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Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février dernier, les Russes se rangent majoritairement du côté de leur président. D’autres ont décidé de s’opposer à Vladimir Poutine. Ariane Riou, journaliste à la cellule Récits du Parisien, raconte pour Code source ses reportages en Russie à la rencontre des habitants.

Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Ambre Rosala - Production : Raphaël Pueyo, Ambre Rosala et Thibault Lambert - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Musiques : François Clos, Audio Network, Epidemic Sound - Identité graphique : Upian

Archives : TMC, RMC, Vzgliad.

#ukraine #russie #opinion

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Transcription
00:02Bonjour, c'est Jules Lavi pour Codesource, le podcast d'actualité du Parisien.
00:12Comment les Russes jugent-ils la guerre en Ukraine ?
00:15Soutiennent-ils vraiment leur président ?
00:17Pour essayer de répondre à ces questions, une journaliste du Parisien est partie en Russie à la fin du mois
00:22de mars
00:22afin d'y préparer une série de 6 articles publiés ensuite au mois d'avril.
00:27Dans Codesource, aujourd'hui, elle prend le temps de nous raconter son immersion dans la Russie de Vladimir Poutine.
00:44Ariane Rioux, c'est vous qui allez nous plonger dans la Russie de Poutine.
00:48On a envie d'en savoir plus sur vous.
00:50Vous avez 31 ans. Est-ce que vous pouvez nous résumer votre carrière au Parisien en quelques mots ?
00:54Je suis arrivée au Parisien à ma sortie d'école de journalisme quasiment en 2014
00:59et je suis passée par plusieurs services différents, la police-justice, les loisirs.
01:04Et après, je suis allée dans les éditions locales, le Val-de-Marne, puis les Hauts-de-Seine.
01:07Et là, depuis un peu plus d'un an, je suis allée à la cellule Récit
01:10où il m'arrive parfois de faire des reportages à l'étranger.
01:13Avant d'aller là-bas, quelles questions vous vous posez sur la Russie d'aujourd'hui ?
01:17Les questions que je me pose, c'est surtout par rapport au pro-Poutine
01:20parce que je sais qu'ils sont majoritaires dans le pays
01:23et je vais essayer de comprendre pourquoi, je vais essayer de comprendre ce soutien.
01:26Je veux rencontrer ces personnes-là qui sont assez difficiles à approcher depuis la France.
01:31C'est compliqué d'obtenir un visa pour la Russie ?
01:33Étonnamment, non. Je m'attendais à ce que ça soit plus compliqué.
01:35Une fois finalement que j'ai déposé la demande de visa, je l'ai obtenu en cinq jours
01:39parce que finalement, en ce moment, assez peu de gens demandent à partir en Russie.
01:43Particularité pour ce reportage, Ariane Riou, vous allez devoir partir avec beaucoup d'argent liquide.
01:48Oui, parce qu'en fait, les cartes bancaires étrangères ne fonctionnent plus du tout.
01:53Les virements non plus ne sont plus possibles.
01:55Donc je pars avec 5000 euros en liquide.
01:58Je ne suis évidemment pas très sereine de partir avec autant d'argent
02:01mais je dois payer beaucoup de monde sur place.
02:03Une fixeuse, donc c'est une dame qui traduit et qui prépare aussi les rendez-vous que j'aurai là
02:07-bas.
02:07Et un photographe aussi russe.
02:10Donc évidemment, je ne vais pas tout dépenser
02:11mais j'ai aussi besoin d'argent au cas où j'ai un problème sur place.
02:15Ariane Riou, après une escale à Dubaï, vous atterrissez à Moscou le lundi 28 mars.
02:19D'abord, est-ce qu'il y a des signes visibles de la guerre en Ukraine dans les commerces ou
02:23dans les rues par exemple ?
02:24Alors à première vue, non.
02:26Tout a l'air assez normal.
02:27Sauf que c'est vrai que quand on regarde un peu plus près,
02:28on voit qu'il y a pas mal de magasins qui ont fermé.
02:31Je passe devant un McDonald's qui est complètement fermé.
02:34Je passe devant un Uniqlo, un magasin de vêtements qui est lui aussi fermé.
02:37Et puis dans la rue, on croise une voiture avec la lettre Z.
