- il y a 4 mois
La note que se donnent les dirigeants français quant à leur épanouissement au travail se situe entre 6 et 7 sur 10. Ce sont les résultats du dernier moralomètre du Centre des jeunes dirigeants (CJD). Ils restent stables par rapport aux précédents, malgré l’instabilité politique. Dans ce contexte, l’association souhaite permettre aux gouvernances de garder le cap sur leurs engagements environnementaux et en matière de QVT.
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00:00C'est le grand entretien de ce Smart Impact 26 minutes avec une personnalité qui compte
00:09dans notre économie et j'accueille Mathieu Etzer. Bonjour. Bonjour. Bienvenue, vous êtes le président
00:14du Centre des Jeunes Dirigeants qu'on va présenter. On va présenter notamment l'engagement du CJD
00:19pour le vivant au service du vivant. Tout à fait. Mais je voudrais commencer par votre histoire
00:23perso qui est quand même assez éclairante. Vous êtes entré comme stagiaire, c'est ça,
00:28dans la maison d'édition CELT. Qu'est-ce qui s'est passé ensuite ? Qu'est-ce qui s'est passé ensuite ?
00:33Plein de choses. Déjà, j'ai beaucoup travaillé. Oui, c'est bien. Stagiaire, puis petit à petit,
00:38j'ai pris des responsabilités. Je suis entré en 97, stagiaire, et j'ai fini par acheter l'entreprise
00:43en 2017. Il m'a fallu 20 ans, mais petit à petit, en stabilisant, en me formant grâce au CJD,
00:49entre autres. D'accord. Et je me suis beaucoup formé pour réussir à remplir cette mission
00:54de dirigeant. Et donc, vous êtes passé de stagiaire à patron. C'est quand même un destin
01:00assez original. Et aujourd'hui, tiens, la gouvernance de CELT, c'est quoi ?
01:05Alors, déjà, je ne suis plus aux manettes opérationnelles aujourd'hui. Je suis sorti
01:09l'opérationnel. Pareil, grâce à des outils du CJD. Je suis rentré dans la boîte en 97,
01:14donc ça commence à remonter un petit peu. Et en 2023, j'ai senti le besoin de m'extraire
01:18du quotidien. D'accord. Et je m'étais formé beaucoup à l'intelligence collective. J'avais
01:24travaillé sur moi aussi, parce que ce n'est pas du jour au lendemain d'accepter de lâcher
01:28les manettes de sa boîte. Ce n'est pas toujours évident. Donc, coaching, accompagnement,
01:32etc. Intelligence collective. Et j'ai mixé ça pour me dire, tiens, comment on fait contribuer
01:38les collaborateurs aux décisions, à la création de la stratégie, etc. Donc, petit à petit,
01:43j'ai commencé par des expérimentations assez simples sur c'est quoi la prochaine sortie
01:48entreprise qu'on va faire tous ensemble. Quand les collaborateurs, vu que ça marchait,
01:53ils ont pris confiance. Et du coup, je suis allé sur des sujets un peu plus complexes.
01:56Stratégie, marketing, quels sont les nouveaux produits qu'on va lancer, etc. Et comme ça
02:01fonctionnait, cette notion d'intelligence collective, donc de partage finalement de la
02:04gouvernance, puisque je prends très peu de décisions seul aujourd'hui. Et voilà, j'ai réussi
02:09à sortir du quotidien. Et alors, ça rejoint dans le texte de présentation du CJD.
02:13CJD, vous dites, commençons par nous transformer nous-mêmes pour transformer nos entreprises.
02:17Donc, c'est un message aux dirigeants. Totalement. Il faut diriger autrement, en fait. C'est le message
02:22que vous faites passer. Aujourd'hui, plus que jamais. Alors, je suis l'un des exemples qui montrent
02:27qu'effectivement, c'est important. Et au CJD, on est convaincu de ça. C'est qu'on ne peut plus diriger
02:32comme on dirigeait des entreprises il y a 10 ans, il y a 15 ans, il y a 20 ans. Ça ne fonctionnera plus
02:36dans le monde de demain. Et même dans le monde d'aujourd'hui, déjà.
