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  • il y a 4 heures
Devant le poids des préjugés concernant la relation entre juifs, musulmans et chrétiens, la Fondation de l’Islam de France a reçu pour ce projet le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah afin de traiter cette thématique sous un angle scientifique et historique.

Intervenant : Julien Loiseau, Professeur d’Histoire du monde islamique médiéval à l’Université Aix-Marseille.

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Éducation
Transcription
00:30Je vous propose de commencer à parler de Frédéric II en nous plaçant au cours de l'année 1229.
00:38À un mois d'écart se déroulent deux scènes tout à fait étonnantes,
00:43tout à fait singulières dans l'histoire de ce XIIIe siècle
00:47et tout à fait importantes dans l'histoire de cet empereur germanique qu'est Frédéric II de Hohenstaufen.
00:54Première scène, nous sommes en février 1229 à Jaffa,
00:59autrement dit dans ce port de la côte palestinienne, port important puisque c'était le port par lequel
01:05arrivaient les pèlerins occidentaux lorsqu'ils souhaitaient se rendre à Jérusalem.
01:10C'est à Jaffa que l'empereur Frédéric II négocie et conclut un traité avec le sultan d'Égypte,
01:21El-Kamil Muhammad, qui est un descendant de Saladin, qui est son neveu et qui règne à cette époque sur
01:30l'Égypte.
01:30C'est l'homme fort du Proche-Orient, l'homme fort de la maison des Ayoubites,
01:35c'est-à-dire un des descendants de Saladin qui se sont partagés son empire en Égypte et en Syrie.
01:40Ce traité de 1229, il est tout à fait étonnant puisque, un peu plus de 40 ans après la conquête
01:49de Jérusalem par Saladin,
01:52il se conclut par la rétrocession de Jérusalem au latin,
01:59par un ensemble d'échanges de territoires au bénéfice du royaume latin,
02:05en échange de l'arrêt des combats et l'arrêt des menaces sur l'Égypte,
02:14l'Égypte qui, depuis le début du XIIIe siècle, était devenue la principale cible des expéditions croisées.
02:19Voilà donc une scène assez étonnante, l'homme fort du Proche-Orient islamique,
02:23le sultan Ayoubide el-Kamil et l'empereur Frédéric II, autre homme fort de l'Occident chrétien à cette époque.
02:29Nous sommes avant que le roi de France ne prenne toute son importance sur la scène européenne.
02:34Voilà ces deux souverains qui concluent donc un traité de paix et qui, au terme de cette négociation,
02:39décident donc du statut, en quelque sorte, de Jérusalem, d'un partage de Jérusalem,
02:44puisque les lieux saints de l'Islam sur le noble sanctuaire, sur le Haram-e-Sharif,
02:49restent aux mains des musulmans quand l'essentiel de la ville est donc rétrocédé au latin.
02:56Un mois plus tard, c'est une des conséquences de ce traité, nous sommes maintenant en mars 1229,
03:01l'empereur Frédéric II entre à Jérusalem, entre dans la basilique du Saint-Sépulcre,
03:08cette grande église que les latins ont reconstruit à Jérusalem
03:12et qui est vraiment le cœur battant de la chrétienté, le symbole du christianisme,
03:19lieu du tombeau du Christ.
03:21Et dans cette église où étaient couronnés traditionnellement les rois de Jérusalem,
03:27du temps où les rois du royaume latin étaient encore à Jérusalem, c'était avant 187,
03:33et bien voilà que Frédéric II reçoit la couronne de roi de Jérusalem.
03:37Non seulement il la reçoit, mais il se couronne lui-même roi de Jérusalem dans l'église du Saint-Sépulcre,
03:44c'est-à-dire au fond dans ce lieu où la présence du vrai roi, c'est-à-dire pour
03:48les chrétiens, Jésus,
03:50Jésus-Christ, où la présence du vrai roi est la plus sensible.
