00:03Le dernier quart d'heure de Smartbourg, chaque soir c'est le quart d'heure thématique.
00:07Chaque lundi, nous parlons des Etats-Unis avec notre correspondant américain Pierre-Yves Dugas
00:11que nous retrouvons à distance, en visio. Bonsoir et bienvenue Pierre-Yves.
00:16Nous parlions d'IA avec mes invités dans la partie précédente de l'émission.
00:22Commençons justement avec le sujet de l'IA.
00:26On verra, les effets macroéconomiques de l'IA pour les économistes sont encore à mesurer devant nous.
00:33Mais pour les entreprises, il y a déjà une forme de réalité avec un besoin beaucoup moins important
00:38de ce qu'on appelle les juniors, voire les stagiaires Pierre-Yves.
00:43Oui, c'est assez curieux dans cette économie américaine qui est encore en croissance
00:47avec des indices boursiers, je ne vous fais pas un dessin, qui battent des records pratiquement tous les jours
00:52de constater que, et une économie qui est tirée par l'intelligence artificielle,
00:59de constater que globalement le marché du travail ne semble pas en souffrir.
01:03On voit l'économiste de Apollo Management nous dire qu'il n'y a aucune indication macroéconomique
01:11d'un effet négatif de l'intelligence artificielle sur la destruction ou la création d'emplois.
01:17Il tape d'ailleurs sur l'annonce vendredi de 95 000 créations d'aides de poste.
01:22Mais alors, il y a peut-être, peut-être, et ça reste à vérifier, un secteur où on commence à
01:30voir
01:30ce qu'on appelle un « entry level », le niveau des débutants, les jeunes diplômés,
01:35que les entreprises américaines sont beaucoup moins gourmandes en stagiaires.
01:39Dans cette économie américaine qui, semble-t-il, se porte pas trop mal,
01:44on voit que 60% selon les sondages et les études récentes, 60% des entreprises
01:50ne vont pas en ce début juin recruter de stagiaires à un niveau supérieur à celui de l'an dernier,
01:59en tout cas lorsque l'on regarde les stagiaires qui disposent d'un « master's » ou plus.
02:06Et on a même carrément 20% des entreprises américaines qui vont recruter moins de stagiaires
02:12que l'année précédente.
02:15Et elles se désintéressent de plus en plus des diplômés des belles universités américaines.
02:21La popularité et le prestige des diplômes d'université est au plus bas depuis 10 ans.
02:29Et les entreprises qui continuent de recruter des stagiaires regardent de plus en plus
02:32des formations plus courtes et plus spécialisées.
02:35On peut attribuer cela à l'intelligence artificielle, tout ça dans un contexte trouble
02:42où on sait que bien d'autres incertitudes pèsent sur le recrutement par les entreprises,
02:48en particulier les droits de douane, les relations avec la Chine, pour ne citer que celles-là.
02:53Et tout ça, bien sûr, dans ce contexte de ces prédictions,
02:58celle du patron d'Entropic qui nous dit « d'ici cinq ans, dans le secteur des cols blancs,
03:06au niveau des emplois de débutants, on aura en gros la moitié des emplois qui seront remplacés par l'intelligence
03:18artificielle.
03:18Ça fait peur tout de même à beaucoup de ces jeunes diplômés qui ont payé très cher pour avoir un
03:24diplôme
03:24et qui se rendent compte qu'avant, parce qu'il faut rappeler la situation ex-santé,
03:30avant, quand on sortait d'une université américaine correcte, on n'avait que l'embarras du choix pour trouver des
03:37stages.
03:38Cette situation a changé aujourd'hui, et c'est peut-être pour cela aussi qu'il y a ce traumatisme
03:45que l'on attribue au moins en partie à l'intelligence artificielle, c'est que maintenant,
03:49si vous voulez trouver un stage, vous êtes en dernière année de cycle,
03:52il faut s'y prendre au mois de septembre pour décrocher un stage au mois de juin.
