00:00On va faire un petit détour du côté de la conférence annuelle d'Euronext avec Guillaume Paul qui a interrogé
00:06il y a quelques minutes Stéphane Bougenat,
00:08le président du directoire d'Euronext, pour revenir notamment sur l'union des marchés de capitaux.
00:13Avec Stéphane Bougenat, le président du directoire et directeur général d'Euronext. Bonjour Monsieur Bougenat.
00:17Bonjour.
00:17Merci de nous accueillir ici lors de la 14e conférence annuelle d'Euronext.
00:21D'abord une question sur la situation actuelle de marché.
00:24Est-ce que vous êtes étonné de la relative résilience des marchés dans ce contexte international plus que trouble aujourd
00:28'hui ?
00:29Non, parce qu'à ce stade, la crise que nous traversons est circonscrite géographiquement, circonscrite sur une classe d'actifs
00:35qui sont les hydrocarbures.
00:36Il y a bien sûr une connexion qui peut créer des effets sur le reste de l'économie.
00:42On l'a vu sur l'agriculture à travers le prix des engrais, le prix des entrants en général.
00:48Donc il faut être prudent.
00:49Mais à ce stade, il n'y a pas de rotation d'actifs qui va au-delà de la rotation
00:54d'actifs qu'on peut trouver dans le transport aérien,
00:56dans le tourisme, dans la chimie.
01:01Et donc pour le moment, le monde, les investisseurs font le pari d'une crise circonscrite et courte.
01:09Et courte surtout, c'est ça qui ressemble ?
01:10Oui, bien sûr. Parce qu'évidemment, si les prix des hydrocarbures devraient rester durablement à ce niveau-là,
01:15et les approvisionnements en entrants et en engrais durablement interrompus, les choses pourraient devenir plus compliquées.
01:22Mais à ce stade, ce que disent les prix des actifs, c'est la perspective d'une crise circonscrite dans
01:31le temps et dans l'espace.
01:32Il y a une inquiétude aussi en ce moment qui concerne la dette privée avec l'éternelle question de la
01:36bulle.
01:36La bulle est-elle là ? La bulle est-elle en train de se dégonfler ?
01:38On a vu récemment des mouvements du côté de BlackRock, de Bluehole, des grands acteurs. Qu'est-ce que ça
01:42vous inspire ?
01:43Une bulle qui se dégonfle, ce n'est pas très grave. Une bulle qui éclate, c'est plus compliqué.
01:47Donc on a clairement une situation qui montre que la performance de ces actifs ne sera pas celle qui a
01:54été promise.
01:54Voilà, c'est ce qui explique les comportements des différents acteurs que vous avez cités, qui ferment la fameuse gate
02:00et qui disent aux investisseurs
02:02« Nous ne pourrons pas délivrer le retour que nous avions promis et donc nous essayons de gérer la décrue.
02:08»
02:08Donc oui, il y a une situation difficile sur ces actifs. Le monde découvre que prêter de l'argent, c
02:15'est un métier.
02:17Et prêter de l'argent, c'est bien sûr. C'est pricer, c'est donner un prix à trois choses.
02:21Le prix de la liquidité, le prix du capital et le prix du risque.
02:24Et donc quand on pense qu'on a accès à de la liquidité et qu'on a accès à du
02:27capital de manière abondante,
02:30on peut s'exonérer de ce métier très particulier qui est de donner un prix au risque.
02:35Et le métier de prendre des risques, c'est le métier de la banque commerciale.
02:39C'est un métier très compliqué qui repose sur beaucoup de procédures, aussi d'intuition et de connaissances intimes des
02:46secteurs.
02:46Et c'est un métier que font les banques au mieux qu'elles peuvent.
02:50Et c'est un métier différent et que de nouveaux entrants ont essayé de faire, parfois avec succès.
02:54Mais quand la performance des actifs sous-jacents des emprunteurs devient plus incertaine,
02:59ou est remise en cause par des événements technologiques,
03:02comme l'intelligence artificielle qui fait son éruption chez beaucoup de ces emprunteurs,
03:07eh bien il y a des chocs.
