- il y a 7 mois
Avec Avec Henry Condamine, Président fondateur d'Editor
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NewsTranscription
00:00Artisans, porteurs de projets, apprentis, les chambres de métier et de l'artisanat vous accompagnent.
00:05La CMA, artisans de la nouvelle économie, présente
00:08Sud Radio, c'est ça la France, Nathalie Schrengerma.
00:13Bonjour à tous et bienvenue dans C'est ça la France, l'émission du savoir-faire français.
00:18On va parler d'un geste simple et pourtant très symbolique, la carte de vœux qu'on envoie en général à cette période de l'année.
00:24Et on pouvait la croire, ringarde, balayée par les SMS, les mails, les réseaux sociaux et pourtant des millions de français continuent d'y tenir.
00:32Une carte qu'on va choisir, qu'on va écrire, qu'on va garder parfois même toute sa vie en souvenir.
00:38Et vous verrez qu'on innove dans ce secteur.
00:40On va en parler avec notre invité Henri Condamine, président directeur général du groupe Éditor.
00:47C'est parti !
00:47Sud Radio, c'est ça la France.
00:49Le groupe Éditor, leader français, l'un des leaders européens de la carterie et de l'emballage cadeau.
00:55Bonjour Henri Condamine.
00:57Bonjour.
00:58Alors le groupe Éditor, vous êtes installé dans quelle région de France ?
01:02Il existe depuis combien d'années ce groupe ?
01:04Alors, je suis président fondateur d'une entreprise qui existe maintenant depuis plus de 50 ans.
01:11Et je dois dire qu'à l'époque, j'étais jeune entrepreneur, pour que l'on ne me donne pas un âge canonique.
01:20J'avais à l'époque 21 ans lorsque j'ai créé cette entreprise.
01:24Et c'est une entreprise, comme vous venez de le dire, leader dans son marché et un des leaders en Europe.
01:30Alors, elle est installée où ? C'est combien d'employés qui travaillent ?
01:33Alors, Éditor est installé principalement au niveau de son site de production, car nous imprimons en France.
01:41C'est ça qui fait notre particularité, en Saône-et-Loire, au nord de Mâcon, à Saint-Martin-Belle-Roche.
01:48Et notre siège social est à Aix-en-Provence.
01:52Donc, c'est une entreprise qui fabrique sur le territoire, comme quoi on peut faire de la carte compétitive, tout en restant sur le territoire.
02:00Tout à fait. Et nous sommes très fiers de ça.
02:04Nous avons une production annuelle de 36 millions de cartes, ce qui représente un peu plus de 35% de parts de marché,
02:13puisque le marché de la carte de vœux en France est supérieur à 100 millions d'unités par an.
02:20Et c'est combien de collaborateurs, vous avez dit, en moyenne, sur l'ensemble des sites ?
02:25Alors, nous avons en équivalent en temps plein 500 collaborateurs, dont certains sont itinérants,
02:34certains sont sur Mâcon et d'autres sur Aix-en-Provence.
02:37Donc, c'est vraiment un groupe qui est très important pour le dynamisme du territoire.
02:42Cette carte de vœux, elle a évolué au fil des années, j'imagine, surtout dans un monde de plus en plus numérisé.
02:47En fait, votre métier a fortement changé au fil des années.
02:52Alors, effectivement, elle a évolué.
02:55Elle a évolué de plusieurs manières.
02:57D'abord, par la créativité, c'est-à-dire qu'aujourd'hui, et par son renouvellement permanent.
03:02Aujourd'hui, la carte de vœux, en fait, pour qu'elle séduise le marché d'or,
03:06pour qu'elle séduise les consommateurs, il faut qu'elle surfe sur les tendances, sur les modes,
03:13sur tout ce qui fait l'événement.
03:15Et comme vous l'avez dit, c'est-à-dire que pour s'opposer, en quelque sorte, au monde digital,
03:21eh bien, il faut qu'elle revête un caractère culturel, un caractère assez conservateur,
03:30et qui fait que les Français aiment beaucoup recevoir et envoyer des cartes.
03:35On a une étude récente de 2023, qui indique que 55% des Français aiment envoyer des cartes de vœux,
03:47et 67% aiment en recevoir.
03:51Et ce qui est très intéressant, c'est que 85% la préfèrent à un SMS ou à un WhatsApp,
03:58parce qu'elle leur procure beaucoup plus de plaisir.
