00:00Le focus du jour, c'est donc sur les marchés obligataires qu'il va se dérouler.
00:06Pour cela, nous avons le plaisir d'accueillir Charlotte Davin.
00:08Bonjour Charlotte Davin.
00:09Bonjour Nicolas.
00:10Merci d'être avec nous, gérante obligataire chez Montpensier Arbevel.
00:14On va essayer de comprendre ce qui se joue sur ce marché obligataire.
00:17On a suivi ces dernières semaines des annonces d'émissions records de dette française,
00:23de dette japonaise, de dette allemande.
00:25On s'attend aussi à ce que la dette américaine dépasse des nouveaux records.
00:29Et vous constatez que dès les premiers jours de janvier,
00:32on a une réouverture très dynamique sur le marché primaire obligataire.
00:36Oui, effectivement, beaucoup de records qui ont été battus ces derniers jours.
00:39Donc la semaine dernière, 138 milliards d'émissions, ce qui est un record historique.
00:43On a eu la plus grosse journée de primaire aussi mercredi dernier avec 61 milliards émis.
00:49Et puis même cette semaine, lundi, journée record en termes de nombre d'émissions.
00:54Historiquement, les lundis sont déjà assez calmes avec peut-être des annonces,
00:57mais assez peu de vraies émissions.
00:59Et là, on a eu 22 émetteurs pour 32 milliards d'émissions.
01:02Donc une nouvelle journée record.
01:03Et puis sûrement cette semaine, encore des très beaux chiffres en attente.
01:07Comment est-ce qu'on explique ça ?
01:09Qui sont les principaux émetteurs ?
01:11Comment est-ce qu'on analyse ce début d'année qui commence en trombe sur le marché obligataire ?
01:15Comme vous l'avez dit, beaucoup de souverains.
01:17Les souverains sont sûrement les premiers contributeurs à ce flux d'émissions.
01:20On a eu l'Italie, par exemple, qui a émis 20 milliards la semaine dernière
01:23et qui a attiré une demande record pour ces deux tranches.
01:25Donc il y avait une tranche 7 ans de 15 milliards qui a attiré 150 milliards de demandes,
01:30donc 10 fois la taille de la souche.
01:32D'accord.
01:32Et ils ont aussi étendu une souche qu'ils avaient émise précédemment,
01:35une souche 2046, enfin qu'ils ont réémis 5 milliards sur cette souche.
01:39Et il y a eu 25 fois plus de demandes que la taille d'émission,
01:43donc une demande record.
01:45Et puis les corporate aussi, les corporate ne sont pas en reste,
01:48avec des très beaux noms, des très belles signatures sur ces premiers jours.
01:51Par exemple, L'Oréal, Veolia, AP2R, Eden Red, Compass,
01:57vraiment des très belles signatures.
01:59Et puis des primaires qui se placent plutôt bien.
02:02Il y a des demandes entre 2 et 6 fois les tailles proposées.
02:05Et puis des primes d'émission qui du coup sont très fortement resserrées par les émetteurs.
02:09D'accord.
02:09Historiquement, on est autour de 30 BP de resserrement
02:12entre le pricing proposé au tout début de l'émission
02:16et le pricing réalisé en fin d'émission.
02:18Et là, sur ces 10 derniers jours,
02:20on est plutôt autour de resserrement d'autour de 40 points de base.
02:24Et c'est ce qu'on a vu la semaine dernière.
02:26Et puis ce qui est intéressant aussi à noter,
02:27c'est que non seulement il y a du volume,
02:29mais il y a aussi beaucoup de diversité de types de produits.
02:32On a eu des émissions corporelles classiques,
02:34mais il y a aussi des hybrides qui sont les subordonnées émises par les entreprises.
02:38Et puis du high yield aussi.
02:40On a eu 6 émissions high yield qui ont été annoncées cette semaine
02:43pour à peu près 3 milliards d'euros.
02:45Et puis le marché convertible aussi,
02:46qui a fait une très très bonne année l'année dernière
02:48et qui là semble commencer en 2026 sur les chapeaux de roue aussi,
02:51puisqu'il y a 6 opérations qui ont été réalisées sur ces derniers jours
02:54pour à peu près 2,5 milliards d'euros.
02:57Et puis là aussi plutôt des très beaux noms,
02:59du Sanofi, du Rheinmetall, du MTU Aerospace.
03:03Donc beaucoup de dynamisme sur le marché corporate.
03:05Vous constatez que ce soit sur le corporate
03:08ou sur les obligations d'État qu'il y a donc beaucoup de dynamisme,
03:12mais une demande aussi qui est toujours présente.
03:14C'est-à-dire qu'il y a de l'offre et il y a de la demande.
03:16Parce qu'une des questions qu'on peut se poser sur cette année,
03:18c'est avec des pays qui augmentent tous leurs émissions obligataires,
03:21ou en tout cas ceux que j'ai cités tout à l'heure,
03:23mais aussi des entreprises qui vont avoir besoin de se financer,
03:26je pense notamment au tech,
03:27vis-à-vis de la nécessité d'investir dans l'intelligence artificielle.
03:31On aurait pu imaginer, on pourrait imaginer que cette année,
03:33il y a un peu plus de concurrence entre les émissions obligataires
03:35vis-à-vis de la demande.
03:36Là, aujourd'hui, vous constatez qu'il y a toujours plus de demandes
03:38que d'offres à l'heure actuelle.
03:40Pour l'instant, oui.
03:40Pas d'inquiétude sur la capacité à lever de la dette sur le marché.
