- il y a 11 heures
Hakan Marty a grandi dans une famille d’accueil violente avant d’intégrer un foyer et de devenir, une fois adulte, éducateur. ll raconte son parcours à Code source. Crédits.
Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Clara Garnier-Amouroux, Raphaël Pueyo et Barbara Gouy - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network.
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00:02Bonjour, c'est Raphaël Pueyo pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:11Le 14 février, le Parisien consacrait un dossier sur l'ASE, l'aide sociale à l'enfance,
00:17l'organisme en charge de suivre et de placer des enfants qui ne peuvent plus rester dans leur famille.
00:22Depuis des années, l'ASE traverse une crise profonde, incapable d'aider tous les jeunes en difficulté.
00:28Des éducateurs dénoncent le manque de moyens et l'abandon de l'État.
00:32Selon un rapport de 2021, près de 400 000 jeunes bénéficient de l'aide sociale à l'enfance, un nombre
00:38qui augmente chaque année.
00:40Akan Marti, 31 ans, fut l'un d'entre eux. Il a grandi dans une famille d'accueil, puis dans
00:45un foyer, avant de devenir lui-même éducateur.
00:48Pour Codesource, il raconte son parcours au micro d'Ambre Rosala.
00:59Akan Marti vient d'emménager à Annecy, en Haute-Savoie, mais il est originaire de Normandie, où il est né
01:04le 15 avril 1992.
01:06Sa mère est une ancienne enfant placée par l'aide sociale à l'enfance, l'ASE.
01:10Elle a grandi avec les Raquins, une famille d'accueil de Darnétal, un village près de Rouen,
01:15et elle continue de leur rendre visite très régulièrement après sa majorité.
01:19A la naissance d'Akan, elle est dépendante à l'héroïne et n'a pas de domicile fixe.
01:24Il est alors placé en pouponnière quand il a trois mois, et sa mère le confie régulièrement à la famille
01:29Raquin.
01:33Quand je suis né, ma mère n'était pas du tout capable de s'occuper de moi.
01:37Et en fait, j'ai été placé quasiment dès ma naissance.
01:41Sauf que ce qu'elle faisait, c'est qu'elle me récupérait la pouponnière,
01:45elle m'embarquait dans la famille d'accueil sans autorisation,
01:49parce que je n'étais pas officiellement placé chez eux,
01:51mais du coup, c'était un peu son lieu secours, son lieu où elle se sentait bien.
01:56Donc, elle me laissait là-bas, elle m'embarquait avec elle dans les lieux où elle vivait,
01:59et dès qu'elle ne pouvait plus du tout me nourrir ou qu'elle avait d'autres choses à faire,
02:03elle me relaissait dans la famille d'accueil.
02:04Puis à force, les services de l'aide sociale à l'enfance m'ont placé dans la famille d'accueil
02:09en question
02:10à un an et demi, et j'y suis resté jusqu'à mes 15 ans.
02:14Akan appelle monsieur et madame Raquin, le couple qui s'occupe de lui, tonton et tata.
02:18Ils vivent dans une maison avec un grand jardin,
02:20où ils s'occupent de quatre enfants de l'aide sociale à l'enfance, dont Akan.
02:24Ils ont eux-mêmes des enfants et des petits-enfants qui vivent avec eux ou qui leur rendent visite régulièrement.
02:30Tu vois une différence entre les enfants de la famille d'accueil et toi,
02:33quand tu rentres de l'école et qu'eux sont allongés dans le canapé,
02:37ils peuvent choisir ce qu'ils veulent à la télé,
02:39toi t'as pas le droit, quoi qu'il arrive, de toucher à la télé.
02:41Tout ce qui était Nutella, Fanta, Coca, ils en prenaient et nous on n'avait pas le droit.
02:45Quand il y avait un bon bulletin, ils donnaient un peu d'argent.
02:48Et je me rappelle qu'une fois, j'avais travaillé comme un dingue pour avoir un bon carnet.
02:53Et je suis revenu à la maison en même temps que ses petits-enfants.
02:56J'ai vraiment eu un bulletin excellent et il m'avait donné deux euros.