02:38Oui. Déjà, le ras-le-bol du mal-alpha patron d'entreprise, quoi. Si je voulais caricaturer,
02:44je dirais ça ?
02:44C'est un peu ça, oui. Le stéréotype du patron avec le cigare, la Porsche, et puis, à la limite,
02:49le verre de rhum. Voilà. La caricature.
02:51Là, on a mis beaucoup de caricatures, quand même.
02:53C'est bien d'aller loin dans les extrêmes. Et au CJD, on est complètement aux antipodes.
02:57Oui, vous êtes aux antipodes de ça. Mais c'est aussi parce que ça ne marche plus. Vous voyez
03:01ce que je veux dire ? C'est une question d'efficacité ?
03:03Aujourd'hui, c'est plus pensable, rien que par rapport aux générations actuelles. Les gens
03:07qui sont en quête de sens, qui quand même se questionnent beaucoup, notamment depuis
03:11les épisodes de confinement, les gens, ils cherchent autre chose que ce qu'ils ont
03:15connu jusqu'à présent. Aujourd'hui, les gens ne sont plus... Aujourd'hui, ils ne vivent
03:19plus pour travailler, en fait. Les générations d'il y a 30 ans, 40 ans, ils ne se posaient
03:23pas la question. Est-ce que j'ai envie de travailler ou pas ? C'était comme ça.
03:27Ils allaient, ils se levaient le matin, ils remplissaient leurs missions. Aujourd'hui, les générations
03:32actuelles se questionnent quand même. À quoi sert mon travail ? Est-ce que vraiment
03:36j'ai envie de travailler ? Donc il y a un gros changement. Et les entreprises et les dirigeants
03:41doivent incarner ce changement, en tenir compte, pour réussir, ne serait-ce qu'à fidéliser
03:45leurs collaborateurs et pérenniser leurs entreprises.
03:48Le centre des jeunes dirigeants, c'est plus de 6 000 dirigeants, 16 délégations régionales,
03:53près de 130 sections locales, des événements, plus de 1 500 événements organisés sur
03:57tout le territoire, sur une même période, des formations, des thématiques, etc. Est-ce
04:07que ce principe, ces principes, ils sont faciles à diffuser auprès de 6 000 dirigeants ? Parce
04:15que j'imagine qu'il y a des jeunes dirigeants qui sont devenus patrons en se disant « moi,
04:19je veux être un patron à l'ancienne » ou pas ?
04:22Alors moi, j'ai été formé comme ça dans mon entreprise, patron à l'ancienne. Et quand
04:25je suis arrivé au CJD, mes chakras sont ouverts, entre guillemets. À force de côtoyer des
04:32personnes qui managent différemment, à force de participer à des formations. Vous l'avez
04:37dit, on dispense 75 000 heures de formation par an au CJD. À force de participer à des
04:42formations qui viennent nous challenger dans notre posture, dans notre connaissance de
04:47soi, etc., ça bouge les lignes. Et là, je me suis rendu compte, comme c'est le cas de certains
04:52nos membres, qu'effectivement, il y a une autre façon de diriger. Et notre baseline au
04:57CJD, c'est « osons diriger autrement ». Effectivement, on essaie de le mettre en pratique,
05:02on le met en pratique et nos membres le mettent en pratique.
05:03Avec ce moralomètre que vous publiez chaque année, c'est le baromètre du CJD, je vais
05:12donner quelques tendances générales. L'épanouissement personnel des dirigeants, il est à peu
05:17près à l'équilibre depuis le mois de juin, puisque c'était le dernier moralomètre.
05:22La confiance dans l'avenir, à peu près stable. Satisfaction, équilibre, vie de travail,
05:27vie personnelle et travail, ça progresse légèrement. Et le ressenti global est stable.
05:32Bon, on est sur un truc un peu flat, à un niveau qui est moyen. Comment vous évaluez ce
05:40moral ? Parce qu'il y a quand même un contexte qui est compliqué, un contexte politique de
05:46chaos, un contexte international qui est assez anxiogène aussi.
