00:01Tech & Co, la quotidienne, la start-up.
00:05Erfan Arouani nous a rejoint sur ce plateau. Bonsoir Erfan.
00:08Bonsoir.
00:09Vous êtes le PDG, le cofondateur de BioMemory,
00:12start-up qui a été fondée en 2021,
00:16issue de nombreuses années de recherche menée à Sorbonne Université
00:20et dans les laboratoires nationaux français du CNRS.
00:24On parle de stockage avec vous.
00:25Alors le stockage qui, avec les explosions des usages numériques,
00:31explose lui aussi.
00:32Il y a des stockages assez étonnants.
00:34Je crois qu'il y a maintenant du stockage sur verre.
00:36J'ai cru entendre ça du côté de chez Google
00:38qui arrive à stocker énormément de données sur du verre en fait.
00:41Mais alors c'est vraiment spécifique pour eux.
00:44Vous, vous travaillez sur un autre support.
00:48C'est l'ADN. C'est ça ?
00:50Oui, effectivement. Alors ce n'est pas Google, c'est Microsoft.
00:52C'est nos amis de Microsoft, avec Karin Strauss notamment.
00:55Mais effectivement, on utilise comme support l'ADN
00:58puisque nous pensons que le support sur verre est un support intermédiaire, utile.
01:03En technologie, on aime bien avoir plusieurs choix possibles.
01:06Mais l'ADN, a priori, est le choix ultime.
01:09Alors, l'ADN, rappelez-nous ce que c'est.
01:13On en entend beaucoup parler en ce moment,
01:15surtout dans tout ce qui touche à la police et la justice
01:17et on va dire le fait de la résolution de certaines enquêtes, etc.
01:22Quel rapport entre l'ADN et le stockage de données ?
01:26L'ADN, c'est le plus vieux support de stockage de la vie, tout simplement.
01:30Il a 4 milliards d'années.
01:31C'est un polymère, donc une répétition de monomères,
01:35les fameuses 4 lettres ATGC.
01:37Et très tôt, on a su que ça serait un support de stockage,
01:40avant même l'invention des transistors.
01:43Ah bon ?
01:44Oui.
01:44Mais qui avait eu cette idée ?
01:46C'est à la fin des années 50, qu'on a découvert l'ADN.
01:49Un physicien très célèbre qui s'appelle Richard Feynman, prix Nobel,
01:53a émis l'idée que l'ADN pourrait être un excellent support de stockage.
01:57Et on lui donne raison aujourd'hui.
01:59C'est dingue !
02:00Mais donc, l'ADN stocke quoi, en fait ?
02:04L'ADN humain, qu'est-ce qu'il stocke comme données ?
02:07Alors l'ADN humain, nous, on ne traite pas du tout des sujets de la vie,
02:10mais l'ADN humain stocke le génome.
02:12Donc ce n'est pas du tout numérique, ce n'est pas indexé, c'est très compliqué.
02:16Il y a pas mal d'erreurs qui se corrigent, mais la vie est faite d'erreurs.
02:21Alors qu'en informatique, nous, ce qu'on veut, c'est éviter les erreurs.
02:23Et bien sûr.
02:24Donc on s'est réapproprié ce polymère, on a supprimé tout ce qui était vivant,
02:29et on lui fait faire beaucoup moins d'erreurs.
02:31Et donc, vous arrivez à stocker aujourd'hui de la donnée sur de l'ADN,
02:36entraînée pour ça, en fait, conçue pour ça.
02:39Oui, et nous sommes même la première entreprise sur la planète
02:42à qualifier un process du début à la fin pour ce stockage.
02:47C'est-à-dire, c'est l'étape ultime avant la commercialisation
02:50et la confiance des clients.
02:53Donc vous êtes à deux doigts de commercialiser votre solution.
02:55Tout à fait.
02:57Alors bon, au-delà du fait de se dire, on joue, on est vraiment dans la science-fiction,
03:00le fait de pouvoir stocker des données numériques sur l'ADN,
03:03on n'a pas parlé des avantages, en fait.
03:06Enfin, vous l'avez brièvement évoqué, parce que tout à l'heure,
03:09vous disiez que dans l'ADN humain, il y a énormément de données.
03:12Et c'est ça qui est intéressant, c'est que, en fait, dans cet infiniment petit,
03:16on peut stocker infiniment de données.