03:54Voilà en deux gestes, en deux décisions, en deux moments,
03:58Frédéric II change de manière assez radicale.
04:02Sinon l'histoire du Proche-Orient de ce XIIIe siècle,
04:06au moins en tout cas le rapport qu'un certain nombre de latins ont avec la ville sainte,
04:12ont avec les événements du Proche-Orient,
04:14et également la vision qu'ils ont de leurs adversaires musulmans.
04:20Alors pour comprendre comment on en est arrivé là,
04:22il y a un certain nombre de questions à se poser.
04:24La première, c'est à quel titre Frédéric II négocie-t-il un traité de paix ?
04:29Se couronne-t-il lui-même roi de Jérusalem ?
04:32Il a hérité tout simplement cette couronne de roi de Jérusalem de son épouse,
04:35Isabelle de Jérusalem, Isabelle de Brienne, qui est décédée un an plus tôt.
04:40Mais il est surtout l'un des souverains les plus puissants de l'Occident chrétien de cette époque,
04:45puisqu'il est depuis 1220 empereur, couronné empereur à Rome par le pape,
04:51empereur du Saint-Empire romain germanique,
04:53à une époque où se maintient encore dans l'Occident chrétien
04:57cette dualité symbolique des pouvoirs,
05:00avec d'une part le pouvoir spirituel détenu par le pape
05:04et le pouvoir temporel détenu en principe par l'empereur,
05:08même si bien évidemment l'Occident chrétien de cette époque
05:11est extrêmement divisé dans un certain nombre d'entités politiques et de royaumes
05:16qui n'obéissent pas à l'empereur.
05:18Il n'en reste pas moins qu'on a là l'un des souverains les plus puissants de la chrétienté
05:22qui se rend donc à Jérusalem.
05:24On y reviendra aussi, Frédéric II n'est pas seulement empereur du Saint-Empire romain germanique
05:29et roi de Germanie, il est aussi roi de Sicile.
05:32C'est enfin un homme qui, depuis déjà plusieurs années,
05:36est en conflit ouvert avec l'autre tête de la chrétienté,
05:40c'est-à-dire avec le pape.
05:41Ce conflit peut sembler paradoxal puisqu'en 1220, c'est bien le pape
05:44qui a couronné Frédéric II, empereur à Rome.
05:48Mais ce conflit s'explique principalement par le fait que le pape
05:51n'est pas seulement souverain spirituel de la chrétienté latine,
05:55c'est aussi un souverain temporel qui a des états,
05:57des états territoriaux en Italie centrale
05:59et ces états sont précisément menacés par les ambitions de Frédéric II.
06:04Ce conflit entre ces deux têtes de la chrétienté
06:06s'est conclue par l'excommunication de l'empereur,
06:11c'est-à-dire que le pape l'a condamné à s'exclure de la communauté des chrétiens,
06:16ne plus avoir accès à la Sainte Eucharistie,
06:19c'est-à-dire à la principale liturgie chrétienne, l'Eucharistie,
06:24cette exclusion du corps de la communauté chrétienne de l'empereur,
06:29prenant prétexte que l'empereur Frédéric II
06:32n'a pas respecté son vœu, le vœu qu'il avait formulé en 1215,
06:37de se croiser, de revêtir la croix,
06:41c'est-à-dire de partir combattre pour libérer le tombeau du Christ
06:47en échange d'une rémission de ses péchés.
06:49Le pape l'accuse donc de ne pas avoir respecté son vœu,
06:52c'est une accusation opportuniste,
06:53mais qui le permet d'excommunier l'empereur.
06:55Et l'on voit donc que, quelques mois plus tard,
06:57l'empereur décide donc de se rendre à Jérusalem,
07:01de se croiser,
07:02mais au lieu de combattre pour reprendre Jérusalem,
07:05il décide donc de négocier.
