00:017h49, Benjamin Duhamel, vous voici avec le ministre des Comptes Publics.
00:04Bonjour David Amiel.
00:05Bonjour.
00:06Merci d'avoir choisi France Inter pour votre première interview comme ministre des Comptes Publics.
00:09Pour ceux de nos auditeurs qui ne vous connaissent pas, vous avez 33 ans, vous êtes un macroniste historique,
00:14ce qui est presque une espèce en voie de disparition, aux côtés d'Emmanuel Macron depuis 2015.
00:17Vous avez été son conseiller, député et aujourd'hui ministre du budget.
00:21Je voudrais, David Amiel, qu'on aborde l'actualité la plus brûlante, la crainte d'un choc pétrolier
00:25et les prix des carburants qui grimpent, le litre de gasoil qui dépasse les 2 euros.
00:30Qu'est-ce que vous dites à un automobiliste qui a été aidé pendant la crise énergétique en 2021,
00:34pendant la guerre en Ukraine et qui ne comprend pas qu'aujourd'hui on le laisse payer plein pot ?
00:39C'est évidemment une situation très difficile.
00:41La hausse du prix du baril de pétrole se répercute sur le prix à la pompe
00:45et ça crée évidemment beaucoup d'inquiétudes, beaucoup de difficultés pour, notamment,
00:49et vous les citiez, tous les automobilistes qui ont besoin de leur voiture pour travailler,
00:53pour se déplacer, pour vivre, tout simplement.
00:56C'est la raison pour laquelle notre priorité absolue, c'est préserver au maximum le pouvoir d'achat des Français.
01:01Ça veut dire faire baisser le prix à la pompe, mais ça veut aussi dire ne pas dilapider l'argent
01:06public
01:06qui est l'argent des Français et qui devrait ensuite, tôt ou tard, être remboursé.
01:10C'est la raison pour laquelle il faut prendre le problème à la racine.
01:13Quelle est l'origine de la crise ?
01:14C'est qu'on a un prix du baril qui a explosé suite au conflit dans le golfe Persique.
01:19Nous devons donc avoir une réponse internationale, à crise internationale, réponse internationale.
01:24Oui, évidemment, une réponse internationale, ça prend du temps.
01:27Là encore, pourquoi ne pas mettre en œuvre des mesures qui avaient été mises en œuvre
01:30lors des précédents chocs énergétiques ?
01:32Non, ça peut être très rapide.
01:33Nous avons une mobilisation au plus haut niveau, d'abord avec les pays du G7.
01:37Travaille est en cours avec les ministres des Finances depuis plusieurs jours, Roland Escur notamment.
01:42Et le président de la République a convoqué pour cet après-midi une réunion des pays du G7
01:46pour qu'on puisse coordonner nos actions et peser ensemble sur les cours du pétrole.
01:49Donc là, on parle par exemple de débloquer rapidement les stocks stratégiques pour faire baisser les cours.
01:54Ça fait effectivement partie des hypothèses sur la table, puisque ça permet de faire baisser les cours du pétrole
01:59sans engager de l'argent public, donc sans tour de passe-passe pour le pouvoir d'achat des Français,
02:05tout en ayant ensuite un effet rapide sur les prix à la pompe.
02:08Pour que ça soit efficace, il faut que ce soit coordonné.
02:10Et c'est le but du travail qui est en cours au niveau du G7.
02:12Et ensuite, il faut effectivement pouvoir libérer la circulation dans le détroit d'Hormuz,
02:17parce que c'est ce qui permettra de libérer la production et le flux de pétrole et de gaz.
02:21Mais là encore, pour être très concret, si la guerre dure, si le détroit d'Hormuz n'est pas libéré
02:26et que le prix à la pompe ne baisse pas, est-ce que vous excluez un geste ciblé,
02:31y compris pour les plus modestes ? Est-ce que ça, c'est totalement exclu ?
02:36Il y a beaucoup d'incertitudes.
02:38Ça fait à peine une dizaine de jours que la crise a commencé avec le conflit en Iran.
02:43Je suis d'ailleurs très frappé de voir certains partis politiques,
02:47je pense en particulier au Rassemblement National,
02:49qui, il y a de cela peut-être deux semaines, trois semaines,
02:54s'indignaient du niveau de la dette,
02:56après d'ailleurs avoir voté la censure du budget qui permet de la réduire.
02:59Je rappelle que le Rassemblement National demande que vous laissiez les taxes sur l'essence.
03:02Qui annonce aujourd'hui une pluie de milliards d'euros
03:04dont ils n'ont pas le début d'un centime
03:06et qui n'aboutiraient au fond qu'à une seule chose,
03:08c'est-à-dire à reprendre d'une main ce qu'ils prétendent donner de l'autre
03:10et qui demain, je n'en doute pas, s'indigneraient à nouveau du niveau de la dette.
