00:00Notre invité ce matin c'est Yann Le Riche, bonjour, vous êtes le directeur général de Gatling qui opère le
00:05tunnel sous la Manche.
00:06Vous avez publié vos résultats annuels, on va en parler, mais avant, est-ce que le Brent au-dessus des
00:10100 dollars le baril,
00:11ce n'est pas le meilleur argument pour développer le Londres-Cologne, le Londres-Genève ?
00:16C'est un super argument pour le train.
00:19Bonjour, c'est effectivement un super argument pour le train, d'autant plus que les trains que nous opérons sont
00:23tous électriques
00:24et que l'électricité, on parle beaucoup des prix de l'énergie en ce moment,
00:28mais il faut faire la différence entre d'un côté le pétrole, le gaz, et de l'autre côté l
00:33'électricité
00:34qui, elle, n'a pas vu ses coûts s'envoler à la suite de la guerre en Iran.
00:39Et donc oui, on a un écart de prix extrêmement important et c'est une façon positive d'inciter nos
00:46clients à prendre le train.
00:47Ce qui est fascinant, c'est que le tunnel sous la Manche, il a beau avoir accueilli 11 millions, un
00:51peu plus,
00:51quasiment 12 millions de passagers en 2025, c'est un record, une hausse de 5%.
00:55Vous êtes toujours exploité à hauteur de 40%.
00:58On peut faire encore énormément de choses dans le tunnel sous la Manche.
01:01Alors oui, le tunnel sous la Manche, j'en ai sous le pied, il a beaucoup de potentiel.
01:05On a entre 400 et 450 trains par jour.
01:09Quand on peut aller déjà à 1000, on ira encore plus loin demain en faisant évoluer notre signalisation.
01:14Et donc ce réserve de capacité, eh bien, on met tout en œuvre aujourd'hui pour l'utiliser à plein.
01:21Demain, vous aurez beaucoup plus de trains, notamment à grande vitesse, qui circuleront.
01:26Aujourd'hui, quelques ordres de grandeur, vous avez 12 millions de passagers de grande vitesse entre Londres et des capitales
01:31européennes.
01:32Demain, donc en 2030, première étape, on en aura 2 millions de plus.
01:36Et en 2035, on va changer d'échelle, on va passer à 22 millions, plus 10 millions en 10 ans.
01:42Ce sujet de signalisation, il est fondamental.
01:44C'est-à-dire que vous passez complètement dans l'ère du numérique et ça évite des pagailles,
01:48comme on a pu connaître au mois de décembre autour du nouvel an.
01:51C'est fondamental pour augmenter le nombre de trains qui passent dans le tunnel.
01:56C'est ça. La nouvelle signalisation nous permettra de faire beaucoup de choses,
01:58de moderniser la façon dont on fonctionne.
02:00Il faut voir que le tunnel, comme la plupart des installations ferroviaires en France, en Europe,
02:07ont été faites avec des standards locaux.
02:08Et là, le changement majeur, c'est qu'on passe à un standard international.
02:12Et pour nous, c'est d'autant plus important que si vous pouvez aller directement de Londres à Paris
02:16ou en Belgique ou aux Pays-Bas, vous ne pouvez pas encore aller aujourd'hui en Allemagne, par exemple, ou
02:22en Suisse.
02:23Techniquement, c'est possible, mais c'est compliqué.
02:25C'est compliqué parce que vous changez de pays, vous changez de standard, vous changez de norme.
02:28Et ça, ça fait partie également de nos ambitions.
02:30C'est ça aussi qui va alimenter la croissance.
02:31Demain, vous pourrez faire en direct un Londres-Cologne, par exemple, 3h45.
02:37Vous voyez, donc c'est extrêmement rapide.
02:39De centre-ville à centre-ville.
02:41Mais vous pourrez aussi aller à Francfort, à Bâle, en Suisse, à Genève également, à Zurich.
02:47Voilà, donc de vraies nouvelles potentialités de déplacement en Europe.
02:51Ce qui est aussi extrêmement important parce que derrière ces trajets,
02:54vous avez plus de commerce, plus de contacts.
02:57Et donc, c'est bon aussi pour l'économie européenne et pour sa souveraineté, évidemment.
