00:00Le dernier quart d'heure de Smartbourg, chaque soir c'est le quart d'heure thématique et chaque lundi c'est le quart d'heure américain.
00:10Nous retrouvons en visio avec nous Pierre-Yves Dugas, notre correspondant américain.
00:15Bonsoir Pierre-Yves, merci beaucoup d'être là à l'issue d'un week-end qui a été malheureusement riche en développement géopolitique.
00:23Donc un point qui distingue la position des Etats-Unis aujourd'hui vis-à-vis d'un conflit au Moyen-Orient comme celui qui est en train de se développer par rapport il y a quelques années en arrière,
00:34c'est la position pétrolière, exportateur net de pétrole qu'ont acquise les Etats-Unis ces dernières années.
00:43Écoutez, je crois que s'il y a un roi du pétrole aujourd'hui, c'est Donald Trump.
00:48La marge de manœuvre que lui donne la position nette exportatrice de pétrole aux Etats-Unis, premier producteur de pétrole mondial,
01:00à un rythme de pratiquement 21 millions de barils par jour.
01:04Cette marge de manœuvre lui permet de faire des choses qui, il y a encore un an, ou même six mois, auraient terrifié tout le monde,
01:13bombarder l'Iran par exemple, participer activement à une guerre menée par Israël sur l'Iran.
01:21Les scénarios qu'on nous donnait il y a quelques mois sur l'évolution des cours de pétrole dans ce cas de figure,
01:27nous donnaient le pétrole à 120, 130, 150 dollars.
01:31À l'heure où je vous parle, le LightSuite Crude, le WTI, perd 1%.
01:38On n'est même plus à 74 dollars.
01:41Tous ces grands experts que j'ai écoutés tout le week-end, qui nous ont dit que le pétrole va flamber lundi matin,
01:47doivent retourner à leur rédacte calculé.
01:51Il se passe deux choses.
01:52Non seulement les Etats-Unis sont de très, très loin le premier producteur mondial de pétrole.
01:56Deux fois plus que l'Arabie saoudite, deux fois plus que la Russie.
02:02Mais le pétrole du schiste leur permet, avec cette technologie, d'accroître leur production plus rapidement en fonction de l'évolution des cours.
02:10Donc même en cas de scénario de blocage complet pendant quelques semaines, quelques mois du détroit d'Hormuz,
02:17le pic des cours de pétrole, nous dit-on, probablement ne sera pas aussi violent que ce que l'on aurait pu observer en situation normale.
02:28L'autre raison pour laquelle les cours du pétrole, pour le moment, n'ont pas flambé, bien sûr,
02:32c'est que les approvisionnements ne sont pas perturbés de manière significative.
02:38Bien évidemment, si quelque chose se passe dans le détroit d'Hormuz,
02:41on nous promet une riposte forte de l'Iran au cours des prochaines heures,
02:46mais les choses pourraient changer.
02:47Mais a priori, pas pour très longtemps.
02:51En 1977, quand commence à chanceler le régime du Shah d'Iran,
02:57les Etats-Unis importent 14 barils par habitant.
03:03Aujourd'hui, les Etats-Unis exportent deux barils et demi par habitant.
03:10Le rapport de force a changé et ça change la balance commerciale, ça change les prix,
03:16ça change aussi la marge de manœuvre diplomatique des Etats-Unis au Moyen-Orient.
03:21Bien évidemment, Donald Trump commettrait une erreur s'il oubliait que le prix du pétrole est un prix mondial
03:27et que ce n'est pas parce que les Etats-Unis sont relativement autosuffisants
03:32que si jamais il y avait un énorme choc pétrolier,
03:36l'économie américaine s'en sortirait sans aucune égratignure.
03:40Pour autant, la donne a changé, le rapport de force a changé.
03:44Et le prix du pétrole lui-même, si l'on tient compte de l'inflation,
03:47aujourd'hui, il est à son niveau du mois de janvier.
03:51Et si l'on tient compte de l'inflation, il est au niveau du milieu des années 80.
03:55Pas de choc pétrolier, effectivement, aujourd'hui,
03:59et peut-être même un risque de choc pétrolier bien moindre
04:03que ce qu'on a pu connaître dans ces dernières décennies, Pierre-Yves.
04:07Dans le monde des affaires, on voit que Donald Trump est prêt
04:11à aller mettre son nez très très loin dans les affaires des entreprises.
04:14Il a donc autorisé le rachat de US Steel par Nippon Steel,
04:18un dossier qui était déjà d'ailleurs sur le bureau de Joe Biden à l'époque,
04:22si je ne dis pas de bêtises, Pierre-Yves.
04:24Absolument.
04:25Avec quand même une petite condition, ce qu'on appelle dans la grammaire
04:29et le monde des affaires, une golden share,
04:31une action spécifique détenue par l'État américain
04:34qui n'offre aucun droit des dividendes ou des droits de vote traditionnels,
04:39mais qui permet en tout cas un certain nombre de vétos
04:42pour bien s'assurer que US Steel, dirigé et piloté par Nippon Steel,
04:48le sera dans l'intérêt des États-Unis.
