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  • il y a 7 semaines
Retrouvez Le 18/19 d'Hedwige Chevrillon en replay.

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Transcription
00:00Business et la Tribune présente le 18-19 d'Edwige Chevrillon.
00:09Vous êtes bien dans le 18-19, instabilité politique, crise agricole, crise industrielle, on voit bien que c'est très difficile,
00:16notamment pour les dirigeants, comment est-ce qu'ils arrivent à piloter ?
00:19On va en parler avec la philosophe Juliette Finesse qui est avec nous, bonsoir Juliette Finesse, merci d'être là.
00:24Vous intervenez beaucoup dans les entreprises, donc c'est important, vous nous disiez un peu quel message vous envoyez,
00:30vous connaissez très bien le secteur de l'économie, et puis on essaie de voir avec vous comment on peut retrouver la confiance,
00:39de voir si les Français en ont vraiment ras-le-bol, la colère monte, on voit bien sur les images,
00:43que ce soit les agriculteurs ou même le patron des patrons, Patrick Martin, qui dans une interview au GDD dit
00:50« Mais attendez, on en a absolument ras-le-bol ». C'est la grande difficulté, c'est l'incertitude pour les entreprises,
00:58vous étiez encore la semaine dernière dans les grandes entreprises, c'est ça qu'on vous demande en premier lieu,
01:04de gérer, de trouver des solutions ?
01:06Alors gérer l'incertitude, c'est un oxymore, comment on peut gérer ce qui n'est pas là, ce qui n'est pas certain ?
01:11Non, ça commence, vous avez bien fait de m'inviter.
01:14Non, donc gérer l'incertitude, c'est très difficile, mais effectivement, à part un peu plus de souplesse et d'intelligence d'action,
01:21c'est très difficile de conseiller les gens sur la gestion de l'incertitude.
01:24Mais la seule chose qu'on puisse, et puis d'ailleurs, je remarque que c'est très à la mode pour parer à ces problèmes de l'incertitude,
01:30dans les entreprises, vous savez maintenant, il y a beaucoup de prévisionnistes, de fresqueurs,
01:34c'est-à-dire des gens qui vous annoncent de façon plus ou moins apocalyptique,
01:37ce qui va se passer dans 10, 15 ans, 20 ans, si on continue d'agir comme on agit.
01:41Je suis assez sceptique sur cette, justement, maîtrise de l'imprévisible,
01:45parce que je rappelle juste par le bon sens que le 6 octobre 2023, on ne savait pas ce qui allait se passer le 7,
01:51que le 12 mars 2020, on ne savait absolument pas qu'on allait tous être confinés le 16.
01:55Donc restons plutôt prudents sur les prédictions hasardeuses et lucides sur le présent.
01:59Or, quand on est lucide sur le présent, on se rend compte qu'on est décide de pas grand-chose.
02:03On ne peut rien prévoir. Est-ce que demain, je vais être terrassé par une maladie mortelle ? Je n'en sais rien.
02:07Est-ce que la guerre en Ukraine va s'arrêter ? On n'en sait rien.
02:10Comment notre gouvernement politique va se sortir de ce marasme ? On n'en sait strictement rien.
02:15Donc quand on est lucide et humble sur les prévisions, on se rend compte qu'on ne décide de pas grand-chose.
02:19Mais néanmoins, et c'est là qu'est notre responsabilité face à l'incertitude,
02:23néanmoins, on est responsable du sens que l'on donne aux événements.
02:26Le sens n'est pas d'emblée inscrit dans les situations.
02:29C'est moi qui vis la situation qui vais lui donner le sens que je veux.
02:33Donc je ne décide pas du coup du sort.
02:34Si demain, j'ai un accident de voiture, je perds mes jambes, les faits sont irrémédiables.
02:38Je n'ai pas décidé du coup du sort, c'était imprévisible, c'était imprévu.
02:42Mais néanmoins, c'est moi qui vais donner le sens que je veux à cet événement.
02:45Moi, à la psychologie, parfois faible, je vais me dire que ma vie s'arrête.
02:49Des gens à la psychologie, beaucoup plus forte que la mienne, vont faire de leur accident un défi, un combat.
02:54On l'a vu suffisamment au jeu paralympique, etc.
02:57Donc vous voyez bien, ce que ça veut dire, c'est que c'est à la fois optimiste, mais un optimisme de responsabilité.
03:02Ça veut dire qu'on ne décide pas, mais on dirige toujours, c'est à nous de donner le sens que l'on veut aux événements que l'on vit.