02:59Et le petit-fils avait eu un bulletin qui était bien, je vais pas dire qu'il était pas bien,
03:04mais qui était bien et il a eu 100 euros.
03:06À Noël, eux, ils avaient le salon entier rempli de cadeaux pour eux
03:10et toi t'avais un ou deux cadeaux.
03:11Quand t'es enfant, tu comprends pas cette différence.
03:13C'est violent à vivre et tu sens que du coup, t'es pas vraiment à ta place.
03:18L'éducation que reçoit Akane est très stricte.
03:21Mais malgré ça, il se prend d'affection pour le couple qui l'accueille.
03:24Il sait que ce ne sont pas ses parents, mais il les considère comme sa famille.
03:28Tata avait perdu son fils et je crois qu'il y a eu un transfert par rapport à moi.
03:33J'ai l'impression que je représentais pour elle l'enfant qu'elle avait perdu
03:37et puis cette figure masculine à la maison alors que j'avais 9-10 ans.
03:42Et après, à l'inverse, elle ne voulait pas que je dise « je t'aime ».
03:46Il n'y avait jamais de marque d'affection de sa part.
03:50Il n'y avait pas de câlins, il n'y avait pas de bisous, il n'y avait pas de
03:53mots tendres.
03:54C'était des actions que j'allais récupérer.
03:57C'était tout bête, mais il y avait la nounou d'enfer avant.
03:59Et elle me disait « monte dans la chambre »
04:01et du coup, je pouvais regarder au bout de son lit avec elle
04:03ou il y avait la série Zorro que je regardais aussi avec elle.
04:06C'était plutôt ça, les signes d'affection.
04:07La mère d'Akane donne naissance à 4 autres enfants, 3 garçons et une fille,
04:11qui sont placés dans d'autres familles d'accueil.
04:14Et sa mère rend parfois visite à Akane.
04:16La relation que j'avais avec ma mère m'était spéciale parce que je l'idéalisais.
04:20On m'a fait faire le catéchisme quand j'étais enfant
04:22et du coup, je percevais ma mère comme un peu la Vierge Marie.
04:26Quand je l'avais en image dans ma tête, c'était avec une lumière,
04:29et je la voyais très très peu.
04:31Je ne l'ai vu que quelques fois.
04:32Et dans les fois où je l'ai vue, c'était une fois où il y avait ma petite sœur
04:37qui était là
04:38et donc elle s'occupait de notre petite sœur.
04:39Une autre fois où elle s'est fait poursuivre par des hommes dans la rue
04:41et j'entendais des hommes l'insulter et puis vouloir la frapper.
04:45Donc ma mère, je savais que c'était ma mère,
04:47mais dans les actes quotidiens, en fait, je ne savais pas ce qu'était ma mère.
04:52Akane fête ses 8 ans en avril 2000.
04:55Trois mois plus tard, en juillet,
04:57Madame Raquin vient le voir pour lui dire que sa mère est décédée.
05:01Je revois Tata devant moi, me dire
05:04« Akane, il faut que je te parle. »
05:07Et elle me dit « Ta mère est morte. »
05:09Et il y a eu un blanc.
05:11Et en fait, elle, après, elle est partie.
05:14Je suis resté dans la chambre et j'ai essayé de comprendre ce que ça voulait dire.
05:18Parce qu'elle était absente, ma mère, donc au final, ça restait la même chose.
05:23Et je me revois à penser, à savoir si je devais pleurer, pas pleurer,
05:28et à chercher ce que je devais dire.
05:31Et en fait, on n'en a plus jamais reparlé après.
05:35Personne ne dit à Akane comment sa mère est morte.
05:37L'année d'après, en avril 2001,
05:40Monsieur Raquin meurt brutalement d'une crise cardiaque.
05:42Akane a 9 ans.
05:44Madame Raquin tombe en dépression,
05:45et c'est l'une de ses filles qui prend le relais pour s'occuper des enfants placés.
05:51On est passé dans une vie,
05:54c'est des images d'enfants, mais qui étaient plutôt agréables,
05:57à quelque chose d'assez compliqué.
