00:00Musique
00:51Vous me laissez parler, n'est-ce pas ?
00:53En ma qualité de huissier, j'ai sur vous l'avantage de connaître Mazira.
00:57Ce sont des gens bizarres mais inoffensifs.
01:01Des relations ?
01:03Professionnelles. Je leur fais visite deux ou trois volants.
01:07Généralement, j'obtiens qu'ils règlent leurs dettes avant saisi.
01:11Mais cette fois, on s'entête des deux côtés.
01:14Robert Mazira refuse de payer ses consommations de gaz.
01:19Et vous connaissez les administrations, n'est-ce pas ?
01:23Elles font encore moins de sentiments que les huissiers.
01:28Ah, Robert Mazira, le neveu, est une espèce de poète, un inventeur.
01:36Moi, je le considère ça comme un fumiste.
01:40Mais enfin, lui se prétend inventeur.
01:42Ah, incapable de la moindre grâce.
01:51Seulement, voilà, il y a les deux tentes.
01:55Alors là, ouvrez-le.
01:56Un jour, l'aîné m'a envoyé le contenu d'un pistolet à eau en pleine figure.
02:05C'est pas très méchant ?
02:06Ah, j'ai dit le contenu, je n'ai pas dit que c'était de l'eau au mercure au
02:15corot.
02:21Jean-Monsieur, c'est à quel sujet ?
02:23Mademoiselle, nous désirons voir M. Robert Mazira.
02:26Absent.
02:27Mademoiselle, vous auriez tort de faire une quelconque opposition.
02:30Vous savez très bien qui je suis.
02:32Et ce monsieur est le commissaire de votre quartier.
02:35Oh, enfin, depuis le temps que nous l'attendions, celui-là, entrez, monsieur le commissaire.
02:39Mais pas vous.
02:39Non, mademoiselle, je ne puis mener à bien ma mission sans ces messieurs.
02:42Ah bon, entrez ?
02:43Eh, il n'y a que le vieux qui m'énerve.
02:45L'autre a l'air assez bien élevé.
02:47Tuez-moi.
03:03Je vous en prie, messieurs, asseyez-vous.
03:13Robert, tu peux descendre, c'est le commissaire.
03:19Il y a aussi le vieux rapace, mais lui, je lui conseille de ne pas ouvrir le bec.
03:24Je viens, tati.
03:25Fais attendre ces messieurs.
03:27C'est le téléphone ?
03:31Ah non, c'est le maziraphone.
03:34Une invention de mon neveu.
03:37Oh, santé.
03:38Ah ben, les tulipes, ça ne sent rien.
03:40Si, si, santé.
03:43Le muguet, c'est extraordinaire, ça sent le muguet.
03:45C'est aussi votre neveu qui...
03:47Ah non, non, non, les fleurs, c'est moi.
03:49Vous devriez venir au mois de mai, je vous ferai respirer mon muguet.
03:51Non, mais sentez ça.
03:52Ah, peut-être sent-il la tulipe.
03:55Non, monsieur, le lit là.
03:56C'est du travail, je vous prie de croire.
03:58Et puis d'abord, vous, ça ne vous regarde pas, là.
04:01Monsieur le commissaire, je devine l'objet de votre visite.
04:03Un jour ou l'autre, le conflit devait éclater et qu'il éclate.
04:06Mais sachez bien ceci.
04:08Quelques procès que j'ai à faire,
04:09j'obtiendrai l'expulsion de ce Gabriel Taderski.
04:13Je dois vous avouer, mademoiselle, que je ne comprends pas très bien.
04:17J'accompagne maître Legevy, ainsi que la loi m'en fait obligation en matière de saisir.
04:22Mais oui, saisissez, saisissez.
04:25Mais vous, maintenant que je vous tiens, j'ai quelque chose à vous demander.
04:28Mais enfin, mademoiselle, saisir quoi ?
04:30Vous avez fait le vide.
04:31Je ne vous écoute même pas.
04:33Mademoiselle, pour la créance, c'est minime, mademoiselle.
04:36122 francs 60, représente en quittance impayée, plus les frais.
04:39Vous vous arrangerez ça avec mon neveu.
04:41Non, la question est de savoir comment un propriétaire peut faire
04:45pour se débarrasser d'un sale individu.
04:47Je trouve votre attitude vis-à-vis de maître Legevy tout à fait agressive.
04:50Mais non ! Il s'agit d'un autre, sale individu.
04:53Oh, c'est très déplaisant. Extrêmement déplaisant.
04:56Je vais établir un procès verbal de carence.
