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  • il y a 3 mois
Maxime Sbaihi, expert associé sur les questions économiques et démographiques à l'Institut Montaigne, était l'invité de Laure Closier dans Good Morning Business, ce vendredi 17 octobre. Il est revenu sur le déni démographique en France, la piste après la suspension de la réforme des retraites et le retour de la retraite à points, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Il est 7h44 sur BFM Business et sur RMC Live. Notre invité c'est Maxime Sbailly.
00:04Bonjour, économiste, expert associé sur les questions économiques et démographiques à l'Institut Montaigne.
00:08Ce n'est pas facile d'être expert en question de démographie ces derniers temps.
00:12Est-ce qu'on souffre un peu quand on est démographe et qu'aujourd'hui on entend qu'on revient sur la réforme des retraites ?
00:17Oui parce qu'on a l'impression quand même qu'on est dans un déni de démographie en France.
00:21C'est-à-dire qu'on parle beaucoup effectivement d'idéologie, on parle de décision politique.
00:26On a l'impression que d'un trait de plume comme ça on peut mettre sur pause certaines réformes.
00:30Sauf que la démographie en fait elle n'attend pas.
00:32Et je vous rappelle qu'en fait on est dans une situation démographique complètement inédite en France.
00:35La pyramide des âges est en train de s'inverser.
00:38La dénatalité en bas qui fait maigrir la pyramide.
00:40Ça fait 15 ans que les naissances baissent.
00:42Et puis le baby boom d'hier est devenu un papy boom et donc elle grossit par le haut.
00:46Or en 45, en fait les 80 ans de la sécu, en 45 quand on a fondé tout ça,
00:50on s'est dit il y aura toujours beaucoup de jeunes pour payer pour très peu d'aînés.
00:53Aujourd'hui c'est exactement l'inverse.
00:54Je vous rappelle que les moins de 20 ans sont mis en minorité par les plus de 60 ans.
00:58Et c'est la première fois dans l'histoire de France que ça arrive.
01:00Et donc on est un pays de vieux qui se prend encore pour un pays de jeunes.
01:03Vous voyez ? C'est ça tout le problème.
01:04Et pourquoi ? Comment on fait pour sortir du déni ?
01:06Alors le pourquoi c'est parce que déjà c'est très compliqué de se voir vieillir à titre individuel.
01:10Et donc à titre collectif encore plus.
01:12Et on est encore effectivement dans cette illusion française de croire qu'on fait encore beaucoup d'enfants.
01:16Et que nous on serait l'exception démographique.
01:18On l'a été jusqu'en 2010 parce qu'on faisait encore beaucoup d'enfants et donc on était un pays relativement plus jeune que les voisins.
01:25Ça c'est fini et la natalité qui s'effondre fait qu'on se retrouve en fait dans la même tendance mondiale.
01:32Là où c'est encore plus dangereux pour la France c'est que nous on est plus sensible que nos voisins à la démographie
01:35parce qu'on a basé tout notre modèle social là-dessus.
01:39Et la répartition c'est la démographie.
01:41Et donc quand la démographie commence à flancher et à se retourner c'est tout le système par répartition si vous voulez
01:45qui commence à marcher sur la tête parce qu'on se retrouve avec de moins en moins d'actifs pour financer toujours plus de retraités.
01:51Donc le fait de revenir sur cette réforme c'est un mauvais signal parce que ça donne l'idée qu'on n'a pas besoin de réforme.
01:57Ça donne l'idée qu'on peut se passer de la démographie.
01:59Or on ne peut pas se passer de la démographie.
02:00La démographie en fait elle se venge sur ceux qui la méprisent parce qu'elle refacture doublement tous les efforts qui sont refusés aujourd'hui.
02:06Et on le voit d'ailleurs, on l'a vu en Italie, on le voit en Allemagne sur ce qui se passe.
02:09On le voit dans tant de pays, ceux qui s'amusent, Giorgia Meloni en Italie qui signe des décrets pour faire venir des travailleurs étrangers
02:17parce que sa population active est déjà en train de baisser.
