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  • il y a 3 mois
Avec Stéphane Fermigier, nous décryptons pourquoi la nouvelle Déclaration européenne sur la souveraineté numérique, signée le 18 novembre, suscite l’alerte du CNLL, comment certains passages fragiliseraient l’open source, et pourquoi ce levier stratégique est essentiel pour réduire les dépendances, sécuriser les infrastructures critiques et soutenir l’innovation européenne.

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Transcription
00:00On parle de souveraineté numérique européenne, enfin on en parle, c'est au niveau européen qu'on en a parlé le 18 novembre 2025.
00:11Les Etats membres ont signé une déclaration pour la souveraineté numérique européenne.
00:17On est avec Stéphane Fermigier qui est coprésident du CNLL, le Conseil national du logiciel libre.
00:23Bonjour Stéphane, merci beaucoup d'être avec nous.
00:25Vous revenez de Berlin, qu'est-ce que vous retenez du sommet ?
00:30Alors je reviens de Berlin, effectivement, de deux jours de réunion, donc une première journée qui était consacrée à des événements off,
00:38donc notamment un événement qu'on a organisé avec Eurostak, on va peut-être en reparler,
00:42et puis la journée principale en plénière avec les deux chefs d'État.
00:47Et donc l'impression c'est qu'effectivement on a passé à une vitesse supérieure,
00:51qu'on a assisté à un tournant avec ce qui est très important, c'est un alignement entre la France et l'Allemagne
00:57sur cette volonté de prendre des mesures concrètes sur le sujet de la souveraineté numérique.
01:06Donc les constats ont été largement partagés,
01:10et dans leur déclaration finale, le chancelier Merz et le président Macron ont eu des positions assez convergentes
01:19sur les différentes mesures à mettre en œuvre,
01:23et en particulier celle qui nous intéresse le plus, la question de « buy European »,
01:27la priorité à l'achat européen, aux technologies européennes, dans l'achat public.
01:33C'est une déclaration, est-ce que derrière, ça veut dire que c'est vraiment suivi d'engagement ?
01:39Parce que pour l'instant dans le texte on n'a pas vu de chiffrage par exemple.
01:45Alors pour nous avec Eurostak c'est vraiment une première victoire on va dire,
01:49d'ailleurs le chancelier Merz a explicitement mentionné l'initiative industrielle Eurostak que nous représentons,
01:58et dans les trois piliers de l'initiative Eurostak, il y a « buy European », « build European » et « fund European »,
02:06donc acheter européen, construire des solutions européennes et financer ces solutions européennes.
02:12Donc on comprend qu'il y a encore des négociations qui vont avoir lieu,
02:16notamment entre la France et l'Allemagne, sur le sujet des critères exacts à appliquer dans le cadre des marchés publics.
02:23Alors en parallèle, il y a quelques semaines, il y a la Commission européenne,
02:25dans le cadre d'un appel d'offres interne à la Commission, un appel sur le cloud,
02:30a déjà publié son propre framework, son « European Sovereignty Framework ».
02:37Nous avec Eurostak on en avait publié un, il y en a également d'autres organisations qui travaillent sur ces sujets.
02:45On voit que le risque c'est ce qu'on appelle le « sovereignty washing ».
02:49Donc « sovereignty washing » c'est quand des solutions principalement américaines
02:53se présentent sur le marché européen avec un label, un faux label de souveraineté.
02:59Donc nous espérons bien sûr que toutes les décisions qui seront prises au niveau franco-allemand
03:03comme au niveau européen permettront d'éviter ce « sovereignty washing ».
03:09Alors pour donner…
03:12Oui, parce que la position française, justement, sur jusqu'où elle va cette souveraineté numérique,
03:19elle vous semble claire ?
03:21Il n'y a pas encore tous les détails, ça c'est clair.
03:24Mais c'est clair que le président Macron a été quand même assez ferme sur cette notion de priorité de « by European ».
03:32Le chancelier Mers et le ministre allemand de la transformation numérique a un tout petit peu moins.
03:39Donc il y a encore des négociations qui ont d'ailleurs été annoncées.
03:42Il y a des groupes de travail franco-allemands qui vont continuer pour harmoniser les positions.