03:08Donc, ça veut dire qu'aucune situation n'est un déterminisme, aucune situation n'est une fatalité,
03:13puisque c'est moi qui donne le sens que je veux à l'événement que je veux.
03:15Mais justement, en stratégie, ça se traduit comment, ce que vous venez de dire ?
03:18Ça veut dire être souple, pas être dans le contrôle et la maîtrise, et vouloir tout gérer à l'avance,
03:23puisque ça, c'est de toute façon vain par avance.
03:26Mais c'est faire preuve d'intelligence d'action, être capable de prendre des risques quand ça s'impose,
03:30être capable de donner un sens aux événements que l'on traverse, justement,
03:33puisque le sens dépend de notre responsabilité, et faire confiance, bien sûr,
03:37parce que faire confiance à la vie, faire confiance à ses équipes, faire confiance à son management,
03:41pour la confiance, être une prise de risque.
03:43De toute façon, elle joue avec l'incertitude.
03:48J'ai rencontré récemment, ça fait déjà deux fois que je le mentionne ici,
03:51mais parce que c'est vrai que cette rencontre m'a marquée,
03:53Giuliano de Empoli, vous savez, qui a fait le match du Kremlin,
03:56et qui a fait les ingénieurs du chaos, et puis les prédateurs.
03:59Et il dit, en fait, ce qui aujourd'hui est important pour des chefs d'entreprise,
04:02même pour des hommes politiques, un, ceux qui gagnent, c'est la rapidité,
04:06et deux, ceux qui gagnent, c'est ceux qui élargissent le champ du possible.
04:10Vous diriez ça, vous aussi ?
04:12Alors, la rapidité, je ne sais pas dans quel contexte il le dit,
04:14mais la rapidité, elle peut être très efficace, bien sûr, elle peut être catastrophique aussi,
04:18parce que sous prétexte de rapidité, aujourd'hui, parfois, on ne prend même pas le temps de réfléchir,
04:22comme si le temps de la réflexion était un temps perdu,
04:25mais prendre le temps, ce n'est pas perdre du temps,
04:27et parfois, il faut mieux réfléchir un peu en amont,
04:30avoir le sentiment de perdre du temps, mais pour être plus réactif par la suite.
04:33Donc, la rapidité, ça dépend comment elle peut être une vertu,
04:36mais elle peut être une vertu dangereuse si c'est de la précipitation et de l'absence de réflexion.
04:40Oui. En tous les cas, voilà, c'est la souplesse, il faut savoir s'adapter,
04:42ce qui n'est pas un peu contradictoire avec tous les budgets Excel,
04:46donc c'est un peu la grande difficulté.
04:48Mais c'est lié, c'est-à-dire que par peur, évidemment,
04:50tout le sentiment initial de tout ça, c'est la peur.
04:52Par peur, on va vouloir contrôler, maîtriser, faire des tableaux Excel,
04:55des planifications, tout cartographier,
04:57et évidemment, c'est oublier l'imprévisible nouveauté de la vie.
05:00Est-ce que vous sentez, je parlais de colère, la colère des agriculteurs en ce moment,
05:03mes colères chez Bronte, des ouvriers, des salariés qui sont licenciés,
05:09est-ce que vous ressentez, est-ce que vous trouvez que les Français en ont ras-le-bol,
05:13ils en ont ras-le-bol des politiques, ils ont un peu ras-le-bol de tout, ou pas ?
05:16Oui, presque plus que de la colère, une sorte de désabusement,
05:20enfin oui, on est un peu désabusé de cette situation politique,
05:23et dans les entreprises, ce qui est fou, enfin dans la société en général,
05:27c'est que je crois que ce n'est pas tellement un problème,
05:29c'est un problème de sens, encore une fois.
05:33C'est-à-dire qu'on est très contraints, l'État nous contraint sur des choses
05:36où il pourrait être un peu plus flexible,
05:38et il est assez laxiste sur les choses sur lesquelles il pourrait être plus ferme.
05:43Je vais prendre un exemple très concret,
05:44mais il y avait des gens qui râlaient à l'aéroport il y a trois jours derrière moi,
05:47et c'était tout à fait légitime.
05:48On ne peut pas voyager avec un flacon de 101 millilitres pour prendre l'avion,
05:53mais en revanche, il y a des OQTF qui ne sont pas renvoyés dans leur pays.