03:20Alors, infiniment, c'est...
03:21Pas infiniment, mais énormément de données.
03:24Je vais vous répondre quand même avec une réponse d'ingénieurs et de scientifiques.
03:28Les ingénieurs n'aiment pas beaucoup l'infini, en fait.
03:31C'est une donnée vague.
03:31Oui, c'est ça.
03:34De manière théorique, on peut stocker 215 pétaoctets par gramme d'ADN.
03:39Et un gramme d'ADN, vous ne le voyez pas, c'est trop petit.
03:42215 pétaoctets.
03:44Appelons qu'un pétaoctet, c'est combien de gigas ?
03:461 000 ?
03:47Alors, dans un péta, vous mettez 1 000 Tera, environ.
03:501 000 Tera ?
03:51Dans un Tera, 1 000 Giga.
03:52Vous voyez, c'est un million de fois.
03:541 000 Teraoctets pour un pétaoctet.
03:56Autant vous dire que là, des photos de famille, vous pouvez en stocker.
03:59Avant qu'il y ait un problème de stockage, il n'y a pas de souci.
04:02Ça veut dire quoi ?
04:03Ça veut dire qu'en fait, ce que vous êtes en train de mettre en place, c'est du stockage,
04:08des données de stockage qui sont énormes, dans l'infiniment petit, c'est ça ?
04:13Oui, mais ce n'est pas le plus grand avantage.
04:16Pas du tout.
04:17Déjà, il n'est pas mal.
04:18Le foncier, c'est intéressant.
04:20C'est sûr, quand on construit beaucoup de data centers, ça serait mieux qu'il soit plus petit.
04:22Non, non, l'avantage réel, sur un problème qui est très peu exposé, c'est que dans les data centers,
04:29l'électronique, ça ne tient pas.
04:30Ça se remplace très régulièrement, en particulier les disques durs et les mémoires flash.
04:34On appelle ça la remasterisation.
04:36Tous les jours, dans le monde, on détruit, on ne recycle pas, on détruit un million de disques durs.
04:41Oui, parce que les disques durs, au bout d'un moment, au bout d'un certain nombre d'heures, s
04:45'abîment.
04:46On le sait, on a tous eu des disques durs qui, un jour, ont pété.
04:49Alors, le SSD, en tout cas la mémoire flash, dure un petit peu plus longtemps ?
04:53Non, c'est dur moins longtemps.
04:55Non, non.
04:55Ah ça, c'est un des plus gros problèmes.
04:57Le SSD a été inventé dans les années 80.
04:59Il a fallu presque 30 ans pour le fiabiliser.
05:01Ok.
05:02Alors, l'avantage de l'ADN ?
05:03Il est un petit peu plus robuste, on va dire, le SSD, par rapport à un disque dur traditionnel.
05:07Il est moins robuste sur la durée.
05:09Il est un peu plus robuste mécaniquement.
05:11Mais il ne dure pas.
05:12Si vous le déconnectez au bout de quelques dizaines de jours, ça peut poser de graves problèmes.
05:17D'accord.
05:17Alors maintenant, si on revient sur l'ADN, on va pouvoir aller à 150 ans.
05:21Au lieu de 3 ans, c'est mieux.
05:23Parce que ça ne vieillit pas ?
05:26Pareil, je vais vous faire une réponse d'ingénieur.
05:27Si ça vieillit, mais ça vieillit plus lentement.
05:30Beaucoup, beaucoup, beaucoup plus lentement.
05:32Et là, mais comment vous avez le recul sur 150 ans ?
05:36Parce que vous ne les faites pas.
05:37Excusez-moi, mais franchement...
05:39Alors, j'ai 50 ans, mais je n'ai pas travaillé sur ce sujet quand je suis né.
05:42Non.
05:44Beaucoup de choses.
05:45Déjà, il y a les littératures qui parlent énormément de l'ADN.
05:49Et on a déjà fait vieillir depuis très longtemps de l'ADN.
05:52Et puis, il y a des simulations qu'on peut faire.
05:55Donc ça, c'est aussi un secret chez Biomémory.
05:57C'est comment on va qualifier du vieillissement sur 50, 100, 150 ans.
06:03Pas seulement sur l'ADN, mais l'ADN et tout le processus qu'il y a autour.
06:08Mais ça ressemblerait à quoi, en fait, un stockage dans l'ADN ?
