00:07Générique
00:12Daniel Chrétien, journaliste Air et Cosmos, nous a rejoint en plateau. Bonjour.
00:16Bonjour Cécilia.
00:16Bienvenue sur le plateau de Smart Space.
00:18Alors le monde entier est tourné vers le Moyen-Orient, y compris les satellites en orbite terrestre.
00:24Vous êtes là aujourd'hui pour nous aider à comprendre le rôle stratégique que joue le secteur spatial dans ce
00:30conflit qui dure déjà depuis deux semaines.
00:34Racontez-nous, expliquez-nous.
00:35Alors effectivement le conflit dure depuis une dizaine de jours, deux semaines.
00:39Mais le rôle du spatial par rapport à ce conflit, dans le cadre de ce conflit, il date depuis beaucoup
00:44plus longtemps que ça.
00:44Car effectivement c'est un rôle très important dans le cadre de la préparation des différents parties de ce conflit,
00:52que ce soit côté iranien ou surtout côté américain.
00:54pour préparer toutes les frappes qu'il a fallu réaliser.
00:59Plus de 5000 cibles en Iran ont été listées, enfin déclarées par le Pentagone.
01:075000 cibles en seulement 8 jours, c'est considérable.
01:11Donc ça demande beaucoup, beaucoup de temps de documentation sur ces cibles pour les localiser,
01:16pour savoir exactement quel étage il faut viser.
01:18Donc c'est un gros travail sur le segment spatial car on ne peut pas faire de survol de drones
01:22ou de reconnaissance.
01:23On ne peut pas faire de survol aérien au-dessus du territoire iranien.
01:27Donc le renseignement américain peut se référer uniquement sur les agents qui sont sur place et surtout sur le segment
01:34spatial.
01:34Donc là c'est vraiment tous les capteurs qui sont à leur disposition qui seront utilisés.
01:39Alors qui sont à leur disposition ? C'est là le mot-clé.
01:41C'est-à-dire qu'ils vont chercher sur des infrastructures qui appartiennent déjà aux Etats-Unis, mais aussi d
01:46'acteurs privés américains ?
01:48Là, dans ce cadre-là, c'est sans doute nécessaire.
01:51Certes, le Pentagone dispose d'un grand éventail de capteurs nationaux propres,
01:58dont les données sont centralisées par le National Reconnaissance Office, le NRO.
02:04Mais le NRO est lui-même en contrat avec plusieurs entreprises de l'écosystème américain.
02:11Pour en lister quelques-unes, on est Planète, Black Sky, Capella, Umbra, j'en passe.
02:18Et toutes ces entreprises fournissent leur flux direct d'images auprès du Pentagone
02:23qui peut se servir presque à volonté vu l'étendue des contrats.
02:26Ils peuvent se servir à volonté ? Est-ce qu'à un moment donné, un de ces acteurs peut dire
02:29non ?
02:30C'est déjà arrivé. C'est déjà arrivé, mais pas pour le Pentagone spécifiquement,
02:35mais c'est déjà arrivé parce que si le Pentagone peut se servir sous ce flux direct d'images,
02:39ces flux directs, les entreprises les vendent à tout le monde.
02:42Et ça veut dire que la partie adverse peut y accéder.
02:44L'Iran aussi a eu besoin de ces images pour préparer sa riposte,
02:48parce qu'ils ont fait une riposte assez puissante qui a nécessité également une certaine documentation.
02:53Et ils n'ont pas assez de satellites pour ça en Iran.
02:56Ils en ont quelques-uns, mais c'est vraiment substantiel.
02:58Donc ils ont dû accéder à des images externes.
03:01Il y a une société américaine en particulier qui a décidé de mettre le haut là.
03:05Ces planètes, ils ont imposé un délai de 14 jours sur l'accès aux images
03:11qui couvrent certains sites en particulier ou certains pays en particulier.
03:15Pas l'Iran, bien sûr, mais notamment tous les pays qui hébergent des bases américaines
03:19ou qui peuvent soutenir l'action américaine ou israélienne dans le cadre du conflit.
03:25Donc là-dessus, l'Iran n'a plus forcément accès à ces images-là.
03:28Alors ce n'est que Planète qui a imposé cet embargo.
03:33Ça veut dire que les autres sociétés le proposent toujours actuellement.
03:37Mais c'est déjà assez considérable parce que Planète a déjà une grosse constellation de satellites.
03:40Mais donc l'État américain, par exemple, n'est pas en mesure de contraindre les acteurs privés
03:45à limiter l'accès à leurs données ?
03:47Alors les données de ces entreprises, elles sont propriétaires.
03:54Bien sûr.
03:54Elles ont des licences d'exploitation de ces données qui leur sont octroyées par les États-Unis.
04:01Donc il ne vaut mieux pas aller à l'encontre de la volonté du Patagone.
04:04Oui, ce n'est pas seulement un geste patriote finalement qu'opère Planète à ce moment-là.
04:07C'est aussi un geste stratégique.
04:08C'est en effet.
04:10Et éthique peut-être, certainement.
04:12D'une part éthique et d'une part aussi humanitaire dans un certain sens
04:16où ils voulaient éviter que l'Iran ait accès à ces données
04:19et du coup renseigner l'Iran sur la portée de ces frappes.
04:23Et donc ils argumentent ça.
04:25Le calcul de la force de frappe et l'évaluation des dommages.
04:30C'est cela.
04:31Et aussi pour protéger les personnes et les personnels de l'OTAN
04:36ou qui assistent des pays alliés qui sont sur place et les protéger.
04:41Ça nous ramène à la question de la souveraineté des données.