07:07On est bien ici devant un événement tout à fait surprenant
07:11par rapport à la culture politique du temps,
07:15à une époque où on continue de nourrir en Occident
07:18des projets de croisade,
07:20à la fois pour soutenir le royaume latin de Jérusalem,
07:23qui n'a plus Jérusalem pour capitale,
07:25mais qui continue de subsister sur la côte palestinienne,
07:29et pour des expéditions,
07:31pour s'emparer durablement,
07:32reprendre durablement le contrôle de Jérusalem.
07:42Pour répondre à cette question
07:43qui a beaucoup occupé les contemporains de Frédéric II,
07:46qui a beaucoup occupé également les auteurs
07:48qui ont écrit sur Frédéric II,
07:50Frédéric II est, je l'ai dit tout à l'heure,
07:52un empereur qui a suscité beaucoup d'opposition
07:53et qui, de son vivant même,
07:55a suscité une légende noire
07:57qui s'est développée après sa mort.
07:59Précisément, son rapport à la culture arabe et islamique
08:02entre dans cette légende
08:05qui est née de son vivant.
08:07Alors revenons à Jérusalem, si vous le voulez bien,
08:09au mois de mars 1229,
08:11pour saisir ce rapport de Frédéric II
08:13à la culture arabe et à l'islam.
08:171229, l'empereur est à Jérusalem
08:19pour être couronné, pour se couronner lui-même
08:22roi de Jérusalem.
08:24Et alors qu'il arrive dans la ville sainte,
08:29qu'il y passe une première nuit,
08:31il s'étonne au petit matin
08:33de ne pas avoir entendu l'appel à la prière,
08:37de ne pas avoir entendu la vanne,
08:40preuve qu'il était évidemment familier
08:42avec cet aspect important de la vie culturelle
08:46et même de la vie sonore des villes du monde islamique.
08:50Alors si l'Adan n'a pas retenti ce matin-là à Jérusalem,
08:53c'est tout simplement parce que le sultan d'Égypte,
08:55qui contrôle à ce moment-là la Palestine,
08:58El-Kamil Muhammad,
09:00avait par courtoisie à l'égard de son hôte
09:03demandé au muedzin du Haram-e-Sharif
09:05de ne pas lancer l'appel à la prière ce matin-là.
09:08Alors que l'histoire soit véridique ou pas,
09:12que cette anecdote soit véridique ou pas,
09:14elle a l'intérêt d'illustrer à la fois
09:17les rapports de courtoisie
09:18que pouvaient entretenir ces deux souverains,
09:21rapports de courtoisie qui ont joué un rôle décisif
09:24dans la négociation du traité de Jaffa,
09:26qui repose très clairement ici sur la connivence,
09:29en tout cas l'estime mutuelle entre ces deux souverains.
09:33Et cette anecdote, qu'elle soit véridique ou pas,
09:35elle illustre aussi très bien la maîtrise
09:38que l'empereur Frédéric II avait
09:40de la culture arabe et de l'islam.
09:42Maîtrise qui commence par une maîtrise linguistique.
09:45Frédéric II est un homme polyglotte,
09:49il parle bien évidemment le sicilien,
09:53à une époque où la langue italienne n'a pas été unifiée.
09:56Il parle le sicilien, il parle l'allemand,
09:59il parle bien sûr le latin, le grec,
10:01il parle également et il écrit l'arabe.
10:06Alors, on y reviendra, cette culture arabe
10:10lui vient de ses années de formation en Sicile.
10:14Mais de manière très intéressante,
10:17cet intérêt ou ce goût pour la culture arabe
10:20et ses connaissances de l'islam
10:22l'accompagnent tout au long de sa carrière,
10:26tout au long de sa vie,
10:28bien au-delà de ses temps de séjour en Sicile.
10:32Alors, comment cela se traduit-il ?
