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  • il y a 13 heures
Ce mardi 17 février, les tensions autour des négociations commerciales, où les distributeurs sont accusés de toutes sortes d'actes répréhensibles et les industriels de manquer de transparence, ont été abordées par Jean-Marc Daniel et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Ça se tend sérieusement sur les négociations commerciales.
00:03D'un côté, les distributeurs accusés de tous les maux,
00:06ils sont clairement trop violents quand on tourne les règles,
00:08nous a dit Annie Gennevard dans Le Parisien hier soir.
00:11Et puis de l'autre côté, des industriels qui ne sont pas toujours très transparents.
00:14Elles ne veulent pas expliquer la hausse des prix.
00:16Il faut choisir son camp ce matin.
00:17Emmanuel Lechypre, Jean-Marc Daniel.
00:18Emmanuel, vous êtes dans quel camp ?
00:19Très clairement, il faut réduire absolument
00:23le pouvoir de négociation de la grande distribution.
00:26Donc vous défendez les industriels ?
00:28Évidemment, aujourd'hui, on a les grands patrons
00:31des enseignes de la grande distribution
00:33qui viennent pleurnicher sur les antennes télé, radio,
00:37en s'érigeant comme les défenseurs du pouvoir d'achat.
00:40Michel Dornot, il sera à la 8h30.
00:41Très bien, etc.
00:44Mais lui et tous ses petits copains,
00:46il y a un moment où les chiffres,
00:49et ce n'est pas l'économiste Jean-Marc Daniel qui me démentira,
00:52disent la nature du rapport de force.
00:54C'est-à-dire que quand vous avez 300 000 agriculteurs
00:57que vous avez 15 000 entreprises de l'agroalimentaire
01:01qui sont pour la plupart, 95% sont des PME,
01:05quelques grands groupes, effectivement,
01:07quelques grandes multinationales,
01:08mais qui sont toujours érigées comme les méchants.
01:11Mais ce qu'il faut voir, c'est que quand vous négociez
01:12face à 5 grands groupes face à vous,
01:17dont les 4 premiers ont 70% du marché,
01:20comment vous voulez que vous, producteurs, industriels,
01:23vous ayez un pouvoir de négociation face à cette grande distribution ?
01:27Ça s'appelle un oligopson, c'est ça Jean-Marc Daniel ?
01:30C'est-à-dire que quand vous avez grosso modo peu d'acheteurs
01:32face à beaucoup de vendeurs,
01:33la situation, on la connaît, c'est qu'ils ont tout pouvoir.
01:36Ils ont pouvoir pour déférencer un produit.
01:39Quand un industriel dépend pour 30% de ses ventes
01:43de ce qu'une enseigne va lever le pouce ou baisser le pouce,
01:47il y a un moment où vous n'avez pas de pouvoir de négociation.
01:49Quand vous avez les marques de distributeurs
01:52qui sont fabriquées aussi par ces industriels,
01:55et vous n'avez pas le choix,
01:56vous êtes obligés d'accepter les conditions de la distribution.
01:59Donc moi, je pense qu'aujourd'hui,
02:00je vous donne juste un seul exemple qui est très emblématique.
02:03Une marque très célèbre de saucisses, les Knacky.
02:06Les Knacky, le paquet de Knacky se vend en euros
02:11aujourd'hui au même prix qu'il y a 10 ans.
02:13Donc qu'on n'aille pas dire aujourd'hui
02:15que ce sont les industriels qui imposent des marges délirantes
02:18à la grande distribution.
02:19En termes de marges, quand vous regardez les marges des distributeurs,
02:21les marges des industriels, vous avez 30% face à 2%.
02:24Arrêtez avec ça, ça n'a rien à voir.
02:26Ça n'a rien à voir.
02:27La distribution, c'est un grand hangar.
02:29Vous payez la facture d'électricité, vous n'avez rien.
02:31Vous n'avez pas les coûts de recherche et développement,
02:34de fabrication, d'innovation.
02:35Arrêtez, vous ne pouvez pas comparer les deux métiers.
02:38Et d'ailleurs...
02:38Attends, attends, c'est Jean-Marc, vous avez crié suffisamment fort.
02:41Jean-Marc.
02:42Non, non, je trouve intéressant de parler d'Oligopsone
02:44parce qu'il y a peut-être 5 distributeurs
02:46qui sont de toute façon, ce n'est pas leurs copains,
02:48c'est leurs concurrents.
02:50Et ce que montre assez bien la théorie économique,
02:52c'est que autant la quantité de gens sur le marché joue un rôle,
02:57autant le véritable enjeu, c'est ce qu'on appelle
02:59le fait que le marché soit ou non contestable.
03:01C'est-à-dire, est-ce que ces gens se sont entendus
03:03ou est-ce qu'ils sont véritablement dans une logique concurrentielle ?
03:07Mais cet Oligopsone, en réalité, c'est 40 millions de personnes.
03:09Parce que derrière les distributeurs, il y a les clients,
03:13il y a le consommateur.
03:14Et les consommateurs, eux, c'est eux qui choisissent in fine.
03:17Dans la crise actuelle, parmi les éléments qui sont mis en avant,
03:20il y a l'affaire du lait.
03:21C'est-à-dire que le prix du lait acheté aux agriculteurs,
03:24aux 300 000 agriculteurs qui sont effectivement défendus,
03:28pecs et ongles par nos autorités,
03:30ces 300 000 agriculteurs produisent trop de lait
03:33et n'arrivent pas à vendre leur lait.
