00:00L'un de nos experts nous rejoint, on pensait qu'il ne reviendrait pas de si tôt parce que parfois
00:03participer à cette famille est un exercice difficile et finalement il choisit de revenir et on en est ravi.
00:08Bertrand Puif, bonjour Bertrand, bonjour.
00:10Fidèle de l'exercice, Bertrand Puif pour Fidelity, vous venez déconstruire les idées reçues, combattre le consensus.
00:17On entend souvent que le secteur du raffinage détruit de la valeur et notamment en bourse, on l'entend beaucoup,
00:21mais vous n'êtes pas d'accord, vous dites bullshit Bertrand.
00:24Vous foutez de l'air.
00:25Vous savez, parfois on voit l'éclair au loin, puis le tonnerre vient un peu plus tard.
00:30Après, c'est le cas du son.
00:31Oui, c'est ça, il était à quelques kilomètres là.
00:34Vous foudroyez cette idée qu'il faudrait éviter le raffinage sur les marchés en bourse.
00:38Pourquoi venir défendre le raffinage ?
00:40Alors, parce que c'est effectivement un secteur qui est assez cyclique, avec des cycles qui sont assez longs,
00:44et là on est rentré dans un cycle qui est plutôt positif.
00:46Pourquoi ? Parce que les marges de raffinage sont positivement corrélées à la croissance de la production de pétrole.
00:51Et on voit qu'aujourd'hui, évidemment, toute la thématique de l'augmentation de la production de l'OPEP,
00:56et en particulier de l'Arabie Saoudite, qui pèse d'ailleurs sur les prix du pétrole,
01:00mais bénéficie évidemment, puisque c'est plus de quantité à raffiner.
01:04Et on le voit tout de suite sur les marges de raffinage,
01:06qui étaient par exemple sur le diesel à 17-18 dollars en début d'année, qui sont déjà à 28.
01:10Et il faut se souvenir qu'en 2022, quand les Russes avaient commencé à réduire les exportations de diesel vers l'Europe,
01:16on était monté à 60.
01:17Donc il reste encore pas mal de place, et ce d'autant plus qu'on a des tensions,
01:21puisque justement, on ne veut plus avoir de diesel russe, on en a encore 20%.
01:25Donc ça va durer, ça va s'étaler sur les deux prochaines années,
01:29le fait de pouvoir trouver d'autres approvisionnements.
01:31Mais dès le 1er janvier de l'année prochaine, on va voir cette substitution arriver.
01:36Donc ça, ça va mettre effectivement à nouveau une pression sur ces marges.
01:39On peut juste rappeler la situation des raffineries russes,
01:41c'est vrai, qui sont la cible des Ukrainiens en l'occurrence, sur le territoire russe en ce moment.
01:44Voilà, donc il y a à peu près la moitié des raffineries, 40-45% on va dire,
01:48de la capacité de raffinage qui est hors service aujourd'hui, de diesel en particulier en Russie.
01:54Donc ça, et d'ailleurs, ce qui est rarement arrivé,
01:57la Russie vient d'interdire ses exportations de diesel,
02:00pour pouvoir prioritiser son marché national.
02:03Ça, c'est extrêmement rare, on ne l'a jamais vu de mémoire.
02:07Donc ça, ça prouve bien qu'il y a une tension.
02:08Et donc nous, qui nous approvisionnions indirectement,
02:10puisqu'on n'achète pas du brut, mais on achète des produits raffinés,
02:13et c'est encore malheureusement possible,
02:16eh bien il faut substituer, donc trouver une substitution assez rapidement à ces 20%.
02:19Et ça, effectivement, ça met une tension sur les marges.
02:22D'ailleurs, je pensais au secteur aéronautique,
02:25qui est fortement consommatrice de produits pétroliers,
02:28et ça ne va pas jouer sur justement le raffinage ?
02:31Tout à fait. Et puis, il y a aussi un enjeu qui est très important sur le secteur de l'aéronautique,
02:36qui est donc le Sustainable Aviation Fuel, le fameux SAF, le nouveau carburant,
02:41que les compagnies mettent en mix dans leurs avions,
02:46pour pouvoir faire payer d'ailleurs un peu plus cher les billets aux consommateurs.
02:50Et donc tout ça, effectivement, ça aussi, c'est des nouvelles capacités qui arrivent,
02:54qui vont devoir être rentabilisées.
02:56Donc les prix, effectivement, du SAF sont plus élevés,
02:59ou du biofuel tout simplement, que sur du carburant traditionnel.
03:04Il faut aussi noter un élément, c'est qu'aux États-Unis,
03:07pour remercier les farmers, les fermiers qui ont voté pour lui,
03:11Donald Trump veut essayer de faire passer une loi
03:13pour augmenter la proportion de biofuel d'une manière assez significative,
03:17entre 30 et 40% dès l'année prochaine,
03:18pour évidemment qu'il y ait une demande plus importante au niveau agricole,
03:24pour pousser des prix à la hausse,
03:26qui sont plutôt bas d'ailleurs, les prix du maïs ou du soja à l'heure où on parle.
