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Après plus de 200 témoignages et des reportages dans toute la France, deux journalistes du Parisien, Elsa Marnette et Bérangère Lepetit, publient « Babyzness » (Robert Lafont).
Un livre enquête qui dénonce les dérives de certaines crèches privées, qu’elles résument dans cet épisode de Code source.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network

Archives : INA, TF1, Europe1, BFMTV

#maltraitance #creche #enquete

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News
Transcription
00:03Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Après un drame, la mort d'une fillette de 11 mois dans une crèche de Lyon en 2022,
00:17aspergée de desktop, et un rapport édifiant des affaires sociales, Ligas, publié en juin,
00:22les crèches font une nouvelle fois l'actualité. Deux livres, publiés successivement les 7 et 8
00:27septembre, dénoncent en résumé une course au rendement et au remplissage dans les crèches
00:31privées, au détriment de l'attention accordée aux enfants. L'un de ses livres, intitulé
00:37Baby's Nest, est signé de deux journalistes du Parisien, Bérangère Lepetit du service
00:42Société et Elsa Marnette de l'édition de Seine-Saint-Denis du Parisien. Elles sont dans
00:46Codesource aujourd'hui pour nous résumer leur enquête.
00:58Elsa Marnette, avec Bérangère Lepetit, en avril 2022, vous écrivez un papier dans
01:03Le Parisien sur un homme très en colère contre la crèche de son fils.
01:08Oui, donc nous sommes au printemps 2022 et on est contacté par ce père de famille,
01:12Nicolas Havette, qui avait son enfant gardé dans une micro-crèche des Yvelines à Poissy.
01:19Et en fait, il nous explique que son enfant a été retrouvé hors de la crèche et qu'il
01:24a failli s'enfuir sur une avenue très passante.
01:29Cet événement s'ajoute à des soupçons de négligence, de mauvaise gestion dans cette
01:34structure privée et ça a conduit ce père de famille à porter plainte contre la structure.
01:39À un moment, il parle, je cite, d'un Orpéa des tout-petits, du nom de ce grand groupe
01:43d'EHPAD de maisons de retraite, dans la tourmente après la publication du livre d'un
01:48journaliste indépendant qui dénonçait des maltraitances dans les EHPAD du groupe.
01:51Bérangère Lepetit, pourquoi ce père fait le parallèle ?
01:55Selon ce père, ce sont les mêmes logiques de profit et de rentabilité qui sont à
01:58l'œuvre dans le secteur des personnes âgées et dans celui de la petite enfance et cela
02:03joue au détriment du soin accordé à la fois aux personnes âgées et aux enfants.
02:08Quelques semaines plus tard, le mercredi 22 juin, à Lyon, dans une crèche appartenant
02:12au groupe People and Baby, une salariée commet l'irréparable.
02:16Un matin, alors qu'elle est la seule adulte présente, elle asperge de produits chimiques
02:21desktop un bébé qui pleurait et elle lui fait boire du desktop.
02:25Lisa est morte, elle avait 11 mois.
02:27Bérangère Lepetit, ce drame a entraîné beaucoup de réactions.
02:30Là, d'un coup, c'est une véritable déflagration.
02:33Il y a des articles de presse, des sujets à la télé dans tous les sens.
02:37La crèche People and Baby, dans le troisième arrondissement de Lyon, c'est là qu'une
02:41fillette de 11 mois a été tuée.
02:42Cette auxiliaire puéricultrice qui a été incarcérée à la maison d'arrêt de Lyon-Corbat
02:46ce week-end...
02:46Le meurtre d'une petite fille de 11 mois dans cette crèche du troisième arrondissement
02:51de Lyon est encore dans tous les esprits.
02:53Et effectivement, beaucoup de réactions aussi des institutionnels, entre guillemets, donc
02:56à la fois les syndicats, les entreprises.
03:00Il y a Jean-Christophe Combes, le secrétaire d'État chargé des Solidarités et de la Famille,
03:04qui va demander à l'IGAS, l'Inspection Générale des Affaires Sociales, d'éclaircir un
03:10petit peu ce qui s'est passé ce jour-là, et plus généralement, d'enquêter sur ce
03:14qui se passe dans les crèches privées.