02:41On ne sait pas exactement d'où ça vient,
02:44mais c'est le symbole aujourd'hui de ceux qui soutiennent l'armée russe.
02:48Le soir même, vous vous rendez dans une salle de sport de Moscou
02:50où vous rencontrez une sportive influenceuse favorable à Vladimir Poutine.
02:55Elle s'appelle Mariana Nomova.
02:57Elle a 22 ans et l'une de ses vidéos est devenue virale.
03:01C'est une haltérophile.
03:02Elle a commencé très jeune.
03:03Elle avait 13 ans.
03:04Et à 15 ans, elle a battu un record.
03:06Elle a soulevé 150 kilos.
03:09C'était lors d'une compétition qui est assez renommée dans le milieu du bodybuilding.
03:13Il s'appelle les Arnold Classics, créé par Arnold Schwarzenegger, l'acteur américain.
03:18Et donc à cette occasion, elle rencontre cet acteur qui est un peu son idole.
03:22Et donc ils échangent.
03:23Et au moment où la guerre a démarré,
03:26cet acteur même a posté une vidéo sur Twitter.
03:28Je sais que votre gouvernement vous a dit que c'était une guerre pour dénazifier l'Ukraine.
03:36Dénazifier l'Ukraine, ce n'est pas vrai.
03:38Ce n'est pas la guerre pour défendre la Russie que vos arrière-grands-pères ont menée.
03:42Alors elle, du haut de ses 22 ans, elle a une vision très claire.
03:46Elle argumente beaucoup.
03:47Pour elle, la guerre est nécessaire, ces termes.
03:55Depuis qu'elle est toute jeune, depuis qu'elle a vu un reportage sur la guerre dans le Donbass,
03:59quand elle était adolescente, elle s'y est rendue plein de fois.
04:01Et donc elle veut lui livrer sa vérité.
04:04Elle est même assez vindicative.
04:06Elle lui dit, c'est difficile pour vous de comprendre ce qui se passe
04:08quand on est à des centaines de kilomètres du lieu où tout se passe.
04:12Et donc la vidéo devient virale très vite.
04:15Elle est vue près de 50 000 fois en très peu de temps.
04:21Qu'est-ce qu'elle vous dit sur la guerre en Ukraine ?
04:46Le lendemain, le mardi, vous allez dans un grand centre commercial en proche banlieue de Moscou
04:50où Ikea ou encore Zara ont fermé leurs portes.
04:53Les moscovites que vous voyez, comment est-ce qu'ils vivent les fermetures de beaucoup de magasins occidentaux ?
04:58La plupart sont assez tristes finalement de la fermeture des magasins
05:01parce qu'ils y avaient leurs habitudes, ils s'y étaient habitués.
05:04Et aussi assez injustes parce qu'ils payent les conséquences de choses qu'ils n'ont pas choisies.
05:09Vous allez ensuite dans une commune rurale à Berezovska, environ 150 kilomètres au sud de Moscou.
05:13D'abord, à quoi ça ressemble ?
05:15Alors Berezovska, c'est un village qui est situé entre deux grosses villes, Moscou et Kaluga, qui est au sud.
05:21Il y a très peu d'habitations.
05:23Il est bordé d'une autoroute pas loin.
05:26Il est entouré de champs, de forêts.
05:31Un village très populaire.
05:32Là, vous tombez sur un homme, un certain Rachid, qui vous explique que les sanctions ne le touchent pas du
05:37tout.
05:38Alors lui, c'est vrai qu'il est très virulent contre l'Occident.
05:42Il me dit que les Européens, en cas fermé, tout ce qu'ils veulent, la Russie n'a pas besoin
05:47d'eux.
05:47Pour lui, les sanctions, finalement, elles touchent les classes les plus aisées,
05:51qu'aller dans les magasins de luxe ou les magasins tout court occidentaux.
05:55Lui, en fait, il s'achète très peu de vêtements.
05:57Il n'a pas besoin de tout ça, donc finalement, ça le touche très peu.
05:59L'étape suivante de ce reportage, c'est une cité industrielle dans le même secteur, Kaluga.
06:05Ville connue pour son musée de l'air et de l'espace.
06:07Il y a une grande fusée décorative à l'entrée de la ville.
06:10Un homme âgé d'une quarantaine d'années, père de quatre enfants,
06:13vous invite à venir chez lui, à la maison, pour prendre le thé.
