- il y a 2 mois
Alors que l’IA devient un outil stratégique de souveraineté économique, la construction de data centers européens est clé pour le vieux continent. Vincent Levita, président d’Infravia et Thomas Reynaud, directeur général du groupe Iliad, nous expliquent quels sont les enjeux d’investissements dans ces infrastructures. Ils sont les invités de cette émission spéciale à la Paris Infraweek.
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00:00...
00:00Dernière séquence dans ce Smart Impact, toujours depuis Bercy,
00:11dans le cadre de la Paris Infra Week, la Paris Infra Week.
00:15On parle de souveraineté numérique tout de suite avec Thomas Reynaud.
00:18Bonjour.
00:19Bonjour, merci pour votre invitation.
00:21Vous êtes le directeur général du groupe Iliad et Vincent Lévita, bonjour.
00:25Bonjour.
00:26Bienvenue à vous aussi, le fondateur, le président d'Infravia,
00:29on a notamment parlé d'un projet d'investissement commun qui s'appelle Hopcore
00:33qui vous réunit et dont vous allez parler d'ailleurs en pleinière,
00:38en réunion dans un instant, en conférence.
00:40Peut-être un mot de présentation quand même du groupe Iliad en quelques mots.
00:45Alors Iliad Free, c'est la Freebox, c'est FreeMobile pour le plus grand bonheur
00:49de 23 millions de Français, mais c'est aussi une présence dans 18 pays dans le monde.
00:53On est à la fois le quatrième opérateur télécom en Amérique latine,
00:56mais aussi le cinquième opérateur en Europe.
00:58Et c'est chaque jour 110 millions de personnes à travers le monde qui utilisent nos réseaux.
01:03Et depuis 5 ans, et c'est un peu la prolongation logique de notre métier d'opérateur d'infrastructure télécom,
01:07depuis 5 ans, on investit dans l'intelligence artificielle, dans la puissance de calcul,
01:12dans des data centers de dernière génération dédiés à l'intelligence artificielle.
01:17Et les enjeux de souveraineté, évidemment, ils sont au cœur de votre stratégie.
01:22Infravia en quelques mots, Vincent Lévita ?
01:23Alors Infravia, c'est un fonds d'investissement indépendant, qui pèse 20 milliards d'euros,
01:28qui investit partout en Europe, tous les secteurs de l'infrastructure,
01:31les infrastructures digitales en priorité, bien sûr, l'énergie, la mobilité.
01:37On investit également dans la tech et dans les matières premières, les métaux critiques.
01:41Je vais vous poser la même question à tous les deux.
01:42Je commence avec vous.
01:43Souveraineté numérique, qu'est-ce que vous mettez, vous, derrière ces mots, derrière cet objectif ?
01:48Il y a énormément de choses. Le mot souveraineté est revenu à la mode.
01:51Bien sûr, la souveraineté, c'est de décider déjà de son destin.
01:55Donc ça passe par la politique et les ingérences, donc les données.
02:02La souveraineté aussi, c'est économique.
02:04Ça veut dire effectivement faire en sorte qu'il n'y ait pas de retenue à la source opérée par les big tech étrangères.
02:11Donc c'est construire sa propre architecture d'énergie d'abord, d'infrastructures et de logiciels qui permettent d'avoir les cartes pour gérer la compétition internationale.
02:25L'énergie, on va évidemment en parler dans cette séquence.
02:30Souveraineté numérique, je disais, le groupe Iliad Free est au cœur de ces enjeux.
02:35Quelle part vous prenez ?
02:37Puis alors, est-ce que le combat, il n'est pas difficile à regagner quand on voit la puissance des géants d'Internet aujourd'hui ?
02:44Non, non.
02:45Mais en tout cas, ce qui est important, c'est que la souveraineté numérique,
02:48ce n'est pas seulement une question de compétitivité économique, de compétitivité de nos entreprises.
02:53C'est beaucoup plus important.
02:54Ce qui se joue avec l'intelligence artificielle, c'est la façon dont on s'informe, dont on se divertit.
03:00Et quelque part, ce sont nos cultures, nos valeurs.
03:03Et dans ce domaine-là, l'Europe, la France, ne peut pas être à la merci d'une intelligence artificielle construite par d'autres.
03:11Ça sera malheur vaincu.
03:12Et on le voit déjà sous nos yeux, il y a une forme de diplomatie de l'intelligence artificielle qui est à l'œuvre par les Américains, par les Chinois.
