- il y a 1 heure
Dans cet entretien, le philosophe Pol Quadens, auteur de “Philosophie du devenir”, propose une analyse radicale de notre époque. Selon lui, notre civilisation s’est éloignée de l’essentiel : l’être, le corps, l’âme… au profit du marché, de la dette et de l’illusion du progrès.
👉 Pourquoi l’argent a-t-il pris un tel pouvoir ?
👉 Le marché est-il devenu le véritable dictateur du monde moderne ?
👉 Le progrès est-il une imposture ?
👉 Le bonheur est-il encore possible ?
👉 Et surtout : qu’est devenu l’homme ?
À travers une réflexion profonde sur le devenir, Pol Quadens nous invite à comprendre notre condition, à retrouver notre essence et à engager un véritable retour à soi. Un échange dense et sans concessions sur la crise spirituelle, économique et existentielle de notre temps.
👉 Pourquoi l’argent a-t-il pris un tel pouvoir ?
👉 Le marché est-il devenu le véritable dictateur du monde moderne ?
👉 Le progrès est-il une imposture ?
👉 Le bonheur est-il encore possible ?
👉 Et surtout : qu’est devenu l’homme ?
À travers une réflexion profonde sur le devenir, Pol Quadens nous invite à comprendre notre condition, à retrouver notre essence et à engager un véritable retour à soi. Un échange dense et sans concessions sur la crise spirituelle, économique et existentielle de notre temps.
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00:01Générique
00:05Bonjour à tous, bienvenue dans notre Zoom, aujourd'hui en compagnie de Paul Cadence.
00:11Bonjour, monsieur.
00:12Bonjour.
00:12Paul Cadence, vous êtes designer, vous êtes sculpteur et également philosophe à vos heures perdues.
00:19C'est ce qui vous a permis d'écrire cet ouvrage dont on va parler dans un instant,
00:24« Philosophie du devenir, essai pour une compréhension du monde » dans son histoire et son devenir.
00:30Ouvrage à retrouver sur la boutique de TV Liberté, comme d'habitude, avec en couverture cette sculpture de notre invité.
00:39Est-ce que vous pouvez nous décrire cette formation, cette construction ?
00:43Alors, c'est un kerne, donc un empilement de pierres que je réalise en acier inoxydable poli,
00:49pour lui donner un petit côté nouveau, voilà, qui est tout à fait plaisant.
00:54C'est aussi les premières sculptures de l'homme, donc l'homme au départ se promène,
01:00dépose des pierres au sol pour retrouver son chemin, c'est l'histoire de petits poussets.
01:04Un peu plus tard, il empile des pierres les unes sur les autres,
01:07pour donner à cette sculpture un côté anthropomorphique,
01:11pour dire, voilà, l'homme est passé par là, quelqu'un est passé par là,
01:14et donc j'ai trouvé ça une très très belle idée de sculpture à refaire,
01:19surtout qu'elle est exposée en Suisse, vue sur le Mont Blanc, c'est magnifique.
01:23Alors, justement, cette philosophie du devenir, vous la définissez comme une approche de compréhension
01:31de ce qu'est l'être et de ce qu'il est devenu dans son apparition sur Terre,
01:36et vous dites que nous sommes devenus des corps vides, désincarnés,
01:41animés par le profit, l'aura sociale, les plaisirs narcissiques.
01:47Qu'est-il arrivé à l'homme pour en arriver à ce degré de bassesse ?
01:52Oui, assez rapidement, pour finir, l'homme s'est en effet désincarné de son être ontologique,
01:58de son histoire, de son esprit, au profit d'un être qui fonctionne socialement,
02:05et j'ai l'impression qu'il ne s'en est même pas rendu compte.
02:08Comment cela a commencé ?
02:09Ça a commencé, je ne vais pas refaire toute l'histoire du paléolithique au néolithique
02:15avec la révolution néolithique, ça a commencé vraiment au néolithique,
02:18à la révolution néolithique, il y a 10 000 ans à peu près, avec les premiers stocks.
02:22Donc, quand l'homme a commencé à cultiver la Terre et à élever du bétail,
02:26il s'est vite rendu compte qu'avec les outils qu'il arrivait à fabriquer,
02:29et avec sa manière de communiquer aussi,
02:32il arrivait à stocker plus de matériaux qu'il avait besoin pour vivre,
02:37et sa famille, il a commencé à stocker,
02:40et à partir de ce moment-là, le premier commerce a commencé.