05:59On m'a demandé de tenir un rôle d'homme.
06:02J'avais interdiction de pleurer, parce qu'on n'avait pas le droit en tant qu'homme.
06:05En gros, les hommes devaient être forts,
06:07et puis avoir un métier d'homme.
06:10Et puis, les filles qu'il y avait à la maison,
06:12il fallait qu'elles fassent les tâches ménagères.
06:14Enfin voilà, c'était assez stéréotypé.
06:18Et à ce moment-là, moi, je ne voyais pas que je vivais de la violence.
06:21Alors je souffrais, j'en étais conscient.
06:24Quand on parle de violence,
06:27violence physique, coup de poing, coup de pied,
06:30violence psychologique.
06:31Alors, on m'a insulté de bougnol,
06:34on m'attaquait par rapport à mon prénom,
06:36du fait que je m'appelle Akane,
06:37et que ce n'était pas français.
06:40J'ai été enfermé pendant des heures et des heures dans la chambre.
06:44On n'avait pas le droit de parler à table, par exemple.
06:46On n'avait pas le droit de regarder la télé,
06:47alors qu'ils regardaient la télé pendant qu'on mangeait,
06:49mais nous, on n'avait pas le droit.
06:50Et si on regardait, c'était un coup de couteau,
06:52un coup de fourchette ou une claque.
06:53C'était ultra violent.
06:55Ce qui était assez ambivalent de ma part à cette période-là,
06:58c'est que je les aimais,
06:59et donc pour moi, c'était normal ce qui se passait.
07:01Madame Raquin aussi est violente avec lui.
07:03Elle le punit très souvent,
07:05et il doit parfois recopier des milliers de lignes
07:07pendant des heures.
07:08Les claques et les coups de fouet sont quotidiens.
07:10Le soir, pour s'endormir,
07:12Akane se met à se bercer tout seul.
07:14Il tourne sa tête vers la gauche,
07:16puis vers la droite, tout doucement.
07:18L'acte en lui-même me permettait de m'endormir.
07:22Je n'avais pas de doudou,
07:24on n'avait pas de tétine quand j'étais enfant,
07:25je me souviens bien.
07:27Et en fait, quand je n'étais pas bien,
07:29je tournais la tête, mais tous les soirs, tout le temps.
07:31J'avais besoin de ça.
07:32Ça m'apaisait, ça me calmait.
07:35Et ça me permettait de m'évader dans ma tête
07:37et d'oublier ce qu'il y avait autour de moi.
07:39Quand des visites de contrôle par l'aide sociale
07:41à l'enfance sont programmées,
07:43la famille d'accueil demande à Akane
07:44et aux autres enfants placés
07:45de ne rien dire des violences qu'ils subissent.
07:48La famille d'accueil me décrivait
07:49les services sociaux comme des gens horribles
07:52et qui allaient me mettre dans des foyers
07:54où j'allais être frappé,
07:55où on allait me voler mes affaires,
07:56qu'on n'allait pas me donner d'argent.
07:57Au final, c'est ce que je vivais à la maison,
07:59mais on me décrivait ça de l'extérieur.
08:00Et j'avais peur de perdre aussi cette famille.
08:04En fait, j'avais l'impression
08:04qu'il n'y avait qu'eux qui existaient.
08:05C'est que l'extérieur, comme je ne le connaissais pas
08:08et qu'on me montrait un tableau qui était horrible,
08:11en fait, mon assurance-vie,
08:12elle était dans cette maison-là.
08:14Donc, pour ma part,
08:15je pensais que j'allais souffrir en les quittant.
08:18Akane entre au collège
08:19et Mme Rakin tombe malade d'un cancer.
08:21Elle est très affaiblie
08:22et Akane se met à s'occuper d'elle au quotidien.
08:25La violence et les punitions continuent
08:27et en quatrième,
08:28il tente de mettre fin à ses jours.
08:31Au collège, c'était difficile.
08:33J'étais dans un collège qui était compliqué.
08:35J'avais cette pression où il fallait que je réussisse.