10:34D'abord, on sait que l'empereur a entretenu
10:37une correspondance en langue arabe
10:41avec des souverains du monde islamique,
10:43El-Kamil Mouhamma, le sultan d'Égypte,
10:45au premier chef,
10:46mais après la mort de celui-ci en 1238,
10:49avec d'autres souverains au Yémen, au Maghreb.
10:52On sait aussi qu'il a entretenu
10:54une correspondance en langue arabe
10:56avec des savants de langue arabe
10:58et, en particulier, avec un mathématicien juif
11:02de Tolède.
11:03Nous sommes là, dans la péninsule ibérique,
11:06Tolède qui est redevenue ou devenue chrétienne
11:09à cette date.
11:11Frédéric II a donc entretenu une correspondance
11:14avec ce mathématicien
11:15nommé Judas Ben Salomon à Kohen,
11:19mathématicien de Tolède,
11:20qui était lui-même arabophone
11:23et écrivait donc sa correspondance en arabe.
11:28Au-delà de cet aspect peut-être un peu anecdotique,
11:31on sait que l'empereur maîtrisait,
11:34connaissait, avait un certain goût
11:35pour la poésie arabe,
11:36plus largement pour la rhétorique arabe
11:38et surtout, et c'était sans doute
11:41ce à quoi cette connaissance de la langue
11:44lui donnait accès,
11:46surtout une inclination ou un goût important
11:49pour les sciences et la philosophie
11:51en langue arabe.
11:53Et dans la correspondance qu'il entretient
11:55avec des souverains ou des savants
11:57reviennent des questions qui sont fondamentalement
11:59des questions de philosophie
12:00sur l'immortalité de l'âme,
12:03sur l'éternité du monde,
12:06des questions de philosophie
12:07qui, s'il les formule en langue arabe,
12:11c'est tout simplement parce que
12:12nous sommes au XIIIe siècle,
12:14la langue par excellence de communication
12:17des sciences et de la philosophie
12:19reste encore l'arabe.
12:21Nous sommes au moment où les universités occidentales,
12:25l'université de Paris au premier chef,
12:27continuent de se nourrir de ces traductions
12:30des textes scientifiques et philosophiques grecs
12:33de l'arabe vers le latin.
12:36L'arabe continue d'être cette langue
12:37de transmission de la science
12:40qui, elle, n'a ni langue ni religion
12:44comme on le sait.
12:47Alors, cet intérêt, ce goût, cette connaissance
12:51pour la culture arabe et islamique,
12:54elle accompagne aussi Frédéric II
12:56tout au long de sa vie, à travers son entourage,
12:59à travers également son administration.
13:03On sait qu'il avait à son service
13:04un certain nombre de secrétaires et de scribes arabophones,
13:08certains musulmans, d'ailleurs souvent des captifs,
13:10des esclaves, on est là dans une structure du pouvoir
13:13qui est d'ailleurs typiquement islamique,
13:14d'avoir à sa cour des esclaves
13:16choisis pour leurs compétences,
13:19et puis aussi donc des savants
13:20qui le suivent, qui l'entourent
13:22et qui l'accompagnent dans ses déplacements.
13:26Alors, on notera cependant
13:27que parmi ces savants de culture arabe
13:30qui l'accompagnent,
13:31on ne rencontre pas de savants musulmans,
13:34à une exception près, un mathématicien
13:35qu'il avait rejoint pendant son court séjour en Palestine.
13:39Ce sont donc des savants chrétiens ou juifs
13:42de langue arabe,
13:44qui, comme un célèbre Théodore d'Antioche,
13:48ce sont donc ces savants chrétiens ou juifs
13:51de langue arabe,
13:52qui sont les passeurs de sciences
13:55auprès de Frédéric II.
13:57Au fond, ce qui prime chez Frédéric II,
14:00c'est une arabophilie,
14:03c'est-à-dire à une époque où
14:06l'être arabe, c'est être de culture arabe.
14:10Il n'y a pas d'autre identité
14:11en ce moyen âge central
14:13que celle de la culture arabe.