02:42Donc, on peut dire qu'au néolithique, ça a commencé vraiment,
02:46je dirais, la lutte des classes, puisque, évidemment,
02:49il y en avait qui chassaient mieux que d'autres, qui pêchaient mieux que d'autres,
02:53qui stockaient plus, et donc, qui attiraient la convoitise,
02:56et qui avaient une certaine puissance, une supériorité,
02:58tout a commencé à peu près à ce moment-là.
03:00– L'inégalité ?
03:01– L'inégalité des classes a commencé à ce moment-là,
03:04et puis, un peu plus tard, elle s'est développée,
03:08notamment à Babylone, en 2300 avant Jésus-Christ,
03:11avec la valeur d'échange.
03:14– Alors, vous abordez la problématique du bonheur,
03:19et vous dites que la compréhension apporte ce bonheur,
03:22et vous citez Schopenhauer, pour qui, lui, le bonheur n'existe pas,
03:26il l'exprime par cette citation célèbre,
03:29« La vie oscille comme un pendule entre la douleur et l'ennui ».
03:34– Oui.
03:34– On a un peu envie de se tirer une balle dans la tête,
03:36mais avec ce genre de définition, c'est quoi le mystère du bonheur, alors ?
03:40– Alors, moi, je dis que le bonheur, enfin, il y a différentes sortes de bonheur,
03:43on peut dire que le bonheur, si on est hédoniste,
03:45on va dire que ce sont des plaisirs qui sont additionnés,
03:49et que l'on répète, si on est œdémoniste, à ce moment-là,
03:52on estime que le bonheur est un état général de…
03:55oui, de bonheur, être heureux est un état général,
03:58moi, je crois qu'il y a un peu des deux,
03:59et pour moi, le bonheur passe par la compréhension.
04:03Donc, la compréhension des choses et du monde,
04:05qui est mon travail philosophique, apporte le bonheur.
04:09Il n'y a pas de bonheur sans compréhension.
04:12Le moindre petit bonheur, la moindre petite joie,
04:15passe par une compréhension.
04:17La chute d'une blague, une histoire qu'on nous raconte,
04:21quelque chose qu'on a compris, nous donne un sourire,
04:24c'est le bonheur, c'est une compréhension.
04:26Et la compréhension du monde, pour moi, est essentielle.
04:29Évidemment, ce monde fait tout pour qu'on ne comprenne rien, évidemment, c'est clair.
04:33– Mais qu'est-ce que vous dites à ceux qui disent
04:34« heureux les simples d'esprit » ?
04:36– Je dis qu'ils ont raison aussi,
04:37parce que, évidemment, c'est une question d'équilibre.
04:41Si on a peu d'esprit, peu de demande,
04:44peu de, je dirais, de travail intellectuel et de recherche,
04:48on aura besoin de moins de bonheur aussi.
04:51On devient plus exigeant, plus on avance dans la compréhension, évidemment.
04:55Des choses apparaissent, elles deviennent permanent compliquées.
04:58Il faut passer au-delà, un stade supérieur.
05:01Et là, quand on arrive au sommet de la compréhension,
05:04tout s'explique.
05:05Je ne vais pas dire que tout est merveilleux, tout est catastrophique,
05:07mais au moins, on a compris.
05:08Et comprendre, quelque part, c'est subir un peu moins.
05:11– Et pourquoi vous dites que tout est fait
05:13pour nous éloigner de la compréhension ?
05:15– Mais parce qu'elle ne convient pas à la société du profit.
05:19La société du profit a besoin d'une chose, c'est des clients.
05:22Elle doit vendre des objets en quantité importante
05:25et le plus souvent possible.
05:26– Nous sommes tous, les êtres humains,
05:28totalement immergés dans cette société du profit.
05:31– Nous sommes tous, nous sommes tous, j'espère pas tous,
05:34mais la plupart immergés dans cette société du profit, oui.
05:36– À part des sociétés primitives.
05:38– Les sociétés primitives n'en étaient pas dépendantes.
05:42– Cette dépendance est venue avec l'argent, évidemment,
05:45et la propriété, avec la valeur.
05:49– Alors, il s'agit pour votre philosophie du devenir,
05:54de comprendre l'impact de l'argent sur notre civilisation
05:58et d'analyser tout ce qu'il a détruit.
06:01Alors, quel pouvoir a-t-on donné à l'argent ?
06:05– C'est terrible.
06:06Il faut, pour ça, revenir un peu au début avec le troc.
06:08Donc, le troc, c'est l'échange, l'échange a toujours existé.
06:13Au paléolithique, on échangeait déjà des choses.