03:17Suite à ces événements, vous décidez qu'il y a une enquête à mener, une enquête au long
03:21cours, qu'il y a un livre à écrire sur le sujet.
03:24Elsa Marnet, au début de votre enquête, quelles sont les questions que vous vous posez ?
03:28La première question qu'on se pose, c'est comment un tel drame a-t-il pu arriver ?
03:32Et plus généralement, que se passe-t-il derrière les portes des crèches privées ?
03:37C'est-à-dire, comment on s'occupe des enfants ?
03:40Ont-ils assez à manger ? Sont-ils assez surveillés ?
03:43Qui contrôle ces structures privées ? Et ces contrôles sont-ils suffisants ?
03:47Vous décidez d'enquêter sur les crèches privées.
03:50Alors, précisons que dans ce podcast, quand on parle de privé, on parle du privé lucratif
03:54et pas du privé associatif, qui existe aussi.
03:57Bérangère Lepetit, avec Elsa Marnet, vous vous êtes concentrée sur le privé lucratif
04:01et notamment sur les grands groupes.
04:03Pourquoi ce choix ?
04:04Suite à notre première enquête, on reçoit pas mal de mails, de messages, de témoignages,
04:09notamment de parents et de salariés qui veulent dénoncer un peu ce qui se passe dans le secteur des crèches.
04:14Et la plupart de ces témoignages émanent du secteur des crèches privées.
04:17En fait, finalement, on se rend compte qu'il y a beaucoup plus de choses à dire,
04:21en tout cas dans le secteur des crèches privées, que dans celui des crèches municipales ou associatives.
04:26Elsa Marnet, au fur et à mesure des semaines et des mois d'enquête,
04:28vous n'avez aucun mal à trouver des salariés de crèches privées qui dénoncent leurs conditions de travail.
04:34Vous échangez avec des dizaines d'entre elles.
04:38Qu'est-ce qu'elles racontent, par exemple ?
04:39Au départ, ce sont souvent des jeunes femmes tout juste diplômées,
04:44qui ont peu d'expérience, qui ont plein d'envie, plein de bonne volonté
04:48et qui se retrouvent confrontées à des cadences d'usines dans les crèches privées où elles travaillent.
04:53Ça génère beaucoup de stress, beaucoup de frustration et un mal-être au travail.
04:58Bérangère Lepetit, quelles sont les conséquences pour les petits ?
05:01Est-ce que vous avez recueilli des témoignages de choses choquantes ?
05:04On a des témoignages de salariés qui nous disent qu'elles laissent les enfants pleurer,
05:09parfois pendant une heure, avant qu'elles puissent aller s'occuper d'eux.
05:13Des enfants dont on laisse la couche sale, vraiment, pendant une durée trop importante.
05:19On recueille aussi assez vite le témoignage d'une ancienne salariée qu'on appelle Marie, dans le livre,
05:25qui nous décrit un système à la dérive, en fait, dans sa crèche,
05:30enfin dans la crèche en particulier, où elle a travaillé des années,
05:32où elle était obligée le matin d'aller chercher les repas à la supérette,
05:37parce qu'il n'y en avait pas, qu'elle ramenait des goûters, des biscuits de chez elle,
05:41parce qu'il n'y avait pas assez pour donner aux enfants,
05:43et qu'elle se retrouvait parfois à devoir couper une banane en trois pour le goûter.
05:47Elle était vraiment déçue et atterrie par ce fonctionnement.
05:50On le comprend, les enfants sont régulièrement livrés à eux-mêmes,
05:54ou en tout cas manquent d'attention de la part des adultes.
05:57Certains professionnels de la petite enfance ont une expression pour qualifier
06:01la plupart des cas de négligence dans les crèches, les douces violences.
06:05C'est Christine Choul, une éducatrice de jeunes enfants, qui a inventé ce concept.
06:10Donc les douces violences, elles se situent dans l'antichambre de la maltraitance.
06:14En fait, c'est une série de négligences, d'indifférences.