06:17C'est vrai qu'on est accueillis avec la fixeuse et le photographe en grande pompe.
06:22Ils ont dressé la grande table du salon avec du thé, des fruits secs, des gâteaux.
06:27Il y a Alexei, le père de 38 ans, la mère Yana et leurs quatre enfants de 14 à 2
06:34ans.
06:35C'est une famille classique, très patriotique, de confession orthodoxe, comme la majorité des Russes.
06:40L'échange est assez facile.
06:42C'est beaucoup Alexei qui parle beaucoup plus que ses enfants ou sa femme.
06:46Pour lui, comme tous les pro-Poutine qu'on a pu rencontrer, la guerre est nécessaire.
06:50Ce qui revient très souvent dans son discours, c'est la lutte contre le fascisme, contre le nazisme.
06:56Il est convaincu qu'il y a des néo-nazis aujourd'hui en Ukraine et qu'il faut éradiquer ce
07:02fléau.
07:02Ariane Rioux, ce jour-là, vous aviez prévu d'aller plus tard dans la soirée dans un club de sport
07:06patriotique,
07:07toujours à Kaluga, donc un club favorable à Vladimir Poutine.
07:11Et pendant la journée, vous avez reçu un appel surprenant.
07:14En fait, on apprend que quelques heures plus tôt, le club de sport de Kaluga
07:19a contacté le FSB local, à Kaluga aussi, pour savoir qui j'étais, pour quel média je travaillais,
07:25parce qu'il s'inquiétait de savoir s'il pouvait répondre sereinement à mes questions.
07:28Le FSB local s'est empressé de prévenir le siège à Moscou,
07:32qui, lui, a décidé de rassurer tout le monde, donc d'une part le club de sport,
07:36et qui a appelé aussi ma fixeuse pour lui expliquer toute l'histoire
07:39et pour lui dire qu'on allait pouvoir travailler sereinement.
07:41Le fait que votre fixeuse, Rima, soit en lien avec le FSB, ce n'est pas surprenant finalement ?
07:47Non, parce qu'elle travaille depuis un moment en Russie avec beaucoup de journalistes français.
07:53Ce qui, finalement, moi, me surprend en tant que français,
07:57c'est qu'un club de sport lambda puisse avoir le numéro des renseignements
08:01et demande l'autorisation avant de répondre à une journaliste.
08:05Et plus tard dans la soirée, vous êtes donc dans ce club de sport de Kaluga,
08:08vous y voyez des jeunes, des ados qui s'entraînent à la boxe,
08:11ils seront en âge de combattre dans quelques années.
08:13Est-ce que ça les inquiète ?
08:15Pour la plupart, non.
08:17Beaucoup me disent qu'ils seraient même fiers de pouvoir se battre pour leur patrie.
08:22On rencontre notamment Vadim, qui a 16 ans, qui est tout frêle,
08:25qui vient dans le club d'arts martiaux depuis deux ans
08:29et qui nous dit cette phrase que j'ai trouvée très forte,
08:31« Ma patrie est plus importante que ma propre vie »
08:34et que, s'il le faut, il y réfère son devoir.
08:38Le lendemain, le jeudi 31 mars, Ariane Rioux, à Moscou, dans un bar,
08:42vous rencontrez l'un des leaders d'un groupe de rock patriote.
08:46Oui, il s'appelle Alexei.
08:48Il a ce groupe depuis plusieurs années.
08:52À l'origine, il faisait simplement du rock romantique, c'est lui qui dit ça.
08:56Et en fait, ça a un peu basculé au moment du début de la guerre dans le Donbass, en 2014,
09:00où là, dans toutes leurs chansons quasiment,
09:03ils se mettent à la place de soldats pro-russes.
09:06Leurs chansons sont très populaires dans le Donbass.
09:09Ils s'y sont produits même plusieurs fois pendant la guerre,
09:12depuis qu'elle a éclaté il y a huit ans, et ils y retournent régulièrement.
09:15Et aussi, donc, sont clairement derrière Poutine.
09:17Oui, même lui, il me dit que pendant des années,
09:21il trouvait que Poutine n'allait pas assez loin.
09:23Et là, finalement, il est satisfait de ce qu'il se passe aujourd'hui.