06:16Votre livre m'intéresse plus que mon verre d'eau,
06:20mon verre d'eau vous intéresse plus que mon livre,
06:23on va procéder à un échange.
06:25Mais il y a là une discussion, il y a un échange,
06:30il y a vraiment une mise en...
06:32Ce livre représente une valeur pour moi et le verre pour vous.
06:35Alors que, quand on supprime le verre et qu'on met de l'argent à la place,
06:40alors là, il y a une valeur d'échange qui devient absolue,
06:44qui fait que ce livre vaut autant pour n'importe qui.
06:48Et donc, à ce moment-là, on se désincarne complètement
06:51de la discussion qu'on avait, de l'échange qu'on pouvait avoir
06:53quand on troquait.
06:54Donc ça, c'est une première notion super importante.
06:57Et puis, après ça, Babylone, 2320 Jésus-Christ,
07:02les tablettes d'argile qui ont été au-delà du troc.
07:06Ils passaient leur temps à gratter, à écrire des tablettes d'argile,
07:09des reconnaissances de dette, en fait.
07:11J'ai besoin de ton cheval pour aller chercher une cargaison un peu plus loin.
07:16Et ta carriole, prête-les-moi, je te ramènerai le matériel.
07:20Et on fera notre échange à ce moment-là.
07:22Voilà, je te signe une reconnaissance de dette
07:24qu'on accroche sur le mur de Babylone.
07:26Et toute cette comptabilité était faite.
07:28Et quand la dette était payée, on détruisait la tablette d'argile.
07:32Mais donc, avec la reconnaissance de dette,
07:34qu'est-ce qui naît à ce moment-là ?
07:35Le mensonge.
07:36Puisque l'homme ne peut pas toujours faire ce qu'il a promis.
07:41Il ne peut pas toujours respecter sa parole.
07:43Quelque part, il y a des impondérables
07:44qui sont pris comme un mensonge par l'autre partie.
07:47Et voilà comment commencent les conflits.
07:49Et les premiers conflits importants démarrent justement
07:52à Babylone, en Mesopotamie, en 2320 Jésus-Christ.
07:54– Vous êtes un peu christique,
07:56quand le Christ disait « n'amassez pas de richesse ».
07:59– Oui, à fond.
08:01– Alors, vous abordez aussi la guerre…
08:04– J'ai dit aussi que le philosophe doit rester pauvre.
08:06– Oui.
08:07– Vous abordez la guerre dans vos chapitres
08:10et vous dites que le seul vrai décideur,
08:13le vrai dictateur, c'est la finance, le marché.
08:16Mais ces guerres n'existaient-elles pas
08:19avant l'apparition du marché ?
08:21– Oui, mais justement, elles sont apparues
08:23à cause de la puissance des dirigeants,
08:27à cause de la hiérarchie verticale et hégémonique des pouvoirs.
08:32Donc voilà, Athènes, Sparte, c'était des puissances importantes
08:37et les guerres ont commencé à cause de ces puissances-là justement.
08:41Donc déjà, avec l'argent.
08:42L'argent est arrivé à un moment…
08:44Je vais prendre un petit exemple qui m'intéresse avec la philosophie,
08:48c'est que l'argent est arrivé, les premières pièces de monnaie sont arrivées en Lydie,
08:51donc l'ancienne Syrie, en 600 avant Jésus-Christ,
08:53et c'est le roi Aliat de Lydie qui a fondu les premières pièces d'argent.
08:58Curieusement, à ce moment-là, exactement en Lydie, à Éphèse,
09:02la capitale de la Lydie, est née Héraclite,
09:05Héraclite d'Éphèse, le premier présocratique,
09:07ou un des premiers présocratiques, qui a commencé à faire de la philo.
09:09Donc la philo est arrivée au moment où l'argent a été créé.
09:13C'est quand même curieux.
09:15Il fallait bien…
09:15– Vous vous insinuez du coup.
09:16– J'insinue du coup que les gens étaient perdus,
09:19de voir cette valeur absolue arriver,
09:21et cette lutte de classe commencer évidemment,
09:24puisqu'avec l'argent est arrivée la propriété.
09:26Certains avec la propriété et d'autres n'en avaient pas.
09:29Donc voilà, les jalousies, les problèmes, lutte des classes et les guerres.
09:33– Alors pour continuer avec l'argent, vous dites qu'il est inséparable
09:36de la dette et du mensonge.
09:39Alors pourquoi vous pensez qu'ils se sont substitués à nos besoins naturels ?
09:44– Ils ne se sont pas substitués à nos besoins naturels,
09:47ils ont possédé nos besoins naturels.
