- il y a 12 heures
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Judith Duportail, 38 ans, a choisi d’avoir des enfants, sans être en couple, par procréation médicalement assistée (PMA).
La journaliste explique son choix dans un livre, « Maternités rebelles », sorti en octobre 2024 aux éditions Binge Audio.
Elle témoigne dans Code source au micro de Barbara Gouy.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Clara Garnier-Amouroux et Clara Grouzis - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol. - Musiques : François Clos, Audio Network
#pma #grossesse #maternite
La journaliste explique son choix dans un livre, « Maternités rebelles », sorti en octobre 2024 aux éditions Binge Audio.
Elle témoigne dans Code source au micro de Barbara Gouy.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Clara Garnier-Amouroux et Clara Grouzis - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol. - Musiques : François Clos, Audio Network
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00:03Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Le 22 octobre, le Parisien a publié le portrait d'une femme qui a choisi de faire un enfant sans
00:17père en ayant recours à la PMA, la procréation médicalement assistée. C'est légal en France,
00:23depuis la loi de bioéthique du 2 août 2021, loi qui a ouvert l'accès à la PMA aux
00:29couples de lesbiennes et aux femmes célibataires. Judith Duportail a 38 ans, elle est journaliste
00:34indépendante et autrice. En juillet 2023, elle a donné naissance à des jumeaux, un garçon
00:40et une fille. Elle vient de publier un essai sur ce sujet, maternité rebelle, au pluriel.
00:46Elle témoigne aujourd'hui dans Codesource, au micro de Barbara Gouy.
00:59Je rencontre Judith Duportail dans son appartement 2 pièces du 12e arrondissement de Paris. Ses
01:05jumeaux sont à la crèche, mais leur poussette dans le couloir de l'immeuble laisse imaginer
01:09son quotidien de mère. Elle me propose de nous installer dans son salon, joliment décoré,
01:14qui lui sert également de chambre. Judith est née le 2 mars 1986. Ses parents partent
01:21de Paris à sa naissance pour aller s'installer en Bretagne, à Rennes. Elle grandit avec
01:25son grand frère de 6 ans de plus qu'elle, son chat Baguera et sa chienne Lula. Très
01:31jeune, la lecture prend une place importante dans sa vie.
01:36J'étais une enfant un peu tourmentée. Du coup, je lisais énormément et j'écrivais
01:43beaucoup des histoires et tout ça. Mon rêve, c'était d'écrire des livres. Et moi, le
01:48féminisme, ça a commencé à l'adolescence tout le temps. C'était quelque chose de
01:53vraiment considéré comme un peu aberrant. Donc, j'ai des souvenirs d'être bien
01:57seule à l'université quand on s'énervait sur des termes sexistes, quand j'entendais
02:04des aberrations. Enfin, ouais, moi, je n'ai pas le souvenir de ne pas avoir été féministe.
02:09Judith a toujours su qu'elle voulait être mère un jour. Mais au début de sa vingtaine,
02:14elle commence à ressentir une pression sur son âge et le fait d'avoir des enfants. Pour
02:19la première fois, elle a peur de perdre en fertilité au fil des années et un événement
02:23l'a particulièrement marqué.
