- il y a 2 jours
Ce vendredi 20 mars, la stagflation, pire scénario pour les marchés, a été abordée par Daniel Gerino, président de Carlton Sélection - économiste et actuaire, dans l'émission Good Morning Market sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.
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00:01Juste avant, retour sur les banques centrales avec Daniel Gérino, économiste et actuaire président de Carlton Selection.
00:08Bonjour Daniel, merci de nous consacrer quelques minutes ce matin.
00:11Comment vous regardez un petit peu ce qui s'est passé sur les marchés cette semaine,
00:15avec donc un boon qui retrouve les 3% pour la première fois depuis 2011,
00:18et puis la BCE qui craint un retour de l'inflation et un impact sur la croissance ?
00:24Oui, bonjour Etienne.
00:26Écoutez, nous on constate qu'on est dans un complet changement de régime économique, on vit ça en temps réel.
00:33Auparavant, le conflit était géopolitique, on voyait bien quand même que c'était un problème entre États.
00:39Aujourd'hui, c'est devenu un véritable choc énergétique mondial.
00:42On n'est plus dans une simple réaction de marché aujourd'hui.
00:45C'est une véritable pénurie sur le physique du marché de l'énergie, notamment le pétrole et maintenant le gaz.
00:52Donc ce point clé aujourd'hui sur le pétrole, c'est quoi ?
00:56C'est une désorganisation totale des flux.
00:59Aujourd'hui, on voit que le détroit d'Ormousse est complètement engorgé.
01:03On n'a plus du tout de possibilité de faire passer des bateaux, si ce n'est avec des coûts
01:07phénoménaux.
01:09On a eu des frappes sur les infrastructures énergétiques.
01:12Tout ça, ça crée évidemment une rareté du brut qui est disponible.
01:15Mais surtout, il y a un phénomène qui est assez peu marqué et indiqué, c'est qu'on constate que
01:23le marché du physique,
01:24qui est différent du marché du brut, des indices comme le Brent ou le YT, est en train de littéralement
01:33exploser.
01:33Si vous regardez le marché physique du brut au manet, il atteint 154 dollars le baril.
01:41Il faut vraiment voir cet aspect-là parce que c'est ce qui donne le « là » sur les
01:46indices du Brent et du YT,
01:48qui sont souvent un peu en retard sur les vraies valorisations du cours du pétrole.
01:53Donc ça, ça indique que le niveau du pétrole risque encore de monter.
01:57Et tout ça, ce n'est pas très très bon évidemment pour l'inflation,
02:00puisqu'on a constaté qu'il y avait une tension possible sur l'inflation.
02:04C'est la conséquence directe de ce choc macroéconomique qui est extrêmement violent.
02:09L'énergie, elle est en train de refaire partir à la hausse, sans doute ponctuellement, l'inflation.
02:15Et ça, ça risque de peser aussi sur la croissance, sur le coût des entreprises,
02:19parce que les entreprises vont avoir des coûts qui vont s'accroître.
02:22Ça va réduire le pouvoir d'achat des ménages.
02:24Tout ça, c'est en fait, on est en train de rentrer dans le pire des deux mondes.
02:28C'est-à-dire plus d'inflation et moins de croissance.
02:30Et pour l'instant, bon, on n'a pas encore de signe de stagflation dont on parle actuellement,
02:37mais c'est quand même des notions qui apparaissent.
02:39Alors nous, chez Carlton, on pense que tout ça, c'est quand même très très ponctuel.
02:43Et que pour le coup, les banques centrales, aujourd'hui, puisque c'est un peu le sujet principal,
02:48les banques centrales, elles sont un peu piégées.
02:50Vous l'avez vu, la Fed comme la BCE, elles sont en mode attentiste.
02:54Elles ont beaucoup, beaucoup, beaucoup de mal à définir les stratégies qu'elles doivent mettre en œuvre.
03:00Pourquoi ? Parce qu'elles font face, d'un côté, à un choc inflationniste.
03:05Mais le problème, c'est que c'est un choc d'inflation qui est lié à la demande.
03:09Et on sait que quand le choc est lié à la demande,
03:12eh bien, il n'est pas lié à la demande, pardon,
03:15on se retrouve avec une difficulté à contrôler l'inflation.