09:51C'est-à-dire que l'argent est arrivé avec la dette et le mensonge
09:54et ont pris possession de nos besoins naturels.
09:56Nous avons tous de l'argent qui coule dans nos veines.
09:59L'argent est devenu l'essence de la population et l'hubris,
10:02donc la démesure est devenue l'idéal de la population.
10:06– Vous dites que l'argent a été divinisé,
10:08in fine c'est le nouveau dieu de notre société.
10:11– Oui, oui, oui, on n'est pas les premiers à le dire,
10:15Marx le disait déjà, oui, c'est clair que la plupart des gens
10:20n'ont qu'un dieu c'est l'argent, c'est clair.
10:22Mais c'est lui qui a pris toute la place et qui dirige le monde,
10:25parce qu'il est important de le dire, on n'est pas tous dépendants de ça,
10:28mais la production, l'industrie dirige le monde, c'est elle qui dirige le monde.
10:33L'industrie donne des ordres aux politiques,
10:37qui donne des ordres à la presse subventionnée,
10:40qui nous diffusent des messages.
10:41Ça c'est la réalité des choses.
10:43Et nous on voit les choses à l'envers.
10:45Il y a une inversion des valeurs complètes qui s'est produite,
10:47qui fait qu'on regarde la télé, on a des informations, on y croit,
10:51de temps en temps il y a un politique qui s'exprime,
10:52on y croit, on n'y croit pas, mais l'industrie on ne la voit jamais.
10:55Elle est absente.
10:56On ne voit jamais un patron d'industrie arriver et nous parler,
11:00nous expliquer un petit peu sa vie, sa façon de voir les choses, etc.
11:04Ça n'arrive pas.
11:05– Vous ne pensez pas qu'in fine tout est religieux ?
11:07Que le religieux ne surplombe pas l'industrie, l'économique ?
11:11– J'essaye de rester vraiment à distance de cette tentation-là,
11:17parce que je me rends compte qu'elle tourne en rond en fait.
11:20Et si c'est religieux, on va tomber sur les trois monothéismes,
11:23dont je ne vais pas parler, parce que ce n'est pas vraiment ma matière,
11:25mais pour moi les trois monothéismes ne font qu'un.
11:28Et je trouve qu'ils sont terriblement similaires
11:30et qu'il est très compliqué de les distinguer les uns des autres.
11:34Et je trouve qu'ils ont vraiment, ils ont tous les trois cette verticalité
11:37qui fait qu'elle va vers le pouvoir.
11:40La verticalité d'un dogme, d'un monothéisme,
11:44c'est une sorte d'entropie du pouvoir.
11:48Le pouvoir qu'on a en France, en Belgique, dans tous les pays,
11:51ce sont des choses assez verticales pour finir.
11:53Donc des bons croyants vont bien croire dans leur chef.
11:57Et c'est ça qu'il faudrait détruire pour moi.
12:00– Et vous dites que face à l'échec du monde du commerce,
12:03le capital panique et se bat pour survivre.
12:06– Survivre où, voyez-vous, donnez-nous des exemples,
12:10l'échec du monde, l'échec du monde du commerce, où est-il ?
12:14– Alors, c'est très simple, on va reprendre Marx en deux mots.
12:18Et donc Karl Marx nous explique déjà au 19e siècle
12:21que l'industrie connaît une sorte de diminution,
12:26une faillite endémique qu'il appelle la baisse tendancielle du taux de profit.
12:30Voilà, il explique en gros que les machines n'apportent pas de valeur,
12:35au contraire, on licencie du personnel,
12:37mais elles accélèrent terriblement la production,
12:39ce qui crée une concurrence, cette concurrence fait que les prix baissent
12:42et qu'on doit produire de plus en plus.
12:44Et il y a un moment, on arrive à la saturation des marchés.
12:46Et qu'est-ce qu'on connaît aujourd'hui ?
12:47On ne connaît que ça, la saturation des marchés.
12:50On doit acheter…
12:50– Il y a trop d'offres.
12:51– Il y a beaucoup trop d'offres, évidemment.
12:53On doit acheter et racheter de plus en plus souvent,
12:55de plus en plus cher, ou en tout cas, de plus en plus souvent.
12:58On le voit avec les voitures électriques,
12:59on le voit avec un tas de choses.
13:02L'industrie va mal, elle commande des politiques en disant
13:05ça ne va pas, ça ne marche pas, je perds de l'argent.
13:08Trouvez-moi des solutions pour que les gens rachètent de nouvelles voitures.
