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  • il y a 43 minutes
Retrouvez Le 18/19 d'Hedwige Chevrillon en replay et en podcast.

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00:00Le 18-19 sur BFM Business.
00:05Allez, 18h14 sur BFM Business, retour aux fondamentaux, retour sur terre.
00:09C'est donc le président du marché d'intérêt national de Rungis, Stéphane Laïeni, qui est avec nous.
00:13Bonsoir, monsieur le président. Merci beaucoup d'être avec nous.
00:17Merci beaucoup d'être avec nous. Plus gros marché au monde de produits frais, il faut le rappeler.
00:20Rungis qui nourrit tous les jours quelques 18 millions de personnes.
00:23C'est le chiffre. Un chiffre modeste.
00:26230 hectares, 13 000 salariés.
00:28Voilà. Auteur de l'ouvrage Le Monde a faim, nourrir les peuples, valoriser les producteurs, préserver la planète.
00:34C'est aux éditions du Cherche Midi. Ça sort dans quelques heures, je crois.
00:36Voilà. Aujourd'hui.
00:37Aujourd'hui même. Voilà. C'est aujourd'hui. On va en parler dans un instant.
00:40D'abord, j'imagine que vous venez du salon de l'agriculture.
00:43J'ai passé ma journée au salon de l'agriculture.
00:45À quelques centaines de mètres. Comment est l'ambiance ? On nous décrit une ambiance ?
00:48Les gens, ils sont... D'abord, je suis frappé par le fait que le public vient.
00:55Donc, il y a de l'affluence.
00:58Et sinon, les exposants sont à leur travail, à leurs tâches.
01:03Et il y a plutôt une bonne ambiance.
01:05Il y a plutôt une bonne ambiance.
01:07Moi, je vais vous dire, il y a un chiffre qui ne nous est pas tous.
01:09On l'a encore vu. Ce sont les chiffres de la démographie agricole en France.
01:12Voilà. Je vous les redonne vite fait.
01:13350 000 agriculteurs aujourd'hui en France, 350 000 exploitations en France métropolitaine.
01:1950 % de moins qu'il y a 25 ans.
01:21Et dans ces 350 000, vous avez 50 % des exploitants qui sont âgés d'au moins 55 ans.
01:29C'est-à-dire que dans quelques années, une partie d'entre eux sont en retraite.
01:32Comment est-ce qu'on amène les gamins ? Comment est-ce qu'on amène les jeunes ?
01:34C'est un des sujets que j'aborde dans mon livre.
01:37C'est que la démographie agricole, ça va être quelque chose, un enjeu terrible
01:42pour garder une diversité et une souveraineté alimentaire dans ce pays.
01:46Et je pense que le moyen, c'est déjà de commencer à la base.
01:51C'est l'éducation à l'alimentation.
01:54Donner envie aux jeunes de comprendre ce qu'est l'alimentation.
01:59C'est pour ça que je promeux la journée nationale de l'agriculture.
02:05Où on emmènerait les jeunes dans les exploitations agricoles
02:08pour comprendre ce que sont ces métiers.
02:11Et puis ensuite, il faut arrêter d'avoir un discours négatif
02:16sur les métiers de la production agricole.
02:19Il faut donner envie.
02:21C'est des métiers technologiques, techniques, extrêmement complexes.
02:26On peut gagner sa vie à condition de bien se financer,
02:31de bien gérer son exploitation.
02:33Ce n'est pas l'image qu'on projette malheureusement.
02:34Mais oui, parce que tout le monde est dans les postures.
02:371% des exploitations agricoles, c'est des jeunes de moins de 25 ans.
02:391% des agriculteurs installés aujourd'hui ont moins de 25 ans seulement.
02:42Comment on fait ? Quel pacte on passe avec les agriculteurs au niveau national ?
02:45De toute façon, il y aura forcément une consolidation
02:50du système des exploitations agricoles.
02:53Et forcément, à un moment donné,
02:56on va avoir des exploitations plus importantes,
02:58des élevages plus importants.