08:37À la maison, dès que je rentrais,
08:39c'était des cris, c'était de la violence.
08:42Le week-end, j'étais puni.
08:44Je voulais ne plus souffrir.
08:46Et en fait, Tata avait une fameuse boîte remplie,
08:49une sacoche remplie de médicaments.
08:52Et je me suis dit,
08:53c'est bon, je veux partir en paix,
08:56mais je veux être apaisé à l'intérieur.
08:59Je n'en peux plus.
09:01Je ne sais même plus ce que j'ai pris,
09:02mais j'ai enchaîné les médicaments.
09:05Et j'ai eu un élan de lucidité,
09:07où j'ai pris peur,
09:08et je me suis dit, je ne veux pas mourir.
09:10Je voulais vivre.
09:11Et donc, j'ai couru voir Tata pour lui dire.
09:18Akane survit.
09:20En 2007,
09:21Madame Raquin est trop affaiblie par la maladie,
09:23et elle demande à ce que les enfants placés chez elle
09:25lui soient retirés,
09:26parce qu'elle ne peut plus s'en occuper.
09:28Le 3 juin 2007,
09:30Akane, qui a 15 ans,
09:32quitte sa famille d'accueil
09:33pour être placée dans une maison d'enfants
09:34à caractère social,
09:35une sorte de foyer.
09:37Je suis arrivé au foyer,
09:38j'étais accueilli par un éducateur.
09:41Et puis, je me suis bercé ce jour-là.
09:45Énormément.
09:46Parce que c'était dur, le changement.
09:48Et en fait, au fur et à mesure du temps,
09:50je me suis rendu compte que j'étais bien au foyer.
09:55De pouvoir regarder la télé comme ça,
09:57de pouvoir faire un baby-foot avec quelqu'un
10:00sans que ça crie,
10:02de pouvoir prendre un goûter dans le placard
10:05sans te faire frapper
10:06parce qu'ils ne sont pas du tout d'accord,
10:09de pouvoir juste aller au cinéma avec des amis.
10:11Ça a été une énorme découverte pour moi,
10:13ça, ces moments-là.
10:14Mais du coup, j'étais en décalage
10:16avec tout le monde
10:16parce que pour moi,
10:18c'était des choses qui étaient folles.
10:20C'était normal pour les trois quarts des gens
10:22que je côtoyais.
10:23Pour moi, ça ne l'était pas du tout.
10:24Quand les éducateurs disent
10:25« Tu fais quoi cet après-midi ?
10:27Tu sors ? »
10:28Et les premières fois,
10:30je me souviens bien,
10:30je ne savais pas quoi répondre
10:31parce que je ne savais pas que j'avais le droit.
10:33Donc, plein de petits détails du quotidien,
10:35on se rend compte
10:36qu'il y a plein de belles choses à vivre.
10:39Et ça, ça m'a effrayé au début
10:42et après, j'ai croqué à pleines dents
10:44cet espace de liberté.
10:46Tous les soirs,
10:47j'allais jouer sur le terrain de foot
10:48avec d'autres jeunes
10:49ou avec les éducateurs
10:50et je me sentais super bien.
10:52Je pense que j'ai commencé à vivre
10:54alors qu'avant,
10:55c'était plus le mot « survivre ».
11:02Le foyer accueille des dizaines d'enfants
11:04et d'adolescents de tous âges
11:05divisés en différents groupes.
11:07Akan vit au quotidien avec douze jeunes
11:09âgés de neuf à seize ans.
11:11Ce n'est pas des histoires drôles
11:13quand on est placé.
11:14C'est toujours une histoire compliquée derrière
11:17et quand on t'entend parler de violence,
11:18de viol,
11:19c'était le côté où je trouvais ça difficile.
11:22Je voyais ceux qui rentraient en famille
11:24et quand ils revenaient,
11:25les comportements pouvaient changer.
11:27Un appel téléphonique,
11:27je pouvais voir des comportements changer.
11:29Enfin, l'impact que ça avait.
11:31Et quand tu vis à une dizaine de jeunes
11:35sur un groupe avec tous des problématiques
11:38à longueur de temps,
11:39ce n'est pas simple du tout.
