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  • il y a 4 heures
Tempo Luxe reçoit Éric Katz, fondateur de Métal d’Alcove, dont le travail résonne pleinement avec les enjeux actuels du luxe : durabilité, authenticité et circularité. En associant des abat-jour anciens chinés des années 30 à 80 à des piètements métalliques conçus dans son atelier à partir de matériaux de récupération, il crée des luminaires uniques, porteurs d’histoire. Face à une industrie en quête de sens et de sobriété, son approche propose une alternative précieuse : valoriser l’existant, magnifier les traces du temps et prouver que le haut de gamme peut naître du réemploi, sans renoncer à l’élégance.

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Transcription
00:00Dans Tempolux, on parle de luxe durable avec Laurent Meff.
00:08Merci beaucoup d'être avec nous.
00:09Laurent, est-ce que vous pouvez nous présenter votre invité ?
00:11Merci Sibylle.
00:12Alors aujourd'hui, on reçoit un monsieur qui s'appelle Eric Katz,
00:17qui a une expérience multiple, une carrière dingue,
00:21qui est passée de la couture à la haute couture, aux bijoux, aux médias,
00:26et qui, en 2000, crée Métal d'Alcove, une boutique atelier, Rue Lamarck à Paris.
00:35Et il va nous dire exactement de quoi Métal d'Alcove retourne.
00:40Mais en tout cas, merci et bonjour Eric Katz.
00:43Merci à vous et surtout, merci de m'accueillir.
00:46Alors racontez-nous un peu l'origine de Métal d'Alcove.
00:50Quand j'ai créé Métal d'Alcove, au départ, je ne voulais pas me trouver dans le 18e,
00:56Rue Lamarck et tout ça.
00:57Si j'avais eu les finances, bien évidemment, j'aurais été rue du Faubourg-Saint-Honoré,
01:00parce qu'en ayant été dans la haute couture, je fais de la haute couture du luminaire,
01:05c'est-à-dire que je ne fais que de la pièce unique, mais je vais en parler un petit peu plus tard.
01:09J'ai atterri sur la butte Montmartre, qui est quand même historiquement un quartier d'artistes et d'artisans,
01:14et j'ai trouvé que ma boutique y avait bien sa place.
01:17Donc je suis au 86 Rue Lamarck, Métal d'Alcove,
01:20et Métal d'Alcove résume dans son appellation la totalité de ce qu'est mon concept.
01:26C'est-à-dire qu'il y a la froideur du métal, qui est très masculin, très acéré, très guerrier,
01:31et toute la chaleur de l'Alcove.
01:33Donc dans mes créations, il y a toujours des formes très rectilignes, un peu phalliques,
01:36mélangées à des volutes, des cercles, des ronds,
01:41et c'est cet équilibre des deux qui m'intéresse.
01:44Métal d'Alcove, c'est la rencontre du vert et du métal,
01:46du masculin, du féminin, du ying, du yang,
01:48et je peux le décliner à l'infini sur tous les champs d'opposition.
01:53Donc Métal d'Alcove, aujourd'hui, fait de la pièce unique à partir de verreries anciennes.
01:58Donc je travaille vraiment sur des verres qui datent des années 1920 aux années 1980,
02:02qui proviennent des antiquaires, des brocantes, des salles de vente, des...
02:07Voilà.
02:08Et ça, c'est ma contrainte.
02:10Donc la contrainte est donnée par la forme de la verrerie,
02:15et je vais ensuite créer le pied avec des matériaux que je vais détourner de leurs fonctions.
02:20Là où mon travail se distingue des autres,
02:22c'est que je mets au défi n'importe qui
02:25de pouvoir identifier l'origine des composants dans mes réalisations.
02:29C'est-à-dire que c'est un petit peu comme le fameux urinoir,
02:32qui devient la fontaine,
02:35et c'est un peu pareil.
02:37C'est-à-dire que je vais prendre un objet,
02:39je vais changer sa forme, son positionnement,
02:41et je vais surtout lui attribuer une nouvelle fonction.
02:43Donc ces objets viennent du quotidien,
02:45c'est des objets usuels,
02:46sans forcément une très grande valeur esthétique au départ,
02:49mais je vais les sublimer
02:51en les associant avec d'autres objets
02:53et en obtenant ces pièces uniques.
02:55Pour faire des pièces uniques,
02:56et on passe de métal de récupération
02:59pour aller vers de la pièce unique et artistique,
03:02le choix de travailler avec ces matériaux-là,
03:07comment il arrive ?