05:56Donc vous voyez, il y a une sorte d'incohérence, ça n'a rien à voir,
06:00mais on se dit mince, l'État est vraiment intransigeant alors qu'il pourrait être plus flexible,
06:04il persécute le quotidien alors qu'il est très laxiste sur des choses,
06:07des enjeux majeurs de notre pays.
06:09Donc je crois que cette colère ou cette lassitude est liée à un problème de sens.
06:14Parce que souvent on invoque le retour de l'ordre, le retour de l'autorité, etc.
06:20Mais c'est surtout un sens de l'ordre, parce que quand il s'agit de payer une contravention, etc.,
06:24là on voit très bien qu'il y a de l'ordre dans notre pays et de l'autorité.
06:27Donc c'est surtout un sens de l'ordre qui me semble nécessaire pour apaiser un peu les consciences.
06:31Un sens de l'ordre, est-ce que lorsque vous rencontrez beaucoup de salariés, de dirigeants,
06:37vous le sentez, cette lassitude, elle vous saute aux yeux ou pas encore trop, si vous me permettez ?
06:45Si, si, elle saute aux yeux partout et puis surtout sur le sens du travail qui a changé.
06:48C'est-à-dire qu'il y a beaucoup de patrons, de dirigeants qui disent,
06:53et on les entend régulièrement, qui disent que les gens ne sont plus aussi investis,
06:56le travail n'est plus une valeur, donc comment manager, comment embaucher,
07:00comment fidéliser, comment attirer, etc.
07:02Effectivement, je crois que le sens du travail a complètement changé.
07:04Ce n'est pas un désamour, mais c'est un déplacement du sens du travail dans nos vies.
07:08Juste, hier, dans une interview au Journal du dimanche,
07:11Patrick Martin, le président du MEDEF, disait que la marée monte chez les patrons.
07:16Oui, et il parlait qu'il faut refaire du travail une valeur sociale.
07:20Malheureusement, je pense que c'est un contresens,
07:22parce que le travail ne peut pas être une valeur morale.
07:25C'est André Conte-Spombi qui l'expliquait très bien,
07:28mais effectivement, ça ne peut pas être une valeur morale,
07:30parce qu'une valeur morale, c'est quoi ?
07:32C'est quelque chose qui n'a pas de prix.
07:34La liberté n'a pas de prix, l'égalité n'a pas de prix, l'équité n'a pas de prix.
07:37Le travail a un prix.
07:38Si on arrête de nous payer demain, est-ce qu'on continuera de travailler ?
07:41À part quelques passionnés, bien sûr que non.
07:43La plupart des gens ne travailleront plus.
07:45Et deuxièmement, une valeur morale, on en veut toujours plus.
07:48On veut toujours plus de liberté, toujours plus d'amour, toujours plus d'égalité.
07:51Est-ce qu'on veut toujours plus travailler ?
07:53La réaction sur la réforme des repas, non.
07:55Il y a beaucoup de choses dans ce que vous dites.
07:58Parce que d'abord, est-ce que ça veut dire, comme le disent certains,
08:01c'est que le travail n'est pas suffisamment rémunéré en France ?
08:05Alors, ça dépend des secteurs.
08:07Mais par exemple, effectivement, on l'a vu pendant la période Covid,
08:12les métiers les plus utiles et nécessaires à la survie de la population
08:15sont complètement déconsidérés, manque de reconnaissance et manque de moyens,
08:18et ont des rémunérations très faibles.
08:20Donc, évidemment qu'il y a toute une philosophie du travail à rebâtir,
08:23une cartographie des métiers à revaloriser en fonction aussi de leur utilité.
08:28Mais le travail n'a jamais été indexé sur l'utilité.
08:30C'est très paradoxal.
08:32Et quand je dis que le travail n'est pas une valeur morale,
08:34je précise juste que ça ne veut pas dire que le travail n'est pas essentiel
08:37à la vie d'un homme ou d'une femme.
08:39Il est absolument essentiel.
08:40Mais ça ne peut pas être une finalité de la vie pour autant.
08:43C'est comme la santé.
08:44Elle est essentielle.
08:45Il n'y a rien de plus important que la santé.
08:46Mais ce n'est pas une finalité de l'existence pour autant.
08:49On ne vit pas pour être en bonne santé.
08:51Mais c'est quoi la finalité de l'existence ?
08:53On espère être en bonne santé pour vivre le mieux possible.
08:56Et on espère un bon boulot, le mieux rémunéré possible,
08:58pour vivre le mieux possible.