11:40Ton quotidien, il est particulier
11:41quand tu as 15 ans.
11:42Tu te dis, mais j'ai rien demandé.
11:44Je suis né,
11:45je n'ai pas demandé mon histoire familiale.
11:47Tu subis en fait le cours de la vie.
11:49Quand tu prends un peu de recul,
11:51tu te dis, waouh, c'est lourd quand même.
11:52Akan entre au lycée,
11:54puis il obtient son bac.
11:55Au foyer, l'une de ses éducatrices
11:57lui a conseillé de passer son BAFA
11:59pour devenir animateur.
12:00Et c'est ce qu'il fait.
12:01Il espère qu'à sa majorité,
12:03l'aide sociale à l'enfance
12:04va lui proposer un contrat jeune majeur
12:06qui lui permettrait d'avoir une aide financière.
12:08Le 15 avril 2010,
12:10Akan fête ses 18 ans.
12:12Peu après,
12:12il a rendez-vous avec une inspectrice de l'ASE
12:14qui lui annonce
12:15qu'il n'aura pas de contrat jeune majeur.
12:17J'étais en terminale
12:19et on me dit,
12:19l'année prochaine,
12:21ça va être fini.
12:23Et là,
12:23je vois un mur blanc devant moi.
12:25Je me suis dit,
12:26mais qu'est-ce que je fais ?
12:27Enfin, moi,
12:28je me suis senti seul.
12:29Seul face à l'avenir,
12:31seul face à ce monde
12:32qui est effrayant.
12:33Et puis moi,
12:34on ne m'avait pas du tout appris
12:35tout ce qui était,
12:36j'en sais rien,
12:37moi, la mission locale,
12:38le pôle emploi,
12:38tous ces trucs-là.
12:39Je n'avais aucune idée
12:40de ce que c'était.
12:41Donc, à 18 ans,
12:42je me retrouvais face à moi-même
12:43avec ce qu'on m'avait appris de la vie.
12:46Et voilà.
12:47Donc, tu te sens petit.
12:48Akan quitte le foyer
12:49et emménage dans une chambre
12:50de 9 mètres carrés.
12:51Il travaille en tant
12:52qu'animateur scolaire,
12:53mais il a du mal
12:54à joindre les deux bouts.
12:55Il devient ensuite
12:56directeur de colonie de vacances.
12:58Un jour,
12:59lors d'un séjour,
13:00une collègue animatrice
13:02lui dit qu'il devrait devenir
13:03éducateur spécialisé
13:04et travailler dans des foyers
13:06avec des jeunes
13:06de l'aide sociale à l'enfance.
13:08Et moi, c'était impossible.
13:10Venant de foyers,
13:11venant de familles d'accueil
13:12et avec un quotidien
13:15où justement,
13:15je côtoyais des éducateurs
13:16pendant une période,
13:17ce n'était pas possible
13:18que je sois à leur place.
13:20Mais cette phrase-là
13:21a fait écho
13:22et je me suis dit
13:23pourquoi pas ?
13:23Tu es animateur,
13:24tu es directeur,
13:26tu as des compétences,
13:27mais en plus,
13:27je voulais aller plus loin
13:28dans mes connaissances
13:29pour accompagner ce public-là.
13:31Dans ma famille,
13:31personne n'avait été diplômé.
13:33Dans la famille d'accueil,
13:34non plus.
13:35Et donc,
13:35j'avais une sorte
13:36de barrière symbolique
13:37que je devais affronter.
13:39Barrière financière aussi
13:40parce que j'étais tout seul
13:42et donc,
13:43il fallait reprendre des études,
13:44il fallait payer.
13:45Et donc,
13:46j'ai pris mon courage à deux mains
13:47et je me suis dit
13:48allons-y,
13:49pourquoi pas ?
13:51Akan commence des études
13:52pour devenir éducateur spécialisé.
13:54Entre sa formation
13:55et son poste d'animateur,
13:56il travaille 7 jours sur 7.
13:58Il obtient son diplôme
14:00et commence à travailler
14:01dans des foyers.