13:11Les politiques se grattent la tête, ils se disent
13:13je ne vais pas pouvoir dire au peuple que l'industrie va mal,
13:16qu'elle est en faillite et qu'il faut changer de bagnole.
13:18Ils ne vont jamais le faire.
13:19– Ils vont nous proposer le transhumanisme.
13:21– On va nous proposer…
13:22– Ce n'est pas la nouvelle forme d'hubris.
13:24– De l'augmentation de l'homme.
13:28– Restons une seconde sur cette histoire de voitures électriques
13:33et de changements technologiques qui passent comme une idéologie.
13:37Et en fait, il n'y a pas d'idéologie.
13:39Il y a l'industrie qui décide au départ.
13:41Les politiques inventent une idéologie qui transmettent à la presse,
13:45qui nous transmet à nous.
13:46Et nous, on suit le mouvement en croyant à une idéologie.
13:53– Et tout le reste, et tout ce qui suit, la fausse écologie,
13:58les éoliennes, les panneaux solaires, tout ce qu'on veut, c'est ça.
14:01Le Mercosur, c'est ça aussi.
14:02Le Mercosur, c'est quoi ?
14:03Ce n'est pas importer librement du blé d'Amérique du Sud,
14:07c'est pouvoir exporter librement des voitures allemandes.
14:10– C'est l'imposture du progrès, vous dites.
14:12Le progrès pour plus de confort, pour le bien-être des gens
14:16qu'on présente comme étant pour le bien-être des gens.
14:19Vous dites que c'est une équillusion.
14:20– Voilà, ce n'est qu'illusion.
14:22Évidemment qu'on a beaucoup trop et qu'on vivrait bien avec beaucoup moins de choses.
14:26Simplement, comme il y a cette faillite endémique à la production, à l'industrie,
14:31eh bien, c'est trop tard.
14:33Ils doivent produire de plus en plus, de plus en plus de quantités,
14:35de plus en plus vite et de moins en moins cher,
14:37pour vraiment nous asphyxier de marchandises.
14:40C'est ce qui se passe maintenant.
14:41Ça ne durera pas longtemps.
14:42– Mais se tire une balle dans le pied, justement,
14:44si ça mène à la destruction de ceux qui… de la demande.
14:48Ils se détruisent moins en faisant ça et en continuant encore un petit peu,
14:51en espérant qu'avec une quantité plus importante, ils vont en sortir.
14:55Parce que je pense qu'ils n'ont même pas compris eux-mêmes
14:56le phénomène que Marx expliquait.
14:59Et donc, la plupart des gens, c'est ça.
15:00C'est qu'ils ne comprennent pas ce qui se passe, en fait.
15:02Et ils suivent le mouvement.
15:04Et l'industrie, elle ne peut pas faire marcher.
15:06Elle ne peut pas fermer ses usines.
15:07Il est obligé de continuer.
15:08Elle essaie de produire de moins en moins cher.
15:11Délocaliser et mondialisation.
15:13Et tout ça s'explique.
15:14Si on fait un Marx et ça baisse du taux de profit, on comprend tout.
15:17Si on ne comprend pas ce que Marx a dit à ce moment-là,
15:20on continue à ne rien comprendre et à espérer que les choses vont se résoudre un jour.
15:25– Alors, je vous cite, Paul Cadence,
15:27« Plus nous possédons le savoir, la sagesse, la raison,
15:31plus nous agissons dans la mesure, dans le calme et la modération. »
15:37à ces gens, justement, de l'industrie dont vous parliez à l'instant,
15:41qui ne connaissent que le rapport de force.
15:44Faut-il, justement, avoir ce calme et cette modération
15:50pour cohabiter avec eux ?
15:51Ou la cohabitation est-elle impossible ?
15:53– Voilà.
15:53Le positif dans ma démarche et ce que je propose,
15:57c'est qu'on n'est pas obligé, on ne dépend pas de cette industrie à 100%.
16:01On n'est pas obligé d'acheter tout ce qu'on achète.
16:03On n'est pas obligé de suivre l'industrie.
16:04– Parce que c'est l'ermitage que vous nous proposez.
16:06– Je propose de retrouver un lien avec l'universel.
16:10Je propose de retrouver un lien avec notre esprit.
16:12J'explique qu'il y a deux mondes.
16:14Il y a le monde universel qui a tout créé
16:16et il y a le monde social que nous avons fabriqué de nos mains.
16:19Ce monde social fabriqué de nos mains ressemble à un monstre aujourd'hui.
16:23Soyons clairs, il n'y a pas d'autre mot.
16:24Le monde universel, lui, continue sa route gentiment
16:27et c'est quand même lui qui va gagner à la fin.