04:01Et enfin, 4 Français sur 5 la conservent.
04:044 Français sur 5 la conservent ?
04:06Oui.
04:07Donc, c'est très ancré comme fonctionnement et habitude de consommation,
04:13et c'est un geste très émotionnel.
04:17C'est un geste qui compte.
04:18C'est un geste qui compte beaucoup plus qu'un like ou qu'un petit texte par SMS,
04:32parce qu'on sent bien que quand on envoie une carte de vœux ou quand on donne une carte de vœux à quelqu'un,
04:37on a fait un effort pour lui.
04:39Et en plus, il y a un élément très fort, c'est l'écriture.
04:43L'écriture, c'est très personnel,
04:46et le geste d'écrire un mot à quelqu'un, c'est quelque chose qui le touche très fortement.
04:51C'est vrai, et puis l'investissement, vous l'avez dit, n'est pas le même.
04:53On a été dans une carterie, on a regardé toutes les cartes,
04:56on en a choisi une qui nous plaisait pour la personne en question,
05:02pour ce qu'on a envie de lui raconter.
05:04On a pris le temps de l'écrire.
05:06C'est une intention.
05:07Voilà, c'est-à-dire qu'on a vraiment pris le temps pour la personne.
05:10Et d'ailleurs, vous le disiez aussi, c'est vrai qu'aujourd'hui, dans nos boîtes aux lettres,
05:15à part les factures et les courriers de relance de je ne sais quoi,
05:19on ne reçoit plus grand-chose.
05:21Donc c'est vrai que quand on a une belle carte postale qui arrive,
05:23j'imagine que ça procure là aussi une belle émotion.
05:25Oui, et l'évolution, elle s'est donc d'abord portée sur la créativité,
05:32c'est-à-dire les dessins, les visuels.
05:36Et ce qui a changé, c'est qu'à une certaine époque,
05:40on utilisait beaucoup la photographie dans les cartes.
05:43C'est vrai.
05:44Et puis, justement, parce qu'il y a eu le digital,
05:48et que l'image et la photo sont devenus abondants,
05:52eh bien, aujourd'hui, on est beaucoup plus sur des œuvres d'art,
05:56sur des dessins qui sont originaux d'artistes.
06:00Par exemple, nous collaborons avec une soixantaine d'artistes dans le monde entier
06:04pour pouvoir faire des cartes qui, justement, sont surprenantes,
06:08sont belles, sont attirantes et représentent une œuvre artistique.
06:13Mais vous savez qui les achète, le profil des personnes qui achètent ces cartes-là, justement ?
06:18Alors, le profil…
06:20La tranche d'âge…
06:21La tranche d'âge, c'est lorsque nous n'avons pas de clientèle de jeunes aujourd'hui.
06:28Mais on va revenir sur le sujet parce que nous voulons…
06:29Parce que vous avez innové, on va en parler avec le numérique, notamment.
06:32Voilà, c'est ça.
06:33Mais pour les plus classiques, la tranche d'âge ?
06:35La tranche d'âge, c'est à partir de 35 ans.
06:38Oui, d'accord.
06:39Et la clientèle est essentiellement une clientèle féminine.
06:43Nos consommateurs sont à 70% des femmes.
06:48Et pourquoi ?
06:49Parce qu'elles sont les gardiens de la famille.
06:51Ce sont elles qui…
06:52Qui pensent à envoyer la carte.
06:54Voilà.
06:55Donc, ça veut dire que les innovations techniques, toujours plus classiques, c'est-à-dire les
06:58finitions, les dorures, le gaufrage, les textures nouvelles, ça encore, c'est quelque chose qui reste important pour l'entreprise.
07:04C'est très important.
07:05C'est même l'un de nos savoir-faire dont nous sommes fiers et que nos ouvriers font perpétuer avec talent, c'est que nous faisons de la carte une petite œuvre d'art.
07:21Et c'est ce qui fait qu'on a envie de la garder.
07:24Bien sûr.
07:25Et de la conserver.
07:26Et avec la qualité, évidemment, du visuel et le fait aussi, comme je l'ai dit, c'est-à-dire de l'écriture.
07:34L'écriture, c'est quelque chose, c'est un souvenir très fort.
07:37On reconnaît l'écriture des gens qu'on aime immédiatement.
07:41Et cette écriture-là nous touche beaucoup plus qu'évidemment un SMS.