14:02Il découvre l'envers du décor
14:04avec des établissements
14:05où les éducateurs
14:06ne sont pas toujours
14:07aussi bienveillants
14:07que ceux qu'il a connus.
14:09Dans le même temps,
14:10il décide d'entamer une thérapie
14:12et au fil des séances
14:13avec son psychologue,
14:14il comprend que ce qu'il a vécu enfant
14:16dans cette famille d'accueil
14:17qu'il aimait tant
14:18était en fait de la maltraitance.
14:23J'ai eu des chaleurs
14:25dans tout le corps
14:27parce que je n'arrivais pas
14:28à y croire
14:28et parce que je n'arrivais pas
14:29à dire que c'était de la maltraitance.
14:31C'était comme si
14:31que je faisais du mal
14:32moi à cette famille d'accueil-là.
14:34Et après,
14:35je passais par une phase de colère
14:36où je me disais
14:38« Mais non,
14:38ils ont été maltraitants
14:39et c'est n'importe quoi. »
14:41Et puis après,
14:42j'ai essayé d'aller plus loin
14:43et de comprendre
14:45totalement
14:45ce qu'était la maltraitance
14:46et comment je pouvais avancer
14:48par rapport à ça
14:48et de ne pas reproduire
14:50ces malades.
14:50Parce que quand tu es habitué à ça,
14:52la reproduction,
14:53elle peut être très facile.
14:54Et puis de me dire
14:55« Si un jour,
14:56j'ai des enfants,
14:56est-ce que je vais agir comme ça ?
14:58Est-ce que je vais être comme ça
14:59parce que je vais être frustré ? »
15:01Et tu te dis
15:02« Comment tu travailles tout ça ?
15:03Comment tu avances ? »
15:06Le verbaliser,
15:06ça aide beaucoup.
15:07J'en parle
15:08avec beaucoup de facilité.
15:10Il y a beaucoup moins de tabous
15:11maintenant pour moi
15:12par rapport à ça
15:12mais ça a mis beaucoup,
15:13beaucoup de temps.
15:14Après ça,
15:15Hakan décide d'écrire
15:15un livre sur son histoire.
15:17Et en écrivant,
15:18il se rend compte
15:18qu'il ne sait quasiment rien
15:19de l'histoire de sa famille.
15:21Et il décide
15:22de mener l'enquête.
15:23Je me suis dit
15:24« On va commencer
15:24par la personne capitale
15:26dans cette histoire
15:26qui est ma mère. »
15:28Et je suis parti
15:28à sa recherche,
15:30à la recherche de son histoire.
15:31et j'ai réussi
15:33au fur et à mesure
15:33à contacter les personnes
15:34et à remonter
15:36au fil du temps
15:37ses connaissances.
15:38J'ai découvert
15:39beaucoup de choses
15:39de sa personnalité
15:41et de sa manière de vivre.
15:42J'ai découvert
15:43comment elle a quitté ce monde.
15:45J'ai découvert
15:46qu'elle s'était faite assassiner.
15:47Elle aurait volé
15:4950 kilos de cocaïne
15:51et puis elle voulait
15:53garder l'argent
15:54pour s'occuper
15:55de ses enfants.
15:56Et voilà,
15:56elle est décédée très jeune
15:57mais j'ai voulu
15:58aller plus loin encore
15:59et donc j'ai eu des liens
16:00avec ma grand-mère,
16:01avec la sœur
16:03de ma mère
16:05et ça a été
16:06jusqu'à l'arrière-grand-mère
16:07où j'ai su
16:08que j'avais de la famille
16:08dans le sud.
16:10De comprendre l'histoire,
16:11ça m'a permis
16:11de me dire
16:12que je n'étais pas
16:12juste un enfant placé
16:13et que du coup
16:14j'avais une histoire familiale
16:16donc j'avais une famille.
16:17Même si ça allait
16:18s'arrêter là,
16:20j'étais l'enfant
16:20de quelqu'un au final
16:21et ça m'a fait
16:22beaucoup de bien.
