- il y a 8 mois
Jeudi 15 janvier 2026, retrouvez Benjamin Louvet (Directeur de la Gestion Matières Premières, Ofi Invest Asset Management) dans SMART BOURSE, une émission présentée par Grégoire Favet.
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00:00Le dernier quart d'heure de Smart Bourse, c'est le quart d'heure thématique et le thème ce soir c'est celui des matières premières.
00:17On l'a un petit peu évoqué au cours de l'émission, bien sûr le pétrole qui reste la grande variable macroéconomique sous l'impulsion bien sûr de la géopolitique.
00:26Et nous vous proposons tout de suite de revisionner l'interview de Benjamin Louvet, le directeur de la recherche de la gestion matières premières d'Ophi Invest Asset Management.
00:34Il était l'invité de Grégoire Favé il y a quelques jours. Il parlait notamment du Venezuela, un pays, on le sait, avec les réserves les plus importantes au monde. On l'écoute tout de suite.
00:47Plusieurs remarques sur le sujet. La première c'est qu'effectivement il y a un vrai questionnement autour du montant des réserves de pétrole du Venezuela.
00:56Les réserves sont aujourd'hui affichées à 300 milliards de barils, ce qui en fait effectivement les plus grosses réserves du monde devant l'Arabie Saoudite, d'une courte tête.
01:05Mais ça fait grosso modo 17-18% des réserves prouvées.
01:08Alors prouvées est un bien grand mot parce qu'en fait cette estimation elle est basée sur des chiffres qui ont été communiqués à l'époque de Chavez au Venezuela
01:16et qui sont une extrapolation d'un modèle qui a été exécuté sur une partie du territoire vénézuélien.
01:22Donc on peut se poser la question de la véracité de ces données, d'autant plus qu'il y a un organisme très sérieux, un consultant spécialiste des énergies qui s'appelle Ristal Energy
01:30qui a publié une étude courant 2024 dans laquelle il faisait état de réserves qui seraient plutôt autour des 30 milliards de barils.
01:36Alors c'est déjà beaucoup, mais c'est quand même beaucoup moins que 300 milliards de barils effectivement.
01:41Le deuxième point qui se pose comme question, c'est de savoir combien de temps il faudra pour relancer la production.
01:49La première chose concernant ce sujet, c'est que la situation politique n'est pas stabilisée au Venezuela.
01:56On le voit bien, Delcy Rodriguez a au début annoncé qu'elle jouerait le jeu avec les Américains pour finalement reprendre la main
02:05et dire que le Venezuela n'était pas en quelque sorte un paillasson et qu'il continuerait à gouverner.
02:12Ce qui a amené Donald Trump à la menacer de la façon la plus violente qu'il soit en disant que son sort pourrait être pire que celui de Maduro.
02:20Donc on a une situation qui est compliquée et qui n'exclut pas que les États-Unis aient encore besoin d'intervenir s'ils veulent vraiment stabiliser la situation.
02:28Et puis ensuite, il y a une autre question qui se pose, c'est que le pétrole vénézuélien est un pétrole très lourd,
02:34qui n'est pas forcément un pétrole très recherché parce qu'il demande à être mélangé pour arriver à être raffiné.
02:40Les raffineries ne sont pas tellement équipées pour traiter ce type de pétrole, mais il peut intéresser les Américains
02:44parce qu'il faut savoir que le pétrole de schiste que les Américains ont beaucoup développé ces dernières décennies
02:49est un pétrole, lui, très léger.
02:51Donc en mélangeant les deux, ils peuvent arriver à obtenir un pétrole qui a un niveau moyen de densité qui convient à leur raffinerie.
02:59Maintenant, il y a un deuxième problème qui est de savoir si les champs pétroliers du Venezuela peuvent être redémarrés,
03:06pour ce qui est des champs de pétrole conventionnels.
03:08Et notamment, une question se pose autour du champ de Maracaibo, qui est le plus gros champ pétrolier du pays,
03:12parce que l'ancien directeur des installations de la compagnie nationale vénézuélienne, PDVSA,
03:19qui maintenant est exilée aux États-Unis, a, il y a quelques temps, dans une interview,
03:23montré son scepticisme quant à la capacité de redémarrer correctement ce champ pétrolier
03:28parce qu'il a été arrêté de façon un peu anarchique et que la production pétrolière est quelque chose d'assez complexe.
03:34Et il n'est donc pas du tout certain qu'on puisse redémarrer ce champ pétrolier.
03:37Et puis, il y a un dernier point, c'est qu'avant de pouvoir relancer l'exploitation,
03:42de ce pétrole, il va falloir mettre les installations à niveau, ce qui va prendre du temps,
03:45demander beaucoup d'argent.