03:34Quand on regarde le prix du lait, puisqu'il a priori d'avoir le prix des saucisses,
03:38si je remonte aux années 70 qui me sont chères,
03:41puisque là aussi, Emmanuel n'arrête pas de dire que je vis dans les années 70,
03:44et je pense comme dans les années 70.
03:46– 1870.
03:47– 1870.
03:48Je vais faire un progrès, je vais sauter à 1970.
03:51À 1970, avec une heure de smic, on achetait 3 litres de lait.
03:55Aujourd'hui, avec une heure de smic, on achète 12 litres de lait.
03:58Donc le pouvoir d'achat du consommateur laitier s'est considérablement accru.
04:02Est-ce que pour autant, il a augmenté sa consommation de lait ?
04:05Non.
04:05La consommation de lait par habitant sous forme de litres de lait vendu
04:08a été divisée par deux depuis 1970.
04:10C'est-à-dire que celui qui décide, in fine, c'est le consommateur,
04:14et il décide sur la base du pouvoir d'achat
04:17et sur la base, effectivement, de la satisfaction que lui apporte le produit.
04:20Ça ne sert à rien de dire, genre, vous allez continuer à produire,
04:23vous allez accumuler des saucisses,
04:25vous allez stocker des saucisses,
04:27un bruit qui est un fric que vous allez maintenir.
04:29Si les gens ne veulent pas acheter,
04:30ce que répercute la grande distribution,
04:33c'est la volonté du consommateur.
04:35Mais vous défendez du coup aussi les centrales d'achat, Jean-Marc ?
04:37Parce que là, il y a quand même des distributeurs
04:39qui se regroupent pour acheter ensemble.
04:42Je pense que le problème, effectivement,
04:44si les autorités de la concurrence,
04:46c'est l'enjeu des politiques,
04:47ce n'est pas de déclarer, on va défendre les agriculteurs,
04:50c'est de vérifier que dans la chaîne,
04:51il y a toujours de la concurrence.
04:53D'où les amendes.
04:53D'où les amendes, on met des amendes.
04:55Il y a eu, à un moment donné,
04:56on s'était battu sur les producteurs d'endives.
04:58Tout le monde avait ricané.
05:00Effectivement, si les producteurs d'endives se sont entendus,
05:03il est normal que les autorités de la concurrence
05:05interviennent, mais aller au-delà
05:07et défendre systématiquement l'idée
05:09qu'il faut augmenter les prix face aux distributeurs,
05:12c'est une attaque au consommateur à l'économie.
05:15Il ne s'agit pas d'augmenter les prix,
05:16mais on voit bien qu'il y a un niveau de prix raisonnable
05:19qui est peut-être un peu plus élevé
05:20que les prix qui sont pratiqués aujourd'hui
05:21et qui assurent notre économie à moyen long terme.
05:26Parce qu'on le voit bien ce qui se passe.
05:27C'est qu'en fait, à force d'imposer des conditions de prix
05:31impossibles aux producteurs,
05:33il n'y a qu'en France que ça se passe comme ça.
05:35Discutez avec les grands industriels,
05:36ils vous disent, mais attendez,
05:37en Espagne, en Allemagne,
05:38on n'a pas les complications qu'on a en France
05:41et on va virer nos usines de France.
05:43Et la réalité, c'est que si aujourd'hui,
05:4450% du poulet qu'on consomme,
05:46c'est du poulet importé,
05:48que si 40% des fruits et légumes...
05:50Mais c'est à cause de la pression trop forte
05:53qu'on met au nom,
05:55un peu, à mon avis,
05:57trop court-termiste,
05:58du pouvoir d'achat immédiat, instantané,
06:00pour le consommateur.
06:01Et la réalité, c'est quoi aussi ?
06:03Attendez, vous parlez de concurrence, Jean-Marc.
06:04Alors, on va arrêter de rigoler.
06:06La concurrence, dans quelques grandes villes, je veux bien,
06:08mais le nombre de villes
06:09où vous n'avez qu'un ou deux hypermarchés,
06:11avec des prix, l'INSEE nous dit,
06:13qui sont entre 5 et 10% plus chers qu'ailleurs,
06:15ça ne vous choque pas que...
06:16Alors, ça, c'est très en dessous de la ceinture,
06:18ce que je vais dire.
06:19Mais ça ne vous choque pas
06:20que dans la plupart des petites villes de province,
06:22le type le plus riche du coin,
06:23ce soit le patron du Leclerc,
06:25de l'Intermarché ou du Super U.
06:27Franchement, moi, je trouve que les gens de la distribution,
06:30ils exagèrent un peu quand même.
06:32Ça confirme ce que je dis,
06:33c'est-à-dire qu'on ne manque pas de concurrence.
06:34On manque plutôt de concurrence,
06:35il n'y a pas trop de...
06:36Ah, mais je suis d'accord avec ça.
06:37Le sujet, c'est toujours de la concurrence.
06:39Voilà, on manque de distributeurs,
06:40on manque de concurrence.
06:41C'est ça l'enjeu.
06:42Et ce n'est pas en essayant de préserver le producteur
06:44qu'on règle là le problème.
06:46Emmanuel, je ne vais pas vous mettre dehors,
06:47mais il est quasiment 7h19.
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