04:58Et vous verrez où cela vous mènera.
05:02Messieurs ?
05:02Ah, Bobby, tu tombes bien.
05:04Comme d'habitude, ils n'y comprennent rien.
05:06Ils s'imaginent que nous ne sommes pas assez riches pour payer une malheureuse note de gaz.
05:09Vous voyez ? Elle est parfaitement au courant.
05:11Elle sait très bien au quoi il retourne.
05:12Je vous en prie, maître.
05:14Vous êtes monsieur Robert Mazira ?
05:16Oui.
05:19Tout ça est assez compliqué.
05:21Tati, sois gentil. Laisse-moi parler à ces messieurs.
05:23Je préfère être seul avec eux.
05:25Mais tout peut encore s'arranger.
05:27Bon, je vous laisse.
05:29Mais comme je ne tiens pas à ce que ça s'arrange...
05:34Monsieur Tadersky !
05:36Monsieur Tadersky, vous n'êtes qu'un sale Rastacouère.
05:40Un commissaire est de mon avis.
05:42Mais non, mademoiselle, qu'est-ce qu'il vous prend ?
05:43Je vous interdis de...
05:44Maintenant, messieurs, arrangez tout ça pour le mieux.
05:51Excusez-la, mais...
05:52Tante Anna est demeurée très jeune de caractère.
05:54Moi, je dirais Tante Anna est demeurée.
05:57Tout simplement.
05:59Monsieur Tadersky est notre locataire.
06:01Et je dois le dire aussi, la bête noire de mes tantes.
06:05Personnellement, je n'ai rien contre lui.
06:07Nous étions même très amis.
06:09Autrefois.
06:10Existe-t-il un rapport entre lui et le sculpteur Tadersky ?
06:13C'est le sculpteur.
06:15Si on peut appeler ça comme ça.
06:16Oui, mais enfin, quoi de commun entre ce locataire et notre démarche ?
06:19Parce qu'il faut tout de même en arriver.
06:20Nous lui avons loué un grand atelier dans le fond du jardin.
06:22Alors, tout allait très bien.
06:23Jusqu'au jour où Tante Anna a désiré recouvrir l'usage de cette immense verrière pour ses fleurs.
06:29C'est sa partie, les fleurs.
06:30Et pour ça, il faut expulser un artiste, un sculpteur, peut-être.
06:34Je ne pense pas que Tadersky exécute des œuvres de votre goût.
06:37Mais peu importe, d'ailleurs, peu importe.
06:39Le local qui l'occupe est sous notre entière dépendance.
06:42Je veux dire pour l'eau, le gaz et l'électricité.
06:45Tous les compteurs sont dans cette maison.
06:47Alors, pour l'obliger à abandonner les lieux, Tante Anna a imaginé cela.
06:50Nous n'avons pas le droit de lui couper ses diverses fournitures, n'est-ce pas ?
06:53Mais en refusant de payer les factures, c'est à nous qu'on supprime l'alimentation.
06:57Donc, à lui.
06:58Mais c'est la première des deux raisons pour lesquelles j'ai refusé d'acquitter les dernières quittances.
07:02Et la seconde ?
07:04La seconde ?
07:05La seconde raison.
07:06Ah oui, écoute, c'est encore plus dénué de sens commun.
07:10Mazira estime que le gaz de ville sent très mauvais.
07:12Mais moi aussi ! Si c'est ça que tu as bien manqué...
07:14Attends, attends, sur ce point, tout le monde est d'accord.
07:16Même la compagnie Carreille a fourni un rapport, des études, etc.
07:19Donc, son projet est de désodoriser le gaz.
07:22Parfait !
07:23D'où accroissement notable des accidents.
07:25La semaine dernière, par exemple, si je n'avais pas été alerté par l'odeur...
07:28Oh, écoute, on peut tout de même oublier de fermer le robinet de temps en temps.
07:31C'est pas un crime.
07:33Si, une seule fois, et c'est un drame.
07:35Donc, il désodorise.
07:37Mais pour permettre aux usagers de conserver...
07:39Enfin, comment dirais-je plutôt...
07:40De déceler sa présence, tu comprends ?
07:43Il le colore.
07:44Et c'est bleu.
07:46Et sa tâche.
07:47Oui, oui, en se combinant au vapeur en suspension.
07:51C'est pratiquement indélébile.
07:52Bien entendu, l'administration a refusé son procédé.
07:54Alors, il boude.
07:55Mais il a tout de même fini par payer.
07:57Oui, enfin, si l'on peut dire.
