00:00Musique
00:00Nichée au cœur des volcans d'Auvergne, dans le Puy-de-Dôme,
00:16la commune du Mont-Dor, 2000 habitants.
00:20Une institution du thermalisme.
00:23Quelques 8500 curistes s'y pressent chaque année pour soulager leur mot.
00:30C'est ici que Jean-Marc Boyer, sénateur depuis 8 ans, a appris à connaître le sujet.
00:38A l'époque, il était conseiller général de ce territoire.
00:42C'est un sujet que je connaissais très peu, mais sur lequel j'ai dû travailler et m'investir.
00:48Quand on est sénateur du Puy-de-Dôme, le thermalisme va avec la fonction, c'est obligé.
00:55Jean-Marc Boyer, sénateur LR du Puy-de-Dôme,
00:57Je m'engage très fortement pour la défense du thermalisme dans notre région et dans toutes les stations thermales de France.
01:07Dans le Puy-de-Dôme, l'activité thermale se pratique depuis l'Antiquité.
01:13Les termes du Mont-Dor ont été construits sur des vestiges gallo-romains,
01:17ce qui fait en effet son caractère très monumental.
01:19Nous avons aussi conservé, d'ailleurs, vous pouvez le constater dans certains petits coins cachés des termes,
01:25des vestiges gallo-romains.
01:29Et si tout a commencé ici, c'est grâce à une eau caractéristique, fruit de l'activité volcanique.
01:36Nous voici devant une de nos différentes sources, la source César,
01:40et je vais pouvoir l'activer et vous allez pouvoir la toucher et la sentir.
01:43Vous allez deviner la température et les minéraux qui la composent.
01:51Il y a du fer.
01:52Il y a du fer, en effet, il y a de la silice, il y a du fer, il y a du magnésium, du potassium.
01:56Donc on peut sentir la chaleur, déjà, on sentait cette chaleur.
01:59Elle arrive entre 36 et 44 degrés.
02:01Et aussi les minéraux qui sont chargés dans l'eau,
02:03que l'on peut apercevoir au niveau de la couleur juste ici.
02:05L'eau est importante et c'est notre médicament, en complément des soins techniques.
02:13Elle a des vertus anti-inflammatoires et anti-algie qui sont très importantes
02:15pour la rhumatologie et les voies respiratoires.
02:20C'est justement ce que Corinne, 47 ans, vient chercher ici.
02:27Elle enchaîne une série de soins tous les matins, pendant trois semaines.
02:31Une cure conventionnée, prescrite par son médecin,
02:36pour soulager une affection de longue durée.
02:39C'est chaud, c'est vraiment très chaud.
02:42Donc ça fait tout de suite déjà, immédiatement, une première détente musculaire.
02:47Et c'est anti-inflammatoire et antalgique.
02:50Donc ça fait aussi un soin en profondeur.
02:54J'ai eu une maladie de la croissance quand j'étais enfant.
02:57Et j'ai aussi une arthrose avancée dans les articulations.
02:59Il y a une dizaine d'années, on me parlait d'invalidité, de l'ordre de 50%.
03:03Et j'ai eu la chance d'avoir un médecin remplaçant qui m'a prescrit une cure thermale.
03:09Et ça m'a permis de pouvoir supprimer totalement les arrêts maladie,
03:17diminuer beaucoup la prise d'antalgique.
03:19Et du coup, la cure m'est prescrite chaque année.
03:24Elle n'aurait jamais espéré de tels résultats.
03:29J'ai l'impression que ça m'a un peu rendue ma vie d'avant.
03:33Mon entourage a trouvé que je retrouvais ma gaieté, ma joie de vivre, mon humour.
03:39Et moi, j'ai l'impression que ça m'a rendue ma liberté,
03:42que ça a remis l'égalité des chances par rapport à un handicap.
03:44Pour Corinne, c'est un changement de vie.
03:49Mais beaucoup de Français confondent thermalisme et séjour bien-être.
03:54D'autres imaginent que tout est pris en charge par la sécurité sociale.