03:01Réflexion aussi sur un Londres-Amsterdam.
03:03Londres-Amsterdam existe déjà.
03:06Oui, alors celui-là, on en parlait peu jusqu'à présent parce que la gare d'Amsterdam était petite.
03:10En tout cas, la partie internationale, la zone d'embarquement internationale était petite.
03:16Et donc, on ne pouvait pas remplir de train complet pour aller d'Amsterdam à Londres.
03:19Là, les travaux ont été faits l'année dernière, sont terminés.
03:23Et on voit qu'on a des niveaux de croissance cette année par rapport à l'année dernière qui sont
03:26extrêmement intéressants.
03:27Si je compare janvier de cette année à janvier de l'année dernière,
03:29on est à plus de 17% sur le Amsterdam-Londres.
03:32Mais est-ce que c'est seulement un sujet de signalisation,
03:36le fait que ça intéressait peu cette ligne,
03:38quand on voit les capacités qui sont utilisées aujourd'hui par rapport à ce que vous pouvez faire ?
03:42C'est que c'était trop long dans les process ?
03:44Il faut changer la manière de pouvoir être candidat pour faire passer des trains ?
03:51Il y a des choses qui n'allaient pas ?
03:52Alors effectivement, il y a des choses qui n'allaient pas.
03:54Et ce qui n'allait pas, c'était la complexité.
03:56Pour lancer un nouveau service entre Londres et une capitale européenne,
04:00ça prenait 10 ans.
04:01On appelle le time to market chez nous.
04:03Et 10 ans, c'est très très long.
04:04C'est 10 ans d'études, d'achats de trains, d'homologations, etc.
04:08Et le principal sujet, c'était nous, le tunnel sous la Manche.
04:10On était trop compliqués.
04:12Donc on a fait un gros travail de simplification,
04:14un choc de simplification ces dernières années.
04:17On a aussi investi.
04:18On a changé une partie de notre alimentation électrique.
04:21On va changer de notre civilisation.
04:22Et tout ça, ça libère.
04:24Et ce temps de 10 ans, on l'a ramené à 5 ans.
04:26Et dès qu'on fait ça, ça attire beaucoup de gens, beaucoup d'appétit.
04:30Et d'ailleurs, vous avez vu, à la fois,
04:31Eurostar a annoncé qu'ils allaient acheter beaucoup de nouveaux trains.
04:34Mais vous avez aussi de nouveaux entrants potentiels,
04:36des nouvelles entreprises, comme Virgin, comme Train Italia,
04:40qui nous disent maintenant, mais nous, dans ces conditions,
04:42on veut y aller, on va lancer de nouveaux services.
04:43Vous transportez aussi de l'électricité dans les deux sens,
04:47dans le sens France-Grande-Bretagne et Grande-Bretagne-France.
04:51Aujourd'hui, ça fonctionne surtout dans le sens France-Grande-Bretagne.
04:55Alors, c'est ça.
04:56On a bien deux câbles.
04:59Ça dépend du marché.
05:00Oui, alors, deux câbles.
05:01Vous voyez, ça fait l'équivalent d'un DVD comme diamètre à une douzaine de centimètres.
05:05Donc, ce n'est pas impressionnant,
05:06mais ça permet quand même d'alimenter une ville,
05:08une agglomération comme celle de Lyon.
05:10Donc, ça représente quand même beaucoup de capacités.
05:12On en a un dans chaque sens, un pour exporter, un pour importer.
05:16Et oui, en ce moment, la France produit l'électricité nucléaire,
05:20pas chère, verte, et qu'on exporte massivement vers la Grande-Bretagne,
05:24ce qui aide la balance commerciale française, évidemment, ce qui est important.
05:27Mais au-delà de ça, ça permet de régler les consommations
05:32entre l'Europe continentale et la Grande-Bretagne.
05:35Et donc, ça fait aussi partie des interconnexions en Europe.
05:39Voilà, des interconnexions qui renforcent la compétitivité en matière d'électricité de l'Europe.
05:43Sur le plan capitalistique, c'est Eiffage qui est votre premier actionnaire depuis 2022.