06:18C'est lorsque les professionnels ne sont plus dans le lien à l'enfant.
06:22Donc par exemple, ça va être quand elles parlent entre elles au moment du change.
06:28Elles ne font pas attention à l'enfant tout simplement qui va crier.
06:33Ce sont toute cette série de petits gestes quotidiens où l'enfant n'est pas assez pris en compte.
06:38Il y a parfois des cas extrêmes.
06:40Vous rencontrez par exemple deux parents à Aubervilliers en Seine-Saint-Denis,
06:44Sonia et Sébastien.
06:45En janvier 2023, Sonia a eu une très mauvaise surprise en venant chercher son fils à la crèche.
06:51Sonia me raconte qu'elle va chercher son fils comme d'habitude en début d'après-midi.
06:56Et elle est reçue par la directrice qui a l'air grave et qui la prévient que son fils a
07:01été griffé.
07:03Donc Sonia au début dit « oui, ça arrive, il n'y a pas de problème particulier ».
07:07Donc elle sort du bureau de la directrice et elle tombe devant la salle de sieste sur une salariée
07:12qui s'excuse auprès d'elle et qui lui dit que son fils a été mordu.
07:17Et là, Sonia se dit qu'il y a un vrai problème parce qu'on vient de lui dire deux
07:20choses très différentes.
07:21Donc elle ouvre la salle de sieste où se trouve son enfant, seule,
07:25et elle le découvre, le visage tuméfié, les pommettes rouges, l'enfant ne réagit pas du tout.
07:31Vous avez vu les photos de l'enfant peu de temps après les faits et son visage est très marqué.
07:36Oui, son visage est très marqué, c'est comme s'il sortait d'un match de boxe long et éprouvant.
07:41Il a de nombreuses échymoses qui sont constatées par les médecins qui le verront par la suite.
07:47Le petit garçon, Liam, a visiblement été victime d'un autre enfant.
07:50Sur le moment, la directrice ne donne pas d'explication claire à la maman, à Sonia.
07:55Bérangère Lepetit, vous avez interrogé la direction du groupe auquel appartient cette crèche.
08:01Qu'est-ce qu'on vous a répondu ?
08:02On nous a répondu en fait que la professionnelle qui se trouvait dans la salle de sieste à ce moment
08:08-là
08:08était en train de changer un enfant, un enfant en l'occurrence handicapé, qui criait beaucoup.
08:14Et qu'elle n'a sans doute pas entendu ce qui se passait avec Liam.
08:18Finalement, la crèche n'avance pas d'explication très précise sur ce qui s'est passé.
08:22Ce qu'on nous dit surtout, c'est que ça s'est passé très vite,
08:24que c'est la vie ordinaire d'une crèche et que c'est un non-sujet.
08:31Elsa Marnet, pendant cette enquête, vous avez aussi parlé à plusieurs directrices de crèche
08:35ou anciennes directrices de crèche.
08:37Et plusieurs d'entre elles ont aussi dénoncé un manque de moyens,
08:41une volonté de la part de leur direction d'économiser à tout prix.
08:44Les directrices de crèche qu'on a interrogées ont beaucoup souligné l'importance donnée au budget
08:50et à la bonne tenue du budget.
08:52Et pour cela, elles avaient notamment des réunions chaque mois avec leur coordinatrice
08:57où leur budget était scruté à la loupe.
09:01Et elles devaient justifier tout ce qu'il y a dans le budget
09:04et le taux d'occupation de leur crèche, savoir si leur crèche était bien remplie ou pas.
09:09En gros, on nous a décrit un système où les directrices passaient plus de temps
09:13devant leur ordinateur, devant des tableaux Excel,
09:17qu'auprès de leurs équipes à vérifier que tout se passait bien dans la crèche.
09:21Il y a donc une pression importante sur les directrices de crèche
09:25pour assurer un bon taux de remplissage des crèches.
09:28Oui, parce qu'en fait, les subventions versées par l'État dépendent du taux d'occupation de la crèche.
09:36Donc c'est pour ça que les directions des groupes mettent une grosse pression sur ce sujet.