03:20On voit que des décisions se prennent dans le bureau ovale sur des décisions d'autorisation d'export de puces Nvidia de dernière génération
03:28et qui ciblent certains de nos partenaires européens qui n'ont pas le droit d'accéder à ces puces.
03:33Donc, c'est un chantier extrêmement important.
03:36J'ai envie de dire qu'il y a un nouvel ordre mondial qui est en train de se dessiner avec l'intelligence artificielle.
03:41Et ce n'est pas trop tard.
03:42Il y a des acteurs qui investissent dans l'intelligence artificielle, dans les infrastructures dédiées à l'intelligence artificielle.
03:48Mais on doit se réveiller.
03:50C'est le moment.
03:50On est dans un moment de bascule et on doit agir tout de suite.
03:55Parce que les capacités d'investissement, on les a ?
03:57Non, on a tous les ingrédients en fait.
03:59C'est ça qui est toujours très enthousiasmant et parfois un peu frustrant.
04:02On a tous les ingrédients.
04:04On a d'abord l'intelligence, l'éducation.
04:08On a les ressources intellectuelles en France, en Europe.
04:11On a le capital, bien sûr.
04:13On a les entreprises.
04:14On a les investissements.
04:15Alors le frein, il est où ?
04:18Il s'agit de conjuguer tout ça pour éviter que les ingénieurs partent aux US, pour éviter que les grands groupes prennent des softwares américains, pour éviter que les infrastructures soient construites par les chinois.
04:29Il s'agit de conjuguer tout ça.
04:30C'est notre travail au jour le jour.
04:32Ça se joue.
04:33La compétition est rude.
04:34Mais comme dit Thomas, le match ne fait que démarrer.
04:38Donc on est un peu en retard, mais le match ne fait que démarrer.
04:39Donc il faut le jouer.
04:40Alors on vous a réuni sur ce plateau pour parler d'Opcore.
04:43Opcore, c'est un projet d'investissement commun.
04:46De quoi il s'agit ?
04:47Qu'est-ce que vous avez mis en place, Thomas Reynaud ?
04:49Alors ce que l'on souhaite mettre en place, c'est la première plateforme de data center dédiée à l'intelligence artificielle, dédiée aux usages cloud en Europe.
04:56Notre continent, et particulièrement la France, est en situation de sous-capacité.
05:00Si jamais je prends la puissance des calculs dédiés à l'intelligence artificielle, il y a un rapport de 1 à 10 aujourd'hui entre l'Europe et les Etats-Unis.
05:08Et ce que l'on souhaite mettre en place avec notre partenaire Infravia, c'est qu'on va déployer 3 milliards d'euros dans les 4-5 prochaines années pour développer la première plateforme de data center en Europe.
05:20C'est important parce que la plupart de nos concurrents sont détenus par des capitaux nord-américains et chinois.
05:26Et je pense que là, on est vraiment au cœur de la question de la souveraineté numérique.
05:29Est-ce qu'on va arrêter d'envoyer nos données aux Etats-Unis ou en Chine ?
05:33On va pouvoir les garder, les gérer, les monétiser, les valoriser, c'est ça ?
05:37Ce n'est pas uniquement une question de données, c'est aussi une question de localisation de la puissance de calcul.
05:46Ce que j'aime à dire, c'est que l'intelligence artificielle, parfois, peut paraître invisible, évanescente.
05:51Mais derrière, il y a des enjeux d'infrastructures très visibles, des enjeux de distribution et de réseaux électriques.
05:59On a besoin de raccordements électriques et on a besoin d'investissements dans des data centers.
06:04Alors on va y venir sur l'énergie, mais on parle de quel montant d'investissement, à quel point ce projet Upcor est majeur ?
06:14Ce projet, le montant d'investissement, il est potentiellement infini.
06:18Aujourd'hui, on a débloqué 4 milliards pour investir parce qu'on a identifié les projets.
06:22Les data centers, l'avantage, c'est que c'est une compétition locale.
06:26Ils doivent être situés en France, donc du coup, ça nous donne un angle.
06:30Ils doivent être portés par une demande qui est d'abord le cloud, qui elle est là.
06:34Demain, l'intelligence artificielle qui démarre.
06:36Donc on a 4 milliards d'investissements qui correspondent à des besoins qu'on a identifiés.
06:42Et puis si le marché monte, on sera capable de suivre.
06:44On a autour de nous tous les moyens nécessaires pour faire de cette plateforme un acteur majeur.
06:50À l'instant T, c'est combien de data centers dans la première phase du projet ?