09:00Mais là, le gros paradoxe, c'est que le travail devient un moyen
09:03au service de la vie.
09:04Ce n'est plus une finalité de l'existence.
09:06Or, dans notre génération, dans nos générations précédentes,
09:09on a eu tendance à positionner le travail comme une finalité de la vie.
09:13Nos parents nous disaient quoi ?
09:14Fais des bonnes études.
09:16Tu auras un bon boulot et tu auras réussi ta vie.
09:18C'était presque aussi simple que ça.
09:19Mais pourquoi aujourd'hui, ce n'est plus le cas ?
09:21Est-ce que, justement, moi, ce qui me frappe beaucoup,
09:23parce qu'il faut dire, tout le monde, là, sur tous les plateaux,
09:26il faut travailler plus, c'est ce qui va sauver la France.
09:28On ne travaille pas assez en France.
09:30Puis, en même temps, vous avez Aymeric Caron de LFI,
09:33qui dit qu'il propose 15 heures par semaine.
09:37Et même Sardine Rousseau, qui revendique le droit à la paresse.
09:41Bon, sans aller jusqu'à ses extrémités, on voit bien que les jeunes,
09:45il suffit de voir la montée incroyable en puissance des arrêts de travail,
09:50il y a une relation au travail qui n'est plus bonne du tout.
09:54Exactement.
09:54Ce n'est pas qu'elle n'est pas bonne, mais c'est qu'elle a changé,
09:56parce qu'il y a des jeunes qui travaillent énormément.
09:58C'est un déplacement normatif.
10:00Je vais vous prendre un exemple très, très concret.
10:01J'étais dans une entreprise il y a quelque temps.
10:03Un des managers de l'entreprise me dit,
10:04dans mon équipe, j'ai un type de 50 ans.
10:06Ça fait 25 ans qu'il est dans l'organisation,
10:08donc son travail, c'est un marqueur identitaire très fort.
10:11Et dans la même équipe, me dit ce manager,
10:13j'ai un garçon de 25 ans qui me dit,
10:15moi, je bosse deux ans.
10:16Et pourquoi je bosse deux ans ?
10:17C'est pour faire le tour du monde avec ma copine dans deux ans.
10:19C'est uniquement pour ça que je bosse.
10:21Il n'est pas moins investi,
10:22mais son travail est un moyen au service de sa vie,
10:24alors que dans le premier cas,
10:26le travail est une finalité de l'existence.
10:27Mais le gros paradoxe, c'est que pour faire sens,
10:30le travail doit concéder à n'être qu'un moyen.
10:33S'il continue de se positionner comme une finalité,
10:36comme un sens en lui-même,
10:37il perd tout son sens,
10:38puisque comme je l'ai dit tout à l'heure,
10:39le travail ne peut pas être le sens ultime de l'existence.
10:42On ne vit pas pour un bon boulot.
10:44C'est absurde.
10:44Alors comment fait-on pour mobiliser ses salariés,
10:47ses troupes, son équipe ?
10:49C'est très difficile,
10:50parce qu'il y a un sens individuel aujourd'hui
10:51que chacun met dans son travail.
10:53Et comment créer du collectif,
10:54malgré cette individualisation du sens
10:57contre laquelle on peut difficilement lutter
10:59quand on est manager ou dirigeant ?
11:00Pour l'instant, je ne vois que deux issues.
11:04Premièrement, les raisons d'être des entreprises.
11:06Alors parfois, on peut en rire en disant
11:08« oui, c'est du marketing éthique »,
11:10mais je ne crois pas du tout.
11:11Toutes les entreprises que je connais
11:12qui ont moins de problèmes d'attractivité,
11:14de recrutement,
11:15sont celles qui ont des raisons d'être
11:16très authentiquement incarnées.
11:18Que ce soit une raison d'être sociale,
11:20sociétale, environnementale, humanitaire,
11:21peu importe.
11:22Mais ça rehausse narcissiquement l'individu
11:24de se dire « je bosse dans cette boîte-là
11:25qui a tel ou tel impact sur tel ou tel enjeu ».
11:28Ça, ça crée quand même une dimension plus collective.
11:30C'est-à-dire qu'il ne s'agit pas
11:32de nier le profit de l'entreprise,
11:33mais si au profit,
11:34on n'adosse pas un projet d'envergure,
11:36c'est très difficile aujourd'hui
11:37de motiver les plus jeunes générations.
11:39Et puis après, ça fait écho
11:41aux conditions d'un collectif fort.
