âge légal à 64 ans, finalement, contre 65 ans annoncés pendant la campagne électorale.
06:22Ce n'est pas un objectif en soi, 65 ans.
06:25Notre objectif...
06:26Ce n'est pas une promesse en l'air non plus, pourquoi avoir revu ?
06:28Mais je pense que très tôt, le président de la République l'avait dit.
06:31Notre objectif, c'est l'équilibre de notre système de retraite en 2030.
06:37Le projet de loi arrive à l'Assemblée nationale, au Palais Bourbon, le lundi 6 février.
06:42Olivier Beaumont, décrivez-nous l'ambiance au tout début de l'examen de ce texte.
06:45L'ambiance, elle est électrique et tout de suite exécrable.
06:49La parole est à M. Olivier Dussopt, ministre du Travail, du plein emploi et de l'insertion, s'il vous
06:54plaît.
06:54Pour preuve, quand le ministre du Travail, Olivier Dussopt, monte à la tribune pour prendre la parole...
06:59Non, pas de chahut ! Non !
07:01Il ne peut pas s'exprimer, c'est-à-dire que les oppositions vont siffler, vont le chahuter...
07:06Vous n'avez pas à frapper les pupitres, la parole est au gouvernement !
07:09...à tel point que la présidente de l'Assemblée nationale, Yael Brown-Pivet, va plusieurs fois faire des rappels au
07:15règlement.
07:15Ça ne va pas suffire, il va se produire une suspension de séance.
07:20Nous y sommes !
07:20Il va falloir attendre de longues minutes, un long moment, avant que Olivier Dussopt puisse à nouveau prendre la parole
07:31dans un chahut généralisé.
07:33La réforme donne lieu à des échanges souvent tendus dans l'hémicycle, dans les jours qui suivent.
07:37Par exemple, le lundi 13 février, quand un député insoumis dérape en interpellant le ministre du Travail, Olivier Dussopt.
07:45Effectivement, ce député insoumis, c'est Aurélien Saint-Houle, il va prendre la parole pour accuser Olivier Dussopt d'être
07:51un imposteur, même un assassin.
07:53Il fait référence à une des dispositions du texte sur les retraites, notamment qui prévoit la suppression des CHSCT, ces
08:00fameux comités d'hygiène et de sécurité.
08:02Et puisque vous avez voulu parler des morts du travail, je vous donne les chiffres, parce que vous avez menti
08:07encore une fois,
08:08et comme vous êtes ministre du fait de votre félonie, ça ne me surprend pas.
08:11Ce sont 150 orphelins, veuves en plus, et vous avez la responsabilité de ces choix politiques.
08:17Vous êtes un imposteur et un assassin.
08:23Bronca dans l'hémicycle, condamnation quasi-unanime des parlementaires, à l'exception de la France insoumise.
08:30Même le Rassemblement National apportera son soutien aux mises du travail, après les propos prononcés par ce député LFI.
08:40Le vendredi 17 février, après deux semaines de débat, c'est le dernier jour consacré à cette réforme à l
08:46'Assemblée Nationale.
08:47Climat d'exaspération et d'épuisement, puisque les députés n'ont pas réussi à aller au bout de l'examen
08:52du texte,
08:53même pas jusqu'au fameux article 7, qui prévoit de valider le report de l'âge légal à 64 ans.
08:59Donc c'est un échec, un échec pour la majorité, qui n'a pas réussi à faire doter ce texte.
09:03La stratégie d'obstruction de la part de la France insoumise a fonctionné.
09:07On voit aussi les limites de l'exercice, et c'est une frustration assez généralisée qui s'empare de l
09:12'hémicycle.
09:12Le texte passe alors à la Chambre haute du Parlement, le Sénat, le 2 mars.
09:16Il est débattu jusqu'au samedi 11 mars.
09:19David Doucan, comment ça se passe au Sénat ?
09:21Le gouvernement se disait « la Chambre haute, plus polie, plus calme, les choses pourront s'y dérouler plus sereinement
09:27».
09:28Eh bien, il n'en fut rien.
09:29La gauche sénatoriale a pratiqué une obstruction, a multiplié les amendements identiques d'ailleurs.
09:35Ils avaient pour stratégie d'empêcher à tout prix que le texte soit adopté.
09:40Mais Gérard Larcher, le président du Sénat, ne l'a pas du tout entendu de cette oreille.
09:43Il a utilisé tous les moyens à sa disposition dans le règlement de la Haute Assemblée
09:48pour contrer cette obstruction et accélérer les débats,
09:51si bien que le texte a bel et bien été adopté, voté par les sénateurs.