05:46Ils ont 29,9% du capital.
05:49On est juste en dessous du seuil d'OPA depuis le mois d'octobre.
05:53Est-ce que vous pressentez une prise de contrôle d'Eiffage ?
05:56Évidemment, je laisserai Eiffage répondre à cette question.
05:59Ils nous ont toujours dit qu'ils aimaient beaucoup notre stratégie,
06:02la façon dont ont piloté l'entreprise.
06:03Ils ont aussi répété à de nombreuses reprises qu'ils n'avaient pas l'intention de prendre le contrôle.
06:07Donc, aujourd'hui, on en est là.
06:08On a d'autres actionnaires importants à Moondiz.
06:10Et puis, vous le savez, on est côté, on a un flottant complet.
06:13Donc, voilà, on verra bien ce qu'il advient dans les années qui viennent.
06:16En tout cas, nous, ça ne change rien de notre stratégie.
06:18C'est une stratégie de développement, low carbone.
06:21Toutes nos activités sont vertes, haute simplicité.
06:24On a la chance d'avoir des métiers qui sont extrêmement utiles pour la compétitivité
06:29et pour la souveraineté européenne, que ce soit l'énergie, le transport de marchandises,
06:33le transport de personnes.
06:34Et voilà, on cherche à être le plus performant possible.
06:36Il y a un sujet de concession derrière votre activité.
06:40Eux, ils ont des concessions autoroutières qui se terminent en 2035.
06:42Vous, vous en avez là pour jusqu'en 2086.
06:45Ça donne un peu de perspective.
06:47Ah oui, ça donne beaucoup de perspective.
06:48C'est une concession, effectivement, Eurotunnel extrêmement intéressante
06:52parce que quand vous avez le temps d'investir dans la durée comme ça,
06:55on peut faire des choses qu'on ne peut pas faire sur des durées plus courtes.
06:58On a évoqué tout à l'heure les câbles qu'on a mis dans le tunnel.
07:03Vous imaginez bien quand le tunnel a été construit.
07:05Au départ, c'était uniquement pour transporter des voitures, des camions, des trains à grande vitesse.
07:10Et depuis, on a rajouté de la donnée.
07:12Pratiquement 70% de la donnée entre l'Europe et la Grande-Bretagne passe aussi dans le tunnel
07:17parce que c'est protégé, vous ne pouvez pas aller hacker.
07:20De la même façon, maintenant, un quart des échanges d'électricité passent par le tunnel
07:24et bientôt, j'espère beaucoup plus.
07:26Donc oui, on peut faire des choses, on peut créer, on peut innover,
07:29on peut se développer, on peut se digitaliser,
07:31lancer plein de projets passionnants grâce à la durée qu'on a sur cette...
07:35Impossible que ça reste à ce niveau de sous-utilisation.
07:37C'est ça la conclusion quand même.
07:39Impossible, en tout cas, c'est notre volonté ferme.
07:40On a une opportunité et évidemment, on va la développer.
07:43Et on voit que la demande est là.
07:44C'est ça qui est fantastique.
07:44Justement, sur cette demande, vous prévoyez 10 millions de passagers supplémentaires par an.
07:49C'est énorme comme gap.
07:52La demande est là pour le train.
07:53C'est à la fois énorme et très raisonnable.
07:55Quand on fait nos études, on voit que la demande est là.
07:57Elle n'est pas servie parce que l'offre n'est pas là.
08:00Et ces études, d'ailleurs, sont faites également par d'autres gestionnaires d'infrastructures.
08:05Notre équivalent en Grande-Bretagne, la partie grande vitesse
08:08qui va du tunnel sous la Manche jusqu'à Londres, HS1, c'est aussi une concession.
08:11On travaille évidemment main dans la main avec eux.
08:13Ils font les mêmes études de trafic.
08:15Ils arrivent aux mêmes conclusions.
08:16Donc, on voit que l'ensemble de l'écosystème, au-delà de nous aujourd'hui,
08:19est très mobilisé pour réussir à transformer ce potentiel qui est absolument fantastique.
08:23Merci beaucoup Yann Lerich, j'ai devenue ce matin dans la matinale de l'économie.
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