11:42Et je trouve que toutes les crises
11:43qu'on traverse depuis un certain nombre d'années
11:45nous ont montré à quelles conditions
11:47on crée un collectif.
11:48Et je crois que le collectif,
11:49si vous prenez tous les grands exemples
11:51de collectif, à chaque fois,
11:52il présuppose la conscientisation
11:54pour l'individu d'un risque.
11:56La conscientisation.
11:57C'est facile, en fait,
11:58la conscientisation d'un risque.
11:59Si l'individu n'a pas pour lui-même
12:01conscience d'un risque,
12:02soit une opportunité, soit une menace,
12:04ce n'est pas toujours péjoratif le risque,
12:06s'il n'a pas conscience pour lui-même d'un risque,
12:08c'est très difficile de lui demander
12:09de participer à une action commune.
12:12C'est quasiment impossible.
12:13Quand est-ce que les ouvriers
12:14se montrent le plus solidaires ?
12:15C'est quand ils ont conscience
12:17que l'usine peut fermer
12:18et qu'ils ont bien conscience
12:19de l'enjeu pour leur vie perso et pro.
12:22Le sport est comme toujours
12:23la meilleure des philosophies.
12:25Mais quand est-ce qu'une équipe de sport
12:27fait preuve d'un esprit d'équipe très fort ?
12:29C'est quand elle a conscience
12:30de pouvoir gagner ou perdre
12:31un match ou un titre très important.
12:33Je travaille beaucoup
12:34avec les sapeurs-pompiers de Paris,
12:36des militaires.
12:36Il n'y a pas plus collectif,
12:38solidaire que ce type de corporation
12:40parce qu'évidemment,
12:41la conscience du risque,
12:42la possibilité de sauver des vies
12:43ou l'éventualité de mourir
12:45sont présentes
12:46à chacune de leurs actions ou presque.
12:48Donc tout ça pour dire,
12:49il ne faut pas manager par la peur,
12:50ce n'est pas ce que je veux dire,
12:51mais il faut accepter l'idée
12:53selon laquelle le collectif suit
12:55le mouvement d'une conscience.
12:56Quand il y a des grandes opportunités,
12:57on est tous très solidaires.
12:59Quand il y a des grandes crises,
13:00on est tous très solidaires.
13:01Mais évidemment,
13:02vitesse de croisière,
13:02c'est moins évident.
13:04Julien Thunesse,
13:05comment est-ce que vous regardez
13:07ce théâtre politique
13:08qui est devenu l'Assemblée nationale
13:10à la recherche,
13:13désespérément,
13:13d'un compromis ?
13:14Alors, on l'a trouvé à un prix,
13:16certains disent,
13:17beaucoup trop élevé
13:17sur le PLFSS,
13:19le budget de la Sécu.
13:20Là, maintenant,
13:20il y a la question de savoir
13:21si on le trouve sur le budget.
13:23Mais lorsqu'on voit ce théâtre-là,
13:25est-ce que vous les avez regardés comment ?
13:28Je ne commande jamais la politique
13:30parce que déjà...
13:30Non, mais je ne vous demande pas
13:31de savoir si vous étiez
13:31les filles au Rassemblement national,
13:32ce n'est pas la question.
13:33Non, non, non.
13:33Mais je n'ai pas de mépris du tout
13:36pour les politiques
13:36parce que je trouve
13:37que ce sont des métiers
13:37vraiment très difficiles.
13:39Donc, sans aucun mépris,
13:40je trouve que ce qu'on ressent
13:43à l'Assemblée nationale,
13:44c'est cette sorte d'égalitarisme
13:46qui a touché toute la société.
13:48C'est-à-dire que le niveau
13:49des députés quand même
13:50a complètement chuté,
13:51et pas de certains députés.
13:53Encore une fois,
13:53il y en a qui sont très valables.
13:56Mais je trouve que l'autorité,
13:57la verticalité qui est exigée
14:00dans ces métiers-là
14:01a complètement perdu sa place.
14:03Et là encore,
14:04on paye un peu,
14:05si vous voulez,
14:06les conséquences des années 68.
14:07Bien sûr qu'on a quitté
14:08l'autoritarisme et tant mieux,
14:10mais on a perdu toute forme
14:11d'autorité dans ce pays.
14:12Donc, quand il n'y a plus
14:13de...
14:13Et de leadership, en fait.
14:14Oui, c'est la même chose.
14:15Oui, oui, c'est pour ça
14:16que je rajoute le leadership.