03:47Et puis, comme ce pétrole est très lourd, il va falloir, je le disais, le mélanger
03:50pour ensuite le faire passer dans des pipelines.
03:52Donc, ça veut dire construire des infrastructures pour mélanger ce pétrole,
03:56ensuite construire des infrastructures de transport.
03:59Donc, ça va être des investissements très lourds.
04:01Et d'ailleurs, le patron d'Exxon a été relativement prudent sur le sujet
04:04quand on l'a interrogé depuis les déclarations de Donald Trump et l'intervention au Venezuela,
04:09de même que le patron de ConocoPhillips.
04:11En gros, Grégoire, quand vous êtes un producteur de pétrole aujourd'hui
04:15et que vous avez le choix entre produire du pétrole de schiste chez vous
04:18avec un robinet que vous pouvez allumer très vite,
04:20en grosso modo, ça met 3-4 mois pour lancer un puits de pétrole de schiste,
04:23et que vous pouvez aussi éteindre assez rapidement,
04:26pourquoi aller s'embêter, aller développer des ressources dans un pays
04:31où la situation politique n'est pas stable
04:33et où, comme l'a rappelé le patron d'Exxon, ils se sont déjà fait exproprier une fois ?
04:36Donc on est très très loin, les spécialistes parlent de 6 à 8 ans minimum
04:39pour revenir à un niveau de production comparable à ce qu'on a pu connaître par le passé.
04:44Donc vous voyez bien qu'on est très très loin d'avoir trouvé un nouveau gisement de pétrole
04:48immédiatement utilisable par les États-Unis.
04:51L'autre sujet qui mêle production pétrolière et géopolitique, c'est l'Iran, peut-être, Benjamin.
04:57Alors, ce n'est pas la première fois qu'il y a une contestation populaire en Iran,
05:01mais peut-être que cette fois, c'est une contestation qui pourrait prendre une ampleur différente
05:07avec un soutien peut-être plus appuyé,
05:09et en tout cas, des soutiens de l'Iran qui ont été considérablement affaiblis
05:13au cours des derniers mois et des derniers trimestres.
05:17Benjamin, si jamais on avait un vrai changement en Iran,
05:21est-ce que là, il y a matière à imaginer que la donne pétrolière puisse être modifiée ?
05:28Alors, le vrai sujet, et on l'a vu d'ailleurs aussi au Venezuela,
05:31c'est que si jamais il y avait un changement en Iran, comme vous le mentionnez,
05:37ce qui compte, c'est de savoir comment se fait ce changement,
05:39est-ce qu'il se fait de façon violente ou pas ?
05:42Je pense que la vraie question est de savoir si les Etats-Unis interviendront,
05:46parce que tant qu'on est dans une contestation populaire,
05:49à moins qu'elle dégénère réellement,
05:51on peut s'attendre à ce que l'Iran continue à profiter en partie de ses soutiens,
05:57mais quand bien même le gouvernement iranien perdrait,
06:01on est en droit de se dire que les installations pétrolières,
06:06dans ce cas-là, ne seront pas une cible,
06:07et donc que la production pétrolière pourra continuer,
06:10et avec un régime plus favorable, peut-être que le pétrole pourra plus facilement couler vers le reste du monde,
06:14avec peut-être moins de sanctions que c'est le cas aujourd'hui.
06:17Si on devait avoir, en revanche, une intervention américaine,
06:22à nouveau, en Iran, comme ça peut être le cas il y a quelques mois,
06:25là, la situation pourrait se surveiller de très près,
06:28parce que ça pourrait dégénérer,
06:30parce que là, il faudra voir la réaction des autres pays autour,
06:33en cas d'ingérence américaine dans cette crise,
06:35qui pour l'instant est une crise populaire, vous le disiez.
06:37Donc, crise populaire, probablement pas d'atteinte aux installations pétrolières,
06:44et donc, possiblement, s'il y a un changement de régime,
06:47peut-être un retour de l'Iran sur le marché,
06:49ce qui ne serait pas forcément une bonne nouvelle pour les prix du pétrole,
06:52qui continueraient à baisser,
06:53mais qui serait plutôt une bonne nouvelle pour la consommation,
06:55mais qui poserait d'autres problèmes,
06:57parce que, du coup, le pétrole de chiffre deviendrait beaucoup moins rentable,
07:01voire pas rentable du tout,
07:02donc ça réduirait peut-être la production des compagnies américaines aux Etats-Unis,
07:05donc une équation relativement compliquée.
07:08Qui sera le métal gagnant de 2026, Benjamin ?
07:11Je passe du coq à l'âne, mais c'est vrai que,
07:12qu'il soit précieux ou industriel,
07:14les métaux flambent, le cuivre est au sommet,
07:17l'argent a fait 150% l'an dernier,
07:19l'or, je n'en parle même pas,
07:21qui est dans tous les esprits
07:21et qui est devenu un sujet presque populaire aujourd'hui,
07:25qui sera le gagnant de 2026 ?