09:42En fait, chaque mois, la coordinatrice réunit toutes les directrices qu'elle a dans son périmètre.
09:47Et une ancienne directrice de micro-crèche à Paris nous a par exemple raconté
09:52que lors de ces réunions, la coordinatrice commençait la réunion en donnant les tops et les flops,
09:59c'est-à-dire les crèches les mieux remplies et les crèches les moins bien remplies,
10:02et qu'elle allait jeter des chocolats ou des mandarines aux directrices
10:07qui avaient les meilleurs taux d'occupation.
10:09Bérangère Lepetit, d'un mot, qui sont les clients des crèches privées ?
10:12Il y a surtout deux catégories.
10:14La première, ce sont des particuliers, plutôt des cadres aisés qui habitent en ville.
10:19Et la deuxième, ce sont des salariés d'entreprise.
10:22Ces entreprises qui créent des crèches pour leurs salariés,
10:26pour favoriser la conciliation de la vie professionnelle et de la vie privée.
10:30Ces entreprises qui paient des sommes très importantes.
10:33Ça peut aller de 8 à 20 000 euros par an pour assurer une place en crèche à leurs salariés.
10:39J'imagine que du coup, les crèches privées préfèrent avoir comme clients les salariés d'entreprise, c'est ça ?
10:44C'est ça. En fait, ce qui se passe, c'est que les contrats avec les entreprises
10:47sont plus rentables pour les crèches privées.
10:49Du coup, les crèches privées privilégient les relations qu'elles ont avec les entreprises
10:55aux relations qu'elles peuvent avoir avec les parents.
10:57Conséquence, certains parents qui n'ont pas obtenu la place en crèche pour leur enfant
11:00via leur entreprise doivent parfois laisser leur place très rapidement, en quelques semaines.
11:05Oui, on s'est retrouvé aussi avec des parents qui nous ont expliqué
11:08que leur enfant avait été renvoyé de la crèche,
11:11comme s'ils étaient en CDD finalement, sans être au courant.
11:14Notamment, on a eu un père de la région de Toulouse qui nous a raconté
11:17que son fils était depuis plus d'un an dans cette crèche
11:20et qu'il a appris quasiment du jour au lendemain
11:22que son fils, en fait, devait partir dans les trois semaines
11:25parce qu'il y avait une entreprise qui avait réservé des berceaux dans la crèche en question.
11:28Et à l'inverse, quand les parents veulent retirer plus tôt que prévu leur enfant,
11:32c'est souvent compliqué avec de longs préavis de trois mois
11:35et ça peut coûter cher.
11:37Oui, on a rencontré au début de notre enquête une mère de famille de Vincennes
11:40qui s'appelle Alizé Ostrowski et qui a souhaité retirer sa fillette de sa crèche
11:44quelques semaines après le drame de Lyon.
11:46Or, l'entreprise en question lui demandait une somme de 6 000 euros,
11:51en fait, qui équivalait à trois mois de crèche plus une caution de 2 500 euros.
11:57Dans votre livre, pour expliquer le développement du marché des crèches privées,
12:01vous remontez au tout départ.
12:03Tout commence pendant le second mandat du président Jacques Chirac,
12:06le 1er janvier 2004,
12:08quand le secteur des crèches s'ouvre au privé.
12:11Une décision qui avait été annoncée quelques mois plus tôt, en 2003.
12:15Elsa Marnette, que se passe-t-il à ce moment-là concrètement ?
12:17À ce moment-là, il faut rappeler que les besoins en place de crèche sont immenses.
12:21Il y a moins de 10% des enfants de moins de 3 ans qui ont une place en crèche,
12:26alors que c'est un mode de garde qui est très plébiscité.
12:28Et donc, le gouvernement décide d'ouvrir le secteur de la petite enfance au privé lucratif.
12:34Et ça passe notamment par la mise en place du Crédit Impôt Famille,
12:39qui est un dispositif qui permet à des entreprises,
12:43souvent comme L'Oréal, Alliance, Microsoft,
12:46de réserver des places de crèche pour leurs salariés
12:50dans ces entreprises de crèche qui sont en train de se monter.