14:17Il y a une grande perte
14:18de leadership quand même.
14:19Exactement.
14:19Donc, il n'y a plus
14:20de sentiment de verticalité
14:21parce que c'est très difficile
14:22d'imposer une verticalité,
14:24et ça ne veut pas dire,
14:24encore une fois,
14:25de l'autoritarisme,
14:26dans une société
14:27qui a une conception
14:28de l'égalité à tort
14:29comme de l'égalitarisme.
14:31Tout le monde se vaut
14:32parce que nous sommes tous
14:32égaux en droit,
14:33nous serions tous équivalents
14:34en tout.
14:35Eh bien non,
14:36et ça nivelle absolument
14:37le niveau de tous les secteurs
14:39et celui de la société.
14:39J'ai vous posé la question
14:40de savoir comment on peut
14:41rétablir sa confiance
14:42juste avant
14:43parce que vous avez
14:43beaucoup écrit dessus
14:44sur la chaîne
14:44Le Comprime de l'Express
14:45sur la question des talents.
14:48Je reviens un instant
14:49sur la notion de travail,
14:51comment la revaloriser.
14:52Et vous, vous dites
14:53qu'il y a une grosse erreur
14:54qui est faite commise
14:55par les DRH
14:55qui veulent être consensuels,
14:58etc.
14:59Enfin, brossés dans le sens du poil,
15:01notamment les jeunes.
15:02Et donc, il dit
15:02qu'il y a des talents partout.
15:04Vous, vous dites...
15:04On n'a pas simplement un talent,
15:06on est devenu un talent.
15:07On est devenu un talent,
15:08d'accord,
15:09mais tout le monde
15:09n'a pas le même talent.
15:10C'est le mot égalitarisme
15:11versus égalité
15:12qui fait rebondir.
15:13Ça vient de là.
15:14C'est pour ça que ça paraît
15:15anecdotique d'utiliser
15:16le mot de talent,
15:16mais en fait,
15:16ça révèle beaucoup
15:17de problèmes structurels
15:18dans notre pays.
15:19Et ce qui est très, très curieux,
15:20paradoxal,
15:21c'est que les gens
15:22qui utilisent ce mot
15:23se veulent progressistes,
15:24à l'avant-garde,
15:25on est bien pensant,
15:26on est bienveillant
15:26vis-à-vis de nos collaborateurs.
15:28Il n'y a rien
15:28de plus réactionnaire
15:29et d'aristocratique
15:30que d'utiliser ce mot talent.
15:32Parce que le talent,
15:33c'est quoi ?
15:33C'est un don,
15:34c'est une prédisposition
15:35qu'on reçoit à la naissance.
15:36Si vous avez un talent
15:37pour l'art oratoire,
15:38un talent pour l'écriture,
15:39un talent pour le sport,
15:40vous êtes né
15:40avec une prédisposition.
15:42Qui est-ce qui valorise
15:43les prédispositions,
15:44les dons donnés à la naissance ?
15:46Ce sont les aristocrates.
15:47Quand on est passé
15:48en régime républicain,
15:49démocratique,
15:50on a cessé de valoriser
15:52le don,
15:52les dons de naissance,
15:54pour valoriser
15:54le mérite,
15:55le travail et l'effort.
15:56Donc c'est quand même
15:57très curieux
16:00on valorise justement
16:02ce qui n'en relève
16:03absolument pas,
16:04à savoir le talent.
16:05Le talent quand même
16:06il peut être développé
16:07par l'effort.
16:08Oui, il peut être développé
16:09mais il est donné
16:11à la naissance.
16:12Donc en plus,
16:13on ne valorise pas
16:14l'effort à partir d'un talent,
16:15on valorise le talent,
16:16c'est-à-dire ce qui est
16:17d'emblée donné.
16:18Mais ce qui est plus grave,
16:19c'est que ça empêche
16:19la véritable reconnaissance.
16:21Parce que pour reconnaître,
16:22et ça je trouve que les gens
16:23sont très demandeurs
16:23de reconnaissance
16:24dans les entreprises,
16:26et les managers
16:26ne savent pas forcément
16:27comment reconnaître mieux
16:28leurs collaborateurs,
16:29la rémunération,
16:30vous l'avez évoqué tout à l'heure,
16:31est un des éléments.
16:32Mais pourquoi on n'arrive pas
16:33à reconnaître les gens ?