04:43Cette situation et ce conflit au Moyen-Orient
04:45et l'utilisation de la donnée spatiale en Europe aujourd'hui,
04:49c'est une question cruciale.
04:52À quel point elle est challengée peut-être cette question de la souveraineté ?
04:55Elle est challengée depuis un certain entretien
04:58dont on se souvient entre Volodymyr Zelensky et Donald Trump
05:01et J.D. Vance au sein de la Maison-Blanche
05:03où l'année dernière, la Maison-Blanche avait menacé
05:07de suspendre l'accès au renseignement américain
05:11à l'Ukraine et à ses alliés.
05:13À ce moment-là, il y a eu un certain réveil.
05:15Déjà, ça nous a rappelé que nous, nous avons déjà une capacité propre
05:18que ce soit en France, que ce soit en Europe.
05:20Nous avons nos propres satellites militaires en France,
05:23la gamme CSO pour le composant optique,
05:25les Allemands ont une composante radar,
05:26les Italiens assistent aussi.
05:28Nous avons Copernicus, nous avons des données européennes
05:31assez riches aussi là-dessus.
05:33Est-ce que c'est suffisant comparé
05:34à ce que peut proposer à la fois le renseignement américain
05:38et aussi toutes les entreprises américaines
05:40qui orbitent autour ?
05:41Non.
05:43Donc, ça pose effectivement une question de souveraineté
05:45dans le sens où il faudrait peut-être que nous aussi,
05:47on encourage un peu plus notre propre écosystème
05:50à enrichir le flux d'images.
05:53Et alors, ce flux d'images, justement,
05:54il nous rappelle aussi que l'IA peut avoir un rôle important
05:57dans la gestion de ces données spatiales.
05:59Ça, on s'en rend compte aujourd'hui avec ce moment fort ?
06:02Absolument.
06:03Pour deux raisons.
06:05La première, c'est déjà,
06:07plus on multiplie les capteurs,
06:08plus il y a de données à descendre.
06:09Ce sont des paquets assez lourds.
06:11Et donc, il y a un problème de descente d'informations.
06:15C'est un problème de flux.
06:17En radiofréquence, au bout d'un moment,
06:18on va commencer à saturer.
06:19Il y a la communication optique
06:20qui peut nous aider à améliorer le flux.
06:22Mais dans tous les cas,
06:23l'idéal serait qu'on discrimine,
06:24dans un premier temps,
06:25les images intéressantes
06:26et celles qui ne le sont pas en orbite.
06:28Donc là-dessus,
06:29l'IA embarqué dans le satellite peut aider.
06:31C'est encore dans le domaine de la démonstration.
06:33Oui, et de la prospection.
06:34Et l'autre plan,
06:36c'est du côté du commandement,
06:38du côté des centres de commandement.
06:39C'est plutôt des algorithmes,
06:42là pour l'instant,
06:42qui sont testés
06:44ou qui sont requis
06:45pour aider les opérateurs humains
06:48à identifier les zones à intérêt
06:50ou à étudier ces zones à intérêt.
06:51C'est là que l'exemple de Palantir,
06:52aux États-Unis,
06:54est assez probant.
06:55On passe de, je crois,
06:57enfin,
06:582000 observateurs à 200.
07:01Enfin,
07:01les équipes sont réduites
07:02et l'efficacité est prononcée.
07:04Et c'est là qu'on voit l'importance,
07:05encore une fois,
07:06de mêler le secteur de l'IA
07:07et du spatial en Europe aussi,
07:09d'avoir des solutions souveraines.
07:10Exactement.
07:11Et là-dessus,
07:11on cherche nous aussi
07:12à développer
07:12nos propres intelligences artificielles.
07:14Le ministère des Armées
07:16a sollicité l'écosystème,
07:18l'industrie
07:18à développer ces solutions.
07:21Et c'est assez frais encore
07:22pour l'instant.
07:23Et on est encore plutôt
07:24en train de définir
07:25exactement le besoin
07:25de nos opérateurs.
07:27Mais ça avance plutôt bien.
07:29Peut-être un mot en conclusion
07:30sur le rôle à venir
07:33du secteur spatial
07:34dans ce conflit
07:35s'il continue
07:37dans les prochains jours,
07:38les prochaines semaines
07:39ou les prochains mois ?
07:40Alors,
07:40le segment observation de la Terre
07:41sera toujours aussi important.
07:43Le segment communication également.
07:45En particulier,
07:46pour les pays
07:47qui se trouvent
07:47tout autour de cette zone à conflit,
07:49je pense à Chypre par exemple.
07:50qui a été touché et qui du coup
07:53est devenu le premier État européen
07:56de l'Union à bénéficier
07:58du dispositif GovSatCom,
08:00un dispositif qui rassemble
08:02nos capacités de télécommunication
08:04sécurisées nationales,
08:06que ce soit Syracuse en France,
08:08SatCom BW en Allemagne,
08:09Spensat en Espagne et j'en passe,
08:12et qui mettent un peu à disposition
08:13une partie des disponibilités
08:15de leurs satellites
08:16au service de ce dispositif GovSatCom.
08:19Et donc,
08:20il a été
08:23officialisé que Chypre
08:25sera le premier utilisateur,
08:27étant donné que Chypre
08:27est vraiment aux premières loges
08:28de ce conflit.
08:29Merci beaucoup,
08:30Daniel Chrétien,
08:31d'avoir pris le temps
08:32de venir nous éclairer
08:33sur ce rôle crucial
08:34du secteur spatial
08:36en temps trouble de guerre
08:38au Moyen-Orient.
08:39On enchaîne,
08:39quant à nous,
08:40avec notre talk sur Bismarck.
08:49?
08:49Merci.
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