05:51Tout est compliqué aujourd'hui. La géopolitique est compliquée, les aspects environnementaux,
05:56c'est compliqué, donc c'est compliqué partout. D'un côté, ce moralomètre me rassure,
06:01parce que le moral est stable, le moral de nos dirigeants, alors que la situation est
06:04quand même compliquée depuis un moment. Et de l'autre, il y a quand même des points
06:07de vigilance, puisqu'on a posé une question très claire sur la situation politique actuelle
06:11en France, qui aujourd'hui est un vrai souci pour les dirigeants. La stabilité qui
06:16crée une absence de visibilité pour les entreprises, aujourd'hui, commence à peser
06:20sur les chiffres d'affaires et avec forcément des risques sur l'emploi. Donc, on a un moral
06:26stable, par contre, une inquiétude quand même qui grandit. Et au-delà de l'inquiétude,
06:30ça se transforme même parfois en colère. Alors, nous, aux dirigeants, on a besoin
06:35de visibilité pour faire des plans, pour embaucher. Voilà, on a besoin de visibilité,
06:41on a besoin de stabilité. Et ça, ça fait plus d'un an maintenant qu'on n'en a plus.
06:44Alors, peut-être, peut-être avec ce qui vient de se passer, ça va évoluer un petit
06:49peu, nos politiques. Je l'espère, je le souhaite et j'appelle les politiques un peu
06:53de raison. Mais aujourd'hui, on ne sait pas. Dans six semaines, il y aura peut-être
06:59un nouvel élément qui va complètement déstabiliser le monde politique à nouveau.
07:03Oui, effectivement. Je suis un peu moins optimiste sur la capacité de ce gouvernement
07:08de tenir pendant... Bon, espérons qu'il y aura un budget. Bref, on n'est pas là pour
07:13ouvrir totalement ce chapitre. En revanche, ce que je trouve passionnant, c'est que dans
07:18ce contexte, il y a cet engagement du Centre des Jeunes Dirigeants qui dit que l'économie
07:23doit être mise au service du vivant. Et on va vraiment prendre le temps de détailler
07:28cet engagement. Et je commence, j'ouvre ce chapitre avec une question que celui qui
07:34était à votre place il y a quelques jours, Antoine Lacroix, le directeur général de
07:38MAPED, a décidé de vous poser. On l'écoute.
07:40On m'a proposé de vous poser une question aujourd'hui. Je sais que vous, CJD, vous êtes
07:44très impliqué dans la transformation des sociétés membres. On a été nous-mêmes
07:51très transformants les 5 à 6 dernières années. On est aujourd'hui confrontés à une crise
07:57de la consommation, une crise économique, une déconsommation de nos produits et également
08:02une décroissance qui nous impacte énormément. J'ai le sentiment de passer beaucoup de temps
08:06aujourd'hui sur la gestion plutôt que sur la transformation. Et je souhaitais savoir
08:10si c'était également votre ressenti au niveau de vos membres. Est-ce que finalement
08:13on peut à la fois assurer la fin du mois tout en s'occupant et en consacrant le temps
08:20nécessaire à la fin du monde ?
08:22Question très importante. Quand on est chef d'entreprise, on a parfois un peu l'impression
08:26d'être Shiva et de devoir faire 10 choses en même temps. Est-ce que dans un contexte
08:30de crise économique et d'incertitude politique, on a encore le temps de s'occuper, de se mettre
08:36au service du vivant ?
08:36On n'a hélas pas le choix, je pense, aujourd'hui. Et effectivement, il y a cette espèce de dissonance
08:41entre court terme, moyen terme et long terme. Et typiquement, c'est un sujet qu'on va
08:46aborder. On a un gros événement au mois de décembre. On va revenir 1000 dirigeants
08:49pour justement aborder cette notion de comment je vais mixer le court terme avec tout ce que
08:55je dois mettre en place dès aujourd'hui pour préparer le long terme. Donc la question
08:58est hyper intéressante parce que la transformation des entreprises sur le plan social et environnemental,
09:04ça ne se fait pas en deux ans. Et pour autant, il faut réussir à rentrer le chiffre d'affaires
09:09à court terme. Donc il n'y a pas de réponse absolue. Par contre, ce qui est certain, c'est
09:13qu'on ne peut pas attendre. Aujourd'hui, on a le choix entre agir maintenant, prendre
09:19un coup d'avance ou alors attendre et subir ce qui va se passer. Et je préfère largement
09:23que nos dirigeants se mettent en action, agissent pour éviter de subir ce qui va retomber.
