00:00On va aller sur le terrain parce que la question qui nous occupe aussi de ce soir, c'est de savoir si ça peut changer des choses en Ukraine.
00:06Guillaume Tag, vous êtes notre correspondant à Kiev. Les troupes russes continuent d'avancer.
00:12Elles n'ont d'ailleurs jamais pris autant de territoire que depuis le début de l'année.
00:18Oui, alors effectivement, l'armée russe poursuit ses assauts dans l'est de l'Ukraine, principalement sur les axes de Pokrovsk et de Tchassikyar, dans la région de Donetsk.
00:26La Russie avance, avance cependant relativement lentement et au prix de pertes très importantes, tant en homme qu'en matériel.
00:34Ce qui est sûr, c'est qu'en dépit des déclarations aujourd'hui de Vladimir Poutine, qui disait vouloir une paix durable, on sent peu de velléité de négocier de la part du Kremlin.
00:44Poutine exige toujours la reconnaissance de l'annexion des territoires occupés, exige la démilitarisation de l'Ukraine et l'impossibilité pour Kiev de rejoindre l'OTAN.
00:54Par conséquent, ceci explique aussi peut-être cette espèce de passe d'armes rhétorique qu'il y a eu entre Donald Trump et le Vitry Medvedev.
01:02On sent une frustration grandissante du côté des Américains et effectivement, sur la base de leurs actions, les Russes ne semblent absolument pas disposés à négocier,
01:10comme ils l'ont prouvé en tuant 31 personnes hier dans une frappe aérienne à Kiev.
01:13Merci beaucoup Guillaume Tac, correspondant pour BFM TV à Kiev.
01:18Ce mois de juillet est effectivement un mois de tristes records pour ce conflit en Ukraine.
01:24On va voir quelques-uns de ces records.
01:28Ce mois de juillet, c'est le mois le plus meurtrier depuis le début de l'année.
01:32Il y a aussi un nombre de drones records qui ont été envoyés.
01:35On y reviendra dans un instant et on en parlait avec Guillaume Tac, mais c'est la plus importante avancée russe depuis neuf mois.
01:43On parlait des effets ou pas de cet ultimatum de Donald Trump.
01:48Là, on voit bien avec ces données qu'il n'y a pas d'avancée.
01:52Et c'est là où, pour moi, ce signal n'a pas d'effet réel.
01:57C'est-à-dire que depuis 2022, en fait, tout le monde sait ce qu'il faut faire pour que Poutine arrête et recule.
02:02Il faut livrer massivement des armes aux Ukrainiens, y compris offensives.
02:07C'est-à-dire qu'il faut arrêter de dire si on rajoute un peu d'avions, si on rajoute un peu de char, est-ce qu'on va trop loin, etc.
02:12Depuis le début, les Européens et les Américains ont temporisé à chaque fois pour la moindre livraison.
02:17Si Trump voulait vraiment mettre Poutine sous pression, la déclaration est simple.
02:21C'est de dire qu'on livre aux Ukrainiens tout ce dont ils ont besoin maintenant.
02:26Des missiles, des capacités à frapper dans la profondeur lourdement.
02:29Des avions de chasse en nombre et en masse.
02:31Des munitions en nombre et en masse pour qu'ils puissent effectivement reprendre l'ascendant sur le terrain.
02:37Aujourd'hui, les Ukrainiens ont une difficulté majeure qui est qu'ils doivent compter les munitions qu'ils tirent.
02:43Les Russes peuvent massivement tirer avec leurs pièces d'artillerie.
02:45Les Ukrainiens sont obligés de compter les obus.
02:47Ça, c'est le premier aspect.
02:48Il y a un deuxième aspect, c'est les sanctions.
02:51Des sanctions beaucoup plus sévères, beaucoup plus concrètes.
02:53Je disais il y a quelques jours, quand Trump avait parlé de ces sanctions secondaires,
02:58qu'aujourd'hui, il y a encore un très grand nombre d'entreprises internationales qui opèrent en Russie.