02:19Tout ça c'est lié à une toile de fond qui est la démographie.
02:22Et nous en France en fait on ne réalise pas ce que c'est qu'un pays avec 18 millions de retraités.
02:25C'est nouveau, la France n'a jamais connu ça.
02:2718 millions de retraités qui vont devenir 20 millions dans les années à venir.
02:31Et ça, ça change complètement la macroéconomie déjà parce qu'il surépargne, parce que ça fait baisser la consommation.
02:36Ça change complètement le modèle social aussi parce qu'on est le seul pays au monde aussi en parallèle de ça
02:40où les retraités ont désormais un niveau de vie équivalent à celui des actifs,
02:44où le taux de pauvreté des retraités est le plus bas de toutes les classes d'âge
02:48et où en plus on passe le plus de temps à la retraite puisque c'est une vingtaine d'années en moyenne.
02:51Donc en fait on a vraiment tout ça qui se conjugue et moi je suis aberré de voir certains débats sur les retraites
02:58où il n'est pas une seule fois mention de la démographie
03:01parce que l'idéologie a pris tellement de place qu'elle occulte la démographie.
03:05Alors ce changement majeur, comment on fait pour tenter d'y remédier ?
03:09Travailler plus, ok, mais pour vous c'est quoi la bonne réforme des retraites ?
03:13C'est celle à points ? C'est mettre un peu de capitalisation ? C'est quoi ?
03:17Alors dans l'immédiat je pense que ce qu'il faut faire c'est déjà résorber les déficits sociaux
03:21puisque aujourd'hui il faut rappeler qu'on accumule, ça va être probablement 5 milliards cette année
03:25et même avec la réforme Borne d'ailleurs si elle était complètement opérationnelle,
03:28on accumulerait quand même 15 milliards d'ici 2035, ce qui ferait une dette de 400 milliards d'ici 20 ans.
03:34Donc en fait on n'est pas du tout là où il faudrait être
03:37et aujourd'hui on s'endette quand même sur le dos des petits-enfants
03:39pour payer les retraites et les médicaments des grands-parents.
03:42C'est une aberration totale, ça devrait offusquer chaque citoyen soucieux
03:47de la bonne gestion de son argent puisque c'est son argent.
03:49Donc déjà il faut résorber ça, ça il va falloir faire un énorme effort sur les retraités.
03:53Les 10% d'abattement aussi sur l'impôt sur le revenu pour les retraités,
03:57on a remplacé ça par quelque chose de forfaitaire,
03:59je pense que la prochaine fois il va falloir tout simplement le supprimer.
04:01C'est 4 milliards c'est ça ?
04:02Oui c'est à peu près 4 milliards, désindexer les retraites,
04:06ça il va falloir dépolitiser cette indexation-là,
04:09il va falloir contenir la dépense publique et la première dépense publique,
04:13la première dépense sociale, ce sont les dépenses de retraite
04:15et donc il va falloir qu'on aille contre la tendance démographique
04:19et que donc on désindexe.
04:21Et puis à terme effectivement il y a la question des points.
04:24Alors c'était ce que Jean-Paul Delevoix avait dans ses cartes,
04:26vous vous rappelez on a passé des mois et des mois, presque des années,
04:29et puis après il y a le Covid et puis tout ça a été enterré,
04:32donc peut-être qu'il faut aller redemander à monsieur Delevoix...
04:34La CFDT est pour, l'a dit sur ce plateau Marie-Lise Léon,
04:36pour elle c'est la réforme la plus juste, elle veut revenir sur ce projet de réforme.
04:39Oui parce que le problème avec l'âge légal,
04:41mais vos deux chroniqueurs avant l'ont bien expliqué,
04:44le problème c'est que ça met une espèce de coup près,
04:45ça fait croire à tout le monde qu'on a tous la même ligne d'arrivée,
04:49avec les points on fait ce qu'on veut,
04:50par contre dans la retraite à points le diable est dans les détails,
04:53c'est-à-dire qu'en fait il faut voir comment on valorise le point,
04:55et tout est là.