07:47Et pour les nouvelles générations, alors comment vous avez marrié papier numérique pour essayer de les capter, ces jeunes qui passent leur temps, envoyer plutôt des textos, à écrire rapidement, mal écrire même parfois, parce que voilà, on n'a pas besoin de faire des longues phrases pour se comprendre ?
07:59Eh bien, nous avons sorti cette année une innovation qui est une première mondiale et qui a nécessité un gros travail aussi technique.
08:09C'est que nous avons sorti une carte papier physique qui est tout à fait ressemblante à une carte habituelle, sauf qu'à l'intérieur, elle a discrètement un QR code que l'on peut utiliser ou non.
08:25On peut de toute façon sur cette carte écrire les pensées et les mots que l'on veut adresser à son destinataire.
08:35Mais en plus, grâce au QR code, on peut enregistrer et ensuite lire une vidéo personnalisée.
08:44Et là, ça multiplie l'effet de surprise et ça multiplie l'émotion.
08:48Nous sommes très étonnés de voir les réactions.
08:52On vient de faire une étude sur 600 consommateurs qui ont acheté les cartes et c'est un succès considérable.
08:59Mais ça veut dire que j'ai ma carte, je l'envoie, mais comment j'intègre la vidéo au QR code ? Comment ça se passe ?
09:06Alors, sans application, il suffit qu'avec votre téléphone portable, vous lisiez le QR code et ça vous met en relation immédiatement avec notre plateforme.
09:19Sans application, je le répète, et notre plateforme vous pose des questions.
09:23Est-ce que vous voulez lire ou est-ce que vous voulez enregistrer une vidéo ?
09:25Il suffit que vous répondiez et à partir de ce moment-là, vous pouvez soit transférer à la plateforme une vidéo que vous avez déjà dans votre téléphone ou bien la tourner pour la carte en question.
09:40Et c'est très simple, c'est d'un usage hyper simple.
09:43Et encore plus, lorsque vous la recevez, pareil, vous lisez avec votre téléphone portable le QR code et immédiatement apparaît la vidéo qui a été tournée pour vous.
09:54Et ça, ça permet d'allier le meilleur des deux mondes, du monde physique et du monde digital.
10:02Et ça, les jeunes adorent.
10:04Donc, vous venez de la lancer, c'est-à-dire que vous avez une petite cellule comme ça de recherche et développement pour essayer de constamment trouver de nouvelles idées pour capter ces nouvelles générations qu'il faut absolument séduire.
10:17Bien entendu, parce que quand ils deviennent adultes, ils deviennent usagers et consommateurs de cartes de vœux.
10:25Mais quand ils sont moins adultes et lorsqu'ils sont ados ou lorsqu'ils sont jeunes, et bien à partir de ce moment-là, aujourd'hui, on peut retrouver de l'usage et de la consommation de cartes de vœux.
10:39On est très, très, très séduits par les résultats de cette carte que nous appelons FIGITAL et qui va avoir sa marque.
10:49Ça sera la marque Filink, F2E-L-I-N-K, qui permet de, c'est un mot valise qui contient le fil sentiment et link lien.
11:00Et bien, cette innovation, aujourd'hui, nous en avons mis dans 2500 points de vente en France.
11:09C'est donc déjà présent sur le marché, de façon significative.
11:15Et nous avons, nos clients, nos distributeurs, nous ont commandé 2 millions de cartes, ce qui représente déjà 5% du marché de la carte de vœux.
11:26Donc, nous allons doubler l'année prochaine notre présence dans cette innovation, dans ce nouveau marché.
11:34Alors, on le voit bien, derrière chaque carte, il y a toute une chaîne de valeurs, des artistes, vous l'avez dit, des imprimeurs, des logisticiens.
11:43On innove, des commerçants, donc ça représente énormément d'emplois.
11:47D'ailleurs, je crois que le marché de la carterie, d'une manière générale, pèse 357 millions d'euros.
11:54Exact.
11:54Et alors, quand vous voyez que le gouvernement, récemment, a demandé au ministre de renoncer aux cartes-papiers pour faire des économies,
12:02quelle a été votre réaction ?
12:04Écoutez, moi, immédiatement, j'ai bien compris qu'il s'agit d'un effet d'annonce.
12:11On s'est attaqué à la carte de vœux, ce qui est un peu dérisoire.