16:23Dans ses recherches,
16:25Akane apprend
16:25qu'en plus de sa mère,
16:27sa grand-mère maternelle
16:28a elle aussi
16:29été une enfant placée.
16:31Quand tu sais
16:31qu'il y a des gens
16:32qui héritent
16:33d'un héritage culturel,
16:35d'autres qui héritent
16:36d'un héritage financier,
16:37d'autres qui héritent
16:37de valeur,
16:39toi,
16:39le seul héritage que tu as
16:40c'est cette histoire
16:42familiale de placement.
16:43J'ai eu honte au début
16:45puis après je me suis dit
16:46de toute façon
16:47c'est leur histoire à elle,
16:48c'est pas la mienne
16:48donc je peux pas influencer.
16:50La seule influence
16:50que je peux avoir
16:51c'est moi et ma propre histoire.
16:53Donc si un jour
16:53j'ai des enfants,
16:55je vais tout faire
16:56pour ne pas qu'ils soient placés
16:58et de casser ça.
17:00Je peux changer
17:01le destin de ma famille.
17:15Ambre,
17:16comme il le raconte
17:17à la fin de l'épisode,
17:18Akane est parti
17:19sur les traces
17:19de sa mère
17:20et de sa famille.
17:21Il en a fait un livre
17:22« Enfants mal placés »
17:23publié en 2021
17:24aux éditions Max Milot.
17:26Aujourd'hui,
17:27qu'est-ce qu'il sait
17:28de son père ?
17:28Alors il a retrouvé
17:30qui c'était
17:30lorsqu'il a enquêté
17:31sur sa mère.
17:32Ils se sont rencontrés,
17:34Akane a pu en savoir plus
17:35sur son histoire familiale
17:36mais ils en sont restés là
17:38et ils n'ont pas gardé contact.
17:40Tu parles beaucoup
17:40de la famille d'accueil
17:41d'Akane.
17:42Est-ce qu'ils ont été
17:43rémunérés pour l'accueillir ?
17:44Oui, être famille d'accueil
17:46c'est un métier.
17:47Les personnes qui accueillent
17:48des enfants de la ZEU
17:49sont considérées
17:49comme des salariés
17:50des services du département
17:52et donc le couple
17:53qui est accueilli Akane
17:54a été rémunéré
17:55pour Akane
17:55mais aussi pour les trois
17:56autres enfants
17:57de l'aide sociale à l'enfance
17:58qu'ils accueillent
17:58en même temps que lui.
18:00La rémunération
18:00dépend des départements
18:01mais en général
18:02pour un enfant
18:03elle tourne autour
18:03d'un SMIC mensuel
18:04donc environ 1700 euros
18:06brut par mois
18:07et s'il y a plusieurs enfants
18:08il y a bien sûr
18:09des indemnités complémentaires
18:10par enfant
18:11mais là encore
18:11ça dépend des départements.
18:12Akane a quatre demi-frères
18:14et demi-sœurs
18:15eux aussi ont été placés
18:16dans une famille d'accueil
18:17est-ce qu'il les connaît ?
18:19Oui, il les connaît
18:20ils se voyaient
18:21de temps en temps
18:21quand ils étaient enfants
18:22il y avait des rencontres
18:23qui étaient organisées
18:24par la ZEU
18:25mais c'est vrai
18:26que ça restait assez rare
18:27et donc ils n'ont pas
18:28vraiment créé de lien
18:29il a été en contact
18:30avec l'un de ses frères
18:31Quentin
18:31quand il est parti
18:32à la recherche
18:32de l'histoire de sa famille
18:33ils ont fait
18:34quelques recherches ensemble
18:35mais au-delà de ça
18:36il n'est pas vraiment
18:37resté en contact
18:37avec ses frères et sœurs.
18:40Merci Ambrozala
18:41Cet épisode a été produit
18:42par Clara Garnier-Amourou
18:44réalisation
18:45Julien Moncouquiole
18:46Code Source
18:47est le podcast
18:48d'actualité du Parisien
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19:04Sous-titrage Société Radio-Canada
19:09Sous-titrage Société Radio-Canada
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