03:50Après, ce que je voulais dire, c'est que la Commission européenne, enfin au niveau de l'Union européenne,
03:55il y a aussi une directive qui est en cours d'élaboration, le « Cloud and AI Act »,
04:01la directive sur le cloud et l'intelligence artificielle, donc avec deux volets.
04:06Alors on a parlé beaucoup d'intelligence artificielle lors du sommet,
04:09mais ça ce n'est pas non plus notre sujet principal.
04:13Et sur le cloud, et donc sur cette notion de préférence européenne pour toutes les technologies ou clouds,
04:19on voit qu'aussi bien les fonctionnaires de la Commission que les États membres sont en attente,
04:26enfin en tout cas sont en train de travailler sur ce sujet et demandent l'avis de l'industrie.
04:31Donc avec Eurostak, on a donné notre avis.
04:34Avec d'autres organisations, il va aussi y avoir des avis qui sont similaires, il me semble.
04:39Et donc au final, on constate que l'industrie européenne, effectivement, demande,
04:43pour sa plus grande majorité, à ce que des critères assez stricts et qui excluent les solutions de type sovereignty washing
04:51soient adoptés par la Commission, aussi bien dans un cadre législatif et réglementaire
04:57que dans le cadre de critères plus concrets et plus immédiats de tel ou tel appel d'offres.
05:03Mais on n'a pas l'impression que ça avance très vite.
05:06Alors je suis bien consciente qu'on se dit, quand on voit ce genre de déclaration, c'est positif,
05:10ça veut dire que ça se construit, ok, l'industrie est écoutée, l'Eurostak,
05:16ça fait partie des sujets qui sont discutés, tout ça, ce sont des victoires.
05:19Mais très concrètement, pour l'instant, on attend quand même toujours qu'il se passe quelque chose.
05:23Alors nous, avec le CNLL, on n'est là depuis 15 ans à alerter sur ces sujets.
05:28Je sais.
05:28Sur la notion de maîtrise, indépendance, pérennité des systèmes d'information,
05:32notamment via le logiciel libre, on a eu l'impression de prêcher un peu dans le désert,
05:39notamment en France, vis-à-vis des différents ministres du numérique
05:43ou secrétaires d'État au numérique, à part peut-être Jean-Noël Barraud.
05:49Et puis, avec l'arrivée de Clara Chappaz,
05:52mais aussi du fait de la situation géopolitique internationale,
05:58concrètement de Trump,
06:00la donne a été changée.
06:04Les politiques français et européennes se sont quand même rendues compte
06:07qu'il y avait un vrai sujet.
06:09Donc au mois de mars-avril,
06:11Clara Chappaz a fait effectivement des déclarations
06:14qui allaient complètement à l'encontre
06:16de ce que certains de ses prédécesseurs,
06:18comme Cédrico, avaient pu dire.
06:21Et la nouvelle ministre, Anne Le Hénanf, qui était d'ailleurs également au sommet,
06:28a réaffirmé cette notion de commande publique.
06:32Les détails, bien sûr, nous espérons que les détails seront suffisamment précis
06:37pour empêcher, comme je le disais, le sovereignty washing,
06:43sachant que tout n'est pas clair.
06:45Par exemple, il y a eu une intervention du ministre de l'Industrie
06:50qui était tout simplement de dire que Secnum Cloud,
06:54c'était par exemple la solution à pas mal de problèmes,
06:58et que d'ailleurs Google ou Amazon ou Microsoft
07:01allaient bientôt pouvoir devenir, labelliser Secnum Cloud,
07:04ce qui est complètement aberrant quand on parle de souveraineté numérique.
07:08Donc il y a encore, peut-être auprès de certains ministres,
07:12encore un peu de chemin à accomplir.
07:13Merci beaucoup Stéphane Firmigier d'avoir commenté avec nous
07:16ce qui s'est passé le 18 novembre à Berlin.
07:20Je rappelle que vous êtes le coprésident du CNLL.
07:23Merci encore.
07:24On termine cette édition avec notre rendez-vous Culture Cyber.
07:27Sous-titrage Société Radio-Canada
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