12:54Et ça leur donne droit à des déductions d'impôts de 50%.
12:57Dans ces années-là, après 2003, plusieurs entrepreneurs se lancent sur le marché,
13:01les fondateurs de Babylou, les petits chaperons rouges,
13:04ou encore un peu plus tard, People and Baby,
13:06et ils font du lobbying auprès des politiques
13:08pour obtenir des décisions qui vont dans leur sens, qui les aident à se développer.
13:12Oui, il faut rappeler qu'au début des années 2000,
13:14les dispositifs réglementaires n'existent pas.
13:17Donc tout est à construire.
13:19Les entrepreneurs de ces groupes privés vont nouer des relations dans les ministères
13:24pour obtenir des décisions qui vont dans leur sens.
13:28Ils s'en sont d'ailleurs vantés dans plusieurs émissions
13:31qu'on a pu retrouver lors de notre enquête.
13:34C'est vous qui êtes payé par l'entreprise pour créer cette crèche.
13:37Oui.
13:37En échange de quoi l'entreprise bénéficie de subventions ?
13:40Oui, qu'elle passe par nous ou non, je ne devrais pas le dire,
13:43elle bénéficiera de subventions.
13:44Mais comme vous l'aviez dit, depuis le début de l'année,
13:47le gouvernement, via la loi Jacob, qui est une loi sur la famille,
13:49dit que toute entreprise qui crée pour ses employés une crèche
13:52pour ses collaborateurs au pied ou à côté
13:55bénéficie de subventions à hauteur de 80% pour les coûts de création
13:58et de 60% pour le coût de fonctionnement.
14:01Donc une bonne loi du gouvernement Raffarin.
14:03C'est très bonne loi du gouvernement Raffarin.
14:07Une autre date importante, c'est 2010,
14:09quand Nadine Morano, la ministre de la Famille de Nicolas Sarkozy,
14:13signe un décret qui assouplit la réglementation
14:16en termes de nombre d'enfants accueillis dans chaque crèche.
14:19En fait, l'objectif, c'est de créer des places supplémentaires.
14:23Donc ce décret, il va permettre d'accueillir en surnombre des enfants
14:28certains jours de la semaine.
14:29Et le décret Morano, il suscite la colère des professionnels
14:33parce qu'il abaisse le niveau de qualification.
14:37Avant ça, il fallait qu'il y ait 50% de personnel diplômé.
14:41Et là, on passe à 40% de personnel diplômé.
14:44Bérangère Lepetit, ce même décret généralise
14:47ce qu'on appelle les micro-crèches.
14:49À partir de là, il va y avoir le développement
14:51de ces petites structures qui peuvent accueillir
14:54au départ jusqu'à 9 enfants.
14:56Et ensuite, il y aura une évolution de la législation
15:00qui permettra d'accueillir jusqu'à 12, puis 13 enfants, voire 14.
15:04Donc en général, au maximum dans les micro-crèches,
15:07il peut y avoir jusqu'à 3 professionnels
15:09qui sont aussi moins diplômés.
15:12Ce qui est aussi assez choquant, en tout cas pour les professionnels,
15:16dans les micro-crèches, c'est qu'il y a des moments de la journée
15:20où les enfants se retrouvent avec une seule personne, un seul adulte.
15:24Dans les années 2010, le secteur connaît une forte croissance.
15:27Oui, on vient d'expliquer que le décret Morano généralisait
15:30la création des micro-crèches.
15:31Donc ce sont des structures qui sont assez faciles à monter,
15:35pour lesquelles il faut un petit peu de trésorerie.
15:37Et il n'y a même pas besoin d'avoir un diplôme de la petite enfance
15:40pour ouvrir une micro-crèche.
15:42Ce qui fait que c'est un business qui va vraiment exploser à ce moment-là.
15:46En quelques années, on passe de quelques centaines de micro-crèches
15:49à plus de 6 000 actuellement.
15:51Clairement, la dynamique, elle est du côté du secteur privé.
