00:00On parle de souveraineté numérique européenne, enfin on en parle, c'est au niveau européen qu'on en a parlé le 18 novembre 2025.
00:11Les Etats membres ont signé une déclaration pour la souveraineté numérique européenne.
00:17On est avec Stéphane Fermigier qui est coprésident du CNLL, le Conseil national du logiciel libre.
00:23Bonjour Stéphane, merci beaucoup d'être avec nous.
00:25Vous revenez de Berlin, qu'est-ce que vous retenez du sommet ?
00:30Alors je reviens de Berlin, effectivement, de deux jours de réunion, donc une première journée qui était consacrée à des événements off,
00:38donc notamment un événement qu'on a organisé avec Eurostak, on va peut-être en reparler,
00:42et puis la journée principale en plénière avec les deux chefs d'État.
00:47Et donc l'impression c'est qu'effectivement on a passé à une vitesse supérieure,
00:51qu'on a assisté à un tournant avec ce qui est très important, c'est un alignement entre la France et l'Allemagne
00:57sur cette volonté de prendre des mesures concrètes sur le sujet de la souveraineté numérique.
01:06Donc les constats ont été largement partagés,
01:10et dans leur déclaration finale, le chancelier Merz et le président Macron ont eu des positions assez convergentes
01:19sur les différentes mesures à mettre en œuvre,
01:23et en particulier celle qui nous intéresse le plus, la question de « buy European »,
01:27la priorité à l'achat européen, aux technologies européennes, dans l'achat public.
01:33C'est une déclaration, est-ce que derrière, ça veut dire que c'est vraiment suivi d'engagement ?
01:39Parce que pour l'instant dans le texte on n'a pas vu de chiffrage par exemple.
01:45Alors pour nous avec Eurostak c'est vraiment une première victoire on va dire,
01:49d'ailleurs le chancelier Merz a explicitement mentionné l'initiative industrielle Eurostak que nous représentons,
01:58et dans les trois piliers de l'initiative Eurostak, il y a « buy European », « build European » et « fund European »,
02:06donc acheter européen, construire des solutions européennes et financer ces solutions européennes.
02:12Donc on comprend qu'il y a encore des négociations qui vont avoir lieu,
02:16notamment entre la France et l'Allemagne, sur le sujet des critères exacts à appliquer dans le cadre des marchés publics.
02:23Alors en parallèle, il y a quelques semaines, il y a la Commission européenne,
02:25dans le cadre d'un appel d'offres interne à la Commission, un appel sur le cloud,
02:30a déjà publié son propre framework, son « European Sovereignty Framework ».
02:37Nous avec Eurostak on en avait publié un, il y en a également d'autres organisations qui travaillent sur ces sujets.
02:45On voit que le risque c'est ce qu'on appelle le « sovereignty washing ».
02:49Donc « sovereignty washing » c'est quand des solutions principalement américaines
02:53se présentent sur le marché européen avec un label, un faux label de souveraineté.
02:59Donc nous espérons bien sûr que toutes les décisions qui seront prises au niveau franco-allemand
03:03comme au niveau européen permettront d'éviter ce « sovereignty washing ».
03:09Alors pour donner…
03:12Oui, parce que la position française, justement, sur jusqu'où elle va cette souveraineté numérique,
03:19elle vous semble claire ?
03:21Il n'y a pas encore tous les détails, ça c'est clair.
03:24Mais c'est clair que le président Macron a été quand même assez ferme sur cette notion de priorité de « by European ».
03:32Le chancelier Mers et le ministre allemand de la transformation numérique a un tout petit peu moins.
03:39Donc il y a encore des négociations qui ont d'ailleurs été annoncées.
03:42Il y a des groupes de travail franco-allemands qui vont continuer pour harmoniser les positions.
03:50Après, ce que je voulais dire, c'est que la Commission européenne, enfin au niveau de l'Union européenne,
03:55il y a aussi une directive qui est en cours d'élaboration, le « Cloud and AI Act »,
04:01la directive sur le cloud et l'intelligence artificielle, donc avec deux volets.
