00:00On poursuit sur les déclarations de Donald Trump d'hier avec ses 50 minutes d'intervention au lance-flamme.
00:05Il s'est attaqué à l'Europe, on vient d'en parler sur les questions climatiques,
00:08également sur le sujet des migrants.
00:10Focus sur ces attaques sur l'ONU.
00:12Marie-Cécile Nave, bonjour.
00:13Vous êtes directrice de recherche à l'IRIS.
00:16On entendait Donald Trump dire que l'ONU, il n'y a que des problèmes d'escalator et des problèmes de prompteur,
00:21ça ne sert strictement à rien, ça n'a arrêté aucune guerre.
00:24Alors, il n'a pas complètement tort.
00:26C'est-à-dire que si on regarde évidemment l'histoire depuis la création de l'ONU,
00:29on ne peut pas dire que l'efficacité en termes de conflit soit là.
00:32Est-ce que vous diriez qu'il a raison quand il remet en cause le multilatéralisme ?
00:38Ce que je vous dirais, c'est qu'il nous contraint à commenter des propos
00:42qui sont toujours les mêmes finalement dans la bouche de Trump,
00:45à part sur l'Ukraine, peut-être on y reviendra.
00:47On y reviendra, on change tout le temps d'avis.
00:48Bon, ça c'est un facteur de déstabilisation mondiale, c'est sûr.
00:53Mais en mettant le focus sur des propos du président américain
00:57qui sont finalement récurrents et qui, moi, ne me surprennent pas,
01:03il nous contraint à ne pas parler d'autre chose,
01:07à ne pas parler de ses échecs en politique internationale
01:10ou en politique internationale.
01:11Il n'y a aucune stratégie dans la tête de Trump et à la Maison-Blanche.
01:15Il n'y a aucune vision, il n'y a aucune politique cohérente
01:18et le monde entier ricane de ce que fait Trump sur le plan international.
01:23Mais sur le rôle de l'ONU, vous ne pensez pas qu'il y a une question à se poser ?
01:27Pour vous, c'est un bon sujet ?
01:28Mais pas en se situant par rapport à Trump,
01:30c'est-à-dire la manière dont l'ONU aujourd'hui est présente ou est absente
01:35dans certaines résolutions de conflits ou dans l'anticipation de problèmes.
01:40Ça, c'est une question qui mérite d'être débattue, évidemment,
01:43mais pas en se situant par rapport à ce que dit Trump,
01:47qui insulte tout le monde.
01:48Donc, je ne me situerai pas par rapport à ce commentaire-là.
01:51On a l'évoqué, il y a un instant, Marie-Cécile Naf,
01:53Donald Trump a opéré un vrai changement sur la question ukrainienne.
01:57Il dit désormais que l'Ukraine peut gagner la guerre contre la Russie,
02:01qu'elle pourrait conquérir tous les territoires perdus et même en gagner d'autres.
02:05C'est un vrai changement de ton.
02:06Est-ce que ça reflète un changement de stratégie ?
02:09On n'en sait rien, en fait, parce que peut-être que demain,
02:11il dira autre chose si jamais Vladimir Poutine l'appelle pour le flatter à nouveau
02:15et lui dire combien c'est un grand président,
02:18le plus grand président que les États-Unis aient jamais eu.
02:20En fait, c'est ça qui se passe, c'est que Poutine n'a pas tenu les engagements
02:24qu'ils ont scellés probablement pendant les années,
02:28que moi j'appelle les années Mar-a-Lago, c'était les années 2020-2024,
02:31et que Poutine se joue de Trump.
02:33Il a très bien compris à qui il avait affaire,
02:35quelqu'un dans lequel il faut entrer dans une stratégie de flagornerie.
02:41Mais aujourd'hui, Poutine ne remplit pas sa part du contrat,
02:44à savoir mettre un terme à la guerre,
02:47même un cessez-le-feu en échange de contrats économiques
02:51qui seraient offerts aux entreprises américaines en Russie.
02:54Désormais, Trump dit, même à l'OTAN, il faut réagir quand vous recevez des drones.
02:58C'est quasiment quotidien, désormais, les survols de drones au-dessus de l'Europe.