15:54Puisqu'on voit, il y a différentes études qui ont montré
15:57que 80% des places qui ouvrent en crèches aujourd'hui
16:01ouvrent dans le secteur privé,
16:03alors que les crèches municipales, les crèches associatives,
16:06en sont à fermer des berceaux parce qu'il manque de personnel.
16:09Ces crèches privées sont aidées par l'État,
16:12directement ou indirectement,
16:13via la caisse d'allocations familiales,
16:15la CAF ou encore le crédit impôt famille.
16:17Et ce que vous racontez dans votre livre,
16:19c'est que grâce à ce système,
16:20plusieurs fondateurs de groupes de crèches privées
16:23ont fait fortune, Elsa Marnett.
16:25Oui, rappelons que les premières entreprises
16:27à s'être créées au début des années 2000,
16:30Babylou, Les Petits Chaperons Rouges,
16:31Maisons Bleues, People and Baby,
16:33existent toujours aujourd'hui.
16:34Et certains de leurs dirigeants
16:37comptent parmi les plus grandes fortunes de France.
16:40On peut citer par exemple les frères Karl,
16:42Edouard et Rodolphe Karl,
16:44qui ont créé Babylou,
16:45qui sont parmi les 300 plus grandes fortunes de France,
16:49selon le magazine Challenge,
16:51avec une fortune estimée à plus de 400 millions d'euros.
16:55On peut également citer les fondateurs
16:57de People and Baby,
16:59Christophe Durieux et Odile Broglin,
17:01qui, sans être dans le classement
17:03des 500 plus grandes fortunes de France,
17:05ont une fortune évaluée à environ 200 millions d'euros.
17:07Bérangère Lepetit, dans votre livre,
17:10vous citez une élue de Nancy,
17:11une élue LR, Les Républicains,
17:13qui est présidente du comité de filière Petite Enfance,
17:16une instance créée par l'État
17:17pour travailler sur la pénurie de personnel dans le secteur.
17:21Et cette femme s'inquiète clairement
17:23de ce qu'elle appelle la marchandisation de la petite enfance.
17:26Oui, Elisabeth Léthier,
17:28elle nous en parle assez directement.
17:30Elle dit, on a perdu de vue
17:32que ces services aux familles
17:33sont avant tout des services à rendre aux enfants.
17:35Elle dit qu'il faut remettre l'enfant
17:37au centre du sujet.
17:39Et elle parle aussi des faibles rémunérations
17:42des salariés du secteur,
17:43en disant,
17:44quelqu'un qui est maltraité
17:45ne peut pas être bien traitant.
17:47Il y a aussi d'autres personnalités
17:49qu'on cite dans le livre
17:50qui abordent ce sujet-là,
17:51comme Sylviane Jean-Pinot,
17:53qui est psychanalyste et psychologue,
17:55et qui alerte aussi l'État depuis des années
17:57sur la dégradation des conditions d'accueil
18:00dans les crèches privées.
18:01Bérangère Lepetit,
18:02en travaillant sur ce livre,
18:04plusieurs intervenants vous ont parlé
18:05de la recherche de rentabilité à tout prix
18:08qui est nuisible,
18:09selon eux, aux enfants.
18:10Oui, c'est revenu dans la bouche
18:12de nombreux interlocuteurs.
18:14Ça peut être des élus,
18:16il y a eu aussi des chercheurs
18:17en sciences sociales
18:18qui nous en ont parlé.
18:19Et puis, on a aussi un patron
18:21de l'un de ces quatre grands groupes
18:23de crèches dont on parle dans le livre,
18:25qui a même évoqué l'expression
18:27« le low cost de la petite enfance ».
18:29Ce qu'il voulait dire par là,
18:30c'est qu'en fait,
18:32les entrepreneurs étaient prêts
18:33pour remporter des marchés,
18:35à développer des offres low cost
18:37où ils rognaient sur tout,
18:38donc notamment les couches,
18:40les salaires des employés,
18:42les repas des enfants,
18:43pour pouvoir séduire les collectivités
18:45et remporter les marchés.
18:47Bérangère Lepetit,
18:48le mardi 11 avril,
18:50alors que vous travaillez sur le sujet
18:51depuis un an,
18:53l'IGAS,
18:53l'Inspection Générale des Affaires Sociales,
18:55dévoile son rapport
18:56sur la petite enfance.
