Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 4 mois
Ce mercredi 12 novembre, Tatiana Kastouéva-Jean, directrice du Centre Russie/Eurasie de l'Ifri, était l'invitée d'Annalisa Cappellini dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Elles sont revenues sur la résistance de l'Ukraine face à la Russie. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:00L'IFRI vient de publier une étude intitulée Europe-Russie, évaluation des rapports de force est sortie le 4 novembre dernier.
00:06Moscou qui a encore affirmé lundi qu'une victoire de l'Ukraine était illusoire après la prise de trois nouveaux villages par son armée.
00:13Notre invitée c'est Tatiana Kastouéva-Jean. Bonjour, vous êtes la directrice du centre Russie-Eurasie de l'IFRI.
00:20Vous êtes coordinatrice de cette étude. Est-ce que vous êtes arrivée à la fin de cette étude à la même conclusion que la Russie, l'Ukraine ne peut pas gagner ?
00:28En fait, on n'a pas traité de l'Ukraine dans ce rapport. On a traité du rapport des forces dans le face-à-face stratégique entre la Russie et l'Europe.
00:36Et on arrive à une conclusion, comme un chercheur, évidemment c'est tout à fait logique, assez équilibré.
00:42Nous avons des atouts stratégiques très forts, notamment nous, c'est-à-dire les Européens, notamment en matière de l'économie, des technologies, des alliances.
00:52Nous avons des faiblesses aussi, et notamment en matière de forces terrestres.
00:58La Russie, elle a cet atout de masse, cette capacité de mobiliser du monde et de les envoyer en fait à la mort pour des raisons que Vladimir Poutine explique aujourd'hui différemment,
01:13en fonction de celui qui veut entendre quoi ? Est-ce que c'est une guerre contre l'OTAN, contre l'élargissement de l'OTAN, ou contre les nazis, au pouvoir acquis, etc.
01:23Mais il arrive à mobiliser, et aujourd'hui c'est jusqu'à 30 000 hommes par mois.
01:28Oui, c'est-à-dire que vous ne parlez pas de l'Ukraine directement, mais évidemment c'est le sujet qu'il y a derrière, c'est la capacité de la Russie à continuer ou pas cette guerre.
01:36Il y a dans votre popo la question presque culturelle du rapport à l'humain, peut-être qu'on ne comprend pas en Europe par rapport à la Russie ?
01:45En fait, il y a quand même des régimes politiques qui sont tout à fait différents.
01:50Des régimes démocratiques où l'individu compte, la vie de l'individu compte, et en face, le régime autoritaire,
01:57qui commence à avoir des traits presque totalitaires, qui baignent la population dans une propagande,
02:05et qui en plus, c'est ça l'astuce de Vladimir Poutine pour cette guerre, qui paye et très chèrement la participation à la guerre.
02:13Il y a aujourd'hui un choix presque rationnel de la part des hommes russes d'aller faire la guerre moyennant l'argent
02:20qu'ils mettraient autrement 10 ans à gagner dans leur vie civile.
02:23Annalisa ?
02:24Pour dire un mot de l'économie, dans votre rapport, vous expliquez que la Russie s'oriente vers une période de stagflation,
02:30qu'elle a un déficit croissant, en gros que c'est un pays de moins en moins capable de se moderniser,
02:35et de plus en plus dépendant de la Chine.
02:37Donc ce sont des perspectives très sombres, et pourtant l'économie russe nous a déjà étonnés par sa résilience,
02:43par sa capacité à s'adapter.
02:45En effet, l'économie russe a été très résiliente pendant les trois années de guerre.
02:50C'est une économie où il y a quand même beaucoup d'entreprises privées,
02:54et chacun a mis en place des stratégies de contournement de sanctions, des stratégies de survie.
02:59L'économie russe est aujourd'hui vraiment adossée à l'économie chinoise,
03:03qui lui donne de la profondeur stratégique.
03:06Et l'injection des sommes considérables dans l'économie,
03:10pour la guerre, pour les salaires, et notamment dans le complexe militaire industriel,
03:15a créé une sorte de bulle de croissance,
03:18qui a pu afficher à la fin de l'année dernière 4,3%.
03:22Mais je pense que cet effet a été momentané, une sorte de bulle.
03:25Les responsables russes eux-mêmes prévenaient contre cet état de l'économie surchauffée.
03:32Et donc, on arrive au bout de ce cycle,
03:34et depuis le début de l'année 2025,
03:36l'économie russe montre quand même beaucoup de signes de fragilité,
03:40de l'inflation, le déficit budgétaire que vous avez mentionné,
03:44qui se creuse et qui est chiffré à 2,6% pour cette année.
03:48Il n'y a plus suffisamment d'argent pour payer,
03:51comme pendant trois ans, les combattants et leurs familles.
03:54On voit bien que certaines régions réduisent le bonus qui est payé à la signature du contrat, etc.
04:00La suite va dépendre de plusieurs choses,
04:03et notamment de l'impact des sanctions,
04:05qui sont des sanctions prévues pour avoir un effet durable, un effet lent.
04:10Vous avez arrivé à chiffrer ça, l'impact des sanctions sur l'économie russe ?
04:14Eux disent que ça ne fait rien, nous on dit que c'est utile ?
04:17C'est très difficile de chiffrer.
04:18Oui, il est certain que les sanctions occidentales contribuent en fait à l'inflation en Russie.
04:25Tout est plus long, les chaînes d'approvisionnement, tout est plus cher.
04:28Si au lieu d'acheter directement à votre fournisseur,
04:31vous êtes obligé de passer par d'autres pays,
04:33par un, deux, trois intermédiaires en les payant,
04:36évidemment à la fin vous avez un produit qui est plus cher,
04:40et parfois aujourd'hui les choses sont remplacées par les productions chinoises,
04:44parfois de moins de bonne qualité, etc.
04:46Très difficile de donner un chiffre exact de l'impact de ces sanctions,
04:50mais on va voir notamment là l'impact des sanctions américaines,
04:56qui le président Trump souhaite taxer les achats des hydrocarbures russes par la Chine et par l'Inde.
05:06Les compagnies chinoises et indiennes ralentissent un peu pour cet achat,
05:10s'ajustent, trouvent d'autres solutions,
05:13on va voir quel impact ça va avoir à long terme,
05:15mais là c'est vraiment les hydrocarbures, c'est le cœur du moteur économique russe,
05:20c'est 70% des exportations russes,
05:23c'est 30% des recettes budgétaires,
05:25donc quand ça frappe le pétrole et le gaz russe,
05:28c'est là où ça fait mal.
05:29Merci beaucoup Tatiana Kastouéva,
05:32Jean d'être venue ce matin dans la matinale de l'économie.
Commentaires

Recommandations