02:24C'était une jeune femme qui avait posté sur un forum qui se craigliste qu'elle était
02:28très belle et qu'elle cherchait un mari très riche dans la finance. Et donc, il y avait un mec
02:33qui s'était
02:33amusé à lui répondre, un mec qui travaillait dans la finance en lui expliquant que lui, sa carrière
02:37mère et son argent ne faisaient que progresser le plus s'il vieillissait. Et qu'elle, sa
02:42beauté avait déjà atteint son pic et qu'elle ne faisait que faner. Et Reuters en avait fait
02:48une dépêche. Et tout le monde, après, s'était amusé, les médias officiels, que
02:52soit le monde libé, à reprendre la dépêche en disant la réponse d'un jeune trader à
02:56une jeune femme qui cherche un mari riche, etc. Et donc, le fait que cet événement ait
03:00été repris par une agence de presse, ça lui donnait une valeur officielle. Ça lui donnait
03:05une valeur d'information. Et c'est comme si c'était vrai, ça devenait vrai, en fait, ce que le
03:10jeune
03:10homme disait. Et ça, c'est aussi quelque chose qui m'a frappée quand j'ai entendu une chanson de
03:15Lily Allen, une chanson sur une jeune femme de 30 ans, où elle disait, elle chantait... En plus,
03:20la chanson est un peu guirette, c'est là... Life is already over. Et elle chante genre, sa vie est
03:25déjà
03:25finie, elle n'a pas de mec, c'est fini, elle n'en trouvera jamais. Et elle a 30 ans,
03:28la meuf. Donc, je me
03:29souviens d'entendre, enfin, de lire ça, d'entendre cette chanson, moi qui étais une jeune femme. Et je les
03:34entendais comme des avertissements. Et j'avais raison, parce que toutes ces productions culturelles,
03:38elles ont un sens. Elles sont là pour envoyer un message, en fait, aux jeunes femmes.
03:42À 30 ans, Judith vit une rupture amoureuse. Elle est donc de nouveau célibataire, à un âge où elle
03:47ressent énormément de pression. Bah, c'est pas facile. C'est ce que j'appelle les années paniques.
03:53C'est pas facile, la trentaine, quand on est une jeune femme et qu'on a un désir d'enfant.
03:58Parce que
03:58c'est un moment de l'existence où on est au carrefour de toutes les nécessités. Le carrefour de nécessités
04:05incompatibles. Parce qu'il faut s'insérer sur le marché de l'emploi. Et le premier CDI, aujourd'hui,
04:09en France, c'est 29 ans. Donc, on vient à peine, peut-être, de trouver un emploi stable. En même
04:13temps,
04:1430 ans, c'est le moment où on a une pression maximum sur notre fertilité. Et si, en plus, comme
04:18moi,
04:18on se sépare, donc on se retrouve célibataire, donc on a l'impression de repartir de zéro, c'est hyper
04:22dur,
04:22en fait, c'est hyper dur. Le 7 mars 2017, Judith a 31 ans. Elle est sur Facebook quand elle
04:29voit une
04:29pub pour une clinique espagnole qui pratique la congélation d'ovocytes. À ce moment-là,
04:34cette pratique est encore illégale en France. Elle commence à lire cette pub.
04:39Savez-vous que votre fertilité diminue avec l'âge, genre sans déc, comment ne pas le savoir ? Et avec
04:43un dessin qui représentait des ovaires. Et donc, au début, il y avait un petit ovaire tout fringant,
04:49tout jeune. Je ne sais pas, à 20 ans, 25, il avait l'air d'une personne d'âge moyenne.
04:56Et à 35 ans,
04:57l'ovaire, il avait une canne et une barbe blanche. Franchement, de qui se moque-t-on ? Ces images
05:05-là,
05:05j'en parle avec le sourire. Mais en fait, c'est extrêmement grave.
05:09Malgré tout, Judith a toujours peur de ne pas pouvoir avoir d'enfant. À cette période,
05:13elle vit grâce à son travail de journaliste indépendante. Et elle se remet en couple,
05:18mais sans s'en rendre compte, elle entre dans une relation toxique et d'emprise.
05:23Si je n'avais pas été dans cette précarité, à la fois financière, à la fois professionnelle et à la
05:29fois existentielle, donc de l'anxiété de l'horloge biologique, j'aurais été une proie beaucoup moins
05:34facile pour un homme dangereux comme celui avec qui j'ai été. Donc moi, j'ai eu la chance d
05:39'avoir
05:39un entourage qui a tiré la sonnette d'alarme et donc j'ai échappé à ma relation d'emprise. Et
05:44donc là, je me suis retrouvée à 34, 35 ans à nouveau sur le marché du célibat, etc. Mais avec,
05:49en plus, des grandes blessures à soigner du fait de cette relation très, très violente que j'avais
05:54vécue. Là, franchement, c'était des années très sombres dans ma vie où je me disais, en fait,
05:59tu vas pas pouvoir. Toi, tu vas pas pouvoir être maman. En tout cas, tu vas pas pouvoir essayer d
06:02'être mère.