06:53Aujourd'hui, nous sommes présents dans plusieurs pays.
06:56On a 8 data centers en Europe et on souhaite privilégier en termes d'implantation des pays où on a une énergie décarbonée.
07:04Et là, la France a une formidable carte à jouer, mais aussi la Suède ou la Finlande.
07:10Et une énergie disponible, décarbonée et à un prix compétitif.
07:14Parce qu'effectivement, cet enjeu énergétique, vous maîtrisez ça, mais peut-être que pour nos téléspectateurs et téléspectatrices,
07:22c'est intéressant de le détailler à quel point ce déploiement des data centers liés à l'intelligence artificielle,
07:29à la place qu'elle prend de plus en plus dans nos usages, dans notre quotidien,
07:33ça suppose des capacités d'énergie importantes.
07:38L'énergie, j'ai envie de dire, je ne vais pas dire la mère de toutes les batailles, mais quasiment.
07:42Quasiment, oui.
07:43Et c'est Sam Atman, le fondateur de OpenAI, fondateur de ChatGPT, qui le dit, le coût de l'intelligence artificielle convergera vers le coût de l'électricité.
07:55Et c'est la raison pour laquelle on a besoin d'électricité pour développer nos data centers, pour développer la puissance de calcul.
08:03Mais est-ce que ça veut dire une sorte de bataille autour de l'énergie ? Parce que ça se rajoute à d'autres usages liés à l'électrification.
08:12Et comme je le disais, c'est là où la France a une carte à jouer, d'une part avec une énergie décarbonée, d'autre part, nous exportons notre énergie de manière massive en France.
08:20Et l'enjeu, et là c'est pour Vincent et pour les fonds d'infrastructure, c'est accélérer la capacité à raccorder nos data centers au réseau électrique.
08:31Je crois vraiment que le facteur limitant, ce n'est pas tant la production à date, en 2025, c'est plutôt la capacité de raccordement.
08:38Il est totalement normal qu'en Europe et particulièrement en France, on met trois ans et demi en moyenne pour sortir un data center de terre en raison de blocages administratifs,
08:49de permis de construire, mais aussi de raccordement au réseau électrique.
08:52Là, aux Etats-Unis, il faut moins de 12 mois pour sortir un data center de plus d'un gigawatt, par exemple dans des états comme la Virginie.
09:01Alors justement, Vincent Lévita, comment vous pouvez répondre à cet enjeu dont Thomas vient de parler ?
09:06Non, mais là, c'est là que les politiques publiques doivent avoir leur rôle.
09:10Effectivement, la croissance des data centers est portée par la demande.
09:13Les acteurs sont là, les capitaux sont là.
09:16Le facteur limitant, c'est l'énergie.
09:19Je suis content que Samaldman l'ait dit parce qu'Infravia le dit depuis 15 ans.
09:22L'énergie, c'est la condition de compétitivité et de développement de votre industrie.
09:30Heureusement que les événements récents géopolitiques ont permis aux pouvoirs publics de s'en rendre compte.
09:37Donc maintenant, on a effectivement l'électricité disponible.
09:41C'est une question aussi d'infrastructure, de raccordement.
09:44Les investissements sont possibles.
09:46Il faut aussi que l'État ait une politique énergétique au niveau de l'Europe et au niveau de la France qui permette de faire ça.
09:52Mais aujourd'hui, on voit bien que c'est le facteur limitant.
09:56On a parfois des situations un petit peu ubuesques entre la priorité qu'on donne à la demande et le temps d'exécution des choses.
10:09Après, l'infrastructure, c'est une histoire de terme.
10:11Donc, on n'a pas obligé d'être pris dans cinq minutes.
10:13Mais c'est là qu'il faut un plan lourd.
10:15Effectivement, on exporte de l'énergie quand même.
10:17Et nous, on nous donne quatre ans de temps de raccordement.
10:20Donc, des fois, on marche un peu sur la tête.
10:22Oui.
10:22Donc, vous demandez de la simplification, de l'accélération et peut-être aussi de la vision parce qu'on attend toujours un plan de programmation pluriannuelle de l'énergie.
10:31Je ne sais pas comment vous...
10:32Je vais vous poser la même question à l'un et à l'autre.
10:33Je commence avec vous, Thomas Reynaud.
10:36Bon, on est dans un contexte politique que l'on connaît.
10:39Mais à quel point ça vous freine ?
10:41J'imagine que vous n'attendez pas ce plan pluriannuel pour avancer, mais quand même.