03:14Il faut de la cohérence, il faut de la constance, il faut de l'efficacité.
03:18Et l'efficacité, c'est de prendre le problème à la racine
03:20et de faire baisser le prix du baril, faire baisser le prix à la pompe.
03:23Je reviens à ma question.
03:25Si d'aventure la situation durait,
03:27il y a quelques instants, votre collègue ministre des Transports,
03:29Philippe Tabarro, dit tout est sur la table.
03:30Est-ce que vous pourriez envisager une aide ciblée,
03:33par exemple un chèque carburant, comme on a pu le voir encore en 2023 ou 2024 ?
03:38C'est-à-dire, non pas une aide qui arroserait, qui concernerait tout le monde,
03:41mais une aide ciblée pour les plus modestes.
03:43Est-ce que ça fait partie de la boîte à outils ?
03:45Oui.
03:46Tous les scénarios seront évidemment étudiés,
03:49mais je voudrais vraiment insister sur ce point.
03:52Nous avons un devoir impérieux de maîtrise des comptes publics.
03:55Nous avons des crises désormais internationales chaque année.
03:58Il y a d'ailleurs quasiment un an, jour pour jour,
04:01nous discutions sur les radios, sur les plateaux de télévision,
04:04dans les différents médias,
04:05des conséquences de la guerre commerciale internationale
04:08déclenchée par les tarifs américains.
04:11Et malgré cela, nous avons réussi l'année dernière à faire deux choses.
04:14Un, à tenir un niveau de croissance élevé en France,
04:18d'ailleurs supérieur à ce que beaucoup de prévisions donnaient,
04:21et à réduire le déficit public.
04:23C'est ce qu'il faut que l'on arrive à faire cette année,
04:25parce que si on ne tient pas nos comptes publics,
04:27si on dilapide l'argent des Français,
04:30alors on ira vers des crises beaucoup plus graves.
04:31Ce qui nous permet de tenir les chocs,
04:33c'est d'avoir des comptes publics qui sont tenus.
04:34Il y a, David Amiel, des mesures qui coûtent de l'argent aux contribuables,
04:37faire un chèque carburant,
04:38décider d'une ristourne à la pompe,
04:40et puis il y a aussi des choses qui ne coûtent pas.
04:42Est-ce que, par exemple, vous pourriez dire ce matin,
04:44comme ministre du Budget, au micro de France Inter,
04:46moi j'appelle les distributeurs,
04:48Leclerc, Intermarché,
04:49à multiplier des opérations à prix coûtant,
04:53pour aider précisément cet automobiliste
04:55qui ne comprend pas pourquoi le gouvernement ne l'aide pas ?
04:57D'abord, la première chose à faire,
04:59c'est de s'assurer qu'il n'y a pas des distributeurs
05:01qui abusent de la situation,
05:03qui profiteraient.
05:04Beaucoup font leur travail normalement.
05:06Il y a aussi eu des abus.
05:08C'est la raison pour laquelle
05:09nous avons diligenté des contrôles exceptionnels
05:12à la demande du Premier ministre.
05:14Depuis lundi, d'ores et déjà,
05:16ces contrôles ont permis
05:17d'émettre les amendes pour 6% d'entre eux.
05:21Pour le dire concrètement,
05:23Benjamin Duhamel,
05:24ça veut dire de s'assurer
05:25que personne n'en profite pour augmenter les marges,
05:27pour faire de la tromperie envers le consommateur,
05:30c'est-à-dire faire payer à la pompe
05:31un prix différent de celui qui est affiché.
05:34Et bien sûr que tout ce que les distributeurs
05:36peuvent faire pour réduire les prix
05:39sera utile.
05:40On a besoin d'une mobilisation générale
05:42dans cette période.
05:42Et je le redis,
05:43la première des choses à faire,
05:45c'est de s'assurer
05:46qu'il n'y a pas d'abus,
05:48qu'il n'y a personne
05:49qui profite de la situation
05:50pour engranger des marges
05:52qui ne seraient pas justifiées.
05:53C'est la raison pour laquelle
05:55les ministres Roland Lescure et Maude Bréjon
05:57convoqueront de nouveau demain
05:59les distributeurs
06:00pour cette situation.
06:02Ce qui est intéressant
06:03dans le moment qu'on vit David Amiel,
06:05c'est qu'il est aussi révélateur
06:06des fragilités françaises.
06:07J'ai regardé ce que faisaient
06:08nos voisins européens
06:09en réponse à la crise.
06:10Est-ce que vous avez vu
06:11ce qu'allaient décider
06:11l'Italie, le Portugal et l'Autriche
06:13sur le prix des carburants ?
06:14Mais monsieur Duhamel,
06:16ce que la crise révèle...