06:03Tu n'auras pas le droit de tenter ta chance. Et c'était une tristesse infinie.
06:08J'ai passé beaucoup de temps à essayer de comprendre ce qui n'allait pas chez moi.
06:13Pourquoi moi, je ne trouvais pas le partenaire. Enfin, c'en est risible maintenant avec du recul,
06:18mais je me disais bon, peut-être que c'est moi qui vais systématiquement vers les mauvaises
06:21personnes. Donc je suis allée chez la psy. Est-ce que je vais systématiquement vers les mauvaises
06:24personnes ? Après, je me suis dit, je pense que j'ai un trouble de l'attachement. Alors,
06:27j'ai lu tous les livres sur le trouble, les théories de l'attachement. Je ne sais même plus tout
06:30ce que je me
06:31suis dit qu'il pouvait peut-être potentiellement clocher chez moi. Mais je ne regrette pas d'avoir
06:34fait tout ce travail parce que c'est grâce à tout ce travail de conscience, de thérapie,
06:38qu'à un moment, je me suis dit, mais en fait, je n'ai aucun problème. Pas que je sois
06:42parfaite,
06:43mais dans le sens où je n'ai rien qui cloche de plus que n'importe qui d'autre. Et
06:49je ne suis
06:49certainement pas moins belle ou moins intelligente qu'une autre nana qui, elle, est avec un mec sympa.
06:54C'est pas du tout ça, le problème. Le problème, c'est le patriarcat. C'est pas moi. Mais ça
06:59m'a
06:59demandé beaucoup d'indépendance d'esprit, en fait, d'être capable de me dire ça. Ça demande
07:03beaucoup de courage et même plus que de courage, ça demande beaucoup de force.
07:08En fait, au début, j'ai pensé à congeler mes ovocytes pour gagner du temps. Et donc,
07:12pour faire congeler ses ovocytes, il faut faire un test. On appelle ça un test de fertilité,
07:16mais en fait, il y a des gens qui ont des super mauvais résultats, qui sont très fertiles,
07:20des gens qui ont des résultats excellents, qui n'arrivent pas à tomber enceinte. C'est encore
07:24très mystérieux. Mais donc, je fais quand même ces tests et moi, ils n'étaient pas très bons.
07:29Moi, ils n'étaient pas très bons. Donc, ça m'a mis un gros coup de pression. Ce qui est
07:33bien
07:33aussi, parce que du coup, ça a fait en sorte que ça accélère mon processus de réflexion. Et donc,
07:38le jour où j'ai ouvert mes résultats d'analyse, que j'ai vu qu'ils n'étaient pas top,
07:42je me suis dit,
07:42il n'y a pas une seconde à perdre. Là, je vais faire un enfant en dehors du couple. Et
07:46puis, c'est tout.
07:47Judith envisage alors d'avoir un enfant sans être en couple et pense d'abord à la coparentalité.
07:52C'est le fait d'élever un enfant à plusieurs. Elle pourrait l'organiser, par exemple, avec un
07:57ami ou encore un couple gay. Si j'avais eu un super pote qui avait un désir d'enfant, je
08:02l'aurais fait,
08:03je pense, sincèrement. Mais en fait, le fait de rencontrer quelqu'un pour ça, ça ne me convenait pas.
08:08Je m'étais inscrite sur des sites de coparentalité. J'avais rencontré un couple qui était très sympa,
08:14mais en fait, déjà, seul face à un couple, j'avais l'impression, je ne sais pas, il y avait
08:18un truc,
08:18j'ai l'impression que ça va être les galères de comme si tu faisais un enfant avec un mec.