09:27Alors avec quel levier ? Moi, je veux bien des exemples d'actions existant déjà pour
09:34se mettre au service du vivant.
09:36Donc le service du vivant, c'est au service des femmes et des hommes et aussi de nos écosystèmes
09:40environnementaux. Un levier qui est, on va dire, je ne vais pas dire simple à déployer,
09:46mais qui peut être déployé sans tarder, c'est le partage de la gouvernance. Aujourd'hui,
09:50j'en ai un peu parlé tout à l'heure. Aujourd'hui, le dirigeant est quand même souvent seul
09:54sur sa chaise. Il prend beaucoup de décisions seul. Il subit beaucoup de stress. En partageant
10:01la décision de façon formelle ou informelle, il n'y a pas besoin de modifier les statuts
10:05pour arriver à ça. En partageant la décision avec les collaborateurs, ça permet déjà
10:10de responsabiliser le collectif pour embarquer les collaborateurs sur le déploiement des
10:20décisions qui sont prises. Donc rien qu'en commençant à partager la décision avec des
10:25méthodos, ce n'est pas juste le brainstorming post-it, ce n'est pas ça. C'est beaucoup
10:29plus efficace que ça. Juste en commençant par partager la décision, ça va permettre
10:35d'avoir d'autres approches, surtout si on arrive à mixer des jeunes et des moins
10:40jeunes. Là, ça peut permettre d'aboutir à des résultats très intéressants.
10:44Alors ça, c'est sur la gouvernance. Si on parle, par exemple, on peut parler de transformation.
10:50Est-ce que vous avez des exemples de dirigeants qui vont jusqu'à faire basculer leur modèle
10:57économique, justement, pour se mettre un peu plus au service du vivant ?
11:01Oui, c'est en cours. C'est en cours. Alors, c'est des processus qui sont longs.
11:04Bien sûr.
11:04Changement de modèle économique, ça ne se fait pas en un quart d'heure. On a, par exemple,
11:08un imprimeur qui a modifié complètement sa façon de proposer son offre à ses clients.
11:14Plutôt que de proposer à ses clients, alors je cherche le nom, il va peut-être me revenir,
11:18mais plutôt que de proposer à ses clients d'imprimer 2000 exemplaires du document, il va faire
11:22un modèle d'impression à la demande pour éviter de surstocker et de gâcher parce que l'imprimerie
11:28génère du gâchis. Donc, il a modifié son modèle pour proposer vraiment de livrer
11:34au client ce dont il a besoin quand il en a besoin. Donc ça, c'est un des exemples que
11:38je peux vous donner.
11:38Oui, effectivement. Il y a un autre exemple sur le… Je vois ça parce qu'en préparant
11:43l'émission, on s'est fait comme ça une liste d'exemples, notamment sur le bâtiment durable.
11:51C'est une des baselines du CJD. On ne peut plus faire comme avant et c'est une bonne nouvelle.
11:57Alors, c'est quoi cet exemple de bâtiment durable ?
11:59Bâtiment durable, c'est…
12:00Sébastien Guitart, si je ne me trompe.
12:03Sébastien Guitart, alors je ne connais pas les 6 000 membres.
12:05Bon, d'accord. Ok.
12:06Mais on a beaucoup de gens dans le BTP, effectivement, qui réfléchissent à ces sujets aujourd'hui
12:10de transition. Et notamment, par exemple, plutôt que de construire, peut-être rénover.