03:10Il est venu naturellement.
03:11Moi, j'ai toujours traîné mes guêtres
03:14dans les antiquaires, les puces, etc.
03:18Bon, mon grand-père lui-même était antiquaire,
03:20donc si vous voulez, c'est un peu comme Obélique,
03:21je suis tombé dedans quand j'étais petit.
03:24Maintenant, effectivement,
03:26l'idée d'associer ces matériaux entre eux,
03:29ce n'est pas quelque chose d'instinctif au départ.
03:32Je vais trouver des pièges,
03:33je ne sais absolument pas ce que je vais en faire.
03:34Elles peuvent rester une journée dans l'atelier
03:36ou elles peuvent rester un an,
03:37voire même dix ans pour certaines.
03:39Et puis, il y a toujours un moment donné
03:40où elles vont s'attirer entre elles.
03:43Et d'ailleurs, c'est assez marrant
03:44quand je fais le montage,
03:44parce que, bon, évidemment,
03:45je perds, je taraude, je polis,
03:47je lime, j'assemble, je nettoie.
03:48Et des fois, les éléments comme des aimants
03:51vont s'accrocher,
03:53et parfois, ils vont se rejeter.
03:56Et quand on veut forcer la création,
03:57moi, ça m'est déjà arrivé de faire une lampe,
03:58je rentrais chez moi, j'étais content,
04:00ok, et on arrive le lendemain,
04:02et le verre s'est fendu, voilà,
04:03il a résisté.
04:04Donc, il faut aller par affinité, voilà.
04:08Et mes créations sont bien évidemment
04:09un montage de...
04:12Je mélange tout, en fait.
04:13Je mélange non seulement les matériaux,
04:15mais les formes, les styles, les époques,
04:18et je redéfinis,
04:20je réécris une histoire au travers des objets.
04:22C'est comme un scénariste, en fait.
04:24En termes techniques, vous avez fait comment,
04:26du coup, parce que travailler le tissu
04:27et travailler le métal,
04:27c'est quand même pas la même chose.
04:30Mais je pense que quand on est dans la création,
04:31on peut tout travailler,
04:32c'est comme un musicien,
04:33il peut passer du violon au piano.
04:34Il n'aura peut-être pas forcément
04:35la même virtuosité,
04:37mais il saura le faire.
04:38Donc, c'est vrai que j'ai fait du vêtement,
04:41j'ai fait du bijou,
04:42je fais du luminaire aujourd'hui,
04:43et d'ailleurs, je suis un peu frustré
04:45parce que j'aimerais passer à des volumes
04:47beaucoup plus importants.
04:49J'ai envie de faire du mobilier,
04:50mais l'atelier est trop petit, malheureusement.
04:53Et j'ai l'idée de faire un...
04:54parce que je veux, dans mes meubles,
04:57faire un peu la même chose que dans mes luminaires.
04:59Je veux travailler avec des matériaux de récupération,
05:02du métal, du verre,
05:03et j'ai envie de créer un fauteuil pour les psys
05:05qui varie selon la couleur
05:07par rapport au ressenti corporel du patient.
05:11Voilà, c'est ça.
05:12Donc un fauteuil qui serait sensible aux émotions dégagées
05:19par le patient lors d'une session.
05:22Absolument.
05:22Très bien.
05:23Bon, on verra si ça se matérialise un jour.
05:26Donc ça, c'est pour les établissements 4.
05:27Mais l'idée, c'est...
05:28Voilà, c'est ça.
05:30C'est ça.
05:30Très bien.
05:31Le luxe aujourd'hui,
05:34comment vous le voyez ?
05:35Parce que vous avez une clientèle
05:37qui est particulière,
05:39qui est professionnelle.
05:41Vous avez même créé des ateliers
05:44de déco-thérapie
05:46à travers la boutique atelier.
05:49Le luxe aujourd'hui pour vous
05:53se détermine comment ?
05:55Alors, je vais en parler.
05:57Vous avez parlé de la décorathérapie,
05:59effectivement.
06:00Et pour moi, c'est ça le luxe aujourd'hui.
06:02C'est-à-dire que j'étais dans l'enseignement,
06:05j'étais prof de sémiotique pendant 30 ans.
06:07Et quand j'ai arrêté l'enseignement,
06:10indépendamment de ma volonté d'ailleurs,
06:11je tiens à le préciser quand même,
06:14tout d'un coup,
06:14je me suis retrouvé tout seul dans mon atelier.
06:16Donc, il a fallu que je recrée du lien social.