07:59Tu comprends ?
08:00Ces gens-là, c'est une autre planète.
08:02Je ne sais pas comment t'expliquer.
08:02C'est toujours entre l'innocence et les farces et la trappe, tu vois.
08:06Alors, on a envie de les connaître mieux.
08:08Et on sent qu'on ne sera jamais tout à fait dans le coup.
08:11Et je n'ai vu que la plus jeune des deux sœurs, Mazira, il paraît que l'autre, est encore
08:14plus étonnante.
08:16Bon, alors, je ne me fais pas de billes.
08:17Tu trouveras bien un prétexte pour retourner chez eux dès demain matin.
08:20Non, elle n'est pas chez eux.
08:21Elle est en cure.
08:22C'est sa formule, paraît-il.
08:24Lorsqu'elle perd un peu la tête, elle part en cure.
08:27Et elle ne rentre que lorsqu'elle a inventé un nouveau point de tricot.
08:30Ah oui, c'est sa spécialité.
08:32Bon, tu as raison.
08:33Dès que j'aurai l'adresse, je trouverai bien le prétexte.
08:42Bonjour.
08:43Bonjour, monsieur le commissaire.
08:44Bonjour, monsieur le commissaire.
08:45Alors, vous avez passé un bon dimanche, toujours Fontainebleau, Lavarap.
08:48Vous savez, avec ce qui est tombé hier.
08:50Ah oui, il a plu ?
08:51Ah oui, tenez, monsieur le commissaire, j'ai quelque chose pour vous.
08:54Ah là là, je n'aime pas beaucoup ça.
08:57C'est quelqu'un que vous connaissez bien ?
09:00Mais...
09:04Non, c'est une vieille dame, une amie, probablement.
09:07Mais, monsieur le commissaire, il y a quelque chose d'écrit là-derrière.
09:13C'est curieux, ça.
09:14Monsieur le commissaire, ceci est l'annonce de mon propre décès.
09:18N'inquiétez personne, je me suis bien amusé, mais maintenant tout m'ennuie.
09:22Il y a trois choses que j'aimais bien.
09:25Le dimanche à 11h du soir, parce que c'est l'heure de ma naissance,
09:29les macarons frais et le port et le pont Alexandre III.
09:35Alors, je vais me gaver de macarons demain soir et plouf.
09:40Et c'est signé Angèle Mazira.
09:43Et ça a été posté samedi à Meudon.
09:45Le Blanc.
09:48Monsieur le commissaire ?
09:49Filez au pont Alexandre III et renseignez-vous.
09:52D'accord.
09:56Mareuil, vous passez chez l'imprimeur.
09:58Ou plutôt non, venez avec moi, venez.
10:08Allô, j'écoute ?
10:15J'espère qu'ils sont informés, j'aimerais pas être le mauvais messager.
10:25Vous venez pour moi ?
10:27Ah, excusez-moi, monsieur, je n'ai pas l'honneur.
10:29Gabriel Tadersky, sculpteur.
10:31Permettez.
10:36Eh bien non, monsieur, nous ne venons pas pour vous.
10:42Ça tombe bien.
10:44Je ne reçois jamais le lundi matin.
10:56Donc, ils ne sont pas au courant.
10:58C'est épouvantable.
10:59Ça commence à y prendre avec d'aussi vieux enfants.
11:15Ah, commissaire.
11:16Ah, commissaire, croyez-vous, quel malheur.
11:18Quel affreux malheur.
11:23Non, enfin, monsieur Mazira, je ne comprends pas.
11:26Je parle d'Angèle.
11:29De ma tante, Angèle.
11:31Mais vous êtes au courant ?
11:33La famille, il me semble que...
11:35Pas que c'est assez normal.
11:37Mais qui vous a informé ?
11:38Elle.
11:39Le faire part.
11:41Elle nous a envoyé un faire part.
11:43Écoutez, je viens de le prendre dans votre boîte.
11:46Mais il faut le remettre.
11:47Moi aussi, je l'ai lu et je l'ai remis.
11:53C'est tout de même insensé.
11:55Mais qu'est-ce que c'est que ces manières ?
11:56Enfin, monsieur Mazira, vous voulez-vous vous expliquer ?
11:59Je dois m'absenter.
12:01Tante Anna elle-même est absente.
12:02Quand elle rentrera, je veux qu'elle prenne connaissance de la nouvelle.
12:05Un faire part, n'est-ce pas ?
12:06C'est tout à fait important.
12:08Un peu de logique, tout de même.
12:10Messieurs.
12:13Ça, alors.
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