16:29Ça, c'est sûr et certain.
16:29Donc, je propose que l'on se dédouane un petit peu de ce monde de la production,
16:36ce monde du profit, qu'on retrouve du sens et de l'esprit en contact avec l'universel.
16:42On vivra mieux, plus heureux, avec moins de besoins, moins de nécessités
16:45et moins dans l'inservissement.
16:47– Est-ce que vous pensez que ce qu'on a appelé la crise du Covid
16:50nous a emmenés encore plus dans ce que vous dénoncez ?
16:54– La fameuse crise du Covid.
16:56Pour moi, il n'y a pas vraiment de crise du Covid.
16:58Pour moi, il y a une crise de mesures anti-Covid.
17:00C'est plutôt ça qu'il y a eu.
17:01Et je pense qu'on a été pris dans une imposture inimaginable,
17:06quasiment à l'échelle mondiale, au niveau de toutes ces mesures.
17:09Là, on a compris une chose, on a vu quand même à travers le filtre,
17:12on a vu qu'on n'avait pas grand-chose à dire.
17:15Et si je peux dire un mot sur la démocratie, je vais le dire.
17:17– Ah ben, allez-y.
17:18– On a vu qu'on n'avait pas grand-chose à dire pour se défendre
17:22et qu'on était tenu comme ça par un pouvoir hégémonique
17:25et masqué, distance sociale et compagnie.
17:29Donc c'était complètement stupide et scandaleux.
17:32C'est ce que ça a dévoilé à ce moment-là.
17:34Et donc ça nous fait peur, en tout cas ça me fait peur,
17:36pour l'avenir, pour ce qui se passe maintenant avec les guerres par exemple.
17:39Parce qu'on se rend compte que, voilà, on est à la merci des dirigeants.
17:43La démocratie pour moi est une imposture du premier jour,
17:47parce que si on fait un peu d'étymologie,
17:50en fait il y a le démos kratos, donc le peuple et le pouvoir.
17:53En fait, au départ, en Grèce, à l'Antiquité, en moins 550, moins 600,
17:58le démos représente une unité de mesure.
18:01Le 10, qui est le dème en fait, ça correspondait à la distance de 10 maisons,
18:08espacées de plus ou moins de 100 mètres.
18:09Ça c'est le dème, et ça représente le peuple.
18:12Avant le démos, il y avait le guénos.
18:14Le guénos, c'est le gène, c'est la racine, c'est la famille.
18:18Donc le peuple grec était représenté par le guénos avant le démos.
18:22Donc quand la propriété terrienne est arrivée, le nom du peuple a changé.
18:26Et l'étymon, c'est un étymon démos, a remplacé le guénos.
18:30Ce qui veut dire que déjà au départ, le mot démocratie est un peu étrange,
18:35parce que deux peuples en question, on parle d'un peuple de propriétaires terriens.
18:41Ce qui n'est pas une réalité vraiment des peuples qu'on connaît aujourd'hui.
18:44Ça c'est une chose.
18:45Et puis deuxièmement, le pouvoir du peuple, c'est une phrase,
18:48je crois que personne n'a vraiment à réfléchir à cette phrase-là.
18:51Si le peuple a le pouvoir, le pouvoir disparaît.
18:54Le pouvoir pour qu'il existe, il faut qu'il soit dans les mains d'une personne,
18:57d'un petit groupe.
18:58Ça c'est le pouvoir sur un autre groupe plus important.
19:01Mais si le peuple a ce pouvoir, il n'y a plus de pouvoir, il disparaît.
19:07On ne peut plus appeler ça le pouvoir à ce moment-là, puisque c'est le peuple.
19:10Donc, voilà, la démocratie est une imposture.
19:13Il n'y a que des régimes autoritaires, en fait, dans ce monde.
19:16– Le devenir, dites-vous, est une conscience,
19:20celle de savoir que nous sommes des êtres finis, engendrés par le divin.
19:25Qu'est-ce que vous entendez quand vous expliquez que notre personne ne s'arrête pas à notre enveloppe physique,
19:31mais qu'elle s'étend bien plus loin dans le temps et l'espace ?
19:35– Merci. Je vais prendre un exemple, c'est l'animal, le cheval, que je connais bien.
19:41Quand on a un problème sémantique avec, par exemple, le cheval,
19:45en fait, avec tout, on a des problèmes sémantiques, mais bon, prenons le cheval.
19:48On ne devrait pas dire un cheval, on devrait dire animal, herbivore, quadripède,
19:53broutant l'herbe et buvant l'eau.