18:57Et il est explosif.
18:592000 salariés du secteur ont témoigné,
19:01via une enquête sur Internet,
19:03et ces salariés dénoncent
19:04de très nombreux mauvais traitements
19:06envers les enfants.
19:07Il y en a qui sont effectivement
19:08très choquants.
19:09Si on peut citer quelques exemples,
19:11il y a le forçage alimentaire
19:13où on va forcer un enfant à manger,
19:15ce qui va entraîner l'enfant à vomir
19:19et lui redonner à manger son vomi.
19:20Ça va être des humiliations,
19:22des surnoms donnés aux enfants
19:24comme le gros,
19:25le mal fagoté,
19:27des punitions,
19:28comme aligner des enfants
19:29le long d'un mur.
19:31Il y a vraiment cette succession
19:33de maltraitances
19:34qui sont décrites dans ce rapport
19:36de l'IGAS
19:37qui vont choquer vraiment
19:39l'opinion publique,
19:40mais aussi les salariés,
19:42l'État,
19:42toutes les personnes
19:43qui l'iront ce rapport.
19:44Ce rapport de l'IGAS
19:45demande aussi plus de contrôle
19:46en matière financière.
19:48Que dit l'IGAS là-dessus ?
19:49L'IGAS dit qu'il y a
19:50un manque de transparence financière
19:53de ces groupes privés
19:55à l'égard des financeurs publics.
19:57Parce qu'on l'a dit,
19:57c'est un secteur qui est largement
19:59subventionné par le public,
20:01par l'État.
20:02Et les inspecteurs de l'IGAS
20:04demandent notamment
20:06à ce qu'il y ait plus
20:07d'éléments financiers
20:08qui soient transmis au CAF
20:11et que les CAF
20:12fassent plus de contrôle financier
20:14dans ces entreprises.
20:19Elsa Marnette,
20:20Bérangère Lepetit,
20:21votre livre,
20:22Baby's Nest,
20:22sort ce jeudi 7 septembre.
20:25Il sera suivi par deux autres livres
20:27sur le même sujet,
20:28dont un écrit par le journaliste
20:29Victor Castané
20:31qui avait signé le livre
20:32sur Orpea
20:32dont on parlait au début.
20:34Est-ce que vous espérez
20:35que ça va faire bouger les choses ?
20:37Oui, on espère sincèrement
20:38que ça va faire bouger les choses.
20:40C'est ce qu'on explique
20:40dans la conclusion du livre.
20:42Il est vraiment nécessaire
20:43aujourd'hui
20:44de changer les pratiques,
20:45que les entreprises
20:46et l'État
20:47changent de nombreuses choses.
20:49Il est temps notamment
20:50de renforcer les contrôles
20:51dans les crèches.
20:52Il est temps de renforcer
20:54la qualité de l'accueil.
20:55Et puis,
20:56il est aussi temps
20:56de faire davantage
20:59remonter l'information
21:00que les parents,
21:01notamment,
21:02et les salariés
21:02puissent faire remonter
21:04plus facilement
21:04les cas de maltraitance
21:06dans les crèches.
21:17Merci, Bérangère Lepetit,
21:19Elsa Marnette.
21:20Je redonne le titre
21:21de votre livre
21:21« Baby's Nest »
21:22publié le 7 septembre
21:24chez Robert Laffont.
21:25Cet épisode de Codesources
21:26a été produit par Thibaut Lambert
21:28et Raphaël Pueyo.
21:29Réalisation,
21:30Julien Moncouquiol.
21:31Codesources est le podcast
21:32quotidien d'actualité du Parisien.
21:34Nous publions un nouvel épisode
21:36chaque soir de la semaine.
21:37du lundi au vendredi.
21:38Pour nous retrouver facilement,
21:40abonnez-vous sur une application audio
21:41comme Apple Podcast,
21:43Deezer ou encore Amazon Music.
21:45Vous pouvez nous écrire
21:46pour nous faire des retours
21:47ou nous proposer des sujets,
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