12:15Aussi, de réutilisation de matériaux. Il y a beaucoup de membres qui sont en train
12:21de réfléchir à ces sujets. Et on est en train, notamment, de constituer… On a
12:25un parcours de transformation au sein du CJD, qui a été d'ailleurs co-construit
12:29et co-financé par l'ADEME, entre autres. Et on a un parcours qui permet justement
12:33de regrouper, à un moment donné, des communautés territoriales. Ils vont réfléchir ensemble
12:38à comment se mettre en mouvement sur ces sujets qui sont très complexes et impossibles
12:43à gérer tout seul dans son coin.
12:45Est-ce que le… Alors, ça semble naturel de se dire que les jeunes dirigeants sont
12:50ceux qui vont porter la transformation. Mais est-ce que c'est si naturel que ça ?
12:54Alors…
12:55Est-ce que le CJD a toujours eu de l'avance, vous voyez, sur les mutations, les transformations ?
13:00Oui, il a toujours eu de l'avance. Je vous donne quelques exemples historiques.
13:02Le CJD a été créé en 1938.
13:05D'accord ? Donc, plus de 80 ans d'histoire.
13:08Le CJD a milité, par exemple, pour la création de l'assurance chômage.
13:11Le CJD a milité pour la reconnaissance de la section syndicale d'entreprise.
13:16Pour un mouvement patronal, c'est quand même assez original.
13:19On a également œuvré à faire reconnaître l'alternance, qui était illégale dans les
13:23années 70. On a lutté pour que l'alternance soit reconnue.
13:27Le CJD était favorable aux 35 heures. On s'est positionné également en faveur
13:31de la semaine de 4 jours. Donc, on a toujours eu ce côté un peu poil à gratter du patronat.
13:36Toujours un peu le pas de côté. Alors, je précise qu'on est un partisan, c'est
13:40très important. On est un partisan. Donc, ni de gauche, ni de droite, c'est généralement
13:43un coup de vent. On essaie de l'être.
13:46Est-ce que, donc, ça veut dire que vous ne vous reconnaissez pas forcément dans les
13:48prises d'opposition du MEDEF, aujourd'hui ?
13:51Ça dépend des sujets. Nous sommes proches du MEDEF. On s'entend très bien avec le MEDEF.
13:55Pour autant, nous sommes d'accord que nous ne sommes pas d'accord. Notamment sur les
13:59sujets de CSRD, par exemple.
14:02Donc, le bilan, oui, dont on a parlé souvent dans cette émission, c'est le bilan extra-financier.
14:07C'est une réglementation européenne qui devait s'appliquer aux entreprises, en commençant
14:14par les très grandes, puis les grandes, puis les moyennes, etc. Et puis là, finalement,
14:18l'Europe a décidé que ce serait seulement pour les très grandes et donc…
14:23Et encore.
14:23Et encore.
14:24On a les gens considérablement.
14:25Donc, on n'est pas d'accord avec le MEDEF.
14:26En simplifiant. Donc, vous, vous dites, il fallait maintenir… Il y avait 800 pages,
14:31c'était quand même un peu compliqué, mais…
14:32Il est nécessaire de simplifier.
14:33Oui.
14:34Il fallait maintenir la CSRD. Pourquoi ? On ne peut plus nier les mutations que nous
14:41vivons actuellement. On est dans un monde de permacrise. Et là, je vais parler…
14:44On va oublier la politique. On parle juste d'approvisionnement en matière première,
14:48d'énergie, d'impact de nos entreprises sur l'environnement. On oublie un petit
14:53peu qu'à aucun moment, qui que ce soit n'a demandé à la planète si on a le droit
14:57de se servir allègrement comme on le fait. Aujourd'hui, ça a des conséquences qui sont
15:02indiscutables. Les rapports du GIEC… Il n'y a pas de doute sur nos impacts sur l'environnement.
15:08Des outils, des normes, des directives comme la CSRD qui imposent du reporting,
15:14sur les aspects sociaux et environnementaux, permettaient de prendre compte de certains
15:20aspects qui pouvaient être oubliés. Des trous dans la raquette, en quelque sorte.