19:55– C'est un peu long.
19:56– C'est un peu long, voilà, c'est un peu long, mais c'est un peu plus juste.
19:59Parce qu'en réalité…
20:00– Plus exact.
20:00– Plus exact.
20:02Le cheval est lié à l'universel, il est tellement lié à l'universel
20:05qu'il broute l'herbe, il la digère, il la déjecte,
20:10ses déjections vont fertiliser la terre, vont nourrir tous les petits vers,
20:15les mouches et les oiseaux.
20:17Ça va retourner à la terre et ça va lui revenir à lui.
20:19Il est tellement lié à l'universel, le cheval, qu'il n'a pas peur de sa propre mort.
20:25Il n'a pas la conscience de sa mort parce que les animaux…
20:27– Il n'a pas conscience de lui-même peut-être déjà.
20:29– Il a conscience de lui-même, oui, parce qu'il a un esprit développé,
20:32mais il n'a pas conscience de sa propre mort, il n'a pas cette culture-là.
20:36Et en même temps, il ne l'aura jamais parce qu'il est tellement lié à l'universel.
20:40L'universel ne s'arrête pas et est réellement infini.
20:44C'est la raison pour laquelle, faisant partie de l'universel,
20:46eh bien, il n'a pas peur de la mort.
20:48Si on retrouvait un peu plus de lien avec l'universel,
20:50on aurait un peu moins peur de notre propre mort
20:52et on s'élongerait un peu de Schopenhauer
20:55qui dit qu'on passe nos temps à…
20:56– À s'ennuyer ou à souffrir.
20:58– Voilà, à s'ennuyer ou à souffrir,
21:00à passer son temps à essayer de ne pas s'embêter.
21:03C'est à ça qu'on risquerait d'arriver.
21:05– Et vous développez enfin trois étapes vers le retour à soi
21:10et le corps physique retrouvé.
21:13Comment ça se passe alors ?
21:15– Alors, je me base sur…
21:17Je suis un lecteur de Hegel, donc voilà.
21:21C'est déjà assez compliqué comme ça,
21:23mais j'ai toute cette période du Covid, justement,
21:25ces deux ans et demi de temps.
21:27J'ai lu La phénoménologie de l'esprit de Hegel.
21:30Je pense avoir compris des choses.
21:31En tout cas, c'est un livre qui m'a vraiment ouvert l'esprit
21:33et de donner envie d'écrire aussi.
21:36Et donc, Hegel parle de…
21:37On va dire que j'ai ma pensée, donc j'ai mes lectures
21:40et je crée ma propre pensée quand même à côté.
21:44Donc, je simplifie ou je détourne un petit peu.
21:46Il y a l'en-soi, le pour-soi et le retour à soi.
21:49L'en-soi, c'est le moment de la vie
21:51où on est, notre naissance, notre éducation,
21:54ce qu'on se crée, on va dire, jusqu'à l'adolescence,
21:57jusqu'à 16, 18 ans.
21:58À ce moment-là, on est plus ou moins construit.
21:59On sait ce qu'on veut, ce qu'on ne veut pas,
22:00ce qu'on aime, ce qu'on a envie de faire dans la vie.
22:02Bon, très bien.
22:03On continue, mais en fait, on ne sait pas très bien
22:04ce qui nous est arrivé.
22:06Cette éducation est arrivée un petit peu comme ça.
22:08On a tous un peu le même problème.
22:10Et puis, chemin faisant, on lit quelques bouquins,
22:13on s'intéresse à des choses qui ne sont pas,
22:15qu'on ne trouve pas dans le cercle familial,
22:19qui nous dépassent un peu.
22:21Et on s'ouvre l'esprit, on arrive à comprendre des choses
22:24et on arrive au stade du pour-soi.
22:25Le pour-soi, c'est sortir de soi et s'observer.
22:29C'est le cogito de Descartes qui nous dit,
22:32je pense donc je suis, il nous dit,
22:34il se pourrait que tout ce que je pense jusqu'à présent soit faux.
22:37Le simple fait que je me dise ça,
22:38ça veut dire qu'il y a quelque chose qui pense ça.
22:40– Le doute.
22:41– Voilà, le doute donc, ça veut aussi dire que j'existe
22:43puisque je m'observe, j'existe par la pensée.
22:46C'est la pensée, le monde intelligible de Platon, si on veut,
22:50par rapport au monde sensible.
22:52Donc, le pour-soi, c'est sortir de soi et s'observer,
22:54se rendre compte que voilà, me voilà, voilà comme je suis,
22:58qu'est-ce que je vais changer, qu'est-ce que je vais modifier ?