08:21En plus, ce n'était même pas amoureuse. La PMA, la procréation médicalement assistée,
08:26lui paraît être la meilleure option. Cette technique lui permet d'avoir un enfant sans avoir besoin d'un
08:32homme dans sa vie grâce à un don de sperme. Moi, je suis passée par un circuit qu'on appelle
08:37semi-légal,
08:38parce que la PMA en France venait d'être légalisée, mais je voulais, moi, ce qu'on appelle un donneur
08:44ouvert,
08:44c'est-à-dire un donneur qui accepte d'être contacté à la majorité des enfants. Pour moi, ça, c
08:48'était non négociable.
08:49Je ne voulais pas un donneur anonyme. Je voulais que mes enfants puissent faire ce choix-là, eux-mêmes.
08:53Donc, j'ai dû me tourner vers l'étranger. Ce qui est possible de faire, c'était de faire venir
08:57des gamètes
08:59d'une banque de gamètes du Danemark via des réseaux de gynéco activistes à Paris.
09:05Et donc, on peut faire des inséminations artificielles comme ça dans des cabinets.
09:10Judith se rend sur le site d'Anoa et elle choisit son donneur. En mai 2022, elle fait une première
09:15insémination artificielle sans stimulation hormonale, comme si elle avait un rapport sexuel naturel.
09:21Judith se projette déjà avec son enfant.
09:25C'est impossible de ne pas se projeter. Tout le monde te dit que tu ne te projettes pas,
09:28etc. Mais c'est impossible de ne pas se projeter parce que tu mets quand même tout en œuvre.
09:32Entre le moment où tu fais l'insémination et le test de grossesse,
09:35il y a deux semaines. Puis j'avais envie de me projeter en fait.
09:37Je disais non, non, vous n'en faites pas, je ne me projette pas.
09:39Puis après, moi, je mettais la main sur mon ventre et je me disais on se projette si on veut
09:43bébé,
09:43on les emmerde. Et donc, j'avais tellement envie d'être mère que j'étais contente de pouvoir
09:49pendant deux semaines me dire que peut-être que j'étais enceinte.
09:53Judith fait un test de grossesse. Elle n'est pas enceinte. En octobre 2022, elle fait une deuxième
09:59insémination artificielle, cette fois-ci avec l'aide d'une stimulation hormonale, c'est-à-dire
10:04qu'elle fait tous les soirs une piqûre à 20h. Après cette deuxième insémination artificielle,
10:09elle fait un test de grossesse qui est positif. Mais trois jours après, elle fait face à une nouvelle
10:14désillusion. L'œuf ne s'est pas implanté dans l'utérus. L'embryon n'est donc pas viable et la
10:20grossesse est
10:20arrêtée. J'étais triste, franchement j'étais très triste parce que j'avais eu le temps d'y croire
10:24pendant trois jours quand même. Trois jours c'est long. On a le temps d'appeler les copines, d'appeler
10:30sa mère, on a le temps de faire les calculs dans neuf mois, nanani nanana. Donc c'était un petit
10:35deuil.
10:35C'est dur la PMA parce que c'est beaucoup de deuil, beaucoup d'espoir et beaucoup de deuil,
10:40beaucoup d'espoir et beaucoup de deuil. Donc bien sûr, j'étais déçue, j'étais triste, mais j'étais toujours
10:44déterminée.
10:46Elle décide de faire une troisième tentative, mais cette fois-ci, elle décrète que
10:50ce sera la dernière et si ça ne marche pas, elle tentera d'autres méthodes.
10:55Pour me protéger, je me disais ça n'a pas marché. Donc j'étais beaucoup plus laxiste.
11:00Les deux premières fois, j'avais arrêté bien de fumer, bien de boire. Là, j'étais là,
11:05je vais quand même boire un petit verre. Je me comporterais comme une femme enceinte si un jour
11:09j'en suis une. Voilà, c'est ce que je m'étais dit. Donc j'étais beaucoup plus détendue aussi
11:12peut-être.
11:13J'avais fait un premier test qui était négatif, donc je me disais bon, ça n'a pas marché comme
11:17prévu.
11:17Je n'avais pas eu le temps d'être vraiment triste. J'étais partie faire une action militante écolo
11:23parce que je suis engagée dans le féminisme et dans l'écologie. On était partie faire une action.