09:26Lui aimerait finalement que ce territoire soit annexé par la Russie.
09:31Ce jour-là, vous entrez en contact par téléphone avec un professeur de 28 ans
09:35qui a choisi de fuir la Russie, un certain Kamran Manaflay.
09:40Il travaillait dans une école de Moscou.
09:42Pour lui, quand les ennuis ont-ils commencé ?
09:45Les ennuis ont commencé quelques jours après l'assaut de la Russie en Ukraine le 24 février.
09:53Il y a une réunion qui est organisée dans son école où il est professeur.
09:56L'administration demande à tous les professeurs de présenter en amont de leurs cours
10:02à un PowerPoint dans lequel ils évoquent d'une part les fake news
10:06qu'on peut trouver dans les médias dissidents du pouvoir.
10:11Il leur parle aussi du néonazisme qu'il peut y avoir, selon eux, en Ukraine.
10:17Il y a beaucoup de profs, finalement, selon les dires de Kamran,
10:20qui trouvent que c'est bien de faire ça, qui appliquent cette demande.
10:24D'autres qui sont un peu réticents, mais qui vont trouver des subterfuges pour ne pas le faire.
10:28Lui, Kamran, ce qui est assez différent, c'est qu'il va plus loin.
10:30Il clame son opposition fermement pendant la réunion.
10:35Il va même plus loin dans les jours qui suivent en postant ce qui lui est arrivé
10:39et ce qu'on lui a demandé de faire sur son compte Instagram.
10:43Kamran est convoqué par la principale de son école.
10:45Il est convoqué à cause de ce qu'il a posté sur Instagram.
10:48La principale lui dit qu'il doit effacer.
10:51Kamran refuse.
10:52Et donc, il est renvoyé.
10:54Sauf que dans les jours qui suivent, ça va encore plus loin.
10:56Kamran, il apprend que la principale pense qu'il est un agent de l'Ouest.
11:01Elle est allée consulter son compte Instagram.
11:04Voilà, Kamran, c'est un professeur.
11:06Il a 28 ans, donc il a voyagé aux Etats-Unis, en Europe.
11:10Et donc, il a plein de photos sur son compte Instagram de ses voyages.
11:13Et donc là, Kamran panique.
11:15En quelques heures, il fait ses valises et il décide de quitter la Russie
11:18parce qu'il a peur d'être emprisonné.
11:20Il quitte donc son pays début mars.
11:22Ariane Rioux, est-ce qu'il regrette de s'être exprimé librement ?
11:26Non, il ne regrette absolument pas.
11:28Il me dit que si c'était à refaire, il le referait.
11:31En revanche, c'est vrai que ça a eu des conséquences sur sa vie.
11:34Il est extrêmement triste.
11:35Il me dit, voilà, j'ai 28 ans, j'avais une vie confortable, un travail.
11:38J'ai tout perdu et à 28 ans, je suis obligée de tout recommencer à zéro.
11:46Un peu plus tard, Ariane, pendant votre voyage en Russie, vous rencontrez une autre enseignante
11:50à Moscou, Olga, 46 ans, professeure de sciences sociales dans le secondaire.
11:55Ses élèves ont entre 15 et 17 ans.
11:57Et elle essaie, sans se mettre en difficulté vis-à-vis des autorités russes, de développer
12:02leur esprit critique.
12:03Elle essaie de leur donner des clés pour qu'ils puissent faire leur propre avis sur
12:08ce qui se passe.
12:10Elle utilise des cas concrets.
12:12Par exemple, pour leur parler du décryptage des médias, elle prend comme exemple les aventures
12:18d'Harry Potter, le sorcier.
12:20Dans ses romans, il y a un journal qui s'appelle La Gazette du sorcier, où travaille la journaliste
12:25Rita Skeeter, qui est très connue pour déformer ses articles à son avantage.
12:30Et donc, en prenant cet exemple concret, elle leur montre que parfois, ce qu'on peut lire
12:35dans la presse ou dans les médias peut être déformé.
12:40Le vendredi 1er avril, Ariane Rioux, vous allez visiter l'équivalent de Sciences Po à
12:44Moscou, une école baptisée M-Guimau, qui est connue pour être proche du pouvoir.
12:49Les étudiants que vous croisez sur place, ils sont issus de milieux favorisés, c'est
12:53ça ?