03:03Pourquoi ? Parce qu'elles ne sont pas concernées par les sanctions.
03:06Côté français, c'est des entreprises comme Leroy Merlin, L'Oréal, BIC, Ipsos, Lacoste, AXA,
03:12qui continuent de travailler sur place.
03:13Alors, les Français ne sont pas les pires.
03:15Il n'y a que 75 entreprises qui sont sur place.
03:18Les Américains en ont 191.
03:20Ils sont à peine derrière les Chinois qu'en ont 201.
03:23Ce qu'ont payé les Occidentaux en termes de taxes,
03:26les impôts que payent leurs entreprises sur place,
03:29c'est 16 milliards de dollars depuis le début du conflit.
03:3216 milliards de dollars, c'est 4 à 6 mois de frappe aérienne sur l'Ukraine.
03:37Ça, c'est concret.
03:38Ça, c'est des choses qui peuvent être concrètement faites.
03:41Et ça, Trump ne le dit pas.
03:42On a vu juste des chiffres qui sont quand même très parlants.
03:45On va quand même s'arrêter sur ces drones.
03:46La Russie qui a lancé davantage de drones contre l'Ukraine en juillet
03:50que lors de n'importe quel autre mois depuis le début de l'invasion en 2022.
03:54C'est ce que nous explique Frédéric Fernandez.
03:58Oui, l'armée russe a tiré pas moins de 6 297 drones
04:02à longue portée contre l'Ukraine, ne serait-ce que sur ce mois de juillet.
04:06C'est 16% de plus, vous allez le voir, comparé au mois de juin.
04:10A noter aussi que ce chiffre est en augmentation pour le troisième mois consécutif.
04:15Alors, toujours durant ce mois de juillet, la Russie a également lancé 198 missiles sur l'Ukraine.
04:23Et vous le voyez sur ces images, parallèlement à ces attaques,
04:26Moscou a intensifié sa production de drones.
04:29Une production aussi qui se déroule désormais à une échelle industrielle.
04:34On voit ici donc des drones d'attaque en train d'être assemblés dans l'une des plus grandes usines de drones au monde.
04:41Dernier exemple en date de ces attaques massives, c'est une salve de drones sur Kiev qui a tué 31 civils.
04:48C'était dans la nuit de mercredi à jeudi.
04:50Et vous le voyez, de très nombreux bâtiments ont aussi été détruits.
04:54C'est l'une des pires attaques de ce type dans la capitale depuis le début de la guerre.
04:59Alors, on l'a vu, une intensification des bombardements.
05:03Mais cela aussi, ça intervient en dépit des ultimatums de Donald Trump.
05:08Pour rappel, le 14 juillet dernier, Donald Trump avait donné un délai de 50 jours à Vladimir Poutine
05:15pour mettre fin à la guerre sous peine de sanction.
05:18Eh bien, le 28 juillet dernier, Donald Trump a dit que ce délai était reporté à 10-12 jours,
05:24soit une fin de délai aux alentours du 8 août.
05:27Et si les attaques contre l'Ukraine n'ont donc pas cessé aux alentours du 8 août,
05:33eh bien, Donald Trump envisage de très lourdes sanctions contre la Russie.
05:38Vincent Arbaretti, on vient de le voir, ces drones, ils sont au cœur de la stratégie de la Russie.
05:43C'est aussi ce qui fait extrêmement de mal psychologiquement à la population sur le terrain ?
05:48La stratégie de la Russie, il y a deux choses.
05:50Il y a ce qui se passe sur le front, la reconquête des oblastes, c'est une chose.
05:54Et ça, les drones y concourent, mais pas plus, pas moins qu'ailleurs.
05:58Et le deuxième pan, qui est le plus, je dirais, le plus grave au plan du droit international,
06:07mais aussi, et d'ailleurs qui montre l'obstination de Vladimir Poutine,
06:14c'est les attaques contre des civils et des objectifs civils.