14:15On peut être persan ou berbère
14:18et être de culture arabe.
14:20Donc bref, un goût pour la culture arabe,
14:23bien plus qu'une sympathie
14:24ou qu'une inclination
14:26pour la religion musulmane.
14:29De manière très symptomatique, d'ailleurs,
14:31cette nuance a été très rapidement
14:36battue en brèche par les adversaires
14:38de l'Empereur
14:39qui ont vu dans cette proximité culturelle
14:43la preuve, au fond,
14:45que l'Empereur était un adversaire
14:48fondamental de l'Église.
14:49On se rappelle que l'Empereur
14:51a donc été excommunié par le pape en 1227,
14:54ce qui n'a pas empêché
14:55de se rendre à Jérusalem
14:56pour en négocier la rétrocession.
15:01Dans ce combat entre l'Empire
15:03et la papauté,
15:05l'accusation de ce qu'on appellerait
15:08aujourd'hui l'islamophilie de l'Empereur
15:10vient nourrir, en quelque sorte,
15:12le dossier de la légende noire
15:14de l'Empereur Frédéric II.
15:17J'en veux pour preuve
15:18une légende très anecdotique,
15:21au fond, mais qui est très symptomatique
15:23de ce que l'on reproche à l'Empereur,
15:25et qui est une légende qui a fait, d'ailleurs,
15:26son parcours jusqu'à nos jours,
15:28qui veut que Frédéric II
15:30se soit entouré d'un véritable harem
15:32de femmes et de concubines,
15:34esclaves, importés du monde islamique
15:36à la manière des harems des souverains
15:39des pays d'islam.
15:40On voit bien ici
15:41à quoi sert ce type d'accusation,
15:45encore une fois,
15:46de confondre l'intérêt de l'Empereur
15:49pour la culture arabe
15:50en une islamophilie
15:51qui est retournée contre lui
15:53pour en faire la preuve
15:55qu'il n'est autre que l'incarnation
15:58de l'antéchrist.
16:06Frédéric II est l'héritier
16:07de beaucoup de choses.
16:09Il est l'héritier, entre autres,
16:12de ce trône de Sicile
16:13et, à travers lui,
16:14d'un héritage politique
16:17forgé par les rois normands de Sicile.
16:21Alors, parler de rois normands en Sicile
16:23suppose évidemment
16:24quelques mots d'explication.
16:27D'abord, il faut rappeler
16:28que la Sicile,
16:29qui faisait partie
16:30de l'Empire byzantin,
16:33a été conquise
16:34par les Arabes
16:35à partir des années 820,
16:37conquête de l'île
16:39qui prend place
16:40dans un contexte,
16:41le IXe siècle,
16:42où les grandes conquêtes
16:44territoriales de l'Empire islamique
16:45se sont arrêtées
16:46et où des conquêtes
16:49plus ponctuelles
16:50prennent le relais.
16:50En particulier,
16:51les îles de la Méditerranée
16:52sont la cible
16:54d'entreprises
16:54de conquêtes systématiques.
16:56La plus belle de ces conquêtes,
16:57c'est la Sicile
16:58que les Arabes
17:00achèvent de conquérir
17:02à la fin du IXe siècle.
17:04Se développe alors en Sicile,
17:06en lien étroit
17:07avec les pouvoirs
17:08de l'Afrique du Nord,
17:11une principauté islamique
17:13extrêmement prospère,
17:15en contact
17:16à la fois avec le Maghreb
17:17et avec l'Italie.
17:20C'est cette principauté
17:21dont les Normands,
17:22ces hommes du Nord
17:23qui se sont installés
17:24d'abord dans notre Normandie,
17:26puis qui ont poursuivi
17:28leur élan guerrier
17:29en Méditerranée,
17:31c'est cette principauté islamique
17:33que les Normands
17:34commencent à conquérir
17:36à partir de la décennie 1060.
