00:00Ça se tend sérieusement sur les négociations commerciales.
00:03D'un côté, les distributeurs accusés de tous les maux,
00:06ils sont clairement trop violents quand on tourne les règles,
00:08nous a dit Annie Gennevard dans Le Parisien hier soir.
00:11Et puis de l'autre côté, des industriels qui ne sont pas toujours très transparents.
00:14Elles ne veulent pas expliquer la hausse des prix.
00:16Il faut choisir son camp ce matin.
00:17Emmanuel Lechypre, Jean-Marc Daniel.
00:18Emmanuel, vous êtes dans quel camp ?
00:19Très clairement, il faut réduire absolument
00:23le pouvoir de négociation de la grande distribution.
00:26Donc vous défendez les industriels ?
00:28Évidemment, aujourd'hui, on a les grands patrons
00:31des enseignes de la grande distribution
00:33qui viennent pleurnicher sur les antennes télé, radio,
00:37en s'érigeant comme les défenseurs du pouvoir d'achat.
00:40Michel Dornot, il sera à la 8h30.
00:41Très bien, etc.
00:44Mais lui et tous ses petits copains,
00:46il y a un moment où les chiffres,
00:49et ce n'est pas l'économiste Jean-Marc Daniel qui me démentira,
00:52disent la nature du rapport de force.
00:54C'est-à-dire que quand vous avez 300 000 agriculteurs
00:57que vous avez 15 000 entreprises de l'agroalimentaire
01:01qui sont pour la plupart, 95% sont des PME,
01:05quelques grands groupes, effectivement,
01:07quelques grandes multinationales,
01:08mais qui sont toujours érigées comme les méchants.
01:11Mais ce qu'il faut voir, c'est que quand vous négociez
01:12face à 5 grands groupes face à vous,
01:17dont les 4 premiers ont 70% du marché,
01:20comment vous voulez que vous, producteurs, industriels,
01:23vous ayez un pouvoir de négociation face à cette grande distribution ?
01:27Ça s'appelle un oligopson, c'est ça Jean-Marc Daniel ?
01:30C'est-à-dire que quand vous avez grosso modo peu d'acheteurs
01:32face à beaucoup de vendeurs,
01:33la situation, on la connaît, c'est qu'ils ont tout pouvoir.
01:36Ils ont pouvoir pour déférencer un produit.
01:39Quand un industriel dépend pour 30% de ses ventes
01:43de ce qu'une enseigne va lever le pouce ou baisser le pouce,
01:47il y a un moment où vous n'avez pas de pouvoir de négociation.
01:49Quand vous avez les marques de distributeurs
01:52qui sont fabriquées aussi par ces industriels,
01:55et vous n'avez pas le choix,
01:56vous êtes obligés d'accepter les conditions de la distribution.
01:59Donc moi, je pense qu'aujourd'hui,
02:00je vous donne juste un seul exemple qui est très emblématique.
02:03Une marque très célèbre de saucisses, les Knacky.
02:06Les Knacky, le paquet de Knacky se vend en euros
02:11aujourd'hui au même prix qu'il y a 10 ans.
02:13Donc qu'on n'aille pas dire aujourd'hui
02:15que ce sont les industriels qui imposent des marges délirantes
02:18à la grande distribution.
02:19En termes de marges, quand vous regardez les marges des distributeurs,
02:21les marges des industriels, vous avez 30% face à 2%.
02:24Arrêtez avec ça, ça n'a rien à voir.
02:26Ça n'a rien à voir.
02:27La distribution, c'est un grand hangar.
02:29Vous payez la facture d'électricité, vous n'avez rien.
02:31Vous n'avez pas les coûts de recherche et développement,
02:34de fabrication, d'innovation.
02:35Arrêtez, vous ne pouvez pas comparer les deux métiers.
02:38Et d'ailleurs...
02:38Attends, attends, c'est Jean-Marc, vous avez crié suffisamment fort.
02:41Jean-Marc.
02:42Non, non, je trouve intéressant de parler d'Oligopsone
02:44parce qu'il y a peut-être 5 distributeurs
02:46qui sont de toute façon, ce n'est pas leurs copains,
02:48c'est leurs concurrents.
02:50Et ce que montre assez bien la théorie économique,
02:52c'est que autant la quantité de gens sur le marché joue un rôle,
02:57autant le véritable enjeu, c'est ce qu'on appelle
02:59le fait que le marché soit ou non contestable.
03:01C'est-à-dire, est-ce que ces gens se sont entendus
03:03ou est-ce qu'ils sont véritablement dans une logique concurrentielle ?
03:07Mais cet Oligopsone, en réalité, c'est 40 millions de personnes.
03:09Parce que derrière les distributeurs, il y a les clients,
03:13il y a le consommateur.
03:14Et les consommateurs, eux, c'est eux qui choisissent in fine.
03:17Dans la crise actuelle, parmi les éléments qui sont mis en avant,
03:20il y a l'affaire du lait.
03:21C'est-à-dire que le prix du lait acheté aux agriculteurs,
03:24aux 300 000 agriculteurs qui sont effectivement défendus,
03:28pecs et ongles par nos autorités,
03:30ces 300 000 agriculteurs produisent trop de lait
03:33et n'arrivent pas à vendre leur lait.