15:24Pour nous, aujourd'hui, c'est indispensable de mettre en place des normes. La CSRD était
15:28trop complexe. On est bien d'accord. Il fallait la simplifier. Et par contre, pas la simplifier
15:33trop parce que du coup, elle perd tout son sens. Et c'est pour ça que nous, aujourd'hui,
15:36au CGD, on va expérimenter la VSME, qui est l'équivalent de la CSRD pour les TPE-PME,
15:43qui est une norme volontaire. Et on met en place une expérimentation sur la VSME.
15:47Oui, parce que c'était aussi… On en a beaucoup parlé dans cette émission avant
15:50que l'Europe décide de faire marche arrière. Mais enfin, c'est aussi le résultat des
15:55élections européennes. Il ne faut pas l'oublier. C'est comme ça que les citoyens européens
15:58ont voté. S'il y a ce recul, c'est aussi pour savoir.
16:00Il y a quand même un sujet qui est problématique aujourd'hui, c'est de faire marche avant
16:05et marche arrière. Certaines entreprises, c'est vrai que c'est les grosses entreprises
16:08qui étaient concernées au départ, mais les grosses entreprises ont engagé des millions
16:11ou des dizaines de millions d'euros pour mettre en place la CSRD. Et là, d'un coup,
16:14on leur dit, allez, non, on fait marche arrière.
16:15Vous n'êtes pas obligé de le faire. Oui, mais celles qui l'ont fait, à la rigueur,
16:20elles peuvent quand même s'en prévaloir parce que c'est aussi un outil de comparaison.
16:23Donc, c'est une façon de dire, regardez ce que nous, on a déjà fait et aller chercher
16:27chez nos concurrents. Est-ce qu'ils l'ont appliqué ou pas ? Oui ou non.
16:30Et ça permet de se comparer. Mais on est quand même dans un contexte,
16:34et on va reparler un peu de politique, de retour de bâton.
16:39En Europe, on vient d'en parler. Aux États-Unis, évidemment.
16:42Et puis, à une sorte de croisée des chemins. On a reçu plusieurs personnalités
16:47à votre place ces dernières semaines. Fabrice Bonifait, qui dirige le C3D,
16:54les directeurs de développement durable des entreprises.
16:57Ou alors Cédric Rienbach, le créateur de la fresque du climat.
17:00qui disait, en fait, les efforts entre guillemets faciles
17:04ont déjà été faits par beaucoup d'entreprises.
17:07Et là, aujourd'hui, le simple RSE qui devient stratégique, ça ne suffit pas.
17:12Est-ce que vous le ressentez aussi ?
17:13Oui. Alors, je prendrais un peu de recul quand même.
17:18Parce que, oui, les grosses entreprises ont tous leurs directeurs,
17:22toutes leurs directeurs RSE, etc. Par contre, le tissu économique n'est pas,
17:26ce n'est pas les grandes entreprises seulement.
17:28C'est les TPE-PME, aujourd'hui, qui font vivre la France,
17:30qui en a 3 millions d'entreprises en France.
17:33Des grandes entreprises, ce n'est pas elles la majorité.
17:35Et je pense qu'il y a quand même encore un travail d'éducation.
17:39Donc, il y a encore beaucoup de ces entreprises qui ont la première phase à faire,
17:43entre guillemets, celle qui consiste à aller chercher les premiers pourcentages les plus simples.
17:48Bien sûr. Juste, on a commencé par faire un bilan carbone,
17:51pour essayer de réduire déjà, première étape, l'impact carbone.
17:54C'est loin d'être le seul, mais par contre, c'est une première phase
17:58qui peut être assez simple à déployer.
18:00C'est un simple, tout est relatif.
18:02C'est sans doute l'approche la plus facile à mettre en œuvre au départ,
18:05sur ces impacts planètes.
18:06Mais est-ce qu'il ne faut pas aller plus loin ?
18:08C'est-à-dire donner une valeur aux efforts tels qu'ils sont faits ?