03:00Comme en Allemagne.
03:00Exactement.
03:01C'est inévitable.
03:03Mais en revanche, moi, je pense qu'un des moyens de montrer
03:08que ce sont des métiers attractifs, intéressants,
03:13c'est justement d'amener les gens dans les exploitations,
03:17de remettre des cours, comme Olivia Grégoire le prescrit,
03:22de cuisine à l'école, d'apprendre aux jeunes la saisonnalité,
03:27d'apprendre aux moins jeunes l'intérêt des produits locaux.
03:33Et je crois qu'on retrouvera...
03:35D'ailleurs, vous avez ce qu'on appelle les nouveaux agriculteurs
03:42qui arrivent, alors ils ne sont pas toujours totalement bien accueillis,
03:46mais la plupart du temps, c'est un succès.
03:49Et donc, il va y avoir un renouvellement des générations
03:52et ce n'est pas nécessairement des enfants d'agriculteurs
03:56qui vont reprendre les exploitations.
03:58Il y a un sujet de transmission, effectivement,
04:00qui est un vrai sujet depuis des années.
04:01Je pense que, Guillaume, vous avez raison,
04:05il y a un sujet aussi de foncier.
04:07Et les affaires font un travail extraordinaire.
04:10Mais je pense qu'il faut qu'on retravaille sur le foncier agricole
04:14de façon à ce que les choses soient simples et claires dans la transmission.
04:17– Ça, c'est pour la situation en France.
04:19Le Monde a faim, donc l'ouvrage que vous publiez aujourd'hui
04:22aux éditions du Cherche Midi.
04:26La faim dans le monde n'est pas une fatalité.
04:28– Oui, parce que ce qui m'a frappé depuis des années
04:32que je suis à la tête d'Orangie,
04:34c'est qu'il y a à peu près la quantité suffisante
04:39qui est produite pour l'ensemble de l'humanité.
04:44Et pourtant, il reste entre 710 millions et 750 millions de gens
04:50qui sont en état de précarité alimentaire.
04:54Et une des choses qui m'a frappé,
04:58et c'est là que les marchés de gros
05:00et les infrastructures publiques ont du sens,
05:04c'est que l'organisation est une des raisons de cette précarité alimentaire.
05:09Très souvent, bien sûr, il y a les tensions géopolitiques,
05:14les guerres, les famines,
05:15mais entre les deux, vous pouvez avoir une situation
05:20où 30% d'une production locale dans le monde reste sur le champ
05:27parce qu'il n'y a pas d'infrastructures de stockage,
05:32de froid, de conservation, de transformation.
05:36Et donc nous, Rungis, on exporte notre modèle dans le monde entier.
05:39Et je me dis qu'une des solutions, justement,
05:43c'est d'être capable d'avoir des hubs bien organisés
05:48et de régler déjà ce problème de fluidité de l'alimentation au niveau mondial.
05:52Donc ce sont, vous dites, ce sont nos modèles alimentaires
05:54qu'il faut revoir de fond en comble
05:56et notamment créer des Rungis un peu partout
05:59dans les grandes métropoles de France, d'Europe, du monde.
06:02On est en train de le faire.
06:03Moi, je viens de faire un marché à Cotonou.
06:05On est en train de construire un marché à Abu Dhabi.
06:07On va faire un marché à Cotonou pour un milliard d'euros.
06:11Et clairement, c'est une nécessité.
06:14Regardez, par exemple, le Nigeria.
06:16Ça va être le plus grand pays d'Afrique.
06:18Il a besoin d'avoir des infrastructures modernes
06:22de façon à ce qu'on puisse sécuriser, massifier l'alimentation
06:28et permettre, finalement, une sorte de résilience alimentaire
06:33que ces pays n'ont pas.
06:35Ça veut dire que les productions sont trop régies, en fait,
06:37par les décisions, les influences nationales ?
06:40Très souvent, il n'y a pas, si vous voulez,
06:43il faut une structuration des filières.
06:44Il faut une structuration des filières, oui, c'est ça.