03:57Et à quoi doit-on faire appel ? Avant, on envoyait une quinzaine de lettres de motivation et de curriculum
04:03vitae.
04:04Maintenant, il faut en envoyer soixante-dix. Et quand on envoie soixante-dix lettres,
04:08évidemment, on fait appel à l'intelligence artificielle, on va chercher les mots-clés
04:13qui sont censés motiver les entreprises qui vont vous recruter.
04:17Seulement, voilà, de l'autre côté, les entreprises, elles aussi, font appel à l'intelligence artificielle
04:22pour sélectionner cette foison de demandes de jobs.
04:28Et ces agents, puisqu'on est maintenant dans l'ère de l'intelligence argentique,
04:34ces agents se rendent compte des outils qui ont été utilisés pour doper ces candidatures
04:39et les sélectionnent. Donc l'intelligence artificielle est à la fois une malédiction et une nécessité.
04:45Bon, en tout cas, des difficultés et des barrières pour l'entrée sur le marché du travail
04:51pour les jeunes diplômés américains, et ça n'est pas anodin, effectivement.
04:55Parlons un peu de politique également, Pierre-Yves, avec des relations détériorées
05:02entre Donald Trump et le Parti républicain dans son ensemble, bien sûr.
05:08Pierre-Yves, qu'est-ce que ça laisse présager de la fin de mandat de Donald Trump ?
05:13Je parle des deux prochaines années, en tout cas celles qui se dérouleront après les élections de mi-mandat.
05:21Est-ce qu'on va vers une fin de présidence un peu zombie, par exemple ?
05:26Les choses se compliquent au Sénat, en tout cas. Ça, c'est clair et c'est immédiat.
05:32Grande satisfaction à la Maison-Blanche de la part du président Trump,
05:35qui voit que tous ses ennemis, tout ce qu'il a mis dans le collimateur
05:39et qu'il a décidé de désinguer, il n'y a pas d'autre mot au niveau des primaires,
05:44sont désinqués. Nous avons le sénateur sortant du Texas, John Cronin,
05:53qui s'est fait pulvériser dans les primaires par le candidat MAGA,
05:58qui a été soutenu par la Maison-Blanche en dépit du fait que son opposant
06:03était quelqu'un de très senior au Sénat.
06:07Le parti républicain est en train de s'entre-déchirer au niveau des primaires
06:11et ce délibérément de la part de la Maison-Blanche, qui veut régler les comptes.
06:15Il s'est passé la même chose en Louisiane, avec Bill Cassidy,
06:20dont Donald Trump avait décidé de se faire la peau.
06:24À la Chambre des représentants aussi, dans le Kentucky,
06:27un des ennemis les plus courageux, un des plus libéraux,
06:30les plus conservateurs du Kentucky, M. Massy, s'est fait pulvériser
06:35parce que Donald Trump a décidé de lui mettre dans les pattes,
06:37au moment des primaires, un candidat MAGA.
06:4153 sénateurs républicains contre 47 démocrates.
06:45Si on commence à perdre 1, 2, 3, 4, 5 républicains
06:49parce qu'on les remplace par des MAGA,
06:50mais qu'attention, souvenez-vous du cycle américain.
06:53On perd les primaires aujourd'hui, au mois de mai et juin,
06:59mais on reste sénateurs jusqu'en janvier.
07:02Les nouveaux sénateurs qui sortiront de l'élection de novembre
07:06ne vont prendre le poire qu'en janvier.
07:08Donc on a déjà deux sénateurs qui détestaient Donald Trump hier,
07:12qui le détestent encore plus aujourd'hui,
07:14sur lesquels le président Trump n'a plus aucune prise,
07:16puisqu'ils ont déjà, ce sont des morts vivants,
07:19qui vont voter, comme ils l'entendront, leur conscience,
07:23et peut-être même pour se venger contre le président Trump.
07:28Et il y en avait d'autres avant qui étaient déjà de cet état d'esprit.