10:46On essaie de faire abstraction de la prochaine loi de finances.
10:48Et heureusement qu'on n'a pas les yeux rivés sur la prochaine loi de finances de cette fin d'année quand on est en train d'investir pour les dix prochaines années.
10:55Nos enjeux sont à l'échelle d'une décennie.
10:58Ils ne sont pas à l'échelle de quelques mois.
11:01Donc, on fait preuve d'optimisme.
11:03Mais oui, il y a une question de volonté politique.
11:05Volonté politique à plusieurs égards.
11:07Déjà, donner de la stabilité réglementaire, fiscale, c'est essentiel lorsqu'on en investit de tels montants.
11:14Deuxième élément, c'est que l'Europe doit sortir d'une certaine forme de naïveté.
11:18Quand je regarde un certain nombre de grands succès de la tech américaine,
11:21prenons SpaceX, qui a totalement révolutionné l'industrie spatiale.
11:25Ils ont bénéficié à plein de la commande publique américaine au travers de la NASA.
11:29Où est aujourd'hui la commande publique européenne ?
11:32On ne parle pas de subvention.
11:33Nous, entreprise, nous, les investisseurs qui sont là, ne veulent pas de subvention.
11:37On veut de la commande publique.
11:38Il est temps de sérieusement réfléchir à un European Digital by Act,
11:42où, je ne dis pas la totalité, mais une partie de la commande publique européenne dans le domaine du numérique,
11:47à minima 30%, soit fléchée vers des acteurs européens.
11:52Alors, je repose la même question sur cette loi de programmation de l'énergie.
11:57Non, mais je ne peux que redire ce que Thomas a dit.
12:00Nous, effectivement, on investit pour 10, pour 20 ans.
12:03Le problème de la loi de programmation énergie, c'est qu'elle mélange des enjeux politiques,
12:08des enjeux industriels et des enjeux économiques.
12:10Donc, on essaie de faire abstraction de tout ça.
12:12Objectivement, quel doit être le mix énergétique de l'Europe à 15 ans ?
12:15Si on veut avoir de l'énergie disponible, de l'énergie compétitive et de l'énergie verte, on le connaît.
12:22Comment on va aller à cette cible-là dans 15 ans ?
12:24Ça dépend des régulateurs et des politiques.
12:27Ce n'est malheureusement pas notre affaire.
12:28On n'est pas en Chine, donc on ne peut pas dire « Allons-y, on y va, le lendemain, on y est ».
12:32Donc, il faut accepter les règles du jeu.
12:34Nous, on fait le pari que dans 15 ans, on aura le mix énergétique nécessaire en Europe
12:39pour avoir encore une fois de l'énergie disponible, compétitive et verte.
12:44Et on construit nos infrastructures en fonction de ça, de manière à être prêt à répondre à cette offre.
12:50Et ça veut dire que, on va terminer là-dessus, il nous reste un peu moins d'une minute, Thomas Reynaud,
12:55c'est quand même une décision ou une dimension européenne ?
12:59C'est-à-dire que la France toute seule ne va pas pouvoir donner ce coup d'accélérateur en termes d'intelligence artificielle ?
13:05Quand on parle de champion, c'est un champion européen qu'il faut créer ?
13:08Les enjeux d'intelligence artificielle se pensent uniquement à l'échelle européenne.
13:13Ça passe par plusieurs leviers, je l'ai dit.
13:16Réorienter la commande publique et assumer au niveau de Bruxelles une commande publique fléchée vers des acteurs européens.
13:21Maintenir notre excellence scientifique, c'est un des grands atouts de l'Europe et particulièrement de la France.
13:25Tous les ingénieurs, les chercheurs derrière l'IA, vous en avez bien un bon quart dans le monde, qui sont français.
13:32Et bien ceux-là, ils doivent arrêter de partir sur la côte ouest américaine, ils doivent rester en France et on doit leur donner des conditions de travail
13:38qui leur permettent, en France ou en Europe, qui leur permettent de se développer.
13:41C'est le sens, par exemple, de notre initiative Qtai, ce laboratoire de recherche indépendant, doté de 300 millions d'euros,
13:48pour faire revenir ces chercheurs européens, cette excellence scientifique sur notre continent.
13:54Merci beaucoup, merci à tous les deux.
13:56Je vais vous laisser enchaîner parce que ce que vous venez de nous dire, vous allez le dire en séance dans quelques minutes.
14:03Merci à toutes et à tous de votre fidélité à BeSmart for Change et bonne Paris Infra Week.
14:09Salut !
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