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La chroniqueuse des « Maternelles » explore les ressorts de son addiction au sucre qui l’a rendue obèse pendant plusieurs années. Anna Roy se confie dans Code source au micro de Barbara Gouy.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Barbara Gouy - Production : Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network -

Archives : France 2.

#sucre #addiction #combat

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Transcription
00:03Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesources, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Le 8 janvier, le Parisien a fait le portrait d'une sage-femme et chroniqueuse télé qu'on
00:16peut voir dans l'émission La maison des maternelles sur France 5, Anna Roy. Anna Roy a 39 ans,
00:22elle vient de publier un livre dans lequel elle raconte son combat contre son addiction
00:26au sucre pour différentes raisons, des épreuves notamment comme la perte de son père d'un cancer.
00:32Anna Roy a connu une longue période de dépression, période pendant laquelle elle s'est réfugiée
00:38dans les sucreries et les pâtisseries. Elle a pesé jusqu'à 126 kilos avant de se sevrer
00:43de tout sucre ajouté et de réussir à en perdre une quarantaine. Anna Roy raconte son parcours
00:49aujourd'hui au micro de Barbara Gouy.
00:59Anna Roy m'accueille dans son charmant appartement en plein cœur du Marais dans le 4e arrondissement
01:04de Paris. Elle est très solaire et m'invite à m'installer dans son salon pour qu'elle
01:09me raconte son parcours avant l'écriture de son livre.
01:12Anna Roy est née le 15 août 1985. Elle grandit à Paris, elle est fille unique, plutôt
01:18timide et passionnée par le sport. Elle m'explique qu'elle a été élevée par des parents
01:22assez originaux.
01:27J'ai des parents super méga intello, charmants, très poétiques, mais complètement déconnectés
01:33de la réalité. Mais je les aime beaucoup. J'ai une enfance un peu spéciale, c'est-à-dire
01:38qu'ils me bourrent de morale, mais de morale au bon sens. Ils m'apprennent ce que c'est
01:42que le bien et le mal, mais un peu trop jeune. J'ai eu énormément d'amour et de fait,
01:46le
01:47bien et le mal, c'est important de savoir ce que c'est. Donc j'ai rien à leur reprocher,
01:50si ce n'est que c'est vrai que j'ai été une enfant autonome très vite, très tôt
01:53et que j'ai appris à aider les autres, mais jamais à m'écouter moi et jamais à prendre
01:58soin de moi.
01:58Cette volonté d'aider les autres amène Anna à faire des études de sage-femme. Elle
02:03est fascinée par l'accouchement et dès le début, elle tombe amoureuse de ce métier.
02:08J'ai adoré. Je ne peux même pas dire à quel point j'ai adoré. Je me suis dit
02:12waouh, j'ai trop de chance, j'ai trouvé ma place dans le monde. Je voyais tous mes amis
02:16qui galéraient dans des études qui avaient l'air super ennuyeuses. Moi, je me disais
02:21oh, c'est fou. J'ai trouvé ma place dans le monde alors que j'ai que 19 ans et
02:25j'étais
02:25super contente. Vraiment, la salle d'accouchement, c'était chez moi. Il y avait tout ce que j'aimais,
02:29l'exaltation, l'adrénaline, les pleurs de joie, les pleurs de tristesse, l'intensité,
02:35la mise à nu des gens qui sont vrais en salle d'accouchement. Quand les gens en naissent
02:38et qui meurent, ils sont vrais et là, ils étaient vrais. C'était génial. Non, non, mais il y avait
02:42la science, il y avait la métaphysique, il y avait... Oh waouh, c'était trop bien. Enfin, c'est trop
02:47bien la salle d'accouchement. J'aime tellement ça que je me fais je ne sais pas combien de garde.
02:52Puis après, je m'installe en libéral, je me fais un temps plein à l'hôpital, quasiment un temps
02:55plein en libéral. Je travaille comme une damnée, quoi, vraiment. Mais sans l'impression de travailler.
03:01C'est-à-dire que c'était génial parce qu'au départ, quand je travaillais, je me disais, je voyais
03:04les salaires à la fin du mois, je me disais, moi, pourquoi j'ai un salaire ? C'est trop
03:06bizarre.