03:19Ce n'est pas comme ce qu'on a connu à la suite du Covid.
03:23Cette inflation, elle est importée via l'énergie, donc difficile à contrôler.
03:28Donc, si elle monte les taux d'intérêt par la suite,
03:32comme l'a indiqué Christine Lagarde,
03:34vraisemblablement en avril, elle veut monter les taux d'intérêt.
03:36Moi, je pense que c'est un peu prématuré de dire ça.
03:40Elle risque d'aggraver le ralentissement économique,
03:42et notamment en zone euro, où les choses ne se passent pas si bien,
03:46parce que vous avez vu que la croissance a été révisée à 0,9.
03:49Donc, il ne reste plus vraiment grand-chose.
03:51En Allemagne, la situation n'est pas brillante du tout.
03:54Mais en même temps, si elles ne font rien,
03:57elles risquent de laisser l'inflation s'installer.
03:59Donc, c'est vraiment le dilemme, avec des causes différentes,
04:03qu'on avait en 2022.
04:04Et on se rappelle qu'à l'époque, les banquiers centraux
04:06avaient tardé un peu à réagir.
04:08Et là où il nous semble qu'aujourd'hui,
04:10les banquiers centraux ont intérêt quand même à prendre un peu du recul,
04:14on a le sentiment qu'elles veulent compenser un peu cette critique
04:18qu'on a pu leur faire, d'être un peu derrière la courbe
04:22et pas en anticipation.
04:24Sans compter que les cours du gaz sont toujours élevés, Daniel Gérineau.
04:27Encore ce matin, on a un TTF, alors certes, qui se stabilise,
04:30mais qui est à 60 euros le mégawatt-heure.
04:32Pour rappel, en février, on était à 25-30 euros.
04:35On est sur des plus hauts de 2023.
04:37Là aussi, l'impact sera non négligeable pour l'industrie,
04:40et en particulier pour l'industrie allemande.
04:43Absolument.
04:44Et ça, ça va être un facteur que la Banque centrale doit prendre en considération
04:47parce que vous savez que les Allemands sont quand même très présents
04:49au niveau de la Banque centrale.
04:51Les industriels allemands frappent à la porte de la BCE
04:53en disant « faites attention parce que nous,
04:55on est attaqués à la fois dans notre production par la Chine.
04:57On a une énergie qui nous coûte très très cher.
04:59Vous l'avez cité, le gaz a atteint des niveaux élevés. »
05:02Alors, aujourd'hui, sur le gaz nat européen,
05:05sur un autre indice, on est à 70 euros le mégawatt-heure.
05:09Alors, il faut savoir que pendant la crise Covid, on avait atteint 341.
05:13Alors, on en est très loin, mais attention,
05:15le niveau standard, c'est plutôt 25-30 euros le mégawatt-heure.
05:19Alors, il y a un autre élément aussi qui est à prendre en considération.
05:23On n'a jamais eu, je crois que c'était jeudi, donc hier,
05:27on a eu un écart entre le prix du Brent et le prix du Whitey
05:30qui a été le plus haut historique depuis deux ans.
05:32Donc, tout ça, ça montre une désorganisation, en fait,
05:35du marché de l'énergie et puis des enjeux très importants pour la Banque centrale.
05:40Si la Banque centrale se loupe, clairement,
05:42elle peut nous emmener droit dans le mur.
05:43Donc, nous, on pense chez Carlton que la Banque centrale,
05:46elle a quand même intérêt à être assez prudente
05:50et attendre un peu avant de se lancer dans des hausses de taux
05:53parce qu'on ne sait pas comment ce conflit va être réglé.
05:56On est sûr que Trump, s'il ne met pas un terme à ça,
05:59il ne gagnera pas les mi-termes.
06:01S'il ne gagne pas les mi-termes, il y a de fortes probabilités
06:04que l'impeachment le sorte du jeu littéralement.
06:07Donc, ce qui veut dire qu'on rentrerait dans une zone de trouble assez importante.
06:11Donc, moi, je pense que dans un scénario central,
06:15tout sera fait pour faire baisser ce prix du pétrole
06:17et calmer le jeu au niveau notamment du T3 d'Ormouz
06:21pour revenir à des notions d'inflation plus stables.