06:18J'enseignais donc aux étudiants
06:20à décoder des messages publicitaires.
06:22Et je me suis dit,
06:23c'est pas parce que je ne suis plus
06:24dans des structures scolaires,
06:26universitaires, etc.,
06:27que je dois stopper cette activité.
06:30Et je me suis dit,
06:30je vais enseigner ce que je fais
06:31dans mon atelier.
06:33Donc, j'apprends aux gens
06:34à créer des luminaires.
06:35Et la décorathérapie,
06:36c'est mettez en lumière
06:39votre richesse intérieure.
06:41Il n'y a rien de plus valorisant.
06:43On parlait d'une idée,
06:44voilà, mon fauteuil
06:45qui capte les émotions des gens,
06:47c'est une idée.
06:48Est-ce qu'elle verra le jour ?
06:49Est-ce qu'elle verra le jour un jour ?
06:51C'est pas mal ça.
06:52Donc, ou pas,
06:53j'en sais rien.
06:54Mais la décorathérapie,
06:56ça permet à chacun
06:57non seulement d'avoir une idée,
06:58mais de la matérialiser.
07:00Et je peux vous garantir
07:01que j'ai ouvert mon atelier
07:02il y a 25 ans.
07:03Aujourd'hui, encore,
07:04parfois, quand j'ai terminé une pièce
07:06et que je la regarde,
07:06je me dis, ça va, c'est pas mal.
07:09Mais c'est vous qui avez inventé le terme ?
07:11Ah oui, oui, c'est déposé,
07:12INPI, décorathérapie,
07:14mettez en lumière
07:16votre richesse intérieure.
07:17On n'est pas concepteur-rédacteur pour rien.
07:19Donc, vous avez posé
07:20ma définition du luxe aujourd'hui,
07:22c'est l'humain.
07:23Il y a deux choses
07:24qu'on ne peut pas acheter sur cette terre.
07:25La première, c'est le temps.
07:27L'espace, oui,
07:27je peux m'acheter un manoir
07:28de 600 mètres carrés.
07:29Encore 600, c'est pas énorme.
07:31Mais bon, voilà,
07:32on peut acheter de l'espace,
07:33oui, ça, c'est sûr.
07:33Mais le temps, non.
07:34Demandez à quelqu'un
07:35sur son lit de mort
07:36s'il pouvait acheter
07:36des heures supplémentaires,
07:37il serait prêt à consacrer
07:38toute sa fortune.
07:39Donc, pour moi,
07:40le luxe, c'est le temps
07:40qu'on va consacrer aux gens.
07:42Et la décorathérapie, c'est ça.
07:43C'est un être humain,
07:45un produit et du temps.
07:47Et dans cet atelier
07:48de décorathérapie,
07:50les gens peuvent venir
07:51apporter des matériaux à eux
07:52qui appartiennent
07:53à leur histoire,
07:54à leur patrimoine.
07:55Et on va travailler dessus,
07:57on va les transformer.
07:58Évidemment,
07:59ils vont puiser aussi
08:00dans le stock gargantuesque
08:01de l'atelier.
08:03Et puis après,
08:03libre à eux, effectivement,
08:04de relever leurs manches
08:05et puis de percer
08:06ou s'ils ont peur.
08:08Moi, j'ai quelqu'un
08:08qui m'a dit,
08:09non, non, je suis désolé,
08:10le verre, je ne le sens pas.
08:11Je ne vais pas aller percer du verre.
08:12Je le fais à leur place.
08:13Mais pour moi,
08:14le luxe aujourd'hui,
08:15c'est ça.
08:15D'ailleurs,
08:17je m'assurge complètement,
08:18je vais me faire démolir,
08:19mais ce n'est pas grave,
08:20contre les Dior,
08:21les Chanel,
08:21les Saint-Laurent,
08:22pour moi,
08:23aujourd'hui,
08:23c'est du marketing de masse,
08:24ce n'est pas du luxe.
08:25Le luxe, c'est l'humain.
08:27Ça, c'est l'humain et le temps.
08:29Eh bien, on va terminer là-dessus.
08:30Merci beaucoup, Éric Cass.
08:31Je rappelle que vous êtes fondateur
08:32de Metal Dalko.
08:33Merci, Laurent Meff,
08:34pour ce moment tempo luxe.
08:36Avec plaisir.
08:37Merci à vous.
08:38Merci, Éric.
08:38Et tout de suite,
08:38direction notre deuxième restaurant
08:41de l'émission,
08:42c'est Bouche B,
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