03:07Tellement, j'avais l'impression de faire un truc qui me plaisait, quoi, comme un hobby.
03:12Donc, non, une grande, grande joie. Mais après, en découvrant ce qu'on ne m'avait pas raconté
03:16sur le métier de sage-femme, c'est quand même un métier extrêmement dur et physiquement
03:19et psychiquement, avec une prise en charge des femmes qui ont beaucoup de difficultés
03:22et qui connaissent beaucoup de drames dans leur vie. Et ça, je n'avais pas mesuré
03:25à quel point ma vie professionnelle serait émaillée de drames des autres.
03:30Ces patientes perdent parfois leur bébé en fausse couche ou à la naissance ?
03:34Je n'arrive pas à mettre de distance avec mes patientes et donc je plonge avec elles,
03:38alors pas autant qu'elles, puisque c'est elles qui vivent les événements dramatiques.
03:41Mais ça, c'est un problème, parce que du coup, je m'abîme vachement.
03:44Et il y a un autre problème, c'est que je me dis, ce qu'elles vivent est tellement grave
03:46que ce que je vis, moi, finalement, n'a aucune importance.
03:50Je me dis, mais enfin, Anna, tu vois bien, tu as vu ce qu'elles vivent, tu ne vas pas...
03:53Alors que je sais, il ne faut pas faire d'échelle dans les traumas, tout ça, mais...
03:56Waouh, je me dis, putain, j'ai vu des trucs tellement durs, quoi, que...
03:59Bon, toi, tu ne vas pas te plaindre, quoi, jamais.
04:01En 2011, Anna a 25 ans et son père lui annonce qu'il a un cancer.
04:05J'ai trouvé ça extrêmement dur, parce qu'il y avait la maladie de mon père,
04:09puis il y avait les patients de l'hôpital, plus c'est les patients en libéral.
04:12Et là, je prends un sacré coup, ouais.
04:14Et puis mon père était jeune, alors c'est vrai qu'on s'en fiche de ça, c'est toujours
04:17un drame, le cancer.
04:18Mais j'ai quelqu'un qui est jeune, qui a moins de 60 ans, on ne s'y attend pas.
04:22C'est d'autant plus dur.
04:24En fait, je rencontre mon mari à ce moment-là.
04:27Et d'ailleurs, lui avait perdu son père très jeune,
04:29donc il y avait un truc de se retrouver entre orphelins, entre guillemets,
04:32entre futurs orphelins et orphelins.
04:34Mais ça, ça m'avait plu, c'est qu'il comprenait d'emblée
04:36ce que c'était qu'une maladie grave et à quel point c'était douloureux dans la vie.
04:42À cette même période, qui est déjà difficile pour Anna,
04:45elle subit deux viols par deux hommes différents à trois mois d'intervalle.
04:50Assez violents les deux, c'est la honte, c'est la culpabilité, c'est le secret.
04:56Et encore une fois, je suis en lien avec des femmes qui vivent des choses
04:59qui me semblent éminemment plus dramatiques que moi.
05:02Je pense à cette patiente que j'ai vue juste après mon viol,
05:05qui avait subi des violences sexuelles de la part de son père de ses 8 à 12 ans.
05:10Et donc évidemment, je me mets à faire une gradation, alors qu'il n'y a pas à en faire.
05:13Mais je me suis dit, c'est pas grave, ça n'existe pas, continue d'avancer.
05:16C'est un mécanisme de défense comme un autre.
05:19À ce moment-là, Anna se réfugie dans le sucre pour faire face à ce qu'elle a subi
05:23et à la maladie de son père.
05:26Le sucre a toujours été un plaisir pour elle.
05:28Là, je me suis dit, merde, ça devient un besoin.
05:31C'est-à-dire que le paquet de M&M, c'est pas genre, ah c'est trop cool,
05:33je vais me manger un paquet de M&M, c'est, putain, il me faut mon paquet de M&M,
05:36c'est où est-ce qu'il est ?
05:37Je me rappelle du bruit du paquet de M&M,
05:38ce qui tombe à l'hôpital dans les distributeurs en me disant,
05:41oh, waouh, la pause dans la souffrance.
05:43Parce que c'est quelqu'un qu'on aime, nos parents, nos enfants,
05:46les gens qu'on aime vraiment et qui on a un lien charnel, comme ça, les voir souffrir.