09:56Le mercredi 15 mars, la réforme est étudiée en commission mixte paritaire.
10:00C'est quoi concrètement ?
10:01Alors, la commission mixte paritaire est composée de 7 députés et de 7 sénateurs
10:05et a pour objectif de mettre d'accord les deux chambres
10:08lorsqu'elles n'ont pas voté exactement le même texte,
10:11si bien que lorsque cette commission y parvient, on dit qu'elle est conclusive,
10:15ce qui ensuite entraîne un vote solennel dans chacune des deux chambres
10:18pour adopter le texte définitivement.
10:20Là, c'était particulier puisque l'Assemblée nationale n'a pas voté de texte.
10:23Donc, le texte de travail pour cette CMP, en fait, était celui adopté par le Sénat.
10:28En ce qui concerne la réforme des retraites,
10:30la commission mixte paritaire a réussi à se mettre d'accord sur un texte commun
10:33et a donc été conclusive.
10:38Pendant l'examen du texte, la réforme des retraites a donné lieu
10:41à 8 journées de grèves et de manifestations.
10:43La première, le 19 janvier, a rassemblé en France,
10:46dans les différents cortèges, plus d'un million deux cent mille personnes
10:49d'après le ministère de l'Intérieur,
10:51deux millions d'après les syndicats.
10:53Celle du 15 mars a réuni près de 500 mille manifestants d'après l'Intérieur,
10:57un million sept cent mille selon la CGT.
11:00Après autant de semaines de grève,
11:02un mouvement général dans le pays de rejet de cette réforme,
11:05du point de vue même des sondages,
11:07ils ont perdu déjà.
11:08Donc là, c'est pathétique ce qui est en train de se passer,
11:11mais il ne faut pas laisser passer.
11:13Olivier Beaumont, le mercredi 15 mars,
11:15on est à la veille du vote de la réforme prévu à l'Assemblée le jeudi.
11:19Et ce mercredi soir, Emmanuel Macron réunit à l'Elysée
11:23Elisabeth Borne et les principaux ministres concernés.
11:25Il est d'ordinaire d'usage que lorsqu'une commission mixte paritaire est conclusive,
11:30le vote qui suit dans la foulée à l'Assemblée et au Sénat
11:33n'est qu'une pure formalité.
11:34Or, les calculs qui vont avoir lieu dans les heures qui vont suivre cette CMP
11:39pendant toute la soirée vont montrer que le rapport de force
11:42est loin d'être en faveur du gouvernement.
11:44Emmanuel Macron et Elisabeth Borne sont censés trancher
11:46pour savoir s'ils vont soumettre ou pas ce texte au vote
11:49ou peut-être aller jusqu'à un passage en force,
11:52c'est-à-dire le scénario du 49-3.
11:54Ils passent plein de coups de fil,
11:56y compris auprès des Républicains,
11:57d'Éric Ciotti, le président du parti,
11:59d'Olivier Marlex, le président du groupe,
12:00pour refaire des comptages.
12:01On parle d'une dizaine de voix d'écart,
12:03certains parlent même de cinq,
12:04et donc il y a vraiment une incertitude.
12:06Emmanuel Macron laisse quand même une indication
12:08qu'il va savamment laisser fuiter dans les médias.
12:11Il va dire, s'ils veulent aller jusqu'à une dissolution,
12:14et bien chiche, on ira jusqu'à la dissolution.
12:19Une dissolution de l'Assemblée et de nouvelles élections,
12:22ça veut dire pour chaque député
12:23le risque de perdre sa place en cas de défaite.
12:27Les Républicains sont divisés face à cette réforme,
12:29avec d'un côté Éric Ciotti qui est pour,
12:32le nouveau président du parti,
12:34élu début décembre,
12:35et de l'autre, Aurélien Pradier
12:37qui lui a perdu cette élection interne
12:39et qui est contre le projet de loi.
12:42David Doucan, pourquoi cette différence
12:43de position entre les deux ?
12:45Éric Ciotti, il est pour cette réforme
12:47parce qu'il a un enjeu de cohérence.
12:48Il considère que si les Républicains
12:50ne sont pas cohérents avec tout ce qu'ils défendent
12:52depuis des années et des années,
12:54ils perdront toute crédibilité aux yeux des Français.
12:57Aurélien Pradier, il est dans une autre logique,
12:58il est dans une logique de recherche de notoriété personnelle.