06:47Les producteurs dans ces pays produisent ce qu'ils savent faire
06:52et puis tout est mélangé dans une sorte de marché de détail
06:56et puis ce qui n'est pas vendu le jour est perdu.
06:59Et donc, il faut arrêter avec ce système
07:02et nous, on explique, quand on travaille avec les pays en développement,
07:07qu'il faut structurer les filières en amont,
07:10les fruits, la marée, l'élevage,
07:16les fromages très européens.
07:19Et une fois qu'on a fait cela, qu'on a bien trié les choses,
07:26l'échelon du marché de gros est indispensable.
07:29Si vous n'avez pas cet échelon du marché de gros,
07:32eh bien, tout ça part dans la nature
07:34et ça doit être un service public.
07:36Mais vous dites que c'est une question de volonté politique
07:37ou ça n'est pas qu'une question de volonté politique ?
07:39C'est d'abord une question de volonté politique.
07:42C'est toujours une question de volonté politique.
07:43La plupart du temps, quand nous vendons à l'international un marché,
07:48c'est parce qu'il y a un chef de gouvernement
07:51ou un chef d'État qui est venu à Rungis,
07:53qui a vu ce que c'était et qui dit
07:55« je veux la même chose dans mon pays ».
07:57Alors justement, qu'est-ce que Rungis apporte ?
07:59Elle apporte la sécurité alimentaire,
08:02la sécurité sanitaire, la résilience,
08:05un système de fixation des prix
08:07qui est finalement assez juste
08:11et qu'on est en train de généraliser dans le monde
08:13et qui permet finalement des rapports équilibrés
08:17entre les producteurs et les distributeurs,
08:20ce qui n'est pas le cas des autres systèmes.
08:23Et ça apporte de la résilience.
08:26Par exemple, nous on a à Rungis
08:28des plans de continuité alimentaire tous les ans
08:32que nous ayons des événements climatiques
08:35ou des événements plus sinistres.
08:38Comment justement on lutte ?
08:40Parce qu'il y a aussi ce souci effectivement
08:41des surfaces cultivables
08:42qui ne cessent de diminuer
08:44à cause du dérèglement climatique.
08:45C'est quoi la réponse dans ces cas-là ?
08:46Ça c'est une autre question qui est très importante.
08:49C'est que je pense qu'on ne peut pas souffler
08:51contre le vent.
08:52Il faut permettre aux agriculteurs,
08:55on ne fera rien sans les agriculteurs.
08:58Et donc il faut accompagner les agriculteurs.
09:01Parfois un peu rétif justement,
09:02l'adaptation, on le voit en France notamment,
09:04c'est un sujet...
09:04Oui, mais c'est très compliqué parce que regardez,
09:06j'en discutais au salon avec Frank Sanders,
09:09le patron des betteraviers français.
09:11Si on produit moins, on exporte moins,
09:14on a un chiffre d'affaires inférieur,
09:17on est moins rentable.
09:19Et donc c'est normal qu'ils aient des problèmes,
09:23en l'occurrence de molécules.
09:26Et je pense qu'il faut que ça se fasse
09:30de façon progressive, transitionnelle,
09:36et pas du tout de façon brutale
09:38comme on a tendance à le faire.
09:39Vous faites la promotion de modèles alternatifs,
09:41l'agroécologie notamment,
09:42dont on parle de plus en plus.
09:43Oui, je pense qu'on sera obligé de le faire
09:45parce que la demande du consommateur
09:48est incontournable.
09:50À un moment donné, les gens veulent des produits plus sains,
09:53ils veulent des produits
09:54qui respectent mieux les territoires.
09:56Et donc, une agriculture régénératrice,
09:59une agriculture de préservation des sols
10:01est indispensable.
10:03Mais c'est pareil, il ne faut pas normer,
10:06il faut accompagner.
10:08Et ça doit se faire progressivement.
10:11Je pense que l'administration du ministère de l'Agriculture,
10:14qui fait très très bien son travail,
10:16devrait être plus dans le conseil
10:17et moins dans la sanction.
