00:00Et à 8h12, Charles Hulué, vous recevez le deuxième invité d'Europe 1 matin week-end,
00:04l'ancien ambassadeur de France à Alger, Xavier Driancourt.
00:06Et oui, puisque c'est le fait diplomatique de cette semaine,
00:10cette loi votée à l'unanimité par le Parlement algérien,
00:14la criminalisation de la colonisation française.
00:18En clair, et même si c'est avant tout symbolique,
00:20l'Algérie exige des excuses officielles de la part de la France,
00:24plus de 60 ans après l'indépendance.
00:27Il y a aussi une volonté de demander réparation.
00:29Non, réparation financière.
00:30Alors, on en a longuement parlé dans nos différents décryptages sur Europe 1 cette semaine.
00:36Et on va aller encore plus loin ce matin dans ce décryptage.
00:39J'accueille donc Xavier Driancourt.
00:42Bonjour.
00:43Bonjour.
00:44Vous êtes ancienne ambassadeur de France à Alger.
00:46Vous êtes évidemment tout indiqué pour répondre à ces questions d'ordre quand même diplomatique et géopolitique.
00:52Alors, il y a eu, Xavier Driancourt, les accords de 1968.
00:56Il y a l'aide au développement, on parle quand même de 130 millions d'euros chaque année versés par la France à l'Algérie.
01:04Il y a eu, Xavier Driancourt, le discours de repentance d'Emmanuel Macron à Alger en 2017,
01:09lorsqu'il a qualifié la colonisation de barbarie, de crime contre l'humanité.
01:13Xavier Driancourt, j'avais naïvement l'impression que la France avait fait le job quand même depuis 1962.
01:20Quel est votre regard à ce sujet ?
01:23Oui, la France a fait le job, comme vous dites, mais c'est un peu justement parce que la France s'est engagée dans cette voie
01:31que l'Algérie estime que ça ne la satisfait pas complètement et qu'elle exige toujours plus.
01:38Donc, c'est un peu du côté algérien qu'il y a une sorte d'obsession mémorielle.
01:44Et cette loi n'est pas vraiment nouvelle, puisqu'en 2010, je me souviens, j'étais à Alger à l'époque au cours de mon premier mandat d'ambassadeur,
01:54il y avait déjà eu un projet de loi sur la criminalisation de la colonisation française.
02:00Mais Bouteflika, qui était autrement plus doué politiquement et diplomatiquement que l'actuel gouvernement algérien,
02:09Bouteflika avait calmé le jeu et avait fait retirer ce projet de loi pour ne pas provoquer inutilement Paris.
02:17Oui, alors l'Algérie, et ça c'est important de le préciser, vit en ce moment des moments troubles.
02:22Économie en berne, chômage en hausse, peu de perspectives d'avenir.
02:26Le régime en place veut-il se servir finalement de ce France bashing pour se refaire une santé politique ?
02:35Est-ce qu'il y a cet enjeu derrière ?
02:37Oui, parce que le discours anti-français, la haine anti-française est le carburant du régime algérien.
02:47C'est ce que le président de la République lui-même avait appelé la rente mémorielle.
02:51Et donc cette rente, elle fait vivre le gouvernement et ça lui permet de tenir et d'exciter sa population en quelque sorte vis-à-vis de la France.
03:00Alors, bon, c'est un discours qui imprime là-bas en Algérie, c'est un discours qui imprime aussi chez nous,
03:09Xavier Driancourt, au sein de cette gauche française décolonialiste qui interdit certains drapeaux français dans les manifestations.
03:18Bon, cette gauche décolonialiste risque aussi de, pardonnez-moi l'expression, faire son beurre sur cette polémique.
03:25Oui, et je pense que c'est également un des objectifs du président Tebboune, c'est-à-dire d'intervenir, de troubler le jeu politique en France.
03:39Il sait très bien qu'avec cette loi qui a été votée à l'unanimité, il va provoquer des dissensions en France.
03:46Il va y avoir une partie de la gauche et de l'extrême gauche qui va dire, mais l'Algérie a tout à fait raison de se plaindre des crimes de la colonisation et d'exiger des réparations.
03:58Une partie de la droite et de l'extrême droite qui, au contraire, va s'indigner des propositions de loi algériennes.
04:05Et puis, en même temps, il ne faut pas l'oublier que le président algérien prend le président de la République au monde,
04:11puisque c'est le président de la République lui-même qui a dit en février 2017 que la colonisation est un crime contre l'humanité.
04:18Le candidat Macron à l'époque d'ailleurs.
04:21Le candidat Macron, tout à fait.
04:23Donc l'Algérie le prend au mot en quelque sorte, en disant, vous avez vous-même dit que la colonisation est un crime contre l'humanité,
04:31donc maintenant, nous, nous la criminalisons et nous vous demandons des réparations.
04:36Donc il crée des troubles dans le géopolitique français, c'est exact.
04:40– Et Xavier Driancourt, je rappelle que vous êtes ancienne ambassadeur de France à Alger.
04:46La faiblesse quand même, la faiblesse de la France à travers ses réponses ou ses absences de réponses depuis ces dernières années,
04:55n'est-ce pas finalement un blanc-seing et même un encouragement donné à l'Algérie quant à ces provocations justement pour les continuer ?
05:05– Oui, je l'ai souvent dit et écrit d'ailleurs, nous apportons de l'eau au moulin de l'Algérie par notre attitude consentante,
05:17en quelque sorte bienveillante.
05:19Nous n'avons eu aucune réaction et je vois que cette semaine encore,
05:23le ministre M. Barraud a dit qu'il déplorait, que la France déplore cet acte hostile de l'Algérie.
05:30– Une initiative hostile de la part de l'Algérie, voilà.
05:33– On a dit…
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