03:03L'OTAN fait quand même très attention à ce qu'elle fait,
03:07n'a pas une envie d'aller dans le conflit.
03:09Là, il pousse clairement à un conflit avec l'Europe.
03:11Mais qu'est-ce que ça veut dire, en fait ?
03:13L'OTAN doit réagir.
03:14C'est toujours Sibylin, c'est toujours des allusions,
03:16c'est toujours des petites phrases comme ça que nous,
03:18on est contraints, ou pas d'ailleurs, de commenter.
03:21Mais concrètement, qu'est-ce que ça veut dire ?
03:23Est-ce qu'il pousse implicitement à un conflit ouvert entre l'OTAN et la Russie ?
03:28Vous imaginez ce que ça voudrait dire ?
03:29Même si les provocations de Poutine, évidemment,
03:34vont dans le sens de ce type de commentaires.
03:36Mais quand je vous entends, Marie-Cécile Neuf,
03:37on dirait que ce matin, on ne devrait pas commenter Trump.
03:39On devrait ne pas avoir écouté son discours 50 minutes,
03:42on devrait avoir fait comme si ça n'existait pas.
03:45Pour moi, il n'y a rien de véritablement nouveau.
03:48Ça fait des années.
03:51Chaque fois qu'il vient à l'ONU, il insulte le monde entier, finalement.
03:54Bon, là, il y a des nouvelles choses un peu sur la guerre en Ukraine,
03:57parce qu'il est extrêmement frustré que les choses n'avancent pas,
04:00voire qu'elles empirent.
04:02Et lui qui s'était targué pendant la campagne
04:04de résoudre ce conflit en quelques jours ou en quelques mois,
04:07on voit bien que non seulement ça ne s'arrange pas,
04:10mais la Russie fait des provocations nouvelles
04:13vis-à-vis de l'Europe occidentale.
04:15Donc, pour l'instant, c'est quand même son gros échec
04:19en termes de politique internationale.
04:21Et donc, il est dans une espèce de frustration
04:23qu'il essaie de gérer avec de nouvelles provocations.
04:29Mais sinon, il n'y a rien de nouveau.
04:31Qu'est-ce qu'il propose concrètement ?
04:33Qu'est-ce que les États-Unis proposent
04:35pour résoudre véritablement les conflits mondiaux
04:38ne pouvaient pas faire en sorte que des conflits gelés
04:43perdurent, comme c'est le cas dans ce qu'il dit,
04:46par exemple, quand il dit « j'ai résolu six guerres,
04:49mis fin à six guerres, à sept guerres ».
04:50En fait, non, il fait perdurer des conflits gelés
04:53sur un certain nombre de points de la planète.
04:55Quelle est la stratégie cohérente en matière économique
04:58sur le plan international ?
04:59La stratégie cohérente, justement, en termes de discussion
05:02sur les points de conflit,
05:05sur l'avenir des grands équilibres mondiaux,
05:08on n'en sait rien.
05:08Sur la Chine, par exemple, on a l'impression
05:10qu'il lâche l'affaire, que la brouille énorme
05:13qui est en cours entre les États-Unis et l'Inde,
05:16qui met fin à des décennies de rapprochements
05:19entre les deux pays, tout ça parce que Modi
05:21n'a pas voulu le soutenir dans l'obtention
05:23du prix Nobel de la paix.
05:25C'est quand même...
05:27On a l'impression qu'il n'y a aucune stratégie,
05:29aucune vision géopolitique.
05:29Et il ne faut pas croire que le monde entier
05:32est majoritairement sidéré face à ça
05:35et à peur de lui.
05:36Il y a des reconfigurations mondiales...
05:38Notamment entre Chine et Inde.
05:39Entre Chine et Inde, avec la Chine qui prend le lead,
05:42qui est en train de prendre le lead dans le monde
05:44en apparaissant comme dans le monde du sud global,
05:46on pourrait dire, en voulant apparaître
05:48comme le pôle de stabilité mondial
05:50que ne sont pas les États-Unis.
05:52C'est quand même plutôt pas à mettre au crédit
05:55du président américain.
05:57Merci beaucoup, Marie-Cécile Nave,
05:58d'être venu ce matin dans la matinale de l'économie.
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