17:39Nous sommes à un moment,
17:40donc la seconde moitié
17:41du XIe siècle
17:42où la chrétienté latine
17:45progresse, avance
17:46au détriment des pays d'islam,
17:47aussi bien dans la péninsule ibérique
17:49qu'en Sicile
17:50et puis à la fin du XIe siècle
17:52au Proche-Orient
17:53avec la première croisade
17:55et la conquête
17:57de Jérusalem en 1099.
17:59Donc c'est dans ce contexte-là
18:00que les Normands,
18:01avec l'appui de la papauté,
18:03entreprennent de conquérir
18:05la Sicile.
18:06À la cour des rois normands
18:08de la dynastie des Hautes-Villes,
18:10ici on voit bien
18:11ce que les Normands
18:12ont gardé
18:13de leur installation
18:14en France,
18:15précisément la langue française,
18:17c'est donc une famille normande
18:18de langue française,
18:20une aristocratie normande
18:21de langue française
18:21qui prend la tête
18:22de la Sicile.
18:24Sous donc
18:24ces souverains normands
18:26de Sicile
18:26se développe
18:27une culture,
18:29culture politique
18:30extraordinairement brillante
18:32qui tente
18:33de faire la synthèse,
18:34qui tente avec beaucoup
18:35de bonheur et de réussite,
18:36de faire la synthèse
18:38entre les héritages
18:41occidentaux et islamiques,
18:43mais aussi arabes,
18:45grecs et hébraïques.
18:47Et c'est de cette synthèse
18:49culturelle réussie
18:50par les souverains
18:51normands de Sicile
18:52et en particulier
18:52par celui qui en est
18:53sans doute
18:53la figure
18:55la plus emblématique,
18:56le roi Roger II
18:57de Sicile,
18:58Roger II de Sicile
18:59qui est associé étroitement
19:01à l'œuvre
19:01du grand géographe
19:02de langue arabe
19:03Idrissi
19:04qui composa pour lui
19:05le livre de Roger,
19:06cette grande description
19:07du monde connu.
19:10Roger II de Sicile
19:12n'est autre que
19:12le grand-père maternel
19:14de Frédéric II.
19:16Frédéric II
19:16a donc hérité
19:17par sa mère
19:18Constance de Hauteville
19:19du trône de Sicile.
19:22Constance de Hauteville
19:23qui disparaît
19:23prématurément
19:24en 1198,
19:25Frédéric II
19:26n'a à cet âge
19:27que 4 ans.
19:28Roi de Sicile,
19:29il le reste,
19:30il passe d'ailleurs
19:31sa prime enfance
19:32à Palerme
19:33et on peut donc considérer
19:34que la Sicile
19:35a été le...
19:37Palerme
19:37et la Sicile
19:38et le contexte sicilien
19:39ont constitué
19:41l'ambiance
19:41de la formation
19:43intellectuelle
19:44de l'empereur
19:45Frédéric II.
19:48Alors,
19:49ne nous trompons pas
19:50pour autant
19:50d'objets.
19:52N'imaginons pas
19:53dans cette Sicile
19:55du XIIIe siècle
19:56une oasis
19:58de paix
19:59et d'échanges
20:01culturels
20:02apaisés.
20:02Comme toute
20:04terre,
20:05elle est l'objet
20:06de conflits
20:07qui sont
20:10fondamentalement
20:10des conflits
20:11politiques
20:11même s'ils peuvent
20:12revêtir évidemment
20:13des dimensions
20:14culturelles
20:14et religieuses.
20:15Très concrètement,
20:17dans les années
20:181220,
20:19les musulmans
20:20de Sicile
20:20qui sont restés
20:21nombreux
20:22depuis que la Sicile
20:23a été conquise
20:24par les Normands,
20:25depuis plus d'un siècle
20:25ennemi,
20:26les communautés
20:27musulmanes
20:27de Sicile
20:28sont restées
20:28nombreuses.