11:28Et puis moi, là, je n'ai pas eu de chance, je me suis arrêtée par la police. Donc en
11:30plus,
11:30je me suis retrouvée en garde à vue quelques heures. Et puis moi, j'avais la forme, tout allait bien.
11:36Puis trois jours après, la nausée, tous les symptômes de grossesse. Et là, je refais un test sanguin.
11:42Et là, en fait, j'étais enceinte. Et donc là, j'étais trop, trop, trop heureuse.
11:49Dès le début, j'ai été très malade parce que le début de la grossesse, c'est difficile.
11:53C'est assez tabou encore parce qu'on dit qu'il ne faut rien dire pendant les trois premiers mois.
11:58Mais en fait, c'est très, très éprouvant pour le corps. Et puis moi, en plus, j'ai découvert après,
12:02quelques jours plus tard, que j'attendais des jumeaux. Donc j'étais forcément très fatiguée.
12:07Quand j'ai vu les deux petits ronds à l'écho, j'ai entendu les deux battements de cœur.
12:11J'étais, quoi ? Mais ce n'est pas possible. Comment je vais faire ?
12:14Toute ma grossesse, en fait, j'étais un peu terrorisée parce que faire un enfant hors du couple,
12:19ça me paraissait compliqué, mais je pensais que j'allais être capable de m'organiser.
12:23Mais deux, là, je me disais, mais comment tu vas faire ?
12:26Ce n'est pas possible humainement de gérer tout ça.
12:29Donc j'ai eu la chance que ma mère se soit très vite engagée à me dire,
12:32je serai là avec toi et tout, je t'aiderai, tu ne seras pas toute seule.
12:37Mais j'étais quand même un peu... Ce n'était pas rien comme nouvelle.
12:40Certains de ses amis s'engagent également à l'aider.
12:43Judith commence alors des séances de préparation à l'accouchement,
12:46notamment dans sa maternité.
12:48Là-bas, l'équipe lui explique les règles qu'elle va devoir suivre.
12:52Ce qui a été très difficile pour moi, c'est que dans ma maternité,
12:56bon déjà, on parlait tout le temps du papa, du papa, du papa,
12:58et on m'explique, vous aurez le droit qu'à une seule et même personne,
13:02que ce soit pendant l'accouchement, et tout votre séjour ensuite de couche.
13:06Et moi, je leur explique qu'en fait, moi, je suis célibataire,
13:11donc il n'y a pas quelqu'un qui va s'arrêter de vivre pendant deux semaines,
13:14pour moi, entre mon accouchement et les deux semaines après.
13:17Moi, je peux tout à fait organiser un roulement entre ma maman, mes amis.
13:21Il peut y avoir une personne avec moi à chaque jour,
13:23mais pas quelqu'un qui va s'arrêter pendant deux semaines.
13:26Ils me disent, non, ce n'est pas possible.
13:27Dans ce cas, vous serez toute seule.
13:29C'est une seule et même personne, c'est tout.
13:31Et moi, j'essaie de dire, mais enfin, un accouchement,
13:33c'est quand même quelque chose de très difficile.
13:35Je comprends que je ne vais pas inviter toute la semaine à l'heure et tout,
13:37mais qu'il soit une personne, mais je ne peux pas avoir la même tout le temps.
13:40J'essaie d'aller plaider ma cause auprès du psy.
13:42Je me disais que le psy, il allait peut-être pouvoir comprendre ma situation.
13:46Et là, il me dit, non, ce n'est pas possible,
13:48mais sinon, vous pouvez aller en unité mère-enfant.
13:50Donc, il me propose d'aller en unité psychiatrique, quoi.
13:53Comme si le fait que je demande à être entourée d'une personne que j'aime la nuit,
13:58suivant mon accouchement, c'était de l'ordre de la psychiatrie.
14:02En juillet 2023, sa mère et le conjoint de sa mère
14:06accompagnent Judith à la maternité
14:08pour déclencher son accouchement à 39 semaines de grossesse.