07:32Nous avons Susan Collins dans le Maine,
07:34Lisa Murkowski dans l'Alaska,
07:37Rand Paul dans le Kentucky,
07:38qui est un ultra-libéral,
07:42et qui a toujours voté sans prendre conscience
07:47des recommandations du caucus républicain.
07:51Ils sont contre les droits de l'Oise à tout va,
07:55ils sont contre l'intervention militaire en Iran,
07:59ils sont contre la fraternisation avec la Russie.
08:04Voilà au moins trois sujets sur lesquels Donald Trump va avoir des difficultés.
08:09Et que se passe-t-il en ce moment ?
08:11C'est que ce nouveau groupe de républicains récalcitrants
08:15qui n'ont plus peur de la Maison-Blanche
08:16ont décidé de choisir un sujet,
08:20qui est celui de la création extraordinaire de ce fonds,
08:23qu'on pourrait appeler ce fonds destiné à...
08:29C'est un fonds créé par le département de la justice
08:34pour indemniser des Américains conservateurs et républicains
08:40qui, du point de vue de la Maison-Blanche,
08:42ont fait l'objet de persécutions politiques.
08:44Et dans ce lot, il y aura très vraisemblablement
08:47des gens qui ont été coupables de violence
08:50le 6 janvier 2021,
08:52lorsque Donald Trump, plus ou moins directement,
08:55les a incités à investir le capital.
08:58La création de ce fonds, qui est assez rocambolesque,
09:02ne plaît pas du tout aux démocrates,
09:05mais ne plaît pas du tout à beaucoup de républicains.
09:08Et ces républicains que je viens de citer
09:09vont faire partie de l'avant-garde,
09:13de l'offensive pour bloquer l'existence de ce fonds
09:16qui, de leur point de vue,
09:18est non seulement grotesque et de mauvaise gouvernance,
09:21mais probablement contraire à la Constitution
09:24et en tout cas certainement impopulaire.
09:26Ce fonds, figurez-vous, d'un milliard huit,
09:29est en fait le résultat d'un compromis
09:32entre Donald Trump et Donald Trump.
09:34C'est-à-dire que Donald Trump avait accusé
09:37le fisc américain, l'IRS,
09:40d'avoir été scandaleusement partisan et irresponsable
09:43en laissant un de ses contractants
09:46publier au moment de la campagne
09:48toutes ses déclarations de gros des 15 dernières années.
09:51Il a cessé, Donald Trump, de demander 10 milliards de dollars
09:54de dommages et intérêts.
09:55Et en échange, il crée un fonds pour indemniser
09:59les, entre guillemets, victimes de la persécution
10:01sous Joe Biden.
10:02Tout cela est transparent,
10:03ne plaît pas aux républicains modérés,
10:05et dans la balance.
10:07Aujourd'hui, nous avons une urgence pour le président Trump,
10:10qui est le vote d'une loi pluriannuelle
10:14finançant les douanes et la police aux frontières.
10:1870 milliards de dollars, un petit peu plus,
10:20que les républicains ont décidé de bloquer.
10:23Parce qu'ils ne supportent plus
10:25ce qu'ils considèrent être comme un abus de pouvoir
10:29de la part de la Maison-Blanche.
10:30Bon, les affaires domestiques sont compliquées également
10:33pour Donald Trump.
10:34Il n'y a pas que l'Iran,
10:36il n'y a pas que la géopolitique
10:37et le terrain de jeu international.
10:39Ce qui se passe également aux Etats-Unis
10:42sur le plan politique est compliqué et complexe
10:44pour l'administration Trump aujourd'hui
10:47dans la perspective de ces élections de mi-mandat.
10:49Merci beaucoup Pierre-Yves.
10:50Pierre-Yves Dugas, correspondant américain,
10:52avec nous chaque lundi dans Smart Bourse,
10:54bien sûr, un quart d'heure américain
10:55que vous retrouvez comme nos autres émissions
10:57en replay sur bismart.fr
10:59ou en podcast sur l'ensemble
11:01de vos plateformes d'écoute préférées.
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