05:49Enfin, ça nous fait souffrir, nous aussi.
05:51Donc, c'était vraiment la pause dans la souffrance.
05:53Et là, je me dis, waouh, waouh, waouh.
05:55Je me rends compte que je plonge, que je lâche la rampe,
05:57mais sans savoir quoi faire.
06:00En 2013, le père d'Anna décède.
06:02Je perds le pilier, je perds le regard d'amour, je perds mon port d'attache.
06:06Je perds ma protection aussi, parce que mon père, c'était quelqu'un
06:08qui était d'une gentillesse, mais absolue,
06:10et qui n'avait jamais peur de me dire les choses,
06:12et qui me protégeait.
06:13Et donc, oh, je me suis retrouvée, mais sans rien, quoi.
06:17Alors, c'est bizarre, on dit, waouh, mais ta mère était là.
06:19Oui, mais ma mère, c'est pas pareil.
06:21Ma mère, je l'aime de tout mon cœur,
06:22mais il y a un lien qui ne s'explique pas,
06:24qui est presque charnel.
06:26Mais mon père, c'était vraiment tout, quoi.
06:27Et donc, je perds le tout, je perds l'estime de moi,
06:30à ce moment-là, vraiment.
06:32Anna est malheureuse, elle n'arrive pas à sortir la tête de l'eau
06:35et continue de grossir.
06:37En un an et demi, elle prend 58 kilos.
06:40Je sens que je glisse, je sens que je rentre plus dans mes vêtements,
06:42je sens que je quitte mes vêtements et tout,
06:44mais je sais pas, je continue d'avancer.
06:46C'est hyper bizarre.
06:48À ce moment-là, je fais une dépression super sévère,
06:51masquée par le fait que je suis hyper active
06:52et que je fais plein de trucs,
06:54et que je dors bien, quoi.
06:57Et donc, pour moi, le dépressif, c'est celui qui dort pas,
06:59qui reste couché toute la journée.
07:01Et pour les médecins aussi, un peu, en vrai.
07:02Donc, je pense qu'on n'a pas vu la dépression sévère que je faisais.
07:05Il aurait fallu me mettre sous traitement
07:07ou m'accompagner dans cette dépression.
07:09Bon, je l'ai pas fait.
07:09Mais de fait, ça a été, je pense, la conséquence,
07:12ça a été ces compulsions sucrées
07:13et cette addiction au sucre.
07:19En 2015, Anna se marie avec son compagnon.
07:22À ce moment-là, elle fait 105 kilos.
07:25Tout de suite après son mariage, elle tombe enceinte.
07:27J'adore pas être enceinte
07:28parce que je suis encore plus limitée physiquement entre mon poids
07:30et l'état de grossesse, je suis très limitée.
07:33De toute façon, moi, je suis déjà dissociée de mon corps.
07:35Donc, effectivement, on va décrire beaucoup de sensations désagréables pendant la grossesse.
07:39Pour moi, c'est ni agréable ni désagréable.
07:41Ça se passe.
07:42Mais par contre, je vais adorer accoucher.
07:44Je vais adorer accoucher et je vais plutôt aimer le postpartum.
07:47Mais par contre, c'est des accélérateurs à dissociation.
07:50C'est-à-dire que là, vous ne voulez pas vous occuper de vous.
07:51Voilà encore un motif dans ma vie qui va me permettre
07:53de ne surtout pas m'occuper de moi-même
07:54puisque, de fait, vous devez vous occuper d'un petit.
07:57Auguste naît en 2016 et plus d'un an plus tard, en septembre 2017,
08:02Anna commence à être chroniqueuse pour la Maison des maternelles
08:05sur France 5 puis sur France 2, une émission destinée aux parents.
08:09Petite question pour Anna.
08:10Je vis actuellement ma deuxième grossesse, 4 mois.
08:12Je me sens déjà extrêmement fatiguée.
08:14C'était la même chose pour la première.
08:15Elle vous demande si c'est normal et aussi si vous avez des petites astuces.
08:17Alors, c'est normal.
08:19Et pour quand on est fatigué comme ça,
08:20c'est un motif suffisant pour un arrêt de travail.