04:06Alors on a parlé beaucoup d'intelligence artificielle lors du sommet,
04:09mais ça ce n'est pas non plus notre sujet principal.
04:13Et sur le cloud, et donc sur cette notion de préférence européenne pour toutes les technologies ou clouds,
04:19on voit qu'aussi bien les fonctionnaires de la Commission que les États membres sont en attente,
04:26enfin en tout cas sont en train de travailler sur ce sujet et demandent l'avis de l'industrie.
04:31Donc avec Eurostak, on a donné notre avis.
04:34Avec d'autres organisations, il va aussi y avoir des avis qui sont similaires, il me semble.
04:39Et donc au final, on constate que l'industrie européenne, effectivement, demande,
04:43pour sa plus grande majorité, à ce que des critères assez stricts et qui excluent les solutions de type sovereignty washing
04:51soient adoptés par la Commission, aussi bien dans un cadre législatif et réglementaire
04:57que dans le cadre de critères plus concrets et plus immédiats de tel ou tel appel d'offres.
05:03Mais on n'a pas l'impression que ça avance très vite.
05:06Alors je suis bien consciente qu'on se dit, quand on voit ce genre de déclaration, c'est positif,
05:10ça veut dire que ça se construit, ok, l'industrie est écoutée, l'Eurostak,
05:16ça fait partie des sujets qui sont discutés, tout ça, ce sont des victoires.
05:19Mais très concrètement, pour l'instant, on attend quand même toujours qu'il se passe quelque chose.
05:23Alors nous, avec le CNLL, on n'est là depuis 15 ans à alerter sur ces sujets.
05:28Je sais.
05:28Sur la notion de maîtrise, indépendance, pérennité des systèmes d'information,
05:32notamment via le logiciel libre, on a eu l'impression de prêcher un peu dans le désert,
05:39notamment en France, vis-à-vis des différents ministres du numérique
05:43ou secrétaires d'État au numérique, à part peut-être Jean-Noël Barraud.
05:49Et puis, avec l'arrivée de Clara Chappaz,
05:52mais aussi du fait de la situation géopolitique internationale,
05:58concrètement de Trump,
06:00la donne a été changée.
06:04Les politiques français et européennes se sont quand même rendues compte
06:07qu'il y avait un vrai sujet.
06:09Donc au mois de mars-avril,
06:11Clara Chappaz a fait effectivement des déclarations
06:14qui allaient complètement à l'encontre
06:16de ce que certains de ses prédécesseurs,
06:18comme Cédrico, avaient pu dire.
06:21Et la nouvelle ministre, Anne Le Hénanf, qui était d'ailleurs également au sommet,
06:28a réaffirmé cette notion de commande publique.
06:32Les détails, bien sûr, nous espérons que les détails seront suffisamment précis
06:37pour empêcher, comme je le disais, le sovereignty washing,
06:43sachant que tout n'est pas clair.
06:45Par exemple, il y a eu une intervention du ministre de l'Industrie
06:50qui était tout simplement de dire que Secnum Cloud,
06:54c'était par exemple la solution à pas mal de problèmes,
06:58et que d'ailleurs Google ou Amazon ou Microsoft
07:01allaient bientôt pouvoir devenir, labelliser Secnum Cloud,
07:04ce qui est complètement aberrant quand on parle de souveraineté numérique.
07:08Donc il y a encore, peut-être auprès de certains ministres,
07:12encore un peu de chemin à accomplir.
07:13Merci beaucoup Stéphane Firmigier d'avoir commenté avec nous
07:16ce qui s'est passé le 18 novembre à Berlin.
07:20Je rappelle que vous êtes le coprésident du CNLL.
07:23Merci encore.
07:24On termine cette édition avec notre rendez-vous Culture Cyber.
07:27Sous-titrage Société Radio-Canada
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