10:20On produit une meilleure qualité,
10:21un prix toujours abordable,
10:22parce que le prix reste le nerf de la guerre aujourd'hui.
10:24Comme vous regardez les accords,
10:25vous voyez les arbitrages aujourd'hui du consommateur.
10:27Oui, mais je pense que quand même,
10:30on est en ce moment sur le retour au cœur de gamme,
10:35pour dire des prix bas.
10:38Mais moi, je pense que la valorisation de la qualité a du sens.
10:42Il faut dire aux Français,
10:43quand vous payez un euro de plus
10:45pour le produit que vous achetez,
10:47pour le beurre, pour les œufs, etc.,
10:50vous avez derrière un agriculteur français
10:53et vous aidez votre pays.
10:54Elle vous effraie cette guerre des prix
10:56dans la grande distribution aujourd'hui ?
10:57Je pense qu'on l'exagère beaucoup,
11:01pour plein de raisons.
11:04Mais il y a une chose qui m'effraie beaucoup,
11:07je le dis,
11:09et je ne suis pas rassuré par ça,
11:11c'est la création de super centrales au Benelux.
11:14Quand on perd les centres de décision,
11:16on peut même raconter n'importe quoi,
11:19ça veut dire que ces centres de décision
11:21ne sont pas en France,
11:22ils sont au Benelux.
11:23Et donc, clairement,
11:25je pense que ça a une incidence
11:27sur le solde commercial agricole,
11:32c'est sûr,
11:33puisque, bien sûr, on exporte,
11:35mais on réimporte avec de la valeur
11:38dans notre pays.
11:39Et deuxièmement,
11:41moi, je trouve que ce sont des systèmes
11:43qui sont un petit peu désarticulés.
11:45Alors, on les exagère beaucoup,
11:46parce que, par exemple,
11:48les indépendants,
11:50Intermarché,
11:51Leclerc,
11:54Système U,
11:54ils viennent beaucoup à Rangis
11:55pour acheter leurs fruits et légumes.
11:57Et je trouve ça très bien.
11:58Ça représente entre un milliard
12:01et un milliard et demi
12:02de produits achetés par an.
12:04Donc, il faut relativiser tout ça.
12:07Je pense que les marchés de gros,
12:09justement,
12:09peuvent être une alternative
12:10pour les agriculteurs.
12:12Et quand on parle
12:13de cette guerre des prix,
12:15en fait,
12:15on se concentre
12:17sur un segment important
12:18qui est le segment
12:20de l'industrie agroalimentaire.
12:21Là-dedans,
12:22il y a évidemment
12:22des intrants agricoles.
12:24Et les gens qui participent
12:26à des coopératives,
12:27ils peuvent être conséquents
12:30de tout ça.
12:30Mais, clairement,
12:32j'ai l'impression
12:33qu'on exagère beaucoup
12:35de phénomènes
12:36et c'est vrai
12:39que ces acheteurs
12:40qui sont dans des salles
12:42au Benelux,
12:43ils ne se comportent pas
12:44toujours très bien.
12:45Place à la qualité
12:46pour le bénéfice
12:46du consommateur français.
12:48On rappelle donc ce bouquin,
12:49Stéphane Laiani,
12:49qui sort aujourd'hui
12:50Le Monde a faim,
12:51nourrir les peuples,
12:52valoriser les producteurs
12:52et préserver la planète.
12:54Vous voyez,
12:54on le voit à l'écran
12:54sur BFM Business.
12:55C'est aux éditions
12:56du Cherche Midi.
12:58Merci beaucoup,
12:59M. le Président,
13:00d'être passé de nous voir
13:00à très vite avec plaisir
13:01sur BFM Business.
13:03Merci encore.
13:03A bientôt, au revoir.
13:0418h27,
13:05la guerre en Ukraine,
13:05le conflit qui rentre
13:06dans sa cinquième année.
13:07On en parle dans un instant
13:08jusqu'à 19h.
13:09A tout de suite.
13:10Le 18-19 sur BFM Business.
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