06:11C'est une petite boîte ?
06:12C'est quoi, en fait ?
06:14Oui, ça va ressembler à une carte bancaire.
06:15Comment on le matérialise ?
06:17Alors, on l'intéresse comme on veut.
06:19Il faut préserver la molécule d'ADN des trois facteurs de dégradation usuels.
06:24La lumière, l'eau et l'air.
06:28On fait comme les disques durs.
06:29On entoure l'ADN de quelque chose.
06:32D'accord.
06:32Chez nous, on l'a appelé la DNA card, en référence à la carte bancaire, que les Français ont inventé
06:38aussi.
06:38D'accord.
06:39Et ce monde-là est très intéressant, le monde d'un carte bancaire.
06:41Il a déjà tout inventé, tous les robots.
06:43Donc on réutilise les robots du monde bancaire.
06:46Donc vous allez stocker quelques brins d'ADN.
06:49Enfin, je ne sais pas d'ailleurs si c'est des brins qu'on dit ?
06:51Comment ça ?
06:52Tout à fait, c'est des brins, des doubles brins.
06:53Des brins d'ADN, d'accord.
06:54Dans un support qui ressemblera à une carte bancaire.
06:58Et on pourrait stocker combien dans cette carte bancaire ?
07:01Alors nous, on vise un péta par carte bancaire.
07:04Ok, donc 1000 Tera, rappelons-le.
07:06Exactement.
07:06Et on compte mettre des librairies d'environ 1000 cartes par système.
07:11Un système, ça fait un demi-mètre de large.
07:12C'est un gros frigo.
07:14Ce qui pourrait nous faire grimper la capacité à un hexa par système.
07:19Donc un hexa, c'est pas mal.
07:20Il faut 8 hexas pour YouTube.
07:22Après, quand on parle beaucoup de disques durs, etc.,
07:24on parle de la rapidité d'écriture, de lecture, etc.
07:29C'est performant l'ADN ?
07:31Dans ce domaine-là ou pas ?
07:32Non, c'est extrêmement lent.
07:34Extrêmement.
07:35Donc ça serait pour du stockage, on va dire,
07:38longue durée qui ne serait pas utilisé, sollicité tout le temps, c'est ça ?
07:41C'est plutôt pour le stockage froid.
07:43Et j'ai une bonne nouvelle pour vous.
07:44Ah.
07:45La dynamique la plus intéressante aujourd'hui dans le monde du stockage,
07:49c'est le stockage froid.
07:49Bien sûr.
07:50C'est ce qui progresse le plus.
07:52Donc c'est le moment de se saisir de ça.
07:54Vous imaginez une boîte comme YouTube, par exemple,
07:57qui produit, je ne sais pas combien, de dizaines d'heures ou de centaines d'heures par jour de vidéo.
08:02Ils sont obligés d'avoir du stockage froid,
08:03parce qu'il y a tellement de vidéos que c'est monstrueux.
08:09Donc ils ont une partie de ces vidéos qui sont en stockage froid,
08:12mais qui malgré tout sont facilement accessibles.
08:15Et puis surtout pour la redondance des données, j'imagine,
08:18pour protéger tout ça, non ?
08:19Oui, ils sont obligés de protéger leurs données,
08:21comme nous aussi, nous sommes obligés de protéger les données,
08:23d'ailleurs par la loi pour certains acteurs, notamment les OIV.
08:28Et donc, il faut des supports de stockage peu chers, massifs et utilisables.
08:33Ça sort quand, rapidement ?
08:36Premier produit commercial.
08:38On travaille déjà sur le cas d'usage avec des acteurs régaliens,
08:41avec les OIV en France.
08:43Mais premier produit sur étagère en 2026.
08:46Et puis notre objectif, c'est d'atteindre les data centers,
08:49d'être les premiers à vendre des, ce qu'on appelle des appliances,
08:54des serveurs de stockage dans les data centers,
08:56si possible en 2030, peut-être 2031.
08:59Eh bien, on va suivre ça de près, c'est passionnant.
09:01Merci beaucoup Erfan Arouarni.
09:03Vous êtes le PDG et le confondateur de BioMemory.
09:05C'est dingue.
09:06Stocker des données sur des brins d'ADN avec des capacités qui donnent le tournis.
09:11Merci beaucoup.
09:11Fous-titrage Société Radio-Canada
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