08:22Elle est très reconnaissante de pouvoir y travailler.
08:25Et en même temps, c'est une grande souffrance
08:26parce que je ne me reconnais pas
08:27et qu'on est face à son image tout le temps, quoi.
08:30Les gens ne peuvent pas savoir,
08:31mais il y a l'épreuve du maquillage et du coiffage.
08:33Alors, les gens adorent se faire maquiller et coiffer.
08:35Moi, je déteste parce qu'on est face à une glace.
08:37Et qu'en plus, une fois que vous êtes sur le plateau,
08:39vous avez ce qu'on appelle des retours.
08:40Des retours où vous vous voyez.
08:42Et puis après, il y a encore les vidéos
08:43qui circulent sur Internet, sur les réseaux et tout.
08:45Donc, c'était l'enfer.
08:48Mais j'arrivais à ne pas regarder du tout.
08:50Donc, je baissais les yeux.
08:51Je ne me regardais jamais, tout ça.
08:54Mais ça, ce n'était pas très drôle.
08:55Cette hyper médiatisation à ce moment-là,
08:57c'était quand même dur.
08:58En 2018, Anna a un deuxième enfant, Melchior.
09:02Et un an plus tard, en 2019,
09:04Anna arrête la cigarette.
09:06Elle m'explique que ce n'était pas une partie de plaisir,
09:08mais elle y parvient.
09:09Pendant ce temps, Anna continue de manger beaucoup de sucre.
09:13Son entourage ne s'en rend pas compte
09:14parce qu'elle préfère manger tout ce qui est sucré en cachette.
09:18Anna n'arrête pas de prendre du poids.
09:19Ça a plein de répercussions.
09:21J'ai de l'hypertension.
09:22J'ai du diabète, des douleurs articulaires.
09:24Sur un hiver, c'est simple.
09:25J'avais une infection hivernale tous les 15 jours.
09:27Enfin, c'était l'enfer, quoi.
09:28C'était très, très difficile à vivre.
09:30Et sur ma santé mentale aussi.
09:31J'avais une humeur dépressive que je n'avais pas du tout d'habitude.
09:34J'étais beaucoup plus angoissée.
09:36Presque, je ne me reconnaissais pas.
09:38J'avais un corps qui fonctionnait vraiment différemment.
09:43En juin 2022, son amie, qui est aussi sa chef à la maison des maternelles,
09:48Agathe Lecaron, l'invite à déjeuner.
09:51Moi, je suis persuadée qu'elle va me virer.
09:53Parce qu'on est en fin de saison.
09:54Et qu'à la télé, tous les chroniqueurs, ça, ça tourne.
09:57Donc, je suis très, très, très angoissée quand je vais la voir.
09:59Et puis, surtout qu'elle a la tête des mauvais jours.
10:00Elle n'a pas du tout cette tête-là d'habitude.
10:02Et elle est très sérieuse.
10:02Je me dis, oh là là.
10:03Donc, c'est ça, elle veut me virer.
10:04Puis là, elle rajoute une couche.
10:05Elle me dit, tu sais, je t'aime beaucoup.
10:06Donc, là, je me dis, bah oui, c'est pour faire passer la pilule qu'elle va me virer.
10:10Tout d'un coup, elle me dit, j'ai pas envie que tu meurs.
10:11Et donc, je sais tous les problèmes de santé.
10:13Parce qu'elle savait les problèmes de santé.
10:15Et donc, il faut faire quelque chose pour ce poids.
10:17T'es en train de te mettre en danger.
10:19Et ça, en tant qu'amie, je peux pas te laisser mourir sans rien dire.
10:22Donc, je connais plein de spécialistes.
10:25Il faut que tu t'en sortes, c'est pas possible.
10:32C'est très violent, quand même.
10:33Quelque part, ça, faut le dire.
10:34J'ai l'impression d'être projetée sur un mur à 400 km heure.
10:37Je vais me mettre à pleurer.
10:38En même temps, je suis extrêmement touchée qu'elle me dise qu'elle m'aime.
10:41Mais c'est horrible, parce que tout d'un coup, vous vous découvrez.
10:43Je remonte sur la ballance.
10:44Je vois 126,8.
10:45Je me dis, non, c'est pas possible.