12:15Sur le cadre de l'écologie, j'imagine, toujours, c'est ça ?
12:18Pas tellement, parce que nous, nous n'utilisons que des cartes qui sont labellisées FFC ou PEFC,
12:27c'est-à-dire de cartes utilisant du papier géré de forêts qui sont durables, gérées durablement, c'est-à-dire replantées instantanément.
12:38Donc, c'était une question d'économie, tout simplement ?
12:41C'est un prétexte.
12:43On cherche entre 30 et 45 milliards d'économies pour la France,
12:49et on s'attaque à une petite dépense qui est très importante,
12:54parce qu'elle représente un geste affectif vis-à-vis des gens,
12:58et on s'attaque à cette dépense qui représente 10 000 euros de dépense en moyenne par ministère et par an.
13:04Et des centaines, voire des milliers d'emplois, au-delà de votre entreprise.
13:09Voilà, et pour nous, c'est dérisoire.
13:12C'est en fait une posture de saison, parce que la carte de vœux, évidemment, en ce moment, elle se vend,
13:21et c'est une façon très symbolique de vouloir parler d'économie,
13:25alors même que le budget de l'État n'est pas voté.
13:27Voilà, donc c'est une...
13:30Pour nous, ça a été très étonnant de s'attaquer à ce sujet-là, et ça en était...
13:38D'ailleurs, vous avez dit, ne faisons pas de la carte de vœux le bouc émissaire du déficit public.
13:42C'est ça, voilà.
13:44J'ai déclaré ça parce que c'est...
13:47Nous pensons, et nous voyons bien, si vous voulez, heureusement,
13:52que la consommation reste très dynamique.
13:56Donc, nous avons, évidemment, nous surveillons ce qu'on appelle les sorties de caisses,
14:01c'est-à-dire les ventes dans nos magasins dans lesquels nous assurons la distribution,
14:08et à fin décembre, nous avons eu les statistiques très récemment,
14:12nous sommes à plus 4% de ventes au plan national.
14:15Donc, en fait, les Français restent très attachés à ça,
14:19et s'attaquer à ce sujet-là, c'est une posture de communication.
14:23Oui, en fait, l'inquiétude, ce n'était pas vraiment pour vous d'un point de vue économique,
14:28c'était surtout...
14:29On est toujours inquiet des mauvais signaux qui peuvent être envoyés,
14:32puis de la part du gouvernement, bon, voilà,
14:34demander à ne plus utiliser la carte papier.
14:36Alors, votre réaction, elle a été, voilà, j'allais dire, très élégante.
14:40Je vous les offre.
14:41Voilà, c'est-à-dire que pour démontrer que c'était dérisoire,
14:46et que l'État avait largement les moyens de continuer à avoir ce geste émotionnel et affectif
14:54vis-à-vis de ses destinataires, nous avons dit, écoutez, nous,
15:00l'usage fait par les ministères ne représente que 0,5% de notre production.
15:06Donc, pour que l'État puisse continuer à avoir cette bonne attitude culturelle,
15:16et bien, nous les offrons aux 35 ministères,
15:21et on leur a donc écrit à chacun pour leur expliquer qu'on leur offrait.
15:26Voilà.
15:26Bon, merci beaucoup, en tout cas, Henri Condamine,
15:28d'avoir pris le temps de nous présenter cette belle entreprise,
15:31Éditor, leader français, l'un des leaders européens dans son secteur,
15:35et qui continue d'innover dans le monde de la carterie.
15:39La carterie tient le coup, même dans un monde numérisé.
15:42Il suffit, comme vous le disiez, d'allier le meilleur des deux mondes,
15:44le monde papier et le monde numérique.
15:47Merci beaucoup, Henri Condamine, d'avoir pris le temps de nous présenter votre belle entreprise.
15:51Très heureux, en tout cas, d'avoir participé à cette émission, à cette interview.
15:55Et belle année 2026. Au revoir.
15:57Merci, vous également. Au revoir.
16:00Allez, on va se quitter un court instant,
16:02et on se retrouve juste après avec Thibaut, notre French Trotter.
16:05Artisans, porteurs de projets, apprentis,
16:07les chambres de métiers et de l'artisanat vous accompagnent.
16:10La CMA, artisans de la nouvelle économie, présente...
16:14Sud Radio C.S. La France, Nathalie Schrengirma.