07:27Et vous en oubliez,
07:28la dernière, l'or a battu un nouveau record historique,
07:34l'argent a battu un nouveau record historique,
07:36le platine a battu un nouveau record historique
07:37et le cuivre a battu un nouveau record historique.
07:40Depuis, le cuivre a à nouveau battu son record historique aujourd'hui.
07:43C'est très difficile de répondre.
07:45J'ai envie de vous dire que,
07:47nous, on a, je dirais,
07:49trois métaux qu'on aime particulièrement
07:50chez Ophine Investam.
07:52Le premier, c'est le cuivre,
07:53parce que le cuivre,
07:55c'est le couteau suisse de la transition,
07:56on en a déjà beaucoup parlé ensemble
07:57et que, clairement,
07:59compte tenu des difficultés qu'on a côté production
08:01et compte tenu de la hausse de la demande qu'on a
08:03à cause de la transition énergétique,
08:05mais aussi de la transition digitale
08:06avec le développement des data centers,
08:08la demande ne fait que flamber.
08:10Et donc, cette année,
08:12ce marché est attendu en déficit pour la première année,
08:14mais tout le monde s'attend à ce que ce soit le début
08:15d'un déficit structurel,
08:17comme on l'évoquait dans notre livre avec Emmanuel H
08:19il y a quelques années de ça.
08:20On arrive dans l'ère de raréfaction
08:23de ces matières,
08:25non pas qu'on n'en est pas assez,
08:27le problème, ce n'est pas la taille du réservoir,
08:28c'est la taille du robinet.
08:29Et sur le cuivre, on arrive dans cette équation-là,
08:31l'Agence internationale de l'énergie,
08:32je le rappelle,
08:33dit qu'à horizon 2030,
08:34on devrait avoir un supply gap sur le cuivre
08:36de 20%,
08:37ce qui veut dire que la demande serait 20% supérieure à l'offre.
08:41Avec une partie des stocks rapatriés aux Etats-Unis
08:43aujourd'hui,
08:43qui ne servent plus de coussins amortisseurs
08:46dans ce marché-là, d'ailleurs, Benjamin.
08:47Exactement, il y a eu un envoi des stocks
08:50à cause des craintes de barrières douanières,
08:54de tarifs, comme on dit en anglais.
08:56Finalement, le cuivre raffiné a été exclu
08:59de la base taxable.
09:01Néanmoins, ce cuivre reste aux Etats-Unis
09:02aujourd'hui,
09:03parce que c'est pour les maisons de négoce
09:07un moyen de faire de l'argent.
09:08Le cuivre est stocké à moindre prix,
09:10il est sur une tendance qui est intéressante pour eux,
09:13et en vendant ce cuivre à terme
09:15et en roulant leur position,
09:16ils encaissent tous les mois
09:17un peu d'argent.
09:19Donc, ils n'ont pas de velléité
09:20à leur envoyer ailleurs pour l'instant.
09:22Il y aura des mécanismes de marché
09:23qui se mettront en place si ça continue
09:25et que le cuivre continue à beaucoup monter
09:26et qu'on commence à avoir des raréfactions ailleurs.
09:28Les autres métaux que vous aimez avec le cuivre, Benjamin ?
09:31Le cuivre, évidemment, l'argent.
09:33Il faut bien comprendre que dans les matières premières,
09:35ce n'est pas parce que ça a beaucoup monté
09:36que ça va arrêter de monter.
09:37Il faut rééquilibrer le marché.
09:38Et là, sur l'argent,
09:39on était dans la cinquième année consécutive de déficit.
09:41L'année prochaine,
09:41ce sera une nouvelle année de déficit.
09:43Donc, ça va être relativement compliqué.
09:44Et puis, un joker, je dirais, c'est l'aluminium.
09:47L'aluminium, le plus gros producteur, c'est la Chine.
09:49La Chine arrive tout près du maximum de production
09:51que le gouvernement a fixé,
09:53alors que la consommation continue à augmenter.
09:54Donc, on risque d'avoir des tensions
09:55qui vont se multiplier dans les années qui viennent
09:57sur l'ensemble de ces métaux.
10:00C'est d'ailleurs les thèses d'investissement
10:02sur lesquelles nous, on travaille chez Ophi Invest AM
10:04depuis plusieurs années.
10:08Et voilà, Benjamin Louvé,
10:10l'expert de Ophi Invest Asset Management
10:13qui nous prévient sur la raréfaction des matières premières.
10:18Merci de nous avoir suivis.
10:20Cette édition touche à sa fin.
10:22Demain, vous retrouvez Grégoire Favé.
10:25Excellente soirée et à très bientôt dans Smart Bourse.
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