03:30Donc voilà, tout ça, c'est un peu comme si on réduisait la fiscalité
03:33de ceux qui choisissent d'investir à Wall Street.
03:35Vous avez acheté des actions américaines, on vous rembourse en impôts.
03:39Donc tout ça aussi, c'est une demande additionnelle, évidemment,
03:43pour les bioraffineries.
03:45Et donc voilà, une demande des volumes qui arrivent,
03:47qui sont plus élevées que prévues.
03:50Des capacités en Europe, il faut le dire, qui se ferment.
03:52Tous les ans, on ferme 3% de capacités.
03:54Donc ça, ça met une tension assez importante sur les marges,
03:57qui, encore une fois, peuvent doubler encore.
03:59On les a connues il y a 3 ans, ce n'est pas si loin que ça,
04:03à 60, elles sont aujourd'hui à 28.
04:05Et on a des acteurs, concrètement pour nos téléspectateurs,
04:08nos auditeurs, qui sont cotés en Europe.
04:10Oui, c'est vrai qu'il y a quelques mois, on parlait beaucoup d'Esso,
04:14mais qu'il y a un cas vraiment particulier du côté de la Bourse de Paris.
04:17Il y a d'autres noms qui viennent en tête quand on parle raffinerie ?
04:21Alors il y a un purplay en Europe, qui est Nesté,
04:24qui est une société finlandaise, qui est le plus gros raffineur en Europe,
04:27qui fait à peu près 50% de raffinage classique, 50% de biofuel,
04:31et qui est très en avance aussi sur le SAF.
04:33Ça lui a coûté en termes de cours de bourse sur les deux dernières années,
04:36parce que c'est des investissements importants,
04:38avec une rentabilité évidemment au départ qui est faible.
04:41Mais maintenant, dans cet environnement-là,
04:43c'est un titre qui recommence à avoir de l'attrait,
04:47mais qui est encore cote à la moitié de ce qu'il cotait il y a trois ans,
04:51en termes de cours de bourse.
04:54Nesté, première idée.
04:55Il y en a d'autres, des idées pour investir dans les raffineries,
04:57dont vous nous dites que les marres,
04:58vraiment les vents vont être de plus en plus porteurs,
05:00et ça finira par se valoriser et se traiter en bourse.
05:03D'autres idées ?
05:03Alors on a OMV, qui est une société qui est cotée en Autriche.
05:08Alors là, pour le coup, c'est pas un acteur qui est un purplay, entre guillemets,
05:10mais 50% quand même de leur activité se fait dans le raffinage.
05:15Donc cet acteur-là peut être aussi intéressant à jouer.
05:19Puis il y a aussi des intégrés, comme ENI, en Italie.
05:22ENI ?
05:23Ah, vous dites ENI, vous ?
05:24Non, non, c'est pour que nos auditeurs se retrouvent.
05:26En une société anglo-saxonne, j'ai un peu malheureusement des automatismes.
05:29C'est la touche fin de l'intérêt.
05:30Voilà, donc ENI, et puis également Repsol,
05:34qui ont un peu plus de raffinage que les autres pétrolières dans leur mètre.
05:38Repsol, c'est l'espagnol, donc Repsol, c'est coté en bourse.
05:40Tout à fait, oui.
05:40Ah tiens, oui.
05:41Voilà, quelques idées.
05:42Donc Repsol, ENI, OMV, NST, des valeurs que vous aimez bien.
05:47Et il y a aussi, je voyais, TORM.
05:49Alors oui, parce qu'il y a aussi un autre moyen de jouer ça,
05:51de manière indirecte, et qui peut être d'ailleurs avec un levier plus important.
05:54C'est le transport.
05:56Donc le transport par tanker, donc des produits raffinés, dont le diesel,
06:00puisque comme ils ne vont plus venir de Russie,
06:03et déjà ils ne viennent plus de Russie puisqu'ils ont interdit les exportations,
06:06il va falloir y aller les chercher plus loin.
06:07Donc en Amérique du Sud, dans le Golfe, et donc ça, on va utiliser des tankers
06:11sur des distances beaucoup plus importantes.
06:17Et donc ça, ça met une pression de facto sur les capacités de tankers,
06:21et ça fait augmenter les taux journaliers de tankers de manière assez significative.
06:24Et TORM, ils font quoi du coup là-dedans ?
06:26Alors TORM, c'est un « purplay » entre guillemets,
06:28donc un acteur spécialisé dans les tankers pour produits pétroliers,
06:32diesel, essence, etc.
06:34TORM, on est côté où avec TORM ?
06:36TORM, on est côté donc au Danemark.
06:37Danemark.
06:38Merci beaucoup.
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