04:56Si le point est valorisé en fonction de l'espérance de vie,
04:59en fonction justement des équilibres budgétaires et de la démographie,
05:02très bien si le point ça devient un marchandage politique,
05:05vous voyez où on fait une usine à gaz comme on sait très bien les faire en France,
05:09à la fin on ne sera pas vraiment gagnant.
05:10Et puis il y a aussi la question des retraités actuels,
05:12parce que si le système à points c'est uniquement pour les actifs qui arrivent,
05:14ça va être compliqué.
05:15Parce que je vous rappelle que les actifs d'aujourd'hui,
05:17ils cotisent plus que leurs parents,
05:18ils vont devoir travailler plus longtemps que leurs parents,
05:20et en plus ils vont toucher des retraites moindres.
05:22Et donc d'ailleurs c'est toute la supercherie,
05:24excusez-moi, de cette suspension de la réforme des retraites,
05:26qu'on fait passer pour une mesure sociale,
05:28ça n'a rien de social en fait,
05:29c'est une trahison de l'avenir.
05:30Je dirais même que c'est un braquage générationnel,
05:33puisqu'en fait on va faire payer aux jeunes tout ce qu'on refuse aujourd'hui,
05:36et c'est eux qui vont devoir rattraper tout le retard qu'on prend.
05:39Alors sans vouloir rajouter une petite couche sur les bimboires,
05:42en plus ils ont beaucoup d'argent,
05:43ils ont épargné énormément.
05:45Il y a, c'est quand même cette question de l'héritage,
05:47avec cette génération où il va y avoir un afflux d'argent
05:49qui va à un moment donné affluer sur la génération d'après.
05:53Là est-ce qu'il y a quelque chose à faire ?
05:55Est-ce qu'il y a une manne fiscale, si je puis dire, à prendre ?
05:58Il y a un sujet macroéconomique là aussi.
06:00Alors il y a un sujet macro, mais avant de vouloir taxer,
06:02il faut déjà penser que là aussi le vieillissement démographique
06:04a complètement changé la logique de l'héritage.
06:06Aujourd'hui on hérite à 55 ans en moyenne.
06:09À Libération c'était 35 ans.
06:10Et donc là aussi les baby-boomers qui vont léguer leur patrimoine,
06:14qui est la génération la plus riche de l'histoire,
06:16puisqu'ils ont eu quand même des conditions patrimoniales,
06:19à la fois d'épargne et immobilière,
06:20avec des plus-values qu'aucune autre génération ne connaîtra,
06:23ils vont léguer tout ça.
06:24Mais le problème c'est qu'aujourd'hui on a des retraités qui héritent de retraités, en gros.
06:27Et donc en fait la courroie de transmission patrimoniale entre les générations,
06:31elle est cassée.
06:32Il faut sauter une génération ?
06:33Alors oui, il faut sauter une génération.
06:34Le problème c'est qu'on a quelque chose qui s'appelle la réserve vérité en France,
06:37qui vous bloque.
06:39C'est très compliqué de la contourner.
06:41Et elle vous oblige à transmettre en ligne directe à la génération suivante.
06:46Alors il y a quelques exceptions qui ont été déjà amorcées,
06:49mais je pense que l'idée c'est d'aider directement,
06:51vous voyez, des grands-parents aux petits-enfants.
06:53Oui, ça aujourd'hui en fiscalité c'est pas terrible.
06:55Vous pouvez faire des petites donations,
06:57mais vous ne pouvez pas dépasser 35 000.
06:57C'est limité longtemps, c'est pas terrible.
06:59Il y a toute la question de la liquéfaction du capital,
07:02parce que le patrimoine il est aussi beaucoup immobilier.
07:04Et donc comment est-ce qu'on fait pour monétiser ça,
07:06pour ensuite pouvoir le transmettre plus rapidement ?
07:08Donc avant de penser à taxer,
07:09déjà pensons peut-être à donner peut-être plus de possibilités,
07:12plus de liberté.