12:53Oui, ils sont tous en costume, ils roulent en Porsche.
12:58C'est vraiment la jeunesse dorée de Moscou.
13:00Et ces jeunes russes reprennent à leur compte le discours officiel de Vladimir Poutine.
13:05Est-ce qu'ils vous semblent sincères ?
13:06Ils me semblent très sincères.
13:08Quand ils répondent, on n'a pas du tout l'impression qu'ils ont le couteau sous la
13:11gorge.
13:11Ils répondent spontanément, ils ne prennent pas le temps de réfléchir à leur réponse
13:16et ils ont l'air très convaincus par ce qu'ils disent.
13:18On sait quelle est la proportion de Russes solidaires de la politique de Poutine actuellement ?
13:23Oui, il y a un sondage qui est paru fin mars, publié par un institut de sondage indépendant
13:28russe qui s'appelle l'Evada et qui dit que 83% des Russes soutiennent l'action de
13:34Vladimir Poutine.
13:35Dans l'après-midi, ce jour-là, vous roulez vers un quartier huppé de Moscou, Nikolina
13:39Gora.
13:40Est-ce que vous pouvez nous décrire l'endroit ?
13:42C'est un peu le Beverly Hills de Moscou parce que c'est là que les plus aisés ont
13:47leur maison de campagne, leur dacha.
13:49Sur la route, il y a des grands pins et puis des grandes palissades qui cachent, on voit
13:54derrière des propriétés qui sont immenses.
13:56Il y a aussi beaucoup de policiers parce qu'en fait, c'est une route gouvernementale.
14:01On m'a dit que Vladimir Poutine avait l'une de ses propriétés à cet endroit.
14:05Et dans ce quartier, un journaliste vous accueille chez lui.
14:08Il s'appelle Sergei Boutman, rédacteur en chef adjoint d'une radio indépendante
14:13du pouvoir, la radio Éco de Moscou, qui vient tout juste d'être fermée.
14:16Oui, ce monsieur vient d'être licencié et on voit chez lui, dans sa maison, les cartons
14:22qui ont été déménagés de sa radio.
14:24Vladimir Poutine a fait voter une loi le vendredi 4 mars pour interdire l'usage du
14:29mot « guerre » ou tout commentaire d'ailleurs jugé dégradant pour l'armée russe.
14:33Plusieurs médias comme sa radio, la radio Éco, ont été fermés.
14:36Qu'est-ce qu'il dit de la situation en Russie ?
14:39Il m'explique d'abord que finalement, cette pression, elle existe depuis bien longtemps.
14:44Mais là, c'est vrai que récemment, avec la guerre en Ukraine, ça s'est accéléré.
14:48Par exemple, son rédacteur en chef s'est fait taguer son entrée d'inscription antisémite.
14:53Il y a même une tête de cochon qui a été déposée sur le pas de sa porte.
14:57Lui me dit qu'il n'a pas encore reçu de menace directe.
15:00Mais c'est vrai que dans son discours, quand je lui pose des questions assez concrètes,
15:05est-ce que pour lui, il y a une chasse aux traîtres massive ?
15:08Est-ce que la situation est compliquée ?
15:11Il pondère toutes ces phrases par un « pour l'instant ».
15:13Il dit « il n'y a pas de mort pour l'instant », « il n'y a pas
15:17de répression massive pour l'instant ».
15:19Mais voilà, il répète tout ça comme si ça pouvait évoluer très rapidement.
15:23Ariane Rioux, le 16 mars, Vladimir Poutine a aussi tenu un discours extrêmement violent concernant les opposants.
15:30Il les qualifie de « traîtres » qui rampent devant la casse supérieure occidentale.
15:34Il emploie des mots très très forts.
15:36Tout peuple, et en particulier le peuple russe, est capable de distinguer les vrais patriotes de la racaille et des
15:42traîtres
15:43et de recracher ces derniers comme un moucheron qui aurait accidentellement atterri dans leur bouche.
15:49Et il appelle même à la purification du pays.
15:51Je suis convaincu que cette purification naturelle et nécessaire de la société ne fera que renforcer notre pays,
15:56notre solidarité, notre cohésion et notre capacité à relever n'importe quel défi.