06:19Alors évidemment, le but, il est compris, enfin on peut le comprendre,
06:24c'est de faire craquer la population ukrainienne.
06:26Parce que, et c'est un peu la stratégie qu'avaient les alliés,
06:30en bombardant l'Allemagne, il faut se souvenir de les bombardements de Dresde, de Berlin,
06:37Goebbels qui écrivait, nos murs sont détruits, mais pas nos cœurs.
06:42Il faut se rappeler ça aussi.
06:43Donc les bombardements, il y a la partie matérielle de destruction,
06:48y compris d'habitation civile, et puis il y a la partie psychologique.
06:52Et alors évidemment, le problème, c'est qu'il y a des endroits où ça marche,
06:57mais rarement.
06:58On peut dire que ça marche avec le Japon,
07:01mais il a fallu quand même deux bombes nucléaires
07:02qui n'étaient pas sur des objectifs militaires, je le rappelle.
07:05Là, on peut parler de crimes de guerre aussi.
07:06Hiroshima et Nagasaki, c'était en altitude pour avoir le plus,
07:09tué le plus de civils au Japon.
07:12C'est dit par les pilotes et par les planificateurs.
07:14Donc voilà.
07:16Donc c'est faire craquer la population ukrainienne.
07:18Le but de Poutine est là, pour effectivement faire disparaître l'Ukraine en tant que nation,
07:24et ne garder que des individus qui soient des sujets de l'Empire russe.
07:27Si je peux dire des choses comme ça.
07:30Donc voilà.
07:31Et tant qu'il y aura une nation ukrainienne qui résistera,
07:33Poutine ne sera pas content et il en fait.
07:34Alors, il en fait un objectif de détruire la cohérence des Ukrainiens
07:40par rapport à leur gouvernement et par rapport à leurs forces armées sur le terrain.
07:45Si je peux...
07:45Rapidement, le mot de la fin.
07:47Tant que Poutine n'aura pas compris qu'il ne peut pas gagner,
07:51c'est Lawrence Friedman du King's College qui le dit,
07:54il va continuer la guerre.
07:55Et la seule façon, je pense, pour le faire, le convaincre qu'il ne pourra pas gagner,
07:59c'est d'armer l'Ukraine avec des systèmes d'armes offrancifs.
08:03Des systèmes d'armes offrancifs.
08:04Les chars.
08:05Les chars, mais aussi les missiles pour la fin de la profondeur.
08:08Nicolas Tenzer, est-ce que cette journée, ces déclarations qu'on a eues aujourd'hui,
08:11elles vont quand même changer le conflit ?
08:14À mon avis, non.
08:15À mon avis, absolument pas.
08:17C'est-à-dire qu'encore une fois, ce qu'on va voir, c'est est-ce que Trump,
08:19et moi pour l'instant, j'en doute, et j'en doute depuis le début,
08:23ce serait que Trump, effectivement, décide à un certain moment,
08:25écoutez, on donne toutes les armes.
08:27Et non seulement on donne toutes les armes,
08:29mais nous donnons quelques exemples.
08:30Nous avons quelques usines militaires russes,
08:33nous avons des colonnes de chars russes,
08:34nous avons cette base aérienne russes,
08:36eh bien, on y envoie nos hommes, nos troupes,
08:38enfin, plutôt nos bombes,
08:39on n'a pas besoin d'envoyer des troupes au sol,
08:41on n'a pas besoin de boots on the ground, comme on dit en anglais,
08:43mais voilà, et là, ce serait une résolution,
08:46et là, ça voudrait dire que les États-Unis sont clairement déterminés
08:49à faire que la Russie perde, que l'Ukraine gagne,
08:53et que la paix, enfin, soit établie.
08:55Mais tant qu'on n'aura pas cette évolution-là,
08:58il n'y aura aucun changement.
09:00Merci beaucoup à vous tous d'avoir été avec nous ce soir
09:03sur le plateau de Weekend Soir.
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