10:46C'est un cauchemar que je suis en train de vivre.
10:48J'y arriverai jamais à m'en sortir.
10:50Mais je sais pas pourquoi, mais je vais basculer dans le statut de malade.
10:53Et ça va être très soulageant pour moi.
10:54Je me dis, bah, t'es malade, Anna.
10:55C'est pas de ta faute.
10:56Parce que qui dit malade, il n'y a plus la question de la volonté.
10:59Si t'es dans cet état-là, c'est pas de ta faute, quoi.
11:01Et donc, il faut que t'essayes de te battre contre cette maladie.
11:04Et je sais pas comment tu vas faire, mais il faut que t'y arrives.
11:06Et donc, de ce moment-là, de ce juin 2022, je vais avoir de 16 que de me dire,
11:10OK, maintenant, je vais m'en sortir, c'est sûr.
11:12Mais ça a été vraiment le début de ma reprise d'air et de la remontée.
11:17Parce que j'étais noyée.
11:18Donc, ça a été le pied au fond de la piscine qui m'a permis de remonter.
11:25Anna ne parvient pas tout de suite à prendre de réelles mesures
11:28pour que le sucre sorte de sa vie.
11:31C'est plusieurs mois après ce déjeuner, le 1er mars 2023,
11:35qu'Anna décide de se lancer un défi.
11:37Pendant 100 jours, elle ne mangera pas de sucre.
11:40À ce moment-là, Anna fait 121 kilos.
11:43L'horreur, je me retrouve sans ma béquille, sans mon doudou,
11:46sans mon réconfort, sans rien.
11:47Et puis, en plus, avec des symptômes physiques auxquels je ne m'attendais pas du tout,
11:51des vertiges, des tremblements, des sensations de manque, d'angoisse.
11:54Oh là là, mais quelle horreur !
11:56Quelle horreur !
11:57Et puis, en fait, c'est vrai, je m'attendais un peu naïvement à ce que je vivais avec la
11:59clope.
12:00C'est-à-dire être un peu angoissée, un peu mal, un peu fébrile, un peu voilà.
12:04Ah, pas du tout.
12:05Non, non, je me sens vraiment, vraiment, vraiment mal.
12:08Et à tel point que je me dis, mais en fait, peut-être que tu fais une connerie,
12:11il faut que ton corps bouffe du sucre parce que sinon il va crever.
12:13Enfin, je me suis acheté un lecteur de glycémie et là j'ai vu effectivement que je faisais des fortes
12:17hypoglycémies
12:18et que mon corps, il avait l'habitude d'envoyer des doses d'insuline à mon avis terribles
12:21et il faisait baisser ma glycémie, il était privé de sucre.
12:24Et donc, heureusement, j'ai fait des bilans sanguins, je me suis un peu automédiquée,
12:27c'est pas bien, faut pas le faire.
12:29Mais du coup, ça me permettait de manger du pain pour faire remonter ma glycémie, etc.
12:32Mais ouais, ça a été, oh là là, mais ça a été dur, ça a été si dur.
12:36Mais après, je me suis rappelé de ma mère qui me parlait toujours de l'Everest.
12:39Pourquoi elle me parlait de l'Everest ?
12:40Mais dans toutes les épreuves de la vie, elle me disait, tu sais,
12:42il faut voir jour après jour, pas après pas, il faut pas commencer à avoir un objectif.
12:46Et donc, comme je m'étais fixée 100 jours, je m'étais dit, bon,
12:48déjà, chaque jour suffit sa peine et c'était chaque jour de gagner, c'était un jour de gagner.
12:52Anna n'en parle à personne par peur d'échouer.
12:55Lorsque les gens la contrarient, Anna ne peut plus se réfugier dans le sucre
12:58et au fur et à mesure que les jours passent, elle perd cette patience qui l'a caractérisée.
13:03Pour le coup, j'ai compris ce que c'était d'être impatiente.
13:06Là, les gens, je supportais plus, quoi.
13:09Les gens qui étaient méchants, les gens, là, j'arrivais plus.
13:12Même au travail, c'est-à-dire que je me vois, je me surprends avec des patientes qui sont méchantes.
13:16D'habitude, je suis là, mais elle est méchante parce qu'elle souffre et nanana, et blablis, et blablou.