16:03Et justement, ce jour-là, vous rencontrez un jeune opposant.
16:06Il s'appelle Dimitri Ivanov.
16:07Il a 22 ans, il se définit comme un activiste et il a été victime d'intimidation ces dernières semaines.
16:13Oui, la porte de son appartement a été taguée à deux reprises, mi-mars et fin mars.
16:18A chaque fois, on a tagué cette fameuse lettre Z.
16:21On a aussi écrit « Ne trahis pas ton pays ».
16:24Et la deuxième fois, on avait inscrit le numéro de l'article de la loi qui punit ceux qui s
16:28'expriment en défaveur de la guerre en Ukraine.
16:30Ce jeune homme, il a peur pour sa sécurité ?
16:32Lui, il dit que non.
16:33Pourtant, c'est vrai que quand il raconte ce qui s'est passé pour lui ou même pour d'autres
16:37gens qu'il connaît, ça peut paraître effrayant.
16:39Il m'a notamment dit qu'un de ses amis, quelques semaines auparavant, a été torturé chez lui par la
16:45police russe qui lui réclamait des informations sur d'autres activistes.
16:49Il ne veut pas en dire plus sur cette histoire, mais on sent que cette histoire l'a marquée.
16:52Il précise que cet ami a ensuite quitté le pays, mais ce n'est pas ce qu'il fait.
16:55Non, lui, il me dit qu'il n'a pas envie de partir, que la Russie, c'est son pays.
17:00Il a changé quelques-unes de ses habitudes, par exemple.
17:03Il m'explique qu'il ne prend plus le métro parce que c'est un endroit où il y a
17:05beaucoup de policiers.
17:06Mais à part ça, il continuait à vivre assez normalement.
17:09Vous l'interviewez à Moscou, dans un café. Il n'a pas peur de vous parler comme ça et en
17:13plus devant des témoins ?
17:14Non, il parle même assez fort.
17:16C'est même moi qui parfois lui dis, est-ce que vous ne voulez pas baisser un petit peu le
17:19ton parce que je m'inquiète pour lui.
17:21Et en fait, pour lui, parler à la presse étrangère, c'est une façon de se protéger.
17:26Ariane Rioux, votre reportage en Russie, touche à sa fin le samedi.
17:30Mais vous interrogez par téléphone un autre opposant au président Poutine, un ancien journaliste, Maxime, 37 ans, et il est
17:38très amer.
17:38Oui, en fait, lui, c'est un officier de réserve.
17:42Et il sait qu'avec ce statut d'officier de réserve, il peut être appelé à n'importe quel moment
17:46pour aller combattre en Ukraine.
17:47Et s'il refuse de le faire, il peut être emprisonné.
17:50Et donc, pour éviter ça, il décide de quitter son pays, la Russie.
17:54Pour lui, la Russie est morte, elle est en train de s'isoler complètement du reste du monde.
17:58Et en fait, il est même plus sûr qu'il reviendra vivre un jour dans son pays.
18:01Vous rentrez en France le dimanche 3 avril.
18:03Qu'est-ce qui vous a le plus marqué pendant ce reportage ?
18:05Ce qui m'a marqué, c'est à quel point le pays est profondément divisé par cette guerre.
18:09Il y a la majeure partie qui est pro-Poutine, qui soutient ce qui se passe.
18:13Et puis, c'est vrai qu'il y a ces autres gens qu'on entend moins.
18:15Donc, ceux qui sont contre, qui n'osent pas trop s'exprimer et qui sont muselés.
18:19Et puis, il y a ceux qui osent parler, qui prennent des risques en le faisant et qui, eux, ne
18:23voient même plus aucun futur dans leur pays.
18:39Merci Ariane Rioux et tous vos reportages dont on vient de parler sont à retrouver sur leparisien.fr.
18:45Cet épisode de Codesources a été produit par Raphaël Pueyo, Thibaut Lambert et Ambre Rosala.
18:51Réalisation, Julien Moncouquiol.
18:53Codesources est le podcast d'actualité du Parisien.
18:56Un nouvel épisode publié chaque soir de la semaine.
18:59Pour n'en rater aucun, n'oubliez pas de vous abonner sur votre application audio préférée.
19:03Vous pouvez nous contacter sur Twitter,
19:06ou nous écrire directement.
19:08Codesources.
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