03:34Quand on regarde le prix du lait, puisqu'il a priori d'avoir le prix des saucisses,
03:38si je remonte aux années 70 qui me sont chères,
03:41puisque là aussi, Emmanuel n'arrête pas de dire que je vis dans les années 70,
03:44et je pense comme dans les années 70.
03:46– 1870.
03:47– 1870.
03:48Je vais faire un progrès, je vais sauter à 1970.
03:51À 1970, avec une heure de smic, on achetait 3 litres de lait.
03:55Aujourd'hui, avec une heure de smic, on achète 12 litres de lait.
03:58Donc le pouvoir d'achat du consommateur laitier s'est considérablement accru.
04:02Est-ce que pour autant, il a augmenté sa consommation de lait ?
04:05Non.
04:05La consommation de lait par habitant sous forme de litres de lait vendu
04:08a été divisée par deux depuis 1970.
04:10C'est-à-dire que celui qui décide, in fine, c'est le consommateur,
04:14et il décide sur la base du pouvoir d'achat
04:17et sur la base, effectivement, de la satisfaction que lui apporte le produit.
04:20Ça ne sert à rien de dire, genre, vous allez continuer à produire,
04:23vous allez accumuler des saucisses,
04:25vous allez stocker des saucisses,
04:27un bruit qui est un fric que vous allez maintenir.
04:29Si les gens ne veulent pas acheter,
04:30ce que répercute la grande distribution,
04:33c'est la volonté du consommateur.
04:35Mais vous défendez du coup aussi les centrales d'achat, Jean-Marc ?
04:37Parce que là, il y a quand même des distributeurs
04:39qui se regroupent pour acheter ensemble.
04:42Je pense que le problème, effectivement,
04:44si les autorités de la concurrence,
04:46c'est l'enjeu des politiques,
04:47ce n'est pas de déclarer, on va défendre les agriculteurs,
04:50c'est de vérifier que dans la chaîne,
04:51il y a toujours de la concurrence.
04:53D'où les amendes.
04:53D'où les amendes, on met des amendes.
04:55Il y a eu, à un moment donné,
04:56on s'était battu sur les producteurs d'endives.
04:58Tout le monde avait ricané.
05:00Effectivement, si les producteurs d'endives se sont entendus,
05:03il est normal que les autorités de la concurrence
05:05interviennent, mais aller au-delà
05:07et défendre systématiquement l'idée
05:09qu'il faut augmenter les prix face aux distributeurs,
05:12c'est une attaque au consommateur à l'économie.
05:15Il ne s'agit pas d'augmenter les prix,
05:16mais on voit bien qu'il y a un niveau de prix raisonnable
05:19qui est peut-être un peu plus élevé
05:20que les prix qui sont pratiqués aujourd'hui
05:21et qui assurent notre économie à moyen long terme.
05:26Parce qu'on le voit bien ce qui se passe.
05:27C'est qu'en fait, à force d'imposer des conditions de prix
05:31impossibles aux producteurs,
05:33il n'y a qu'en France que ça se passe comme ça.
05:35Discutez avec les grands industriels,
05:36ils vous disent, mais attendez,
05:37en Espagne, en Allemagne,
05:38on n'a pas les complications qu'on a en France
05:41et on va virer nos usines de France.
05:43Et la réalité, c'est que si aujourd'hui,
05:4450% du poulet qu'on consomme,
05:46c'est du poulet importé,
05:48que si 40% des fruits et légumes...
05:50Mais c'est à cause de la pression trop forte
05:53qu'on met au nom,
05:55un peu, à mon avis,
05:57trop court-termiste,
05:58du pouvoir d'achat immédiat, instantané,
06:00pour le consommateur.
06:01Et la réalité, c'est quoi aussi ?
06:03Attendez, vous parlez de concurrence, Jean-Marc.
06:04Alors, on va arrêter de rigoler.
06:06La concurrence, dans quelques grandes villes, je veux bien,
06:08mais le nombre de villes
06:09où vous n'avez qu'un ou deux hypermarchés,
06:11avec des prix, l'INSEE nous dit,
06:13qui sont entre 5 et 10% plus chers qu'ailleurs,
06:15ça ne vous choque pas que...
06:16Alors, ça, c'est très en dessous de la ceinture,
06:18ce que je vais dire.
06:19Mais ça ne vous choque pas
06:20que dans la plupart des petites villes de province,
06:22le type le plus riche du coin,
06:23ce soit le patron du Leclerc,
06:25de l'Intermarché ou du Super U.
06:27Franchement, moi, je trouve que les gens de la distribution,
06:30ils exagèrent un peu quand même.
06:32Ça confirme ce que je dis,
06:33c'est-à-dire qu'on ne manque pas de concurrence.
06:34On manque plutôt de concurrence,
06:35il n'y a pas trop de...
06:36Ah, mais je suis d'accord avec ça.
06:37Le sujet, c'est toujours de la concurrence.
06:39Voilà, on manque de distributeurs,
06:40on manque de concurrence.
06:41C'est ça l'enjeu.
06:42Et ce n'est pas en essayant de préserver le producteur
06:44qu'on règle là le problème.
06:46Emmanuel, je ne vais pas vous mettre dehors,
06:47mais il est quasiment 7h19.
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