03:09Et donc tout le monde n'est pas équipé pour gérer des chocs quand l'analyse du risque a été
03:13un peu hasardeuse.
03:15Un mot, parce qu'on va beaucoup en parler aujourd'hui à l'occasion de cette conférence,
03:19des questions liées au marché, l'union des marchés de capitaux.
03:22Vous avez vu qu'il y a quelques semaines, les Européens à Bruxelles, alors c'était un accord non écrit,
03:26se sont donné pour principe d'accélérer, de poser la dernière pierre du marché unique européen
03:31dans trois domaines stratégiques.
03:32Ils ont parlé des télécoms, ils ont parlé de l'énergie et ils ont parlé des capitaux.
03:35Est-ce que pour vous c'est une bonne idée d'asséner comme ça une date à fin 2027, puisque
03:39c'est la date qui nous ont essayé ?
03:40C'est la méthode qui a été utilisée à chaque fois pour les grandes aventures.
03:46Delors l'a fait.
03:46Delors l'a fait et c'est la seule manière de réussir.
03:49On a beaucoup de gens dans la machinerie européenne qui sont des managers de process institutionnels.
03:55Ce qui nous manque ce sont des leaders de transformation.
03:58Il semble qu'on ait pour le moment l'émergence de vrais leaders de transformation.
04:02Il y a deux choses très intéressantes qui se sont produites au cours des derniers mois et notamment des dernières
04:05semaines.
04:06La première c'est Mme Maria-Louise Albuquerque, la commissaire en charge des services financiers,
04:11qui a produit au mois de décembre un papier plus ambitieux que jamais,
04:15avec des propositions plus ambitieuses que celles qui ont été produites depuis dix ans.
04:19Et ça c'est sur la table du Conseil et ça c'est sur la table du Parlement.
04:22Et c'est vraiment très enthousiasmant parce qu'il y a beaucoup d'énergie et d'ambition.
04:26Elle le dit elle-même, quand on a des ambitions modestes, on a des résultats au mieux modestes.
04:30Et le deuxième développement qui est beaucoup plus intéressant encore, c'est la semaine dernière,
04:35les six ministres des finances des Pays-Bas, de la France, de l'Allemagne, de l'Italie, de l'Espagne,
04:40de la Pologne,
04:40qui représentent tous ensemble 72% du PNB européen et 70% de la population d'Europe,
04:46qui ont dit avant la fin de l'année 2026, on veut un accord politique complet sur tous les éléments
04:50du paquet de l'Union pour l'épargne et l'investissement.
04:54Donc je crois que les choses changent, s'accélèrent.
04:57C'est la première fois que je vois un momentum comparable à celui qui a pu exister autrefois,
05:01quand Jonathan Hill était le commissaire britannique à l'Union des marchés de capitaux.
05:05Alors c'était la dernière question que je voulais vous poser.
05:06Est-ce qu'il faut y aller ? Est-ce qu'il faut faire cette union, quitte à y aller,
05:09en passant en force,
05:10sans l'accord de quelques récalcitrants, pays dont la fiscalité évidemment est avantageuse,
05:14je pense au Luxembourg, à l'Irlande notamment ?
05:16Non mais je crois que cette orientation est claire.
05:18Les six pays de ce groupe pionnier ont décidé de faire les choses.
05:22Ils vont essayer de le faire à 27.
05:24S'ils n'arrivent pas à 27, ils essaieront de le faire dans le cadre d'une coopération renforcée au
05:29-delà de 9.
05:30Et si on n'y arrive pas à au-delà de 9, il faudra trouver des solutions ad hoc, multilatérales.
05:34Mais il est clair qu'un grand nombre de pays qui fabriquent de la finance
05:39ne veulent plus être ralentis par celui qui avance le moins vite.
05:43Et ça sera là des grands messages aujourd'hui à René.
05:45C'est pour ça que le thème de la journée, c'est renforcer les marchés de capitaux en Europe maintenant.
05:50Merci beaucoup Stéphane Bouchner.
05:52Merci à vous.
05:53Merci beaucoup.
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