14:11J'ai accouché, donc ça a duré, je ne sais pas, 25 heures,
14:15ce qui s'est terminé par une césarienne en urgence,
14:17où j'ai perdu 2 litres de sang.
14:19On a 5 litres de sang, donc moi, j'ai perdu 2 litres de sang.
14:22Ça s'appelle une hémorragie de la délivrance.
14:23Ça a été un accouchement très difficile, très douloureux.
14:26Et suite à ça, alors que je n'avais pas dormi depuis 48 heures,
14:30je n'ai pas eu le droit d'être accompagnée par quelqu'un que j'aime
14:33pendant ma toute première nuit avec mes enfants,
14:35avec mon fiston qui n'allait pas très bien,
14:37qui n'arrêtait pas de pleurer,
14:38moi qui n'étais censée pas me lever suite à ma césarienne et à mon hémorragie,
14:41mais qui n'avait pas le choix, donc qui ne faisait que me lever,
14:44avec ma cicatrice qui se rouvrait du coup, mon bébé dans les bras,
14:46et moi qui avais des vertiges, et qui sonnait, qui sonnait,
14:49qui sonnait pour qu'on vienne nous aider, et personne ne venait.
14:52Et ça, c'est de la torture.
14:54C'est inhumain.
14:56J'ai fini par m'endormir avec mon bébé sur moi,
14:58ce qui est très dangereux de dormir avec un nouveau-né
15:00en cododo dans un lit, il aurait pu s'étouffer.
15:03Tout ce qui s'est passé, c'est gravissime.
15:04Et pourquoi ?
15:05Tout ça, parce que j'ai eu l'audace de faire un enfant sans mec ?
15:08Je suis désolée, c'est gravissime.
15:10Après 9 jours d'hospitalisation à la maternité,
15:13jeudi de sors de l'hôpital.
15:15En plus, j'ai chopé une infection au bloc opératoire.
15:17J'ai 42 fièvres,
15:19je suis au bout du rouleau.
15:21Comme je n'ai pas pu me reposer à la maternité
15:22et que j'ai une infection, je suis en fait
15:25une mort vivante, je suis dans un état lamentable.
15:27Et donc, je suis très vite
15:29réhospitalisée, sans mes enfants,
15:31dans un autre hôpital.
15:32Quand ils me parlent de me renvoyer à ma maternité,
15:34je fais une crise d'angoisse, en me disant
15:35« Non, non, non, surtout pas, surtout pas, surtout pas. »
15:37Et voilà, j'ai failli y passer, en fait.
15:39Moi, je suis jeune, je suis en bonne santé.
15:40Si j'avais pu me retaper suite à mon accouchement,
15:42si on avait pris un peu soin de moi,
15:44comme ce qui devrait être normal qu'on prenne un peu soin
15:46des femmes qui viennent d'accoucher,
15:48ça ne se serait pas passé comme ça, c'est sûr.
15:52De retour chez elle,
15:53Judith se rend compte qu'elle est très angoissée.
15:55On lui diagnostique une dépression du postpartum.
15:58C'est un moment, en fait,
15:59où on aurait besoin des autres femmes,
16:00des femmes qui ont été mères avant nous.
16:02On a besoin de quelqu'un qui comprend ce que c'est,
16:04cette espèce de bouleversement d'amour.
16:06Et en même temps, cette tempête,
16:07on a besoin des autres.
16:09Moi, j'ai décidé du coup de faire les choses autrement.
16:11Donc, j'avais une nounou qui venait plusieurs heures par jour
16:14pour nous aider.
16:16Et comme moi, j'étais toute seule,
16:17du coup, pour m'occuper de mes bébés,
16:19moi, j'ai fait appel à une nounou de nuit.
16:21Donc, ça, c'est une profession qui n'est pas trop connue
16:23en dehors des familles de jumeaux.
16:25Donc, elle, elle dormait dans la chambre avec les bébés.
16:27Elle intervient quand il se réveille
16:28et puis elle vous réveille en cas d'urgence.