16:35C'est parce que
16:36pour reconnaître les gens,
16:37encore faut-il oser poser
16:38des différences,
16:39hiérarchiser,
16:40distinguer,
16:41dire qu'un tel est meilleur
16:42qu'un tel sur tel
16:42ou tel sujet.
16:43Or dans notre pays,
16:44dès qu'on émet des différences
16:45aujourd'hui,
16:46elles sont perçues
16:47comme des injustices.
16:48Ce qui est une énorme erreur.
16:49Une différence n'est pas
16:50une injustice nécessairement.
16:52Il y a des différences
16:53qui sont justes.
16:54Si je paye plus d'impôts
16:55que mon voisin,
16:55c'est une différence
16:56et c'est peut-être très juste
16:57et ça s'appelle l'équité.
16:59Mais c'est peut-être aussi injuste ?
17:01Pourquoi c'est aussi injuste ?
17:02Parce que si vous,
17:02on vous paye beaucoup d'impôts,
17:04enfin, je dis ça
17:05parce que c'est ce que disent
17:05dans tous les cas
17:06les patrons,
17:07les ultra-riches.
17:08Ça peut être une injustice
17:09dans l'autre sens.
17:10Mais en tout cas,
17:11tout ça pour dire
17:12que les différences
17:13ne sont pas nécessairement
17:14des injustices.
17:15Sinon, on ne peut plus rentrer
17:15dans le règne de l'équité.
17:17On rentre dans le règne
17:18de l'égalitarisme,
17:19de l'indifférenciation.
17:20Et quand on appelle
17:21tout le monde un talent
17:22ou une grande partie
17:23des salariés des talents,
17:24plus personne ne peut l'être.
17:25Et puis, dernière chose,
17:26c'est outrageusement démagogique
17:28parce qu'il n'y a pas
17:28que des talents dans l'entreprise.
17:29Il y a aussi des flémards,
17:30des hypocrites,
17:31des malhonnêtes.
17:31Enfin, il y a un panel
17:32de la société humaine.
17:34Oui, bien sûr.
17:36Juste, dernière question.
17:37Après, maintenant,
17:38quand vous faites
17:38toutes ces interventions
17:39au sein des entreprises,
17:40etc.,
17:41comment faire pour rétablir
17:44cette confiance ?
17:44Un peu de confiance
17:45entre les uns, les autres,
17:46entre les politiques,
17:47les chefs d'entreprise,
17:48entre les chefs d'entreprise,
17:49leurs salariés,
17:50entre les individus,
17:52entre les politiques.
17:53Comment faire
17:54pour rétablir
17:55un peu de confiance ?
17:56Si j'avais la recette
17:57de la confiance,
17:58vous savez,
17:58je serais vraiment
17:59bien l'airie
18:00et je serais riche
18:01parce que je ferais
18:01beaucoup de livres là-dessus.
18:02Mais ça intéresse tout le monde.
18:04Mais je ne sais pas.
18:04Mais en revanche,
18:05si on revient au sens
18:06du mot confiance,
18:07vous savez,
18:07l'étymologie revient
18:08à l'idée de foi.
18:09La confiance,
18:10ça veut dire avec foi.
18:11Donc, quand on est
18:11dans la confiance,
18:12on est dans la foi,
18:13c'est-à-dire dans la croyance.
18:15Qu'est-ce qui fait
18:15qu'on croit ou pas ?
18:16On décide de croire.
18:17Je décide de croire
18:18en Dieu ou pas.
18:19Je décide de vous faire confiance
18:21pour venir sur ce plateau
18:22où vous avez décidé
18:23de me faire confiance.
18:24C'est une décision,
18:25la confiance.
18:25C'est l'opposé
18:26de la connaissance.
18:27La plupart du temps,
18:28les gens confondent les deux
18:30et se disent
18:31on va attendre
18:32de voir comment ça se passe
18:33pour faire confiance.
18:34Et ça,
18:34c'est la logique
18:35opposée de la confiance.
18:36La confiance,
18:37c'est un pari sur l'inconnu.
18:38C'est une foi,
18:39c'est une croyance,
18:40c'est une décision
18:40et c'est certainement
18:41pas une déduction cognitive.
18:43Quand on sait,
18:44on n'a pas besoin de croire.
18:44quand on croit,
18:45c'est qu'on ne sait pas.
18:46Je ne crois pas
18:47que de plus de fassent 4.
18:48Je sais que de plus de fassent 4.
18:50Mais si je crois en vous,
18:51c'est que je ne sais pas
18:51comment vous allez vous comporter.