06:24D'ailleurs, les anticipations d'inflation que regarde la BCE
06:28mais que regarde également la Fed,
06:30ils ont monté mais pas à des niveaux très très élevés.
06:33C'est des toutes petites hausses.
06:35Donc, je pense que tout ça, c'est un petit peu
06:38où on est dans l'œil du cyclone.
06:40Mais vraisemblablement, tout ça, ça doit déboucher quand même
06:44sur un peu à la fois de la patience et un petit peu de recul
06:51parce qu'agir à chaud, ce serait vraiment une erreur.
06:54Les grands indices européens ont perdu 8-10% depuis leur plus haut historique.
06:59Le DAX est sur des plus bas d'avril dernier.
07:01La Bourse de Paris ou l'Eurostock 50, par exemple,
07:03sont sur des plus bas de septembre-octobre.
07:06Est-ce qu'aujourd'hui, dans les portefeuilles,
07:07vous avez envie de vous dire, tiens, il commence à y avoir des dossiers intéressants
07:10ou est-ce que non, pour l'instant, c'est encore trop tôt ?
07:13Alors, moi, je pense que, de toute façon, quand vous voulez faire de bonnes affaires,
07:17il faut acheter au sein du canon et vendre au seau de clairon.
07:20Ça, c'est un vieil adage et ça marche très bien.
07:22Alors, évidemment, il ne faut pas se précipiter,
07:23mais on peut commencer à rentrer dans le marché.
07:25Il faut bien se dire, il y a très, très peu de temps.
07:27Si on vous avait dit, écoutez, vous allez pouvoir rentrer sur le marché
07:30à 8 000 sur le CAC 40, tout le monde se serait jeté dessus.
07:33Bon, aujourd'hui, on est à 7 900 et globalement,
07:36il y a quand même certaines valeurs qui sont très intéressantes
07:41sur lesquelles on peut commencer à regarder ces dossiers.
07:43Après, il ne faut pas se tromper au niveau des secteurs.
07:45Il y a des secteurs sur lesquels les taux d'intérêt sont extrêmement sensibles,
07:49je pense notamment aux utilities et je pense aussi à l'énergie
07:53parce que l'énergie, aujourd'hui, c'est un des secteurs
07:55qui avait plus de 60% depuis le début de l'année.
07:57On peut se dire, c'est bien, ça va continuer.
07:59Attention, si le conflit se règle, ce secteur va se dégonfler littéralement.
08:04Alors, aujourd'hui, rentrer dans ce secteur, ce n'est vraiment pas une bonne idée.
08:07Par contre, il y a des secteurs qui seront sans doute très intéressants
08:10et qui sont aujourd'hui un petit peu délaissés,
08:13et c'est notamment les financières.
08:14Pourquoi ? Parce que les courbes de taux d'intérêt se sont plutôt bien aplaties
08:19avec un niveau qui a remonté globalement.
08:22Donc, ce n'est pas très bon pour les banques.
08:25Les banques, vous savez, quand la courbe est tentue,
08:27c'est très intéressant parce qu'elles empruntent à court terme pas cher,
08:29elles placent à long terme plus cher avec des marges qui sont intéressantes.
08:33Aujourd'hui, ce n'est plus le cas.
08:35Et nous, on pense que la courbe des taux va se remettre correctement
08:39avec une pontification de nouveau plus forte.
08:41Donc, c'est un bon moment pour rentrer sur les banques.
08:44C'est un bon moment pour rentrer aussi sur les matériaux
08:46puisqu'il va y avoir énormément de reconstruction à faire
08:49une fois les conflits apaisés.
08:52Et aujourd'hui, ils ne sont pas très très chers.
08:53Aux États-Unis, c'est un des secteurs qui tient le mieux.
08:55Il fait 4% depuis le début de l'année.
08:57Par contre, en Europe, on est à moins 16, pratiquement moins 17.
09:00Vous voyez, il ne faut pas aller chercher les secteurs qui ont le plus monté
09:04parce que là, vous allez payer la plus-value des autres.