13:01Donc ce positionnement d'Aurélien Pradier,
13:04disons iconoclaste pour les Républicains,
13:06il lui sert à lui
13:07pour imposer une forme de ligne politique
13:10qui lui ressemble
13:11et pour exister, pour apparaître au fond
13:14sur la carte de la vie politique française.
13:16Le jour du vote, le jeudi 16 mars,
13:18Emmanuel Macron, Elisabeth Borne
13:20et les ministres concernés sont toujours dans le doute.
13:22Nouvelle réunion à l'Elysée,
13:24le matin et à midi.
13:25Quelques minutes avant l'arrivée du vote
13:28à l'Assemblée nationale,
13:29on ne sait toujours pas
13:30quelle décision va prendre le gouvernement,
13:32aller au vote,
13:33prendre le risque d'être battu
13:35ou alors un passage en force au 49-3.
13:37Toute la matinée,
13:38le président de la République,
13:39sa première ministre
13:40et les principaux membres du gouvernement
13:42vont compter et recompter
13:44beaucoup de coups de fil passés
13:45auprès des parlementaires de la droite
13:47mais ils n'arrivent pas à avoir aucune garantie
13:49sur la certitude d'avoir une majorité sur ce texte.
13:51Donc que va finalement faire Emmanuel Macron ?
13:54Eh bien, il va finir par prendre la décision
13:56de déclencher un 49-3.
13:58David Doucan,
13:59pourquoi est-ce qu'Emmanuel Macron
14:00ne prend pas le risque d'aller au vote
14:03et d'enregistrer un échec ?
14:04Parce que perdre à l'Assemblée nationale
14:07sur la réforme emblématique
14:09de son second quinquennat
14:11revient à un coup d'arrêt.
14:13On se relève du 49-3,
14:15on ne se relève pas
14:17d'un rejet de la réforme
14:19par l'Assemblée nationale.
14:19Olivier Beaumont, depuis plusieurs semaines,
14:22Elisabeth Borne n'avait pas caché
14:23qu'elle était contre le recours au 49-3 ?
14:25Oui, parce qu'elle n'a cessé de dire
14:26qu'elle était en recherche de compromis,
14:29elle n'a cessé de vanter la méthode,
14:31la concertation.
14:32C'est pour elle aussi une question
14:33de légitimité politique.
14:35Elle sait que dans ce moment,
14:36elle joue aussi son possible maintien
14:38à Matignon.
14:39C'est une première ministre
14:40qui est fragilisée clairement
14:41dans cette séquence
14:42et elle a besoin d'un vote
14:44en bonne et due forme à l'Assemblée
14:46pour en ressortir renforcée politiquement.
14:49Donc ce 49-3,
14:50la délégitime aux yeux des oppositions
14:52mais aussi au sein même
14:54de sa propre majorité.
14:56Peu après 15 heures,
14:58Elisabeth Borne monte
14:59à la tribune de l'Assemblée nationale
15:01et après avoir attendu
15:02la fin de la Marseillaise
15:04qu'on entendait au début de ce podcast
15:05et après que les pancartes soient baissées,
15:07elle annonce donc le recours
15:09à l'article 49-3 de la Constitution
15:11qui permet l'adoption d'un texte
15:13sans vote au Parlement.
15:14Sur le fondement de l'article 49
15:17alinéa 3 de la Constitution,
15:19j'engage la responsabilité
15:22de mon gouvernement
15:23sur l'ensemble du projet
15:25de loi de financement
15:26rectificatif de la Sécurité sociale
15:28pour 2023
15:29modifié par l'amendement
15:32de coordination
15:33communiqué à l'Assemblée nationale.
15:36Olivier Beaumont,
15:37comment réagissent les députés
15:38dans l'hémicycle
15:39en fonction de leurs opinions ?
15:40Les députés de la NUP
15:41quittent l'hémicycle
15:43en hurlant et les députés
15:44du Rassemblement national
15:45de l'autre côté se lèvent,
15:46ne quittent pas l'hémicycle
15:48mais par contre
15:48dressent le pouce en bas.
15:51C'est une façon de condamner
15:52la posture du gouvernement.
15:54On n'avait jamais vu
15:55dans l'hémicycle
15:56de mémoire de parlementaires
15:57et y compris de journalistes
15:59qui ont l'habitude
15:59de fréquenter les travées
16:01du Palais Bourbon.
16:01On n'avait jamais vu
16:02une ambiance aussi électrique
16:03et aussi même délétère
16:04dans cette enceinte.
16:06Une partie des députés
16:07macronistes du mouvement
16:08Renaissance donc
16:09sont eux aussi en colère.
16:11Pourquoi ?