03:59Pour démêler le vrai du faux,
04:01Jean-Marc Boyer nous a donné rendez-vous à Roya,
04:04aux portes de Clermont-Ferrand.
04:06Ici, nous sommes dans la partie thermale.
04:09La particularité de Roya, c'est qu'on a une eau qui est naturellement gazeuse
04:13et on se sert du gaz pour des soins locaux comme ça.
04:18Le directeur va nous expliquer qui paie quoi
04:20sur une cure de trois semaines conventionnées.
04:24Seule la partie cure thermale, le forfait thermal est remboursé.
04:27Ça veut dire que ça représente 600 ou 700 euros selon le type d'indication.
04:31Et le curiste, en fait, va prendre un hébergement
04:35qui va lui coûter peut-être entre 800 et 1 000 euros,
04:38va en fait acheter dans les commerces pendant trois semaines.
04:40Cette partie-là, en fait, il faut arrêter de fantasmer là-dessus.
04:43Elle n'est pas payée par la sécu.
04:45Elle est payée par le curiste.
04:47Ce ne sont pas les vacances tout compris au frais de la sécu.
04:50Il faut aussi différencier soins thermales et bien-être.
04:54Justement, le spa est à quelques encablures.
04:58L'eau est similaire, mais le décor change du tout au tout.
05:01Là, on est vraiment dans le domaine du bien-être
05:05avec des gens qui sont derrière nous.
05:07En fait, achètent deux heures et demie de temps.
05:08Ils viennent, en fait, pour se détendre
05:10et pour profiter, en fait, de l'eau thermale.
05:14Parce que c'est sous une autre forme,
05:16sous une forme beaucoup plus légite
05:17et beaucoup plus bien-être que médicale.
05:20Ils ne sont pas remboursés, ceux-là, non.
05:22Le thermalisme sait se défendre.
05:25Mais depuis peu, les menaces sont plus palpables.
05:28Dans un rapport, la Cour des comptes remet en cause
05:31l'efficacité des cures.
05:33Elle estime que les bénéfices santé pour les patients
05:35ne sont pas démontrés
05:37et propose de revoir les remboursements
05:40pour économiser 260 millions d'euros par an.
05:44Au moment de notre reportage,
05:46l'examen du budget de la Sécurité sociale débute.
05:49Dans un contexte de rigueur,
05:52Jean-Marc Boyer le sait,
05:53ce sera forcément une épreuve.
05:55Je pense que là, il faut, par contre,
05:57qu'on soit très vigilants,
05:59qu'un amendement passé à 1h du matin,
06:01ça peut se faire.
06:05Une épée de Damoclès
06:07qui est frais aussi à une trentaine de kilomètres.
06:11Nous sommes dans la station de Châtel-Guillon.
06:13Daniel Forimbert, médecin thermal à la retraite,
06:26s'inquiète pour la santé des patients
06:27si les cures n'étaient plus remboursées.
06:30C'est une erreur parce que le traitement thermal
06:34s'adresse à des personnes qui ont des maladies chroniques.
06:39Il n'y a pas de traitement des maladies chroniques.
06:41Il faut que ce soit clairement dit
06:42qu'il n'y a pas de traitement pharmacologique.
06:44Sinon, la maladie ne serait pas chronique,
06:46elle serait guérie.
06:47Par contre, le traitement thermal
06:49s'adresse à la maladie
06:50et en améliore les symptômes de façon durable.
06:54Il n'y a rien en pharmacologie
06:57qui puisse faire ça.
06:58Et il améliore la qualité de vie
07:01dans des infections qui gâchent la vie des gens.
07:05Et si le patient ne vient pas en cure,
07:06il va avoir les hospitalisations,
07:09les arrêts de travail,
07:09les médicaments.
07:11Mais c'est la pire, fausse, bonne idée
07:14que j'ai jamais vue,
07:15cette idée de dérembourser.
07:17D'après elle,
07:18ce sont les plus faibles revenus
07:19qui en pâtiront le plus.
07:22Ça fera une inégalité sociale terrible
07:24parce que ceux qui viendront
07:27sont ceux qui pourront payer.