09:06Il vaut mieux, au contraire, aller rechercher des secteurs
09:09qui sont utilisés pour l'après-guerre,
09:13qui sera peut-être sans doute assez rapide.
09:15Mais également, regardez, entre autres, sur des secteurs comme la techno
09:22où il y a, en étant extrêmement discriminant dans ces sélections,
09:26mais il y a quand même des valeurs qui seront des valeurs absolument d'avenir
09:30sur lesquelles on ne pourra pas faire d'impasse,
09:32ou des secteurs de défense.
09:34Le secteur de la défense, ça reste un secteur très intéressant
09:36puisque tous les pays de la zone euro vont devoir se réarmer.
09:40Et sur les taux d'intérêt, aujourd'hui, vous avez la partie la plus,
09:43et c'est le plus, entre guillemets, dégradée,
09:45mais ce n'est pas très grave dans la mesure où c'est des papiers très courts,
09:48c'est les taux entre un an et trois ans.
09:51La courbe a carrément remonté sur cette partie-là.
09:54Pour les investisseurs qui sont sur du monétaire,
09:56c'est très intéressant de basculer aujourd'hui sur ce type de papier,
09:59sur des durations comprises entre un an et deux ans,
10:02parce que là, vous captez des taux très intéressants que vous n'aurez plus,
10:05c'est vraiment acheter une opportunité qui ne se représentera sans doute plus.
10:10Donc, conclusion, on pense que maintenant,
10:11on va rentrer dans un monde qui va être sans doute un tout petit peu plus compliqué,
10:15puisqu'on voit que les aspects géopolitiques
10:18prennent beaucoup plus de place que par le passé,
10:21donc ça veut dire qu'en termes d'allocations d'actifs,
10:24il faut être extrêmement réactif.
10:25Il ne faut pas non plus camper éternellement sur certains secteurs,
10:28parce qu'encore une fois, les rotations sont assez rapides avec les perturbations.
10:33Encore là, aujourd'hui, Hermès est sur les plus bas de 2023,
10:36LVMH est toujours proche des 450 euros,
10:38c'est bien un secteur qui aujourd'hui est délaissé.
10:42Absolument, et alors, on le voit, il est extrêmement délaissé,
10:45pourtant la conso discrétionnaire dans laquelle se trouve le luxe
10:48est le deuxième meilleur performeur du stock 600,
10:51mais oui, ce sont des opportunités qui sont extrêmement intéressantes,
10:54parce qu'aujourd'hui, on trahisse quasiment un arrêt de consommation sur l'Asie,
10:59un effondrement de la consommation en Europe.
11:02Or, justement, c'est très intéressant,
11:04parce qu'aujourd'hui, dans ce contexte compliqué
11:06où on redoute une inflation qui, à mon avis, durera pas très longtemps,
11:09il faut prendre des sociétés qui ont du pricing power.
11:12Ces sociétés-là, elles ne redoutent pas à l'inflation.
11:15Et précisément, des Hermès, des LVMH,
11:19enfin, toutes les valeurs des L'Oréal,
11:20ce sont des valeurs qui se sont littéralement effondrées
11:23et qu'il faut ramasser.
11:25C'est intéressant de le prendre.
11:27Ce sont des valeurs de long terme,
11:28vous n'êtes pas sur un risque d'une société qui risque de basculer.
11:32LVMH, c'est une capitalisation boursière colossale,
11:34ce sont des marchés mondiaux,
11:36c'est une croissance importante,
11:37c'est une réactivité qui est très, très, très forte.
11:41Donc, on a des opportunités.
11:43Les périodes difficiles où les marchés baissent,
11:45ce sont justement les points d'entrée
11:47qui vont faire votre performance de demain.
11:49On est au bout.
11:50Merci beaucoup.
11:50Daniel Girineau nous a accompagné ce matin,
11:52président de Carlton Selection, économiste et actuaire.
11:55Hermès est l'une des rares baisses ce matin,
11:57moins 0,5%, 1734.
11:59À l'inverse,
11:59LVMH progresse d'un peu plus d'un pour cent à 465 euros,
12:03quand le CAC 40, lui, progresse de 0,9% à 7 877 points.
12:07LLVMH progresse d'un but.
12:07LLVMH progresse de l'image.
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