13:22Là, ça a été super dur.
13:23C'est-à-dire que, waouh, je prenais sur moi, vraiment, c'était très, très dur.
13:27Mais j'étais sans filet, quoi.
13:29Les hypoglycémies d'Anna se calment après sa cinquième semaine sans sucre.
13:33Elle tient bon, et en 100 jours, Anna perd 15 kilos.
13:36Elle ne veut pas s'arrêter là.
13:38Je vois aussi tous les effets bénéfiques.
13:40J'ai plus d'hypertension, j'ai des glycémies normales, j'ai plus de douleurs articulaires, je m'infecte plus.
13:45J'ai de tels bénéfices de santé sur mon énergie, sur mon moral et tout, je me dis,
13:49non seulement, je n'ai pas envie de me retaper un truc de sevrage si ça existe vraiment, l'addiction
13:52au sucre,
13:53et secondo, j'ai trop de bénéfices de santé, je ne veux pas, je ne veux pas retourner là-dedans.
13:57Donc, mis bout à bout, je me dis que ça va continuer, et puis qu'après tout, il y a
14:00bien des gens qui se passent d'alcool toute leur vie,
14:02il y a bien des gens qui se passent de tabac toute leur vie, il y a bien des gens
14:03qui se passent de plein de choses toute leur vie,
14:05et que bon, là, ce n'est pas du tout indispensable à la survie, de manger du sucre, pas du
14:09tout.
14:10Anna a décidé de dire à son entourage qu'elle a arrêté de manger du sucre.
14:13Elle retrouve petit à petit une sorte de liberté, et elle se souvient de l'été 2023, quand elle était
14:19en vacances en Corse.
14:21Moi, je faisais partie de ces gens gros qui ne supportaient plus la chaleur, donc je fuyais la chaleur,
14:26et là, j'étais d'ailleurs toujours très obèse, mais je ne sais pas, je retrouve la joie de la
14:32baignade,
14:32enfin, c'est marrant, c'est un monde qui se réouvre.
14:35Donc, c'était un grand plaisir de redécouvrir la mer, de redécouvrir l'effort, de pouvoir recourir, de pouvoir ressauter,
14:42de pouvoir me rhabiller,
14:43enfin, ça a été un grand jour, oui.
14:44Le 3 août 2023, pour la première fois, elle ne pense pas au fait de manger du sucre de la
14:49journée.
14:50Et c'est vraiment comme la rupture amoureuse.
14:52Oh, putain, j'ai pas pensé à lui, quoi, c'est la première fois, et ça, c'est quand même
14:55très, très sympa.
14:57Et parce que je vois que, en plus, ça va se reproduire de temps en temps, donc ça, c'est
14:59très chouette.
15:00Même si Anna va mieux, elle doit continuer à se battre contre son addiction, surtout dans les moments les plus
15:05difficiles,
15:06et le 15 novembre, sa mère lui annonce qu'elle a une tumeur ovarienne.
15:11Bah, c'est-à-dire que le problème, c'est que c'est une tumeur ovarienne, mais qui a une
15:13sale tête,
15:14et donc, dont on pense que c'est cancéreux.
15:15Et donc, je me dis, ok, donc là, on repart sur un truc où, cancer, métastasé...
15:21Et je me dis, ah non, là, je fais pas face, quoi.
15:23Enfin, là, je peux pas.
15:24Et donc, je dis, non, je peux pas faire face, c'est impossible.
15:27Donc, elle va être opérée, seulement l'opération pourra nous donner les résultats,
15:29mais c'était très péjoratif.
15:31Et donc, je me dis, bon, bah là, je vais dans une blancherie, je m'achète le meilleur fondant au
15:34chocolat de la Paris.
15:35Et je me dis, non, là, je... stop.
15:38Et puis, au dernier moment, je me dis, non, je tiens bon.
15:41Et heureusement, double réussite, c'est-à-dire qu'à la fois, je le mange pas, ce putain de fondant
15:44au chocolat.
15:45Et en plus, ma mère se fait opérer, et on saura après que c'était pas une tumeur cancéreuse.
15:49Donc, soulagement.
15:50Mais c'est vrai que là, honnêtement, si ça avait été évolué vers un cancer avec un parcours comme mon
15:54père,
15:55je sais pas ce que j'aurais fait.