07:28Et globalement,
07:30il n'y a pas qu'un problème d'argent.
07:32C'est que le fait du remboursement,
07:34c'est comment dire,
07:35justement, ça valide
07:36que c'est quelque chose d'efficace.
07:38Donc même ceux qui ont les moyens
07:39viendront peut-être moins
07:41parce qu'on aura mis en doute
07:42par ce déremboursement
07:44l'efficacité du traitement.
07:47En moyenne,
07:48un curiste dépense entre 1200
07:50et 1500 euros
07:52dans l'économie locale.
07:54Si la fréquentation venait à baisser,
07:56les conséquences pourraient être dramatiques
07:58pour Châtel-Guillon.
07:59L'activité thermale,
08:03c'est 26% de nos nuités
08:04sur le territoire,
08:04ce qui représente quand même
08:05déjà un quart de l'activité
08:08sur nos hébergements.
08:10Ça fait vivre, nous,
08:11les ailes de saison,
08:12avril, mai, juin, septembre, octobre.
08:15Donc ça crée aussi
08:16une vraie activité économique
08:17sur le territoire.
08:19Gilles Brunel
08:20tient cette boutique de curiosité.
08:22C'est un tailleur de pierre
08:24de la région.
08:25Il fait plein de choses.
08:26Et là, notamment,
08:27il a fait un dessous plat
08:28avec les trois laves d'Auvergne.
08:29La Volvic,
08:31la Mont-de-Or
08:31et la Chambois.
08:33Et je trouve ça très original
08:34parce que du coup,
08:35ça permet d'expliquer
08:36aux curistes et aux touristes
08:38quelles sont nos laves en Auvergne.
08:40Les curistes
08:41représentent 50%
08:43de son chiffre d'affaires.
08:45Je pense que c'est le cas
08:46pour beaucoup de commerçants ici.
08:475000 personnes
08:48pendant 8 mois
08:49qui viennent eux
08:50mais avec leurs accompagnants
08:51et puis des fois,
08:52il y a leurs familles
08:52qui les rejoignent le week-end
08:53pour venir leur dire
08:54un petit coucou.
08:56Donc tout ça,
08:56c'est beaucoup de chiffres d'affaires.
08:58Clairement,
08:59si on imaginait le pire
09:01et qu'il y a deux fois moins
09:02de curistes et tout ça,
09:03c'est 30 à 40%
09:05des commerces qui fermeront
09:06parce qu'ils ne pourront pas vivre
09:07sans les curistes.
09:09Ça va être des pertes sèches d'emplois.
09:11Il ne faut pas se faire d'illusions.
09:13Donc,
09:15ça me paraît
09:16absolument essentiel
09:18pour la vie de nos territoires.
09:20Donc,
09:20le thermalisme
09:22fait partie
09:24de...
09:25C'est un aménageur
09:26du territoire
09:26de manière
09:27très forte.
09:29Et ça,
09:29je crois que c'est
09:29l'élément
09:30qu'il faut faire comprendre,
09:31il me semble,
09:32aux citoyens,
09:33aux décideurs,
09:35aux élus même,
09:36je dirais.
09:37Alors Jean-Marc Boyer
09:40a décidé de passer
09:42à l'action.
09:43Au Sénat,
09:45il a monté des journées
09:46du thermalisme
09:47pour casser les idées reçues
09:48dans l'esprit
09:49de certains de ses collègues.
09:51Ce qu'on essaye de faire,
09:52c'est effectivement
09:52de communiquer
09:53sur le thermalisme.
09:55En plein marathon budgétaire,
09:57il veut aussi avancer
09:58ses pions auprès
09:59de la nouvelle ministre
10:00de la Santé,
10:01Stéphanie Riste,
10:03médecin de profession.
10:05Bon voilà,
10:06c'est le courrier
10:06qui a été adressé
10:07au Premier ministre
10:08le 22 septembre,
10:09mais maintenant
10:10qu'il y a un gouvernement
10:11et une ministre
10:12de la Santé,
10:13on va essayer
10:14de relancer les choses
10:16et de la rencontrer.