16:18Nous voilà de retour dans C.S. La France,
16:20l'émission du savoir-faire français qui met en avant tous ses talents.
16:23On a toujours plaisir d'aller à leur rencontre.
16:26Alors là, maintenant, c'est Thibaut, notre French Trotter,
16:28qui, lui, est parti rencontrer une pionnière française
16:31de la photographie de guerre dont les photos ont fait le tour du monde.
16:37Sud Radio C.S. La France, avec Thibaut, le French Trotter.
16:40Une pionnière, Thibaut, que vous avez rencontrée.
16:42Exactement, encore un talent.
16:44Cette semaine, je vous propose un entretien rare avec Christine Spengler,
16:48figure majeure qui a marqué l'histoire de la photo française.
16:51J'ai eu le privilège de la rencontrer dans son appartement-galerie au cœur de Paris.
16:54Et vous l'avez dit, c'est une photographe de guerre mondialement connue,
16:58publiée notamment dans Paris Match ou Life Magazine aux Etats-Unis.
17:01Et aujourd'hui, elle transforme ses photos en œuvres d'art,
17:05mêlant mémoire et savoir-faire artistique unique,
17:08inspirée toujours par son maître dans l'art de composer une image,
17:11le peintre espagnol Goya.
17:13On écoute cet entretien.
17:14Alors Christine, vous êtes ici à votre table de travail,
17:17entourée de tissus multicolores, d'objets hétéroclites et de fleurs.
17:23J'aimerais que vous nous parliez de votre travail de création.
17:26Mon dernier travail, je suis en train maintenant
17:29de transformer mes grandes ou célèbres,
17:34plus célèbres photos de guerre noires et blancs.
17:38Très dramatiques, de les adoucir un peu avec des notes d'espoir,
17:45comme j'ai fait ici.
17:48J'ai entouré le portrait de cette femme voilée de sa burka
17:55qui tient son enfant à demi-mort,
17:59on ne sait pas dans les bras,
18:01et bien entouré de perles et de pétales de rose,
18:05pour qu'il y ait quand même de l'espoir.
18:08Voilà, et c'est une technique qui est à vous ?
18:10Ah, complètement.
18:11Vous n'avez pas le secret ?
18:12C'est mon secret, mais je fais tout, tout ce que je peux dire,
18:17c'est que je fais tout en lumière naturelle,
18:20avec le soleil, et sans aucune intervention, jamais, de Photoshop.
18:27Il paraît, disent les critiques,
18:30que je photographie en 3D.
18:32Voilà, 3D, c'est-à-dire qu'on regarde mes photomontages,
18:39voilà, on a l'impression d'être chez vous de tous les côtés,
18:44et surtout en profondeur.
18:47J'aimerais revenir sur votre carrière exceptionnelle,
18:5233 ans sur les terrains de guerre.
18:55Comment avez-vous découvert votre vocation ?
18:57Je crois que c'était au Tchad.
18:58Oui, tout à fait, par hasard.
19:01Car rien ne me prédisposait à ce métier.
19:07Ce qui fait que lorsque je me suis retrouvée à l'âge de 23 ans,
19:12en plein cœur du Tibesti, avec mon jeune frère Eric,
19:16et que nous sommes faits prisonnés au Tchad,
19:19par l'armée française qui nous accusait d'être venus aider les rebelles tout beaux,
19:26eh bien, je n'avais jamais pris une photo de ma vie,
19:30contrairement à Eric, qui était assistant photographe,
19:34et qui avait quatre Nikon dans la langue au vert.
19:38Votre frère, Eric, votre frère ?
19:39Oui.
19:41Eric était mon jeune frère, plus jeune que moi,
19:45et qui donc était assistant photographe.
19:47Et là, je lui ai dit,
19:49« Eric, je veux absolument photographier, moi aussi, je veux témoigner,
19:58prête-moi un de ses appareils magiques,
20:01prête-moi un de ses Nikon,
20:03et c'est ainsi, Thibault, que je fis la première photo
20:06que vous avez vue dans l'appartement dès que vous avez ouvert la porte.
20:11Cette photo, assez émouvante quand même,
20:16de deux rebelles tout beaux,
20:19qui, masqués et armés de grands Klassinkovs,
20:24se dirigent vers le front dans la palmerie de Bardaï,
20:28en se tenant par la main.
20:30Ça a été la première photo célèbre de ma vie.