04:50Écoutez, je crois que nous avons, dans notre rendez-vous hebdomadaire,
04:57suffisamment critiqué et ironisé sur l'art du deal de Donald Trump
05:01et l'absence de deal spectaculaire.
05:03En l'occurrence, voilà un deal à la Trump.
05:05C'est quand même un deal assez intéressant.
05:07Et je crois qu'il faudrait quand même lui tirer notre chapeau.
05:10Parce qu'il a réussi à extorquer beaucoup de choses de Nippon Steel.
05:15Il avait promis dans cette surenchère électorale,
05:19pour ne pas dire électoraliste, avec Joe Biden,
05:21que jamais le géant de l'acier japonais ne pourrait prendre le contrôle de US Steel.
05:27Naturellement, cette promesse avait été suspendue à une décision de Joe Biden
05:36qui avait voté en touche,
05:37qui a politisé le processus de vérification des grands investissements étrangers aux États-Unis,
05:44qui crée quand même déjà là un premier précédent.
05:47Peu importe, maintenant, après pratiquement deux ans de négociations,
05:52commencées sous Joe Biden et terminées il y a quelques jours sous Donald Trump,
05:57Nippon Steel, pour pratiquement 15 milliards de dollars,
06:01rachète US Steel, qui est une société malade,
06:04et s'engage et accepte des conditions ahurissantes
06:08qui lui ont été extorquées, il n'y a pas d'autre mot,
06:12de l'administration Trump et qui sont valables pour le président
06:15qui succèdera à Donald Trump.
06:18Ces conditions, quelles sont-elles ?
06:19Donc, ce golden chair, qui lui donne le droit de nommer un membre du conseil d'administration,
06:24mais d'exiger que la majorité des membres du conseil d'administration soient des Américains,
06:29que les principaux dirigeants de l'entreprise soient des Américains,
06:33que la Maison-Blanche, quel que soit le président,
06:40ait un droit de veto sur les délocalisations d'entreprises,
06:45puissent exiger, usine par usine, site par site,
06:50que certains niveaux de l'emploi et de production soient maintenus,
06:54que, alors ça je le trouvais extraordinaire,
06:57que Nippon Steel s'est engagé à ne pas prendre position dans des sanctions commerciales
07:01que les États-Unis pourraient imposer au pétrole importé.
07:05C'est extraordinaire !
07:07Nippon Steel ne pourra pas protéger les intérêts des aciéristes japonais.
07:13Il est vrai qu'en protégeant l'acier américain,
07:16les marges de production de Nippon Steel,
07:18les marges de bénéfices de Nippon Steel,
07:21probablement, seront meilleures,
07:22et c'est peut-être là que se trouve la contrepartie,
07:25partielle en tout cas,
07:26à savoir que maintenant,
07:28les Japonais ont pris le contrôle d'un géant bien malade,
07:33d'un géant américain,
07:34qui est quand même un géant protégé.
07:36Alors que dit le syndicat,
07:38le syndicat United Steel Workers,
07:43qui était bien évidemment au vent debout
07:45contre le rachat du Nippon Steel,
07:48qui est perçu comme leur ennemi depuis plus d'une génération ?
07:51Eh bien écoutez, oui, c'est intéressant,
07:53ces conditions sont intéressantes,
07:55mais ce qui nous intéresse, nous,
07:56c'est comment sera renégocié notre contrat de travail,
07:59qui arrive à expiration en septembre 2026,
08:02on va traiter avec des Américains,
08:05et les choses ont intérêt à bien se passer,
08:07sinon, comme d'habitude, on fera la grève.
08:10Bon.
08:10Mais ça reste une affaire intéressante pour Nippon Steel,
08:13quand même, Pierre-Yves.
08:15Oui, certainement.
08:16Alors je ne suis pas un spécialiste de l'acier,
08:18mais les catégories d'acier qui sont produites par U.S. Steel
08:22sont assez complémentaires de celles que produisent Nippon Steel.
08:25et c'est une des raisons pour lesquelles le géant japonais,
08:30qui bénéficie d'une technologie qui a été développée au Japon
08:33et qu'ils vont appliquer aux États-Unis,
08:37pense dégager de fortes marges.
08:38Cette promesse de transfert de technologies et d'investissement massif
08:42pour créer jusqu'à 100 000 emplois dans l'acier au cours des trois prochaines années,
08:4714 milliards d'investissements supplémentaires en trois ans,
08:50c'est beaucoup d'argent qui peut certainement faire du bien à l'acier américain,
08:56même si cet acier américain, indirectement, reste de loin contrôlé par des intérêts Nippon.
09:02Bon, ne reste plus à Donald Trump que de signer un accord commercial désormais avec le Japon.
09:08Je rappelle que pour l'instant, très peu d'accords ont été signés,
09:11un seul en l'occurrence avec le Royaume-Uni,
09:13qui n'a pas encore été pleinement d'ailleurs mis en œuvre.
09:17Le Japon et l'Europe sont toujours sur liste d'attente de ce point de vue-là.
09:21Merci beaucoup Pierre-Yves, Pierre-Yves Dugas avec nous.
09:24Chaque lundi dans ce quart d'heure américain,
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