18:53Donc le seul moyen
18:54pour faire confiance,
18:56pour donner confiance,
18:57c'est d'oser la prise de risque,
18:59de surmonter ses peurs
19:00parce que qu'est-ce qui sclérose
19:01et qui asphyxie
19:04un peu cette confiance ?
19:05C'est évidemment la peur.
19:06La peur de prendre un risque,
19:07la peur de l'échec.
19:11Dernier mot,
19:12vous préparez un livre ?
19:13Oui, je prépare un livre.
19:14Je n'ai pas encore terminé
19:15mais que je vais terminer
19:16pendant les vacances de Noël.
19:17Merci de le signaler,
19:17c'est adorable.
19:19C'est quoi le thème alors justement ?
19:20Il sortira en avril
19:20et le thème,
19:22il s'appellera
19:22« Penser distinguer ».
19:23C'est comment se distinguer
19:25par la pensée,
19:26par des distinctions.
19:27Je joue sur le double sens
19:29du mot « distinction ».
19:30C'est un livre
19:31qui se veut très généreux.
19:33Penser distinguer.
19:34Oui, penser distinguer.
19:35Comment se distinguer
19:36par des distinctions
19:37qui sont très utiles
19:38et qui peuvent désamorcer
19:40les débats
19:40qu'on a aujourd'hui
19:41sur les plateaux de télévision
19:42ou lors des dîners.
19:44Je veux être un livre
19:45vraiment généreux,
19:46je donne tout un arsenal
19:47conceptuel,
19:48pas compliqué,
19:49mais très utile
19:49pour faire la différence
19:50dans nos cercles,
19:51dans nos discussions
19:52à partir de distinctions
19:53philosophiques
19:54qui sont très libératrices.
19:56Juste un point,
19:57on parle de leadership
19:58tout à l'heure.
19:59Est-ce qu'un des problèmes
20:01c'est qu'aujourd'hui
20:01il y a,
20:02que ce soit peut-être
20:03en pensée conceptuelle,
20:05en philosophie,
20:06mais en économie,
20:07en tout ce que vous voulez,
20:08il n'y a plus tellement
20:08de leaders ?
20:10Non, parce qu'il n'y a plus
20:10d'autorité,
20:11parce qu'on a presque
20:11un complexe d'autorité.
20:12L'autorité étant,
20:14comme on l'a dit tout à l'heure,
20:15un sentiment vertical,
20:15il va mal avec
20:16l'égalitarisme ambiant.
20:18Donc effectivement,
20:18on a un petit complexe
20:19et on se la joue
20:20bien pensant,
20:21positif, etc.
20:22Mais l'autorité,
20:23elle est formidable.
20:24Dès qu'on a perdu l'autorité,
20:25que ce soit à l'école,
20:25dans l'entreprise,
20:26à l'Assemblée nationale,
20:27vous avez vu à quel point
20:28c'était le désastre.
20:29Donc l'autorité,
20:30c'est une valeur noble
20:31à Augéret,
20:32ça veut dire augmenter.
20:33Quelqu'un qui a de l'autorité,
20:34il augmente ses équipes.
20:35Eh bien merci beaucoup.
20:35Merci beaucoup.
20:36Merci.
20:37Je vais être funès.
20:38Vous reviendrez justement
20:39à nous parler de ce livre.
20:40Toujours avec vous.
20:40Et puis je pense qu'on va
20:42podcaster,
20:42c'est podcaster,
20:43vous pouvez le retrouver
20:44évidemment sur le site
20:45de BFM Business,
20:46mais on va envoyer le podcast
20:47peut-être à Sébastien Lecornu
20:49ou à différents leaders politiques.
20:50Je ne veux pas d'en fait.
20:51Je pense que ça pourrait
20:52leur faire plaisir.
20:53Merci.
20:53Dans un instant,
20:54c'est quelqu'un que vous connaissez bien
20:55parce que justement,
20:56vous avez écrit un livre aussi
20:57avec lui.
20:58C'est l'économiste
20:59Nicolas Bouzouf,
20:59fondateur de la CRS.
21:01Il sera avec Ludovic de Sauté,
21:02le directeur délégué de la tribune.
21:03On reviendra sur la question
21:05de la colère des agriculteurs,
21:07le Mercosur
21:08et puis le budget,
21:09hold-up fiscal ou pas.
21:10A tout de suite.
21:13Eh bien voilà.
21:14Le 18-19 d'Edwige Chevrillon
21:16sur BFM Business.
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