20:33Sur le chemin de retour,
20:35après les 23 jours de prison,
20:38avec Eric à Fort-Lamy,
20:40je me souviens que je lui ai dit,
20:43« Tu sais, Eric, je crois maintenant avoir découvert ma vocation,
20:47car lorsque j'ai un appareil photo entre les mains,
20:52je ne sens ni le froid, ni le chaud, ni la peur.
20:56Je suis née pour devenir correspondante de guerre.
21:00Je l'ignorais,
21:02et j'apprendrai donc mon métier sur le terrain
21:04pour témoigner des causes justes. »
21:08Il y a une autre photo iconique.
21:10Elle fait partie de la collection du Musée de la Libération.
21:13C'est le bombardement de Phnom Penh.
21:15Est-ce qu'on peut revenir sur les circonstances de cette photo ?
21:18Ah oui.
21:19Cette photo qui a été placardée sur tous les murs de Paris
21:25pendant plus d'un an,
21:27justement parallèlement à l'exposition
21:29sur les femmes photographes de guerre
21:31au Musée de la Libération Paris,
21:33Eh bien, cette photo me hante encore.
21:38Il s'agit d'une photo noire et blanc,
21:41très dramatique.
21:43Une photo prise au très grand angle.
21:45J'étais toute seule,
21:47ce jour-là,
21:49en sandalette,
21:50je me souviens,
21:51en jean et en sandalette,
21:53sous le bombardement de Phnom Penh.
21:55Il était midi lorsque 220 roquettes
22:00atteignirent le cœur de la ville
22:03que l'on surnommait la ville aux mille glycines.
22:08Et le destin a voulu,
22:11comme je suis croyante,
22:13je pense que j'ai été,
22:16comme dès mon plus jeune âge,
22:18protégée,
22:19voilà,
22:20par ma croyance,
22:21eh bien,
22:24j'ai fait la photo.
22:27Je n'en ai d'habitude,
22:29Thibaut,
22:30je ne fais qu'une seule photo.
22:32Toutes mes photos célèbres
22:33que les gens voient
22:35dans mes films
22:36ou mes expositions,
22:38la plupart,
22:40les enfants
22:41qui meurent de rire
22:43en Irlande du Nord
22:45et se moquent
22:46des soldats irlandais
22:48qui les fouillent,
22:49ils sont coiffés
22:50de petits chapeaux
22:51de carnaval.
22:52Bon,
22:53carnaval à Belleface,
22:54elle a été publiée
22:55dans Life Magazine,
22:57dans Paris Match,
22:59dans les plus grands magazines,
23:00tout de suite.
23:01Eh bien,
23:02là,
23:02pareil,
23:03je n'en avais fait qu'une.
23:05Voilà.
23:06Quelle vie,
23:07celle de Christine Spengler ?
23:09J'imagine que les auditeurs
23:10qui ne connaissent pas encore son œuvre
23:12auront peut-être envie
23:13de découvrir ses photos.
23:14Où peuvent-ils les voir, Thibaut ?
23:15Eh bien,
23:16tout simplement,
23:16ils peuvent se rendre
23:17sur son site
23:17christinespengler.com,
23:20Spengler,
23:21S-P-E-N-G-L-E-R.
23:25Où on retrouve notamment
23:26cette célèbre photo
23:27prise après le bombardement
23:28de la ville de Phnom Penh
23:29au Campbell en 1975.
23:31Et pour mieux comprendre
23:32son parcours,
23:33je recommande aussi
23:33son autobiographie
23:34« Une femme dans la guerre »
23:36publiée en 2008.
23:37Merci beaucoup, Thibaut.
23:38On se retrouve la semaine prochaine
23:41pour de nouvelles aventures.
23:43Merci à vous,
23:44chers auditeurs.
23:45On vous souhaite
23:45un très, très bon dimanche
23:47et rendez-vous
23:48dimanche prochain.
23:49Comme vous le savez,
23:50même jour,
23:50même heure et même radio.
23:51Et surtout d'ici là,
23:52portez-vous bien !
23:54Sud Radio,
23:55c'est ça la France,
23:56Nathalie Schrengerma.
23:57Avec les chambres de métier
23:58de l'artisanat.
23:59Artisans,
24:00porteurs de projets,
24:01apprentis,
24:02nous vous accompagnons
24:02depuis 100 ans
24:03pour faire battre
24:04le cœur de la France.
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