06:17Alors, vous avez vu
06:18ce qu'allaient faire
06:19l'Italie, le Portugal et l'Autriche
06:20ou pas ?
06:20J'ai surtout vu une chose,
06:23monsieur Duhamel,
06:23surtout vu une chose.
06:24C'est que ce que la crise révèle,
06:25c'est que la France,
06:26elle a une grande force
06:26par rapport à ces pays-là.
06:28Justement.
06:29Décidément, cette semaine,
06:30j'ai un peu de mal
06:30à parfois avoir des réponses
06:31des membres du gouvernement.
06:32Vous avez vu que l'Italie,
06:33le Portugal et l'Autriche
06:35vont décider de baisser la fiscalité.
06:37Ce qui est frappant avec ces pays,
06:38c'est que pour la plupart,
06:39ils ont fait les efforts
06:40peut-être que la France
06:41n'a pas pu faire.
06:42Est-ce que vous assumez ce matin
06:43comme ministre et compte public
06:44de dire, au fond,
06:45si on est presque impuissant aujourd'hui,
06:47c'est parce qu'on a cramé la caisse ?
06:49Monsieur Duhamel,
06:49est-ce que vous savez
06:50que la différence principale
06:52qu'on a avec ces pays-là,
06:53c'est d'avoir un parc nucléaire
06:54aujourd'hui qui nous permet
06:55d'avoir des prix de l'électricité
06:57maîtrisés ?
06:58Et la raison d'ailleurs
06:58pour laquelle la Commission européenne,
07:00par exemple,
07:01la Commission européenne,
07:02oui, mais c'est des pays
07:03où les prix de l'énergie
07:04sont plus élevés que chez nous
07:05parce qu'ils ne disposent pas
07:06d'un parc nucléaire performant.
07:08C'est d'ailleurs
07:08une des grandes différences.
07:09Vous évoquiez la situation
07:10de 2022, 2023, 2024.
07:13Une des grandes différences
07:14entre ce que nous vivons aujourd'hui
07:15et la période
07:16que nous avons vécue alors,
07:18c'est que parc nucléaire
07:19était en grande partie
07:21indisponible.
07:22Et ça avait créé,
07:22on s'en rappelle,
07:23toute l'explosion
07:24des prix de l'électricité.
07:25Aujourd'hui,
07:25notre production nucléaire
07:26est de 30% supérieure
07:27à ce qu'elle était
07:28en 2022-2023.
07:29Ça permet non seulement
07:31d'avoir des prix
07:31d'électricité maîtrisés,
07:32ça permet d'exporter en Europe
07:33et c'est la raison pour laquelle
07:35nous renforçons encore
07:36l'électrification,
07:38la relance du nouveau
07:38programme nucléaire
07:39comme nous l'avions fait.
07:40En 1973,
07:41après le premier choc pétrolier.
07:43David Amiel,
07:43pour terminer le premier tour
07:44des municipales,
07:44c'est dans 4 jours,
07:45vous êtes élu à Paris,
07:46qui est-ce que vous soutenez
07:47comme candidat ?
07:48Je voterai pour Pierre-Yves Bournazel
07:49qui est le candidat
07:50d'Horizon et de Renaissance.
07:52Je crois surtout
07:52qu'on a besoin
07:53d'avoir une alternance
07:54à Paris.
07:55Paris a besoin
07:56de sérieux,
07:57de sérieux budgétaires,
07:58de sérieux de gestion,
08:00de sérieux en matière
08:01de propreté.
08:02Et vous êtes à l'aise
08:02avec la position
08:03de Pierre-Yves Bournazel
08:04qui consiste à dire
08:05au second tour,
08:06je ne me rallierai
08:07ni à Rachida Dati
08:08ni à Emmanuel Grégoire
08:08parce que si on veut
08:09l'alternance,
08:11ce n'est pas forcément
08:12la meilleure stratégie
08:13au second tour.
08:14Je suis ici en tant que ministre,
08:15je ne suis pas d'ailleurs
08:16candidat aux élections municipales,
08:18mais effectivement,
08:19je crois qu'il faut
08:20une alternance à Paris
08:22et c'est la raison,
08:23je vous le dis,
08:23pour laquelle je voterai
08:24Pierre-Yves Bournazel dimanche.
08:25Donc l'alternance,
08:26ça veut dire aussi
08:27aider Rachida Dati
08:28si elle est la mieux placée
08:29pour gagner au second tour.
08:29Il y a un premier tour dimanche,
08:31j'imagine que le débat
08:32sur les municipales
08:32se pose d'abord
08:34en ces termes-là
08:34et c'est d'abord
08:35la question que les gens
08:36vont se poser cette semaine
08:37de savoir pour qui ils votent
08:38pour ce premier tour.
08:39Merci David Amiel
08:40d'être venu ce matin.
08:40Merci à vous,
08:41Benjamin Duhamel.
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