07:12C'est une question de liquidité en fait.
07:14Pour le liquéfé, pour le transmettre,
07:16et pas forcément le transmettre en ligne directe d'ailleurs,
07:17parce que ça peut être la réserve alimentaire,
07:19c'est un outil de reproduction sociale énorme,
07:21c'est le plus gros outil de reproduction sociale
07:23qu'on a inventé en France,
07:24de pouvoir aussi donner à des bonnes causes,
07:27à des associations, à des musées, à des entreprises.
07:29Pour déshériter ses enfants, ça vous voulez dire.
07:30Oui, on peut très bien laisser la liberté totale
07:32de faire ce qu'on veut de son patrimoine, de son vivant.
07:35Le problème c'est qu'il y a aussi un problème
07:37de culture économique globale chez les Français.
07:39Vous avez fait avec le Club Blandois une étude,
07:41vous étiez là à regarder la feuille de paye
07:42dans ce qu'on comprenait les Français,
07:43et en fait on voit qu'on ne comprend rien.
07:45Oui, au Club Blandois, en fait,
07:46on a voulu, avec les 4 ans de la Sécu,
07:49essayer de comprendre si les Français
07:50comprennent encore quelque chose de la sécurité sociale.
07:52Et donc on est passé de la fiche de paye,
07:54puisqu'on s'est rendu compte quand même
07:55que les trois quarts des salariés français
07:58qu'on a sondés la lisent.
07:59Donc c'est quand même 15 millions de Français
08:01qui tous les mois lisent leur fiche de paye.
08:02C'est le mensuel le plus lu de France.
08:04Et de creuser ensuite,
08:06par le biais de cette fiche de paye,
08:07la compréhension de toutes les lignes,
08:09puisque sur la fiche de paye,
08:10tout le modèle social est là,
08:11si on regarde chaque chose.
08:13Et donc ce qui est très intéressant,
08:14c'est qu'elle est très lue,
08:15mais elle n'est pas comprise.
08:16Les cotisations ne sont pas comprises.
08:18Et ce qui nous a beaucoup étonnés,
08:19et on revient sur les retraites,
08:20c'est qu'on a testé certaines affirmations,
08:23et notamment mes propres cotisations retraite
08:25financent ma future pension de retraite.
08:28C'est faux en répartition,
08:29ça c'est de la capitalisation.
08:30On n'a que la moitié des salariés
08:32sont des qui répondent
08:34de la bonne manière à cette question.
08:36C'est-à-dire que l'autre moitié,
08:38et ça c'est quand même assez vertigineux,
08:41ou ne sait pas répondre,
08:42ou effectivement pense que c'est de la capitalisation.
08:44Et c'est tout le problème d'ailleurs
08:45du système des retraites actuel,
08:46c'est qu'on a une grande partie des Français
08:49qui résonnent par capitalisation
08:50dans un système par répartition.
08:52Et le mal vient aussi de là.
08:55Alors ce qu'on fait,
08:55c'est de la culture économique,
08:56et nous c'est ce qu'on fait au Club Blandois.
08:57On organise le 20 novembre
08:58un très grand événement
08:59où on va mettre la fiche de paye
09:01avec une énorme tour légaux
09:02pour permettre aux gens de comprendre
09:04toutes les lignes
09:05et comment tout ça,
09:06les cotisations salariales,
09:07on va faire des légaux,
09:08on va rendre ça très concret,
09:10on va matérialiser ça.
09:12L'idée c'est de sortir de la complexité
09:13en expliquant.
09:14Il faut qu'on passe du temps
09:15à faire de la pédagogie auprès des Français,
09:17il faut qu'on leur explique ça.
09:18Moi je veux bien faire des référendums,
09:19je veux bien poser plein de questions,
09:21je veux bien faire des référendums,
09:21mais d'abord il faut comprendre
09:23comment ça fonctionne.
09:24Merci beaucoup Maxime Hudaïd
09:25d'être venu ce matin
09:26dans la matinale de l'économie.
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