03:44Pour l'instant, tout à l'heure de bien se passer,
03:45effectivement, je l'ai dit, les primes de risque se resserrent énormément
03:47parce qu'on a des bouts qui sont toujours très très remplis lors des émissions.
03:52Je l'ai dit, on est entre deux et six fois en moyenne sur le corporate,
03:55sur l'Italie ou sur les souverains.
03:56On en a parlé rapidement, mais on a atteint des niveaux records.
03:59Sur les financières, on n'en a pas encore parlé, mais c'est le cas également.
04:0368 opérations, c'est ça, sur les financières ?
04:05Exactement, 68 opérations pour à peu près 90 milliards d'euros émis
04:08sur la semaine dernière.
04:11Et puis, des placements records, comme par exemple BPCE,
04:13qui a émis une tire-deux.
04:14C'est une dette subordonnée émise par la banque,
04:17qui s'est très très bien placée.
04:19Il y a eu, je crois, 12 fois la demande sur le prix de l'émission.
04:24Donc, 12 fois plus de demandes que ce que la banque était prête à émettre.
04:27Et puis, on retrouve encore une fois une prime de risque
04:29qui se resserre assez significativement.
04:32On est autour de 35 BP.
04:33Et puis, sur le marché secondaire, ce qui est intéressant ici,
04:35c'est que ces opérations se placent bien.
04:37Pour revenir sur la BPCE, on a eu un nouveau resserrement
04:40d'une dizaine de BP sur le marché secondaire.
04:43Et puis, sur les deals corporate, des statistiques qu'on voit pour l'instant,
04:46on est autour de 80% des opérations qui continuent à se resserrer
04:49sur le marché secondaire.
04:50Donc, vraiment, des émissions qui se passent bien,
04:53un marché obligataire qui réagit bien pour l'instant.
04:55Et puis, beaucoup de demandes, effectivement.
04:58Rapidement, est-ce que du coup, c'est toujours intéressant
05:00d'investir sur le crédit, par exemple, sur la dette corporate ?
05:04Alors, sur le crédit, c'est vrai qu'aujourd'hui,
05:06on est sur des niveaux de primes de risque extrêmement faibles.
05:08On a un crossover qui évolue autour de 240 points de base
05:11contre un historique 5 ans, plutôt autour de 350.
05:14Donc, des primes de risque qui sont quand même assez compressées,
05:16assez sous pression en ce moment.
05:18Mais par contre, on voit encore beaucoup de valeurs
05:20sur les marchés obligataires, en particulier sur tout ce qui est
05:22courbe souveraine ou courbe allemande, par exemple.
05:25Puisqu'aujourd'hui, si on regarde la valorisation du marché
05:28des taux allemands, on a quand même des fondamentaux
05:31qui sont assez solides.
05:31On a un déficit qui est quand même, au niveau européen,
05:34assez bien maîtrisé.
05:35On est autour de moins 3,1 et puis moins 3,4 attendus
05:37pour l'année prochaine.
05:39On a une inflation qui commence à être bien
05:41dans les attentes de la BCE.
05:44Bien sûr.
05:45On a eu les chiffres de l'inflation en France et en Allemagne
05:48la semaine dernière.
05:49On était à 0,8 pour la France et autour de 1,6 pour l'Allemagne,
05:53il me semble.
05:54Et en agrégé sur la zone euro, on est autour de 2 %,
05:56donc parfaitement en ligne avec les attentes de la Banque centrale.
05:59Et cette inflation qui devrait continuer à rester
06:01sur des niveaux maîtrisés, puisqu'on a des matières premières
06:04au plus bas, je pense au pétrole, au gaz, mais aussi au blé,
06:08au maïs, etc.
06:09On a une dynamique sur les salaires aussi qui devient
06:12beaucoup plus limitée.
06:13On était à plus 4 % l'année dernière, on est autour de 2,6
06:16attendus cette année par la BCE.
06:18Donc beaucoup de facteurs qui militent pour cette poursuite
06:20de l'inflation assez limitée, en tout cas sous les attentes
06:23de la BCE en Europe.
06:24Et sur la croissance, une croissance qui est quand même
06:27assez limitée, on a communiqué sur 1,4 de croissance
06:31l'année dernière, mais si on retraite de l'Irlande,
06:34parce que vous le savez, sur l'Irlande, il y a beaucoup
06:35de volatilité du fait des entreprises multinationales
06:38qui viennent s'inscrire en Irlande.
06:43Si on retraite de cet effet irlandais, en fait, la croissance
06:46européenne ressort autour de 1 % l'année dernière.
06:48Donc on se dit que finalement, si la BCE voulait soutenir
06:51un peu plus l'économie, elle aurait largement la place
06:53d'aller faire une ou deux baisses de taux en plus cette année.
06:56Et ce n'est pas du tout ce qui est attendu par les marchés
06:58aujourd'hui. Aujourd'hui, on n'attend absolument rien
07:00sur 2026, voire des hausses de taux à partir de 2027.
07:04Donc nous, ce qui nous semble intéressant, c'est qu'il y a
07:05une certaine convexité sur ces taux européens,
07:09sur cette courbe allemande par exemple, puisqu'on est très bien
07:11payés aujourd'hui pour porter.
07:14Et en même temps, il y a cette optionnalité sur les baisses
07:17de taux éventuelles.
07:18Merci Charlotte Davin de nous avoir accompagnés pour ce focus
07:22concernant les marchés obligataires.
07:23Je rappelle que vous êtes gérante obligataire
07:25chez Montpensier Arbevel.
07:25Merci beaucoup.
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