16:11Parce qu'eux aussi
16:12ressortent fragilisés
16:14de cette séquence.
16:14Ils vont aux circonscriptions.
16:16Ils entendent aussi
16:17ce que leur disent
16:17leurs électeurs.
16:19Et qu'est-ce qu'on va dire
16:20derrière
16:20quand après avoir dit
16:22pendant des semaines
16:22« mais non,
16:23on n'ira jamais au 49-3,
16:24on trouvera un compromis
16:25et obtenir une majorité »,
16:27pour eux aussi
16:27c'est une situation d'échec
16:29dans leur propre circonscription.
16:33David Doucan,
16:34pourquoi cette décision
16:35choque autant de monde
16:36alors que le 49-3
16:37est finalement prévu
16:39par la Constitution ?
16:40Sans doute compte tenu
16:41de l'ampleur de la réforme.
16:42Elle concerne absolument
16:43tout le monde
16:44et elle touche
16:45à un sujet intime,
16:46c'est-à-dire
16:47cette partie de la vie
16:48entre le travail
16:50et la fin de la vie.
16:51C'est très intime,
16:52chacun s'y projette.
16:54Compte tenu de cette importance,
16:55le 49-3
16:56qui donne le sentiment
16:57d'une absence
16:59de légitimité démocratique,
17:00je dis bien
17:01sentiment de déni démocratique
17:03parce que le 49-3
17:05a été suivi
17:06du dépôt
17:06de deux motions de censure
17:07sur lesquelles
17:08les députés
17:09vont pouvoir s'exprimer.
17:10Le soir même,
17:10la Première Ministre
17:11Elisabeth Borne
17:12est au 20h de TF1.
17:14Bonsoir Madame la Première Ministre.
17:15Elle répète
17:16que cette réforme
17:17est nécessaire
17:17et elle réaffirme
17:18que le recours
17:19au 49-3
17:20est démocratique.
17:21Je pense que
17:22c'est très important
17:23de dire que le 49-3
17:25ça permet aux oppositions
17:27de déposer
17:28une motion de censure
17:29et que cette motion de censure
17:31elle fera l'objet
17:31d'un vote
17:32et donc ce vote
17:33finalement
17:34ça sera
17:34ceux qui sont pour
17:36ou ceux qui sont contre
17:37la réforme.
17:38Donc cette réforme
17:39elle a suivi
17:40un processus démocratique,
17:42des heures de débat
17:42à l'Assemblée,
17:43des heures de débat
17:44au Sénat,
17:45un vote au Sénat
17:47et il y aura
17:48dans les prochains jours
17:49un vote
17:49à l'Assemblée nationale.
17:53Une motion de censure
17:54si elle est adoptée
17:55entraîne la démission
17:56du gouvernement.
17:57Le lundi 20 mars
17:58la motion déposée
17:59par le RN
18:00est écartée.
18:02Celle proposée
18:02par un groupe centriste
18:03le groupe Luiot
18:04est rejetée de justesse
18:06à neuf voix près.
18:0819 députés républicains
18:09ont voté pour
18:10Voici le résultat
18:12du scrutin.
18:13Majorité requise
18:13pour l'adoption
18:14de la motion de censure
18:15sur la majorité
18:16absolue des membres
18:17composant cette Assemblée
18:19287
18:20pour l'adoption
18:21278.
18:23La majorité requise
18:24n'étant pas atteinte
18:24la motion de censure
18:25n'est pas adoptée.
18:26Dans la foulée,
18:27Olivier Beaumont
18:28le soir,
18:29Elisabeth Borne
18:29retrouve Emmanuel Macron
18:31à l'Elysée.
18:32On va avoir une dramatisation
18:33dans les heures
18:33qui vont suivre effectivement
18:34avec cette réunion du soir.
18:36Le lendemain matin,
18:37tôt mardi matin,
18:38Emmanuel Macron
18:39va à nouveau convoquer
18:40Elisabeth Borne
18:41et une vingtaine
18:42des ministres
18:43les plus importants
18:44du gouvernement
18:44pour essayer de voir
18:46comment rebondir
18:47après ce moment-là
18:48parce que la méthode
18:50n'a pas fonctionné.
18:51Clairement,
18:52ils savent qu'ils ont encore
18:53des textes majeurs
18:53à faire passer
18:55dans les prochaines semaines
18:56sur l'immigration,
18:57sur la justice,
18:59encore sur la transition écologique.
19:00Donc, ça va être
19:00très, très, très compliqué
19:01pour Elisabeth Borne
19:02en continuant cette méthode-là
19:03et donc,
19:04il va falloir
19:05trouver un second souffle,
19:07une nouvelle méthode
19:08et aussi cette question
19:09est-ce qu'on continue
19:10de travailler ensemble ?