15:56Je sais pas ce que j'aurais fait.
15:57Il y a quand même des gens, il faut le dire, qui sont plus éprouvés que d'autres, en termes
16:00d'épreuve de vie, quand même.
16:03Anna tient bon, elle ne craque pas.
16:06En tout, elle a perdu une quarantaine de kilos depuis mars 2024.
16:10Elle se sent mieux dans sa tête et dans son corps.
16:13Elle retrouve les passions qu'elle avait avant, comme le sport.
16:16Elle fait aujourd'hui du gros fit, de la danse et de la boxe.
16:19Anna retrouve également la joie de faire du shopping.
16:22C'est une redécouverte, parce que ça faisait dix ans que j'étais pas allée dans un magasin, vraiment, en
16:26regardant les habits.
16:26Donc, ouais, je vois que le monde a changé.
16:29Je vois que... Non, c'est très, très sympa, quoi.
16:32Les formes de vêtements... Non, mais c'est super intéressant.
16:35Enfin, surtout que moi, j'adorais la mode.
16:36Donc, je suis trop contente.
16:38C'est comme un hobby que je retrouve.
16:39Le sport et la sape, c'est deux hobbies.
16:41C'est chouette, en vrai.
16:57Barbara, ce qui frappe dans ce témoignage, c'est l'importance de son amie qui lui parle franchement, à un
17:02moment, quand elles vont déjeuner ensemble.
17:04J'imagine qu'Anna lui est reconnaissante de ça ?
17:06Oui, elle lui est vraiment reconnaissante.
17:08Elle écrit dans son livre qu'elle lui a sauvé la vie.
17:10Et cette amie avec qui elle travaille à la maison des maternelles l'a interviewée dans l'émission pour faire
17:14la promotion de son livre.
17:15Et quand elle parle de ce déjeuner, on sent vraiment l'émotion.
17:18Elles ont les larmes aux yeux.
17:19En fait, personne n'avait jamais osé lui dire qu'il y avait un problème.
17:23Et savoir que quelqu'un s'inquiète pour elle lui a vraiment fait un déclic.
17:26Et aujourd'hui, concrètement, elle continue à ne manger aucun sucre ajouté ?
17:29C'est-à-dire qu'elle ne va pas s'autoriser un éclair ou un millefeuille, par exemple ?
17:33Oui, elle ne mange plus aucun gâteau, pas de bonbons.
17:35Et elle me disait qu'en France, c'est vraiment compliqué parce qu'on a beaucoup de rendez-vous dans
17:39l'année où on se retrouve autour du sucre,
17:41comme la galette des rois, Pâques ou encore la bûche de Noël.
17:43Mais elle tient bon.
17:45Et après, elle n'est pas totalement fermée au fait de remanger du sucre un jour.
17:48Mais pour l'instant, elle a trop peur de retomber dans son addiction.
17:51Et est-ce qu'elle se sent complètement bien dans son corps maintenant ?
17:54Elle se sent mieux en tout cas, mais elle aimerait se sentir encore mieux.
17:58Comme elle fait beaucoup de sport, elle voudrait être plus en forme en se musclant.
18:01Par contre, elle m'a dit qu'elle ne fait plus du tout attention aux normes de beauté.
18:04Donc perdre quelques kilos, ce n'est pas vraiment l'objectif, mais elle préfère gagner en masse musculaire.
18:10Merci Barbara Gouy.
18:12Le livre d'Anna Roy est intitulé Énorme.
18:14Il est publié par Larousse.
18:16Merci à Bérangère Lepetit pour son aide.
18:18Cet épisode de Codesource a été produit par Thibault Lambert, réalisé par Julien Moncouquiol.
18:23Codesource est le podcast quotidien d'actualité du Parisien.
18:26Si vous aimez Codesource, n'hésitez pas à laisser des étoiles ou un message sur votre application audio.
18:31Vous pouvez aussi nous écrire codesource at leparisien.fr
18:35Et puis n'oubliez pas le second podcast du Parisien, Crime Story.
18:39Chaque samedi dans Crime Story, une nouvelle affaire criminelle racontée par Claudia Prolongeau avec Damien Delsenis.
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