23:00Et là, on commence le travail dans le pour-soi,
23:02de la modification de soi, son évolution.
23:04– Est-ce que le pour-soi est encore possible aujourd'hui ?
23:07Le doute, est-ce que la société, c'est ce que vous disiez tout à l'heure,
23:10nous interdit de douter, nous interdit la compréhension ?
23:15– Elle nous interdit de douter.
23:16– On devient des complotistes en fait, en doutant, n'est-ce pas ?
23:18– Oui, c'est ça, en doutant, on devient des complotistes et surtout…
23:21– On n'avale plus tout.
23:22– Oui, mais surtout l'industrie, qui est toujours aux commandes,
23:25risque de perdre des clients, parce que qu'est-ce qu'elle veut ?
23:28Elle veut des gens…
23:28– Consomment idiots.
23:29– Qui consomment, voilà, qui consomment idiots et qui ne réfléchissent pas trop.
23:33Ils peuvent éventuellement hésiter de couleurs, mais pas de modèles,
23:37donc ils doivent absolument acheter.
23:39Donc le doute est relativement interdit, mais il y a une grande différence encore,
23:42c'est un tout petit peu plus loin, entre Descartes et Spinoza par exemple,
23:45c'est que Descartes, lui, c'est le philosophe du doute, c'est certain,
23:48qui met tout en question, mais, et c'est là le problème de Descartes,
23:52c'est qu'il arrive avec une morale derrière, il arrive avec des conclusions.
23:55Et le fait d'avoir douté est très bien et très positif,
23:58mais le fait d'arriver avec une morale et donc tirer des conclusions de l'expérience,
24:02moi je condamne un peu ça, je préfère un Spinoza qui va dire
24:05je suis un empirique, je fais des recherches, je travaille, je réfléchis,
24:10je découvre des mondes et je ne m'arrête pas, je continue de réfléchir.
24:13– Mais ça c'est le progrès justement, on tourne en rond
24:15et on ne s'arrête jamais sur la vérité,
24:18vous n'êtes plus christique et vous ne croyez plus à la vérité alors.
24:21– Le progrès, donc le progrès est une imposture telle qu'il est présentée
24:24dans la société aujourd'hui, il ne s'agit pas de progrès,
24:27c'est de nouveau une idéologie qui est collée à une consommation obligatoire,
24:31donc on va nous dire qu'il y a quelque chose de nouveau qui est sorti,
24:34on va devoir l'acheter et sous l'appellation du progrès,
24:38on n'a pas trop d'excuses, ah c'est nouveau, donc on va le faire.
24:41Un peu comme l'intelligence artificielle et toutes ces impostures,
24:45tout ce qui est nouveau devrait se vendre et ça c'est génial,
24:47c'est plutôt les publicitaires qui vont inventer le progrès
24:49que les ingénieurs et les techniciens.
24:51– Et la troisième étape alors ?
24:53– La troisième étape c'est le retour à soi,
24:55donc ça c'est le stade de sagesse que je ne connais pas
24:58et que je ne connaîtrai peut-être jamais, mais c'est la sagesse, la raison
25:00qui fait que c'est le côté un peu stoïcisme dans l'histoire,
25:03c'est qu'à la fin on revient à un accord avec l'en-soi,
25:07donc c'est cette dialectique-là qui est super intéressante.
25:09– On revient avec l'enfance.
25:10– On revient avec un accord avec tout le chemin qu'on a parcouru,
25:14on comprend tout le chemin pour s'abolir,
25:17évidemment il faut un peu se détester à un moment donné,
25:19il faut détester sans doute nos parents, notre famille, nos études
25:22et notre cadre social, et puis on en sort de ça,
25:25mais après on arrive à un accord complet,
25:28avec l'ensemble de la vie, ça c'est le retour à soi
25:30qui est je trouve un moment fabuleux quoi.
25:32– Et là on peut vivre.
25:33– Et là on peut enfin vivre, se laisser vivre et ne plus trop s'inquiéter, oui.
25:37– Philosophie du devenir, je crois qu'on a fait le tour,
25:42en tout cas on a donné à nos téléspectateurs peut-être l'envie
25:45d'ouvrir votre ouvrage, et c'est pour une compréhension du monde,
25:49et dans son histoire et son devenir, c'est publié aux éditions d'Ulysse Bleu,
25:56merci Paul Cadence.
25:57– Merci à vous.
25:58– Merci à vous.
25:59– Sous-titrage ST' 501
26:01– Sous-titrage ST' 501
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