18:15C'est une sorte de, je ne sais pas, de chèque,
18:17qu'on pourrait appeler ça un chèque vert,
18:18on peut appeler ça, ou alors à l'inverse,
18:20si on veut être punitif, une taxe carbone,
18:24mieux expliquer que celle qui avait mis des millions de personnes dans les rues ?
18:28Moi, je serais très favorable à la conditionnalité des aides aux entreprises.
18:32Les entreprises bénéficient d'aides publiques, d'argent public,
18:35qu'elles montrent les efforts qu'elles sont en train de mettre en place,
18:38sur les aspects sociaux et environnementaux, sur les deux.
18:41Conditionnons les aides aux entreprises.
18:43Ça va permettre de faire évoluer beaucoup de choses.
18:45Peut-être par la contrainte au départ.
18:48Mais aujourd'hui, encore une fois, sur les aspects sociaux,
18:52il n'y a plus de débat.
18:53Il y a des choses qui sont faciles à mettre en place.
18:55Il y a certainement des changements de posture à avoir de la part de certains dirigeants.
18:58Il n'y a pas de débat.
19:00Par contre, en conditionnant, ça permettra de mettre en mouvement beaucoup de monde.
19:03Est-ce qu'il faut faire siéger la nature au conseil d'administration ?
19:06Il y a des entreprises qui le font.
19:08On est en train d'y réfléchir au sein même du conseil d'administration du CGD.
19:11C'est une réflexion au cours.
19:13D'avoir un représentant, une personnalité qui va représenter la nature.
19:17Totalement.
19:17C'est une idée.
19:20Il ne faut pas que ce soit seulement de la cosmétique.
19:22Non, tout à fait.
19:24Il faut vraiment que ce soit très incarné.
19:26Il faut que le dirigeant soit très aligné sur ce sujet-là.
19:30Parce que forcément, ça a des conséquences qui peuvent être lourdes.
19:32On parlait encore ce matin d'un exemple, je ne peux pas le citer, mais l'un de nos membres a accepté pour ces sujets-là de perdre une partie son chiffre d'affaires.
19:46Parce que les valeurs de son client ne respectaient plus ses valeurs à elle en lien avec ses enjeux environnementaux.
19:53Donc, aujourd'hui, il y a beaucoup d'entreprises, notamment au CGD, qui sont très alignées sur leurs valeurs, qui prennent des décisions lourdes de conséquences.
20:02Et alors, faut-il intégrer la nature ?
20:05Il ne faut pas.
20:05C'est une possibilité qui mérite d'être réfléchie.
20:08Mais alors, ce que vous dites, ça pose quand même une question de compétitivité et d'engagement environnemental.
20:15C'est-à-dire que si on en arrive maintenant, pour certaines entreprises, au moment où il faut faire des investissements lourds qui ne vont pas rapporter tout de suite
20:25et qui mettent en péril la rentabilité de l'entreprise, il y a pas mal de boîtes qui s'arrêtent.
20:30Il y a des boîtes qui ont pris, par exemple, des engagements d'amélioration de bilan carbone à horizon 2030, par exemple,
20:39et qui nous disent aujourd'hui, en 2025, je ne vais pas prendre un engagement de 1040 parce que je sais que je n'y arriverai pas.
20:43C'est certain.
20:44La situation, elle est compliquée.
20:46C'est pour ça qu'on a besoin de stabilité, maintenant, au niveau politique.
20:48Je reviens à la politique parce que tant qu'on n'aura pas cette stabilité politique, la situation économique est compliquée.
20:54Les ménages, on n'a jamais eu un taux d'épargne aussi élevé.
20:57Les ménages épargnent beaucoup trop actuellement, ça fait qu'ils ne dépensent plus, n'injectent plus l'argent.
21:026 000 milliards d'épargne en France, oui.
21:05Créons de la stabilité.
21:06Donnons les conditions favorables aux ménages pour recommencer à consommer,
21:10qui va donner de l'air aux entreprises pour mettre en place des projets moyens à long terme.
21:14Et sans ça, ça ne fonctionnera pas.
21:15Je reviens à votre baromètre, ce moralomètre, avec un sujet qui est quand même assez fort,
21:20c'est la crainte d'un déclassement de la France et d'une perte de souveraineté.