10:18Surtout la sensibiliser
10:19au sujet.
10:19J'ai déjà dû exposer
10:20la première.
10:20Oui,
10:21elle est rhumatologue.
10:23La bonne question,
10:24ce serait de savoir
10:24si elle prescrit
10:25des cures à ses patients.
10:27Voilà la démarche actuelle
10:28qu'on a avec
10:29la nouvelle ministre.
10:31En parallèle,
10:34le secteur du thermalisme
10:36se réinvente.
10:38Les cures
10:38pourraient améliorer
10:39la qualité de vie
10:40des femmes en rémission
10:42d'un cancer du sein.
10:43C'est ce que tente
10:44de démontrer à Vichy
10:45le professeur
10:47Yves Jambignon.
10:48Dans ses études cliniques,
10:50chaque patiente
10:50bénéficie de soins thermaux,
10:52mais aussi d'un accompagnement
10:54psychologique
10:55et nutritionnel.
10:57Vous avez vu
10:58quel était un surpoids
10:59tout de même
11:00significatif,
11:02la crainte
11:02après son traitement
11:04de prendre
11:04encore plus de poids.
11:05Ce qui serait
11:06pas difficile.
11:06Je pense qu'elle va
11:08vous interroger
11:09de façon très précise.
11:11À Vichy,
11:12on est une indication
11:13digestive pour la cure.
11:15Les maladies
11:16métaboliques font partie
11:17dont l'obésité.
11:18Et chez ces femmes
11:20en post-cancer,
11:21on va essayer
11:23de lutter
11:23contre la surcharge
11:24pondérale
11:24et contre l'obésité
11:25pour leur qualité de vie
11:27et pour leur bien-être
11:28après.
11:29Les premiers résultats
11:30sont très positifs
11:31pour les femmes
11:32en rémission.
11:33On quantifie la qualité de vie
11:36physique et la qualité de vie
11:39psychologique et mentale.
11:42Et on a vu très vite
11:42ce score être significativement
11:46supérieur chez les femmes
11:47bénéficiant du séjour
11:48thermal par rapport
11:50au groupe contrôle.
11:52Mais,
11:53et je me permets d'insister
11:54là-dessus,
11:55ce score reste très significativement
12:00supérieur dans le groupe thermal
12:02à 5 ans.
12:04C'est véritablement exceptionnel.
12:06Tellement
12:07que l'assurance maladie,
12:09interpellée par ses travaux,
12:11envisage une prise en charge
12:12de ces nouvelles cures.
12:14Une expérimentation
12:15à plus grande échelle
12:16est en cours.
12:19Le thermonisme,
12:20aujourd'hui,
12:21a besoin d'évoluer
12:22sur la partie
12:24plus de prévention.
12:26Et je crois que c'est
12:28l'objectif
12:29que se fixent
12:30beaucoup d'opérateurs
12:31sur les stations thermales.
12:35Prévention,
12:36en particulier
12:36chez les jeunes,
12:38prévention
12:38sur l'obésité,
12:41mais aussi
12:42une diversification
12:43vers des soins
12:44post-cancer.
12:46Je pense que
12:47il y a là
12:48des pistes
12:49de réflexion
12:50et de travail
12:51à développer
12:52au niveau du thermalisme.
12:53Ces ensembles
12:54d'actions
12:54qui peuvent être engagées
12:55permettront,
12:56je pense,
12:57au thermalisme
12:58de pouvoir avoir
12:59encore de beaux jours
13:00et se développer.
13:02L'enjeu est de taille.
13:04Actuellement,
13:05en France,
13:05le thermalisme,
13:07c'est 4 milliards d'euros
13:08de retombées économiques
13:09et 22 300 emplois
13:12sur l'ensemble
13:13du territoire.
13:14de l'ensemble.
13:15Sous-titrage Société Radio-Canada
13:15Sous-titrage Société Radio-Canada
13:17Sous-titrage Société Radio-Canada
13:31Sous-titrage Société Radio-Canada
13:34Sous-titrage Société Radio-Canada
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