20:29Ces communautés
20:30se soulèvent
20:31contre l'administration
20:33de l'empereur
20:34Frédéric II
20:35de Hohenstaufen.
20:36Se soulèvent
20:37pour des raisons
20:38essentiellement
20:39d'ordre
20:39politique,
20:41fiscal,
20:41foncière.
20:42C'est un soulèvement
20:43rural,
20:44un soulèvement
20:44des communautés rurales
20:46que l'empereur
20:46va venir mater,
20:48réprimer en personne
20:49en séjournant
20:50longuement dans l'île
20:51en 1222
20:52puis en 1224.
20:54A l'issue
20:56de cette répression,
20:57les survivants
20:59des combats,
21:01les musulmans
21:02survivants
21:02des combats
21:03sont déportés
21:04au sud
21:05de l'Italie,
21:06à l'Uccera
21:06où une cité
21:08est fondée
21:09pour les accueillir
21:12mais clairement
21:13pour casser
21:13les solidarités
21:14qui les unissaient
21:16avec les terroirs
21:17siciliens.
21:18Donc n'imaginons pas
21:20chez Frédéric II
21:22une arabophilie
21:23ou une islamophilie
21:24qui l'amènerait
21:25à considérer
21:26ces sujets musulmans
21:27comme des sujets
21:29privilégiés.
21:29Bien au contraire,
21:30il leur demande
21:31comme aux autres
21:32une grande obéissance
21:33et n'hésite pas
21:33à les réprimer
21:35violemment
21:35si nécessaire.
21:36Alors cette répression
21:38et puis cette déportation
21:40des musulmans
21:40de Sicile
21:41a pu être interprétée
21:42comme la volonté
21:42de la part de Frédéric II
21:44d'unifier religieusement
21:46à la Sicile.
21:46D'autres historiens
21:48ont mis en avant
21:50des indices contraires
21:51et en particulier
21:52le fait que
21:52dans les années 1230
21:54Frédéric II
21:55encourage
21:56la venue en Sicile
21:57de juifs
21:58exilés du Maghreb
22:00ceux qu'on appelle
22:01les juifs du Harb
22:02et qui fuient
22:04à la fois
22:04des épisodes
22:05de famine au Maghreb
22:06et puis la politique
22:07hostile
22:08des almohades
22:10à l'égard
22:11des communautés
22:12non musulmanes.
22:13Donc la Sicile
22:14continue sous Frédéric II
22:15d'être un foyer
22:16de croisements
22:20multiculturels
22:21et multilinguistiques
22:22où les langues
22:23latines,
22:24grecques,
22:25hébraïques
22:25et arabes
22:26continuent d'avoir
22:27droit de citer
22:28non seulement
22:28dans les lettres
22:29mais également
22:29dans l'administration.
22:33Pour autant
22:37ce rapport
22:38à l'islam
22:40et à la culture arabe
22:41que la Sicile
22:41a donné
22:42à Frédéric II
22:42il faut aussi
22:44lui donner
22:44une dimension
22:46très empirique
22:47très politique
22:48tout simplement
22:48en étant roi de Sicile
22:50il est engagé
22:51dans des relations diplomatiques
22:53avec ses voisins
22:55et parmi ses voisins
22:56bien évidemment
22:56les voisins
22:57d'Afrique du Nord
22:59et en particulier
23:00les sultans de Tunis
23:01les sultans de la dynastie
23:03dynastie
23:04donc dans ces liens
23:07que lui offre
23:07la Sicile
23:07il y a aussi
23:08je dirais tout simplement
23:10ces liens
23:10avec le monde
23:11de langue arabe
23:12tout simplement
23:13sont le produit
23:14aussi de ces relations
23:15diplomatiques régulières
23:16que le roi de Sicile
23:17de facto
23:18entretient
23:19avec ses voisins.