16:29Parce qu'un nourrisson,
16:31il se réveille toutes les heures et demie.
16:32C'est toutes les heures et demie,
16:33tous les jours,
16:34pendant des semaines.
16:35Et puis, c'est aussi quelqu'un
16:36qui vous materne un peu,
16:37ça fait du bien.
16:42Bébé, on ne dort pas du tout au début.
16:43Donc, c'était vraiment essentiel pour moi
16:45d'avoir de l'aide.
16:46Et puis, c'était pour moi sain
16:49qu'il y ait du monde à la maison.
16:51Et aujourd'hui, comment ça va ?
16:53Aujourd'hui, franchement, il n'y a pas de souci.
16:55Sauf quand je suis malade, c'est un peu dur.
16:56Mais aujourd'hui, c'est trop bien.
16:59Ils sont extraordinaires.
17:01Je suis comblée.
17:02J'ai vraiment une chance incroyable
17:04d'avoir vécu à une époque
17:05où j'ai pu prendre mon destin en main.
17:08Il y a d'autres femmes à d'autres époques
17:09qui n'ont pas cette chance.
17:10Il y a d'autres femmes dans d'autres pays
17:10qui n'ont pas cette chance.
17:11Donc, je m'estime vraiment
17:15tellement chanceuse.
17:30Barbara, Judith Duportail n'est pas une inconnue.
17:33Pour une partie des gens qui nous écoutent,
17:34elle a déjà publié deux livres
17:36sur l'amour à l'heure des applis de rencontres.
17:38Deux livres qui ont été remarqués.
17:40Oui, elle avait déjà fait parler d'elle
17:42avec son premier livre en 2019,
17:44L'amour sous algorithme,
17:45dans lequel elle fait une enquête sur Tinder.
17:47Elle révèle entre autres que l'application de rencontres
17:49se base sur un score de désirabilité
17:51pour que les personnes jugées belles
17:53se rencontrent uniquement entre elles.
17:55Et dans son deuxième livre,
17:57Dating fatigue,
17:58Judith parle de l'amour au 21e siècle
18:00et de tout ce que ça engendre.
18:02Elle parle notamment du ghosting,
18:03qui est le fait de ne plus répondre aux messages
18:05du jour au lendemain,
18:06et de plein d'autres pratiques
18:07dans les relations amoureuses actuelles.
18:09Dans ses livres, en fait,
18:09elle a l'habitude de parler de sa propre expérience
18:12pour en faire une analyse plus globale,
18:14comme sur ses réseaux sociaux,
18:15où elle a plus de 40 000 abonnés sur Instagram.
18:17Et justement, son nouveau livre,
18:19Maternité Rebelle,
18:20n'est pas un livre de témoignages,
18:22mais un essai.
18:23Quel est son message ?
18:23Elle insiste vraiment sur le fait
18:25que c'est avant tout un heureux événement
18:26d'avoir eu ses jumeaux
18:27et que, même si elle est seule pour les élever,
18:30ses amis et sa famille
18:31prennent une place importante dans leur vie.
18:33En fait, elle veut montrer
18:34qu'il y a d'autres manières
18:35d'avoir des enfants
18:35que de rester avec un homme
18:37qui, parfois,
18:38pourrait ne pas bien traiter sa partenaire.
18:40Pour elle,
18:40si ça se passe mal dans le couple,
18:42il ne faut pas rester par peur
18:43de l'horloge biologique
18:44et envisager une autre manière
18:45d'avoir des enfants.
18:47Merci Barbara Gouy.
18:48Maternité Rebelle est publiée
18:50chez Binge Audio Édition.
18:52Merci à Bérangère Lepetit
18:53pour son aide.
18:54Cet épisode de Code Source
18:55a été produit par Clara Grosis
18:57et Clara Garnier-Amourou.
18:59Réalisation,
18:59Julien Moncouquiol.
19:01Code Source est le podcast quotidien
19:03d'actualité du Parisien.
19:04N'oubliez pas de vous abonner
19:05pour ne rater aucun épisode.
19:06Sous-titrage Société Radio-Canada
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