19:15Bonjour,
19:16Monsieur le Président.
19:17Merci de nous recevoir
19:18à l'Élysée
19:19avec Julien Bugier.
19:20Bonjour, Julien.
19:21Bonjour, Marie-Sophie.
19:22Bonjour, Monsieur le Président.
19:23Vous savez que votre parole
19:24aujourd'hui
19:24est particulièrement attendue.
19:26Le mercredi 22 mars,
19:27le Président Emmanuel Macron
19:29accorde une interview
19:30à TF1
19:30et à France 2
19:31dans leurs journaux de 13 heures.
19:32En résumé,
19:33il reconnaît
19:34ne pas avoir réussi
19:35à convaincre les Français
19:36de l'importance
19:37de sa réforme.
19:38Vous n'avez commis aucune erreur ?
19:40De ne pas réussir à convaincre.
19:41Mais en même temps,
19:42je constate
19:43qu'il y a aussi
19:44une tendance
19:44dans nos démocraties
19:45à vouloir s'abstraire
19:47du principe de réalité.
19:48Mais pour le reste,
19:48il campe sur ses positions,
19:50il redit sa confiance
19:51à Elisabeth Borne.
19:53David Doucan,
19:53il dit aussi
19:54qu'elle devra
19:55élargir sa majorité.
19:56Le mandat que je lui ai donné,
19:57c'est de continuer
19:59à élargir
20:00cette majorité
20:01autant qu'elle le pourra
20:02avec les femmes
20:03et les hommes
20:04de bonne volonté
20:05qui, de droite
20:06et de gauche
20:06ou du côté de l'écologie,
20:08sont prêts
20:09sur les priorités
20:10que j'ai fixées,
20:11que je vais vous rappeler
20:11et le programme de gouvernement
20:13que la Première Ministre
20:14va travailler
20:14a avancé avec elle.
20:15L'un des enseignements
20:16du fiasco
20:18sur les retraites
20:19quand je dis le fiasco,
20:20c'est-à-dire le fait
20:20de ne pas avoir trouvé
20:21de majorité,
20:22c'est que
20:22le parti Les Républicains
20:24n'ayant pas
20:25une autorité incontestée
20:27sur ses troupes
20:27à l'Assemblée nationale
20:28n'est pas le bon interlocuteur.
20:30Toutefois,
20:31des individualités,
20:33des échanges
20:34avec les uns
20:34et les autres,
20:36un coup à droite,
20:37un coup à gauche,
20:38cela peut permettre
20:39de peut-être
20:40continuer
20:41à gouverner,
20:42sans sombrer
20:43dans l'immobilisme.
20:44Voilà le pari
20:45que fait Emmanuel Macron
20:46et élargir la majorité,
20:48c'est la mission
20:49qu'il confie
20:49à Elisabeth Borne.
20:50Elle ne sera pas facile,
20:51mais elle n'est pas impossible.
20:53Pendant cette interview,
20:54Emmanuel Macron
20:55dit qu'à partir de maintenant,
20:56il va faire en sorte
20:57que les projets de loi
20:58soient, je cite,
20:59plus courts,
20:59plus clairs,
21:01ça veut dire quoi ?
21:01Quelle est son idée ?
21:02Si on prend l'exemple
21:03de l'immigration,
21:04le projet de loi immigration,
21:05c'était deux volets.
21:06Un volet de durcissement
21:08de la politique migratoire
21:09de la France
21:10et un volet
21:11pour simplifier l'accueil
21:14de certaines personnes
21:15pour certains métiers,
21:16faciliter au fond
21:17l'acquisition
21:18d'un permis de séjour.
21:19Alors,
21:20vous avez un volet
21:21qui peut plaire à la droite
21:22et vous avez le second volet
21:23qui déplait
21:24très fortement à la droite.
21:25Si vous faites deux textes différents,
21:27peut-être que vous pouvez trouver
21:28une majorité avec la droite
21:29sur le premier
21:30et une majorité
21:30avec une partie de la gauche
21:31sur le second.
21:32C'est le pari
21:33qu'Emmanuel Macron fait.
21:34Voilà,
21:34je vous donne cet exemple
21:35sur l'immigration
21:35pour essayer de comprendre
21:36comment effectivement
21:37dans les mois,
21:37dans les années à venir,
21:38il peut concevoir
21:39de gouverner.
21:48Merci à David Ducan
21:49et Olivier Beaumont.
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