23:21Ajoutons enfin
23:21que le règne
23:23de Frédéric II
23:23est marqué
23:24par une réorganisation
23:25profonde
23:26de l'économie sicilienne
23:28des structures rurales
23:29de la Sicile
23:29j'ai évoqué tout à l'heure
23:31la déportation
23:31d'un nombre important
23:33de musulmans siciliens
23:35des campagnes
23:37déportés en Italie du Sud
23:38cette réorganisation
23:40des structures rurales
23:42a contribué
23:43à changer profondément
23:45le visage
23:46de la société sicilienne
23:48et d'une certaine manière
23:50celui qui
23:52avait un goût
23:53important
23:54pour la culture arabe
23:55et une inclination
23:56pour la culture islamique
23:59a été aussi
24:00dans une certaine mesure
24:01le fossoyeur
24:03de cette Sicile normande
24:04dont il était
24:05le dernier héritier.
24:06Les réformes
24:07de Frédéric II
24:09en particulier
24:10à travers
24:11ce qu'on appelle
24:12les constitutions
24:13de Melphi
24:13qui réorganisent
24:14la vie
24:14de l'île
24:15ont contribué
24:17à solder
24:18l'héritage normand
24:19et à faire disparaître
24:20cette prospérité
24:21de la Sicile normande
24:23qui devait
24:23beaucoup
24:24à la coexistence
24:26des communautés
24:27et à l'existence
24:28de fortes communautés
24:29musulmanes
24:30dans les campagnes siciliennes.
24:39Frédéric II
24:39fait partie
24:40de ces grands personnages
24:41de l'histoire.
24:42Les historiens
24:42aiment de moins en moins
24:44parler des grands personnages
24:45de l'histoire
24:45mais il faut bien admettre
24:46que certains s'imposent,
24:48continuent de s'imposer
24:49au travail des historiens
24:50et c'est le cas
24:51de Frédéric II
24:51de Hohenstaufen.
24:53Ce grand personnage
24:54fait partie
24:55de ceux qui ont vraiment
24:56dominé
24:57l'histoire
24:58de l'Occident
25:00au XIIIe siècle.
25:01On a pu même
25:02voir en lui
25:05une des premières figures
25:06européennes
25:07à la fois
25:08par
25:10le nombre de couronnes
25:11qu'il réunissait,
25:13son propre parcours
25:14et puis
25:17son plurilinguisme.
25:19Frédéric II
25:20l'Européen
25:21sans doute
25:23Frédéric II
25:24le Méditerranéen
25:25très certainement.
25:27On a là
25:27un homme
25:28qui
25:30incarne
25:31sans doute
25:32encore mieux
25:33le fait
25:33qu'au XIIIe siècle
25:35ce qui est central
25:37pour le destin
25:38de l'Occident
25:38c'est la Méditerranée.
25:40Et
25:40si
25:41on considère
25:42aujourd'hui
25:43qu'une partie
25:44de l'avenir
25:45de l'Europe
25:45se joue en effet
25:46en Méditerranée
25:47et se joue en effet
25:48dans l'invention
25:50d'un nouveau dialogue
25:52entre les deux rives
25:53de la Méditerranée.
25:55Alors oui
25:55la figure de Frédéric II
25:57peut être convoquée
25:59par
26:01peut être convoquée
26:02en raison
26:03de son extraordinaire
26:06capacité
26:07à se projeter
26:08sur ces deux rives
26:09à les embrasser
26:10dans un seul
26:11et même regard
26:12à surtout
26:14embrasser
26:14l'unité culturelle
26:16que
26:17offrait encore
26:18la Méditerranée
26:19au XIIIe siècle
26:19à une époque
26:20où la culture
26:21circule
26:22assez librement
26:23d'une langue
26:24à l'autre
26:24du grec
26:25au latin
26:26et de l'arabe
26:27au latin.
26:27de la Méditerranée
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