21:24Comment ça s'exprime, cette crainte, chez les adhérents, les dirigeants du CJD ?
21:30Comment ça s'exprime, c'est une excellente question.
21:34Aujourd'hui, le ressenti global, il est à l'inquiétude.
21:36Je l'ai dit, c'est clairement ce qu'on ressent sur le terrain quand on est au contact des membres.
21:41Je pense que l'enjeu du moment, la difficulté qu'on a, on parlait de CSRD avant.
21:52Oui, c'est compliqué à mettre en place.
21:54Oui, c'est très contraignant.
21:55Par contre, il y a des pays comme la Chine qui sont en train de mettre en place des normes équivalentes à la CSRD.
22:00La Chine va devenir mieux disante que l'Europe.
22:04C'est quand même le monde à l'envers en matière environnementale.
22:06Donc, aujourd'hui, il faut qu'on raisonne vraiment global, évidemment.
22:10La question, c'est comment mélanger tout ça ?
22:13Je pense qu'aujourd'hui, on ne peut pas se permettre le luxe de ne pas tenir compte, par exemple, de la Chine,
22:18qui est en train de mettre en place des équivalents à la CSRD.
22:21En balayant la CSRD, on va devenir moins compétitif, on l'est déjà, certains aspects,
22:25mais on va encore perdre en compétitivité par rapport à la Chine.
22:28Donc, c'est comme la difficulté entre le court terme et le long terme,
22:32on a la même difficulté entre le local et le global.
22:34Je voudrais qu'on termine, il nous reste une minute trente,
22:37sur l'image des patrons en France, qui est quand même paradoxale.
22:43Alors nous, sur Bismarck Fortune, évidemment, on est là pour positiver autour de l'action des patrons,
22:48mais est-ce que, quand vous entendez le débat politique, ou parfois syndical,
22:52vous n'avez pas marre d'être caricaturé ?
22:55Comment vous le ressentez, ça ?
22:56Moi, ça me met en colère, clairement.
22:59Selon qui s'exprime, effectivement, les patrons sont toujours au bout du canon.
23:04Pour autant, je suis convaincu que les entrepreneurs, les dirigeants, ont un rôle à jouer,
23:08et les études le confirment, 70% des Français qui aimeraient que les entrepreneurs s'expriment plus.
23:12Ah, ça c'est intéressant.
23:13Vous, pas seulement le CJD, mais globalement, ne communiquez pas assez ?
23:19On ne s'exprime pas assez.
23:20Mais pourquoi ?
23:21Pourquoi ? Parce qu'on n'a pas d'espace pour le faire.
23:23Alors, il y a des syndicats, bien sûr, patronneaux, nous ne sommes pas un syndicat.
23:26Nous sommes un mouvement, une association qui regroupe des dirigeants de PME,
23:29nous ne sommes pas un syndicat, donc nous ne sommes pas aux tables de négociation.
23:32Pour autant, on a des propositions à faire.
23:34Pour autant, nous avons des méthodos de travail qui permettent de mettre des gens autour de la table
23:37qui ne sont pas d'accord pour aboutir à des solutions concrètes.
23:40Et ça, en entreprise, on sait le faire.
23:42Ce qui n'est pas le cas dans le domaine politique.
23:44Donc moi, j'invite nos responsables politiques à expérimenter.
23:47Voilà, expérimentons le fait de se mettre autour de la table tous ensemble, syndicats, politiques, patronats,
23:52mais de différents horizons, et citoyens aussi, c'est-à-dire les collaborateurs.
23:56Mettons-nous autour de la table et essayons de construire des solutions pour un intérêt
23:59qui va dépasser les seuls enjeux des partis, des syndicats, qu'ils soient patronaux ou salariés.
24:07Mettons-nous ensemble au service d'un intérêt qui nous dépasse,
24:09et pas juste au service d'intérêts politiciens de court terme.
24:12Merci beaucoup Mathieu Etzer et à bientôt sur